TILLE
renouveler Teau et d'en entraîner la vase ; mais cette opération ne pouvait avoir lieu sans faire iaire des ang[les au courant pour se porter à Test ; ce qui , comme on aurait pu le prévoir, eut des suites fikheuses, mais qui heureusement ne firent de mal qu'à la caisse de la ville par les frab qu'elles occasionnèrent. Le torrent, qui charrie à chaque crue, doit avoir son cours droit au lac , afin d y entraîner toutes les matières dont il se charge. Or , à chaque angle qu'on lui fit faire , son cours étant par là brisé et ralenti, il substitua du gravier à la vase légère qu'il avait enlevée, forma des dépôts, et ne pouvant plus vaincre la résistance des eaux du lac , il menaçait de s'élever jusque dans le canal intérieur de la ville. On vit donc qu'on était bien éloigné d'avoir atteint le but, qui était de remplacer le port du Bassin par le canal du Seyon, et que les anciens risques pour le bas de la ville, dans le cas de hausses d'eau, se renouvelleraient. On en revint alors aux principes qui avaient été perdus de vue, et la ligne droite fut rendue au torrent, en rapprochant un peu les deux quais Tun de l'autre pour augmenter son activité à son embouchure. Si dans les basses eaux il se forma quelques dépôts dans le courant et une apparence de barre à son entrée dans le lac, une plus grande abondance d'eau venant à remplir le canal, entraînait tous ces obstacles et nettoyait le lit. Après avoir donc fait de grands frais pour faire dévier le torrent , on en fit d'autres presque aussi considérables pour lui rendre son ancienne direction. On combla le canal tortueux , ainsi que la partie occidentale du Bassin l'avait déjà été, et au lieu d'un réservoir d'eau , il y eut une place spacieuse, d'abord destinée à une promenade publique qui n'existe plus que sur les plans de la ville. On l'a ensuite appliquée aux exercices militaires et quelque fois à l'utilité particulière, comme à servir de chantier à des charpentiers.
Le port a donc été resserré et borné à son premier goulet
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à Test. Le profiKHitoire de la Salle, agrandi par les graviers qu*ont retenus les jetées en pilotis, dépasse aujourd'hui Touverture de la rue des Terreaux, ensorte que les embarcations peuvent doubler la Salle sans péril. D'ailleurs le port s'étend aujourd'hui bien plus à Toinent, la ligne de maisons qui bordent le lac mettant les barques et bateaux amarrés à Tabri des bouiTasques des vents du nord , et le vent d'est n'étant pas à craindre , parce que le Crêt couvre le port. Le port actuel deviendra toujours plus sûr, parce qu'en prolongeant les pilotis dans la même direction de l'est , un peu au sud, son entrée s'élargit, et il acquiert plus de capacité.
Les fumiers, qui pendant quelques siècles avaient encombré les rues , furent successivement rejetés de la ville ; leur place fut assignée, pour la partie à l'est du torrent, dans le quartier extérieur dès la porte de Saint -Maurice au lac, et depuis la démolition du chantier on leur a donné un emplacement à la Salle.
On ne doit pas passer sous silence un élablissement public d'une utilité majeure. Il avait été reconnu que le plupart des incendies étaient occasionnés par les lessives faites dans les maisons particulières ; le Magistrat apporta à ce danger de tous les jours le remède qui était en son pouvoir. 11 fit établir par essai, an milieu du XYIIl® siècle , une lessiverie au dessous de Bellevaux ; sans en prescrire l'usage, il se borna à y faire maintenir l'ordre et y attaclia pour cela un préposé. L'utilité de cet établissement a été tellement reconnu , qu'il est devenu nécessaire d'en faire construire deux autres, Tun sur le promontoire de la Salle, l'autre pour Je faubourg ; et chaque jour en fait sentir l'avantage pour le public et pour les particuliers.
Les nouveaux édifices publics élevés dans ce quartier ont nécessité la démolition des portes de l'Hôpital et de Saint- Maurice , ainsi que du mur d'enceinte dès celle-ci à la porte
des Chavannes. L'espace dès les deux premières portes jusqu'au Crét, était appelé Fieux-Châtel et formait un vigfnoble jusqu'au bord du lac. Peu -à -peu les terrains les plus rapprochés de la ville se transformèrent en jardins, dans lesquels on éleva des cabinets pour aller s'y délasser dans la belle saison, y jouer à de petits jeux d'exercice et y prendre le goûter. L'enceinte de la ville devenue trop étroite depuis qu'un commerce favorable y eut amené l'aisance générale et l'opur lence de quelques-uns, et rien n'invitant à construire à l'occident, partie élevée située sur le rocher et dépounue d'eau, on s'étendit dans la partie plane à l'orient , qui devint le faubourg ; et plusieurs propriétés formées de la réunion des jardins et vignes dont on a parié , embellissent aujourd'hui ce lieu. C'était le seul où l'on put élever ces édifices publics dont la réunion offre un spectacle moral , peut-être unique. Là , d'un coup-d'œil jeté autour de soi , le spectateur attentif voit les diverses époques de la vie morale et civile de l'homme , dès sa naissance à la dissolution de son être. D'un côté est le temple , dans lequel il est présenté aussitôt après sa naissance et aggrégé déjà à la société de ses semblables. Là , ses parons prennent pour lui des engagemens religieux et moraux , qu'il y ratifie lorsqu'il est parvenu à l'âge d'en connaître l'importance et la nécessité, et qu'il a assez de force pour s'y conformer par raison. Auprès de là est un lieu d'éducaition et d instruction, où on lui enseigne à travailler pour lui et pour la société dont il est membre ; à peu de distance est l'édifice dans lequel, applicpiant à l'utilité publique les talons qu'il possède et ses connaissances acquises , il sert ses concitoyens par les places qu'il peut occuper dans l'administration, comme magistrat, comme juge, comme militaire pour la défense de sa patrie. A côté est une maison dont la destination est de lui offrir des divertissemens honnêtes qui le délassent de ses travaux. Dans la même ligne, trois édifices
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le rassurent sur sa subsistance par trois magasins de grains. Vers le cercle est Tédifice où, dénué de ressources , accablé de maladie et languissant de yieillesse , il reçoit des soins et des secours d'une administration compatissante, qui cherche à prolonger ses jours et à lui en rendre les derniers momens moins fôcheux et plus supportables. Enfin, et peu loin de là, était encore naguère son asile final, où son corps, ses plaisirs et ses peines passées, étaient ensevelis. Il convient de reprendre tout cela en détail , sans y comprendre le temple , dont on s'est^déjà occupé.
MAISON DES OBPHELINS.
Le premier bâtiment public construit dans ce quartier est celui destiné à l'éducation d enians orphelins bourgeob, des deux sexes. Cette fondation fut commencée par la disposition testamentaire d'un bourgeois de la ville, que le commerce et réconomie iaivaient enrichi. D'autres dons en accrurent le fonds, entr'autres celui d'un jardin assez spacieux qui fut le sol sur lequel s'éleva l'édifice, environ l'an 1730. De petits bâtimens d'aisance y furent ajoutés, et une cour entourée de murs sépara le principal édifice de la rue. L'architecture du bâtiment principal est simple; l'intérieur en est assez spacieux pour le but de sa fondation (dont on parlera ailleurs), et pour deux salles destinées à un cabinet d'histoire naturelle et aux leçons publiques de dessin. L'on arrive au premier étage, peu élevé au dessus du sol, par un perron qui a facilité l'établissement de caves dont le revenu est au profit de Tadministration. Vers le milieu du XYIII^^ siècle, elle fit construire un nouveau bâtiment dans la partie de l'enclos du côté du lac, et qui est séparé du premier par un jardin à l'usage de l'établissement. Dans cette nouvelle construction sont divers logemens dont les revenus appartiennent à l'administration. Lors de la construction du nouvel hôpital, la Maison
des Orphelins vendit à la ville un bâtiment et im terrain d aisance qui formèrent le sol de cet édifice ; de même lorsqu'on bâtit le sol de Thôtel-de-ville, elle céda an Magistrat^ pour en former une place au devant de sa principale façade, la cour décorée d'arbreç. On construisit alors au devant de la façade de rhôpital une fontaine publique , dont Teau fut prise dans le réservoirde TÉcluse. Auparavant un puits servait aux besoins de rédifice.
David de Pur y, négociant très-habile , chef d une maison de commerce dont les affaires étaient très -brillantes et fort étendues, considéré à Lisbonne, où était son établissement, autant par sa probité et son caractère que par son opulence, et avançant en âgé sans avoir de parens proches qui fussent dans une situation gênée , adopta sa bourgeoisie comme son enfiint , et commença , déjà long -temps avant sa mort , à |a faire participer à sa fortune par des dons considérables et annuels en h\euv des malheureux dans le besoin, surtout de cette classe infortunée qui n ose ou ne peut faire connaître ouvertement sa détresse. La seule condition qu'il mit aux dons qu'il fit ensuite à l'administration pour des objets d'utilité publique, fut de ne rien mettre en réserve, mais d'employer en entier les sommes considérables qu'il envoyait chaque année; d'où l'on put déjà inférer que sa bienfoisance ne s'arrêterait pas là, et qu'il se proposait de faire don d'un capital dont la rente pût permettre la continuation d'une dépense supérieure à celle que la fortune bornée de la ville lui avait permis de fEiire jusqu'alors.