‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 45 sur 93 · POISSONS · texte numérisé non relu

POISSONS

Le lac, anciennement fort poissonneux, fournissait un article important au commerce. Il n en est pas de môme aujourd'hui, et les lacs voisins contribuent à l'approvisionnement de la ville de Neuchàtel (i). Le nombre des pécheurs a beaucoup

(i) Pierre Davity, seigneur de MontmarUn, dans sa description de TEurope, au milieu du XYIl* siècle, dit que le lac a des truites de 30 à 40 lir., et que Ton exporte du poisson salé à Strasbourg et autres lieux sur le Rhin. Les choses ont bien changé depuis, les truites de 20 livres sont rares, et il ne sort guère de poisson salé , si ce n'est des palées et des bondellcs destinées, en temps de carême, aux habitans catholiques du canton de Fribourg. Ce sont les seules espèces que Ton encaque.

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diminué , et actuellement à peine y en compte-t-on un. La pèche est en grande partie entre les mains des habitans de la rive méridionale du lac. L'expérience fait voir que la vente du poisson est moindre que dans les temps antérieurs ; non qu'il y ait moins d'acheteurs , mais parce que le poisson est moins abondant.

Le poisson du lac le plus estimé est Y Ombre -chevalier; il n'est pas commun, parce qu'il habite les plus grandes profondeurs où il est difficile de le prendre. Il parait avoir sa demeure dans la partie méridionale du lac , au pied de l'escarpement d'un banc de molasse qui existe dans une partie de l'est à l'ouest. On n'en connaît pas au dessus du poids de 7 à 8 livres ; sa forme approche de celle de la truite ; sa couleur est gris obscur sur le dos et blanc argenté sous le ventre; ses écailles sont petites, sa chair est fine, légère à l'estomac, saine aux malades; son goût est fin et relevé. Après lui vient Yjimble, qui semble être plus abondant; il habite les profondeurs au nord. Il est aussi gris sur le dos, son ventre est d'un blanc jaunâtre , ses écailles minces et petites. Il est moins alongé que l'ombre-chevalîer et plus ramassé ; sa chair est de même fine et d'un fort bon goût , mais plus grasse , et il ne peut se manger que frais. Ces deux espèces, éloignées dans leurs profondes retraites de l'air de 1 atmosphère et de la couche supérieure de l'eau réchauffée par le soleil^ périssent peu de momens après avoir été exposées à l'air , et ne peuvent se garder peu de temps encore que dans des réservoirs placés dans une eau vive, fraîche et courante. Il parait que leur frai a lieu dans leurs retraites habituelles, et qu'elles ne le déposent pas, comme d'autres poissons, auprès du rivage du lac.

La Truite vient ensuite pour la qualité ; elle excède en grosseur les deux espèces précédentes ; vivant de préférence dans les eaux fraîches et vives, elle fréquente la côte du nord

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où sont les embouchares des rivières et des sources en abondance. L'on en connaît deux espèces : Tune , qui est la plus délicate , a le dos gris sombre , le ventre blanc et les flancs tachetés d'un rouge vif; sa chair rougeâtre est grasse, nourrissante et d'un très -bon goût; on rappelle saumonée, à cause de ses rapports avec le saumon. Elle est moins commune que la seconde espèce , qui n'a que des taches noires, et dont la chair blanche, quoique fort bonne, n'a pas le goût aussi délicat. Diverses causes peuvent opérer la diminution successive de ce poisson; on en indique trois qui sont les plus apparentes : !<> lors de son frai en octobre et novembre, il remonte les rivières pour Ty déposer ; c'est en ce moment que les fermiers, pour augmenter leur revenu, barrent le passage, l'arrêtent à sa montée dans le courant et avant que la femelle puisse déposer ses œufs ; vendue et tuée peu après, des millions d'œufo périssent ainsi , et avec eux l'espérance de l'accroissement de l'espèce pour l'avenir (k). 2° La pêche de l'Areuse ^ encore abondante dans le XVIII^ siècle, a décliné annuellement , depuis l'établissement des fabriques d'indiennes sur ses rives. On doit donc présumer que les lavages des toiles peintes mêlent à l'eau de la rivière des couleurs qui éloignent ou même font périr le poisson. 3o La nature des filets en sac et à mailles serrées que les pécheurs emploient, ne permettant pas au plus petit fretin de s'échapper,

(kj La pcche de TArnon, rivière bien moins considérable que la Reusc s^afferme annuellement de 50 à 55 louis , tandis que celle de la Reuse décline graduellement, et qu'en i807, aucun fermier ne s'étant présenté, on a dîli faire la pcche pour le compte du souverain. Si cette circonstance eût duré, elle aurait pu produire un bon effet pour l'augmentation de la truite parce qu'il était plus possible de se borner à la prendre à la descente après le dépôt de son frai, qu'à la montée. 11 est vrai qu41 faudrait que la même mesure (ût adoptée pour l'Aruoo, sans quoi celle-ci profiterait, sans y contribuer, de l'augmentation et de la multiplication de la truite. Le fermier de la Reuse doit en donner 100 livres au gouverneur, 8 livres à chaque conseiller d*état, etc.

on détmit du même coup et la petite truite et la nourriture de toutes celles qui existent encore (l). Déjà depuis longtemps on avait senti la nécessité de faire des réglemens pour la conservation et Taugmentation du poisson. Il fut formé dans ce dessein, en d482, une association ou compagnie des pêcheurs ; mais son but n'a guère été rempli , car ce n'est qu'avec bien de la peine que, lors de son assemblée annuelle et unique , elle peut se procurer de la truite pour son repas d'usage. Cette institution prouve au reste une chose, c'est qu'à cette époque il y avait plusieurs pêcheurs à Neuchâtel ; ils sont remplacés aujourd'hui par des convives. En parlant de règlement à faire. Ton indiquera celui adopté avec succès à Zurich, et qui rend son lac fort poissonneux : sur deux tableaux, à rhêtel- de -ville, sont peintes au naturel et avec leurs noms , toutes les espèces de poissons du lac , avec les dimensions au dessous desquelles on doit les rejeter à l'eau, et les époques auxquelles la pêche en est permise. Ce moyen, au reste, exigerait le concours de tous les étals riverains, et une grande sévérité dans l'exécution.

Le Brochet, qui vient après la truite , parait au contraire augmenter chaque année, malgré la quantité que Ton en prend dans le lac et dans les fossés qui y aboutissent. Cette espèce, très-vorace et dont il n'est pas fort rare de prendre des individus de 20 livres et au delà , peut très- bien contribuer par la nourriture abondante qu'elle exige, à la diminution des autres espèces ; comme elle dépose son frai dans le lac, à l'abri des accidens qui menacent la truite, elle doit multiplier toujours davantage.

(l) Pour faire juger de Tabus de ce grand filet, et de la destruction qu'il fait parmi le poisson, on cite ce qui a eu lieu long-temps à la rive méridionale, où les pécheurs prenaient une si grande quantité de petit poisson, que noa-sculcment il servait à la nourriture des cochons, mais aussi à Tengrais des terres.

La Perche, guère moins vorace, est fort abondante ; mais elle n'atteint pas la grosseur à laquelle elle arrive dans d'autres lacs de la Suisse.

La Lotte, aussi fort commune, parvient rarement à la pesanteur d'une livre.

La Carpe et la Tanche fréquentent les lieux sur les bords cil croissent les joncs et les glayeux ; elles n'y ont pas le goût de vase qu'elles contractent dans les étangs.

La Palée, qui est peut-être le même poisson que la Plie, vit généralement dans les profondeurs, d'où elle ne sort qu'au printemps pour attraper les mouches qui s'arrêtent sur la surface de l'eau, et en automne pour frayer sur les bords. C'est dans cette dernière saison principalement qu'on la pêche pour la saler et Tencaquer. Sa chair, assez sèche , est saine ; elle est rarement du poids de 2 livres , les brochets étant alors à sa poursuite.

Dans les petites espèces , on estime le Ferra et la Bandélie , de la grosseur de la sardine et qui sont fort délicats ; on les sale et les encaquc comme les palées, et elles sont un objet de commerce avec les états catholiques voisins. Il y a encore plusieurs autres espèces depuis le poids de 2 livres jusqu'au dessous d'une once ; mais leur chair fade, molasse, remplie d'arêtes qui se croisent dans tous les sens , les font rejeter des bonnes tables ; elles sont d'ailleurs nécessaires à la pâture des poissons plus estimés. Il est une autre sorte , originaire du lac de Morat , mais que l'on prend quelquefois à l'embouchure de la Broyé, dans les joncs que sa vase a fait croître dans le lac de Neuchâtel. Ce poisson porte le nom de Salut ; sa peau est visqueuse comme celle de la tanche dont il a la couleur, avec deux barbillons comme le barbeau. C'est le plus gros de ces deux lacs , et peut-être de la Suisse ; on en a vu du poids de 80 livres. Sa chair tient de celle de la tanche ; il doit être dégorgé , ce qui a lieu lorsqu'il a quitté

depuis quelque temps la Broyé , et qu*il a séjourné dans le lac.

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