POPULATION
On ne peut rien dire que par conjecture de Tancienne population de la ville de Neuchàtel. Tant qu'elle ne fut que le Castrum Noxmm, elle a dû être bornée aux gens nécessaires au service du fort, et à quelques ouvriers cultivateurs et pécheurs, hors de l'enceinte du Castrum. Le séjour du premier comte qui vint s'y établir, l'augmenta probablement; mais ce fut surtout la charte de 12i4 qui contribua à son accroissement , que l'agrégation de nouveaux bourgeois (sur laquelle il parait que dans l'origine Tadministration municipale n'éprouvait aucune, gène) dut porter beaucoup plus loin. Ce- | pendant on n'a aucune donnée à cet égard. Le seul aperçu que Ton en pourrait avoir , serait pris des murs d^ enceinte , qui, jusqu'à la fin du Xyil<^ siècle ou au commencement du Xyill®, renfermaient toute la population de la ville ; mais si l'on voulait conclure de là qu'elle était bien inférieure à ce qu'elle fut depuis cette dernière époque, qui est le temps auquel les constructions se sont étendues hors de la ville et ont formé le faubourg, on pourrait tomber dans l'erreur ; car, i^ la simplicité des mœurs anciennes ne rendait point nécessaire une habitation vaste pour une famille nombreuse ; une chambre suffisait au père et à la mère et aux enfans les plus jeunes ; devenus plus âgés , chaque sexe avait sa chambre ; le peu de domestiques n'exigeait pas un logement plus étendu ; ainsi l'on se resserrait et Ton se restreignait à l'absolu nécessaire. 2^ Cette même simplicité de mœurs ne faisait pas préférer le célibat au mariage , et ne rendait pas une nombreuse famille une charge pesante à supporter. 3<» Moins de grandes maisons, un plus grand nombre de petites avant l'établissement de rues larges auxquelles on a dû sacrifier des
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habitations , et plus de méoages dans «ne demeure qui se trouve aujourd'hui trop étroite pour un seul , ont pu rendre la population de la ville, dans le XYII*^ siècle, égale à celle du XVIII<^ après les nouvelles constructions; mais cependant il est possible que celle-ci Tait emporté par la classe des domesUques, plus nombreuse depuis les prog^rès du conunerce et du luxe; comme il Test aussi qu'elle n'ait fait qu'un contrepoids aux iumiUes moins nombreuses et aux célibataires plus noflibreux. Dans cette incertitude , et sans rien décider sur le passé, on ne peut avoir quelque certitude sur la population de la mairie de Neucfaàtel que depuis le premier dénombrement que fit iaire Frédéric II des sujets de sa principauté en 1750, opération qui s'est feite chaque année depuis, sans distinguer là dedans le nombre en particulier des habitans de la ville ; ils sont comptés dans la totalité de la juridiction, ^enchàtel, Serrières, Suchiez, Ghaumont et maisons écartées. Le résultat en fut alors de 3,666 personnes, dont i,702 bourgeois, et de 403 maisons. En 1770, année de disette, on fil le recensement des habitans de la mairie pour connaître les moyens de subsistance en grains de chaque ménage. On trouva dans la partie basse de la juridiction 3,788 personnes des deux sexes , et 83 à Ghaumont (m). Dès-lors la population s'était accrue , et depuis 4790 les nouveaux établissemens pour Tinstruction publique et particulière, avaient
(m) L^approvisionnemcnt de ces 3,738 personnes dans leur ménage se trouva être de 10,060 émincs de graines, farines et légumes pour mouture ; ce qui n*é(ait pas rassurant , puisque sans faire fond sur les greniers de la ville, trè»-peu fournis alors, cette quantité ne pouvait guère suffire qu'à la consommation de six semaines. Mais l'intervention puissante de Frédéricle-Crand auprès du roi de Sardaigne , pour la sortie d'une certaine quantité de grains du Piémont; Tactivité du commerce qui ouvrit de nouvelles sources et facilita les achats au dehors ; Taisance des habitans qui leur permit de supporter une surhausse considérable de prix , tout cela contribua à sauver cette ville, exclue par les états voisins de leurs marchés, car ils éprooraient le même dénuement.
i6S VILLE
attiré des maîtres et des pensionnaires. En i 80 3, on compte 54i maisons et 4,170 personnes. On aurait lieu d'être surpris que dans l'espace de 33 ans, durant lesquels le commerce dans tous les genres a prospéré, le nombre des habitans ne se soit pas accru plus sensiblement ; mais on cessera de Téire , si Ton considère que le local de la ville ne permettait nulle manufacture qui exigeât un terrain plane et un cours d'eau pure et permanente; que les terrains étant fort chers avaient rendu de grands bàtimens trop onéreux ; qu'ainsi la ville ne pouvait contenir que les bureaux d'où partait le mouvement des fabriques placées en des lieux plus convenables , et qui étaient un centre commun d'affaires. Le seul effet qu'a dà produire sur la population la prospérité du commerce, a été un plus grand nombre d'employés dans les bureaux , et par suite de la prospérité générale, une plus grande quantité de domestiques.