ISABELLE
Isabelle ayant perdu son mari, Rodolphe comte de Nidau, dont elle n'avait point en d'enfans , se retira à Neuchàtel en à 369, où dès ce moment son père lui abandonna la régence du comté. Elle avait pour usufruit et pour reprise de sa dot, la seigpneurie de Balme, et le comté de Cerlier lui appartenait en toute propriété. Dans la vente qu'elle en fit en 1377 à Amédée VI, comte de Savoie, elle réserva pour les bourgeois de Neuchàtel la continuation de Tusage du Chablais. Isabelle passa le reste de ses jours au château de Neuchàtel , où elle mourut en 1395, après avoir, en 1394, institué pour son héritier Conrard , comte de Fribourg , son neveu , qui par là réunit au comté la baronnie du Landeron que Varenne sa mère avait eue en dot.
En Isabelle s'éteignit la maison des comtes de Neuchàtel de ce nom, et qui depuis le milieu du XII<^ siècle avaient demeuré dans leur comté. Indépendamment de ce comté, cette maison, par ses alliances, avait acquis plusieurs terres dans le comté de Bourgogne, où la comtesse Isabelle possédait Verselx, Gens, Dandans, Flanchebouche , Vemier- Fontaine, Bachins, Ballaigues, Vuillafans le-Neuf , la Garde du Valde-Morteau', Venues et la seigneurie de Balme.
GONRAED DE FRIBOURG.
Conrard avait épousé Marie de Vergy, d'une grande maison du comté de Bourgogne. Son contrat de mariage est daté de 1390 (s). La mort d'Isabelle le mit en possession du
(s) L*oD n*a pu se procurer la connaissance de ce contrat de mariage , ni y Toir, ainsi que Jonas Boyvc, que la terre de Champlitte fit partie de sa dot. Hais on peut douter de cette assertion , parce qu'Antoine de Vergy, frère de Marie femme de Conrard, mort en 1439, disposa de cette terre eu faveur do Jean de Fribourg, son nercu.
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comté de Neuchâtel. Par zèle de dévotion, il l'abandonna en i404 pour faire le pèlerinage de la Terre-Sainte avec quelques-uns de ses vassaux. Il n'en revint qu'en 1406 , après avoir fait une dépense peu proportionnée à ses revenus. Pour s'en dédommager, il voulut retirer les accensemens et concessions faites par ses prédécesseurs au chapitre et aux bourgeois de Neuchâtel, à des prix modiques. Il éprouva une résistance qui donna lieu à un événement important pour lui et pour les bourgeois de Neuchâtel. Déjà durant son absence en 1405, Jean de Cliàlons, quoiqu'il eût reçu en 1397 l'acte de foi et d'hommage de Conrard, comte de Fribourg, voulut se donner des droits éventuels à la succession du comté. Il se rendit donc à Neuchâtel , et persuada aux bourgeois que les franchises que leur avaient données leurs seigneurs ne pouvaient avoir de validité que par la confirmation du suzerain; en conséquence il les confirma , et les bourgeois lui donnèrent en retour un acte de ses droits à la possession du comté , à la date du 13 août i406 (40). Cette possession devait avohr lieu dans le cas où le comte Conrard , ou sa race masculine légitime, viendrait à s'éteindre. Conrard n'apprit qu'avec un grand mécontentement l'acte de 4406 , et mit par ce motif plus de violence et de persévérance dans ses démarches pour rentrer en possession des accensemens antérieurs. Les deux ordres du clergé et de la bourgeoisie de Neuchâtel, alarmés des tentatives de Conrard, dont le caractère parait avoir été la violence, ne virent qu'un moyen de détourner l'orage, soit qu'ils rimaginassent, soit qu'il leur fiit suggéré. La ville de Berne, sage et prudente, s'acheminait déjà vers la grandeur qu'acquit par la suite cette république , par des achats de seigneuries, par des conquêtes, et, voie non moins sûre, par des traités de combourgeoisie avec les sujets de voisins puissans et à redouter. Elle les affaiblissait de cette manière, et les mettait hors d'état de lui nuire. Le clergé, les bourgeois
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de Nenchàtel et le seigneur de Colombier, cherchèrent donc on appai à Berne; ils l'obtinrent, et trois traités de combourgeoisie forent passés le même jour avec eux. Conrard ne vit qu'un seul parti à prendre pour empêcher que ces traités ne fussent dirigés contre lui : ce fut d'en faire on pareil avec la même république , lequel fut aussi conclu le même jour de Saint-George 1406. Dans ces traités, Tétat de Berne était reconnu juge des difficultés entre le seigneur et les bourgeois ; condition défavorable pour le comte Conrard, puisqu'il perdait le juge qu'avait établi la charte de 1214. Or il pouvait plutôt compter sur des prononciations avantageuses pour lui par l'évêque de Lausanne, que par le conseil d'un état intéressé à s'attirer l'affection des sujets en les soutenant contre les prétentions de leurs seigneurs. C'est ce que Conrard reconnut d'abord , et ses successeurs dans la suite. Le comte et les bourgeois payaient un cens annuel de reconnaissance à la république.
Ce ne fut pas la seule peine qu'il éprouva. Louis de Neuchâtel avait donné en 1373 la baronnie de Rochefort à Vauthier , son fils illégitime ; Conrard voulut sans doute la retirer ; mais Yauthier , pour lui donner d'autres occupations , fabriqua dans le château de Cerlier, avec le chanoine Jaques Leschet, un prétendu acte de franchises donné par Louis de Neuch&tel au chapitre et aux chanoines en 1366. Cet acte, d'une grande importance , puisqu'il aurait réduit la domination du comte à un simple protectorat, fut contesté par Conrard ; il fut fait des recherches , des confrontations d'écriture; il y eut des procédures, des auditions de témoins, et au moyen des aveux que firent les coupables , l'acte fut reconnu faux et les coupables punis. Cette affaire, dans laquelle il ne parait pas que la ville ait pris aucune part, quelque intérêt qu'elle y eût, ne sembla pas avoir mis du refroidissement entre son seigneur et elle ; car, malgré diverses prononciations
qu'elle obtini contre lui du conseil de Berne, durant le reste de sa vie , qu'il passa au château de Neuch&tel , il reçut et agréa de Tadministration bourgeoise des présens en denrées et des régals dans les auberges. Il mourut le 16 avril, dimanche des Rameaux 1424 , et fut enseveli devant le grand autel de Téglise collégiale de Neucliâtel.