ÉVÈNEMENS DIVERS
D'anciennes chroniques de la Suisse imprimées disent que Othon , comte de Champagne , qui voulait revendicpier la succession de Rodolphe, dernier roi de Bourgogne, s'empara de la ville de Neuchàtel en 1033 ; ^mais que Tactif empereur Conrard , auquel Rodolphe avait légué son royaume à sa mort, ayant repris cette ville en 1034, l'avait brûlée et détruite. Mallet, rédacteur de l'historien MuUer, rapporte le dernier événement à l'an 1032. Il dit : « Conrard prit et rasa » Neuchàtel, qui n'était encore qu'une forteresse. » Ainsi il n'y aurait qu'une différence de date. Le fait parait constant et prouve seulement l'existence d'alors du Castrum , dès la Maleporte à celle de l'ancien château.
Un chanoine de Neuchàtel , dans une sorte de chronique qui garait avoir été compilée au commencement du XYI« siècle, dit que des anciens livres d'église rapportent l'incendie et la destruction de la ville de Neuchàtel à 1249, par le lait de Henri , évéque de Bàle , de la maison de Neuchàtel (65); que la trahison des nobles ou vassaux de Dulione lui en ia- .cilita les moyens ; que leurs fiefs et leurs biens furent confisqués ; que même quelques-uns d'entr'eux subirent la peine de mort.
Il dit qu'en 1269 tonte la ville de Neuchàtel fut détruite par le feu , excepté quelques maisons au Neubourg.
Qu'en 1434, le jour de Sainte-Marguerite avant la Madelaine, un incendie qui avait commencé dans la rue des Hôpitaux, dite alors la Grande rue, consuma la Plaine on le bas de la ville en deçà et en delà du pont (Pont-des-boutiqucs) Cl cela jusqu'aux boucheries (aujourd'hui Croia^-du-Marché),
filJO SEIGNEURS
Qu'en 1446, le 15 août, Amédée, auparavant duc de Savoie , alors pape sous le titre de Félix Y, arriva à Neuchàtel pour souper. Il logea au château, dans lequel on n'admit que ses chevaux. Il était accompagné des cardinaux d'Arsc et d'Arles, et d'un train considérable. Quoique Jean, comte de Fribourg, ni Rodolphe de Hochberg , autant qu'il le parait , n'y fussent pas alors , le pape fut reçu splendidement pour le temps. Il repartit le 16 après le déjeuner. (66)
Qu'en 1450 (le 2 octobre, dit Jonas Boyve) , le feu prit à l'hâpital , et que le vent d'est qui soufflait avec violence le porta rapidement à lextrémité de la ville et sur la tour du clocher de la collégiale, et cela avec tant de fureur, que personne n'osa s'opposer aux flammes. Toute la ville fut donc détruite, à l'exception de treize maisons cpii résistèrent. Les cloches de l'église furent fondues , et toutes les maisons des chanoines qui l'entouraient furent consumées , à la réserve de celle du chanoine Jean de Delémont, touchant à celle des seigneurs de Vaumarcus. Le cloître de l'église (dit le cloître de Saint-Guillaume) construit alors en bois , fut entièrement brûlé , mais après cela rebâti plus noblement. Cet incendie consuma l'aile droite du ch&teau qui a la vue de la ville. Jean, comte de Fribourg, résidait alors à Verselx en Franche Comté. Les archives de la ville furent brûlées, ainsi que les plus anciens documens et les annales du chapitre. Or , comme les ecclésiastiques seuls consignaient alors les évènemens par écrit, on ne peut envisager, relativement à la ville de Neuchâtel, les faits antérieurs à cette date rapportés dans les notices historiques, que comme des traditions dont il est permis de douter.
Qu'en 1455, un nouvel incendie consuma la rue des Moulins et celle des Escoffiers (qtios semellarios vocamus), aujourd'hui la Grand'rue , ainsi que les maisons au dessus de la Maleporte , qui étaient couvertes en bois. La maison des
DE NEUCHATEL. 2Sl
seigneurs de Yaumarcus , qni avait été préservée dans les autres incendies , fut aussi brûlée ; elle fut reconstruite en d&93, par Claude de Neuchàtel.
Il dit encore qu'à cette occasion le conseil de ville ordonna que les toits des maisons fussent couverts en tuiles; dès-lors les incendies furent moins fréquens.
L'on sera peu surpris de la fréquence et de l'étendue des incendies , si Ton considère que les toits étaient couverts en bardeaux , ou planches minces de sapin, que les séparations des logemens étaient très-étroites , les escaliers pour la plupart en bois, les vitrages en papier huilé ; que plusieurs maisons avaient écurie et grenier à foin et à paille , et la courtine au devant dans la rue. Les précautions prises en 1452 étaient bien éloignées d'être suffisantes (n) ; et l'incendie de 1455 obligea le Magistrat à recourir à des moyens plus efficaces , en prescrivant les couvertures en tuiles. Jusqu'alors on n'en avait fait usage que pour les tours, dont les toits rapides ne permettaient pas l'emploi des bardeaux.
En 1475, le dimanche 26 novembre, il y eut au château une assemblée des députés de Bourgogne et des Suisses pour traiter de la paix. Elle fut sans résultat et ne dura qu'un jour.
(n) Arrêté da conseil de ville de 1452 : « Ordonné aux Quatre-Ministraux
> qu^ils fassent commandement ad touts ceulx de la dicte viUe , les quieulx
> aoroyent couvers ad ancelles ad pierres, qu'Us ostissent en ban de 8 sols » les pierres de dessubs leurs tek (toits) et qu'ils rctenissent et fissent leurs » tels à clavins (petites tuiles en bois), ou retenir ad lates ou aulxtres ma- 9 nières, sans pierres dedans, Tan prochain fêtes de Pasqucs, par manières » qu'ils n'emportent nul préjudice k nulles personnes. * (Ces pierres posées sur les bardeaux ou ancelles pour les assujettir , étaient exposées à tomber dans la rue lors des grands vents, et avaient sans doute occasionné des accidens graves).
Apr^s rinccndie de 1450, la police prit des précautions pour en prévenir de pareils. Le conseil décréta en 1452 : « Que le propriétaire h la maison
> duquel le feu prendrait, serait mis à Tamende de 100 sols (équivalant à » 25 muids de vin, au prix de 1451 ,) s'il ne donnait pas l'alarme, mais
> qu'il ne paierait rien s'il avertissait. » Les nombreux inconvéniens de
fitffi SBIGNBCKS
Les Suisses qui se rendirent devant Grandson en 1476 , et devant Dijon en 15i3 , traversèrent cette ville; en 1476 elle eut une g^arnison de troupes de Rothelin , appelées par Rodolphe de Hochberg , et auxquelles fut jointe une garde d'habitans de la Neuveville. Le commandant était Henri de Balme; le canonnier était bâloîs et les canons bernois.
Les villes de Berne et de Soleure y envoyèrent en 1492 une garnison protectrice. 11 y en eut une de gens de Cerlier en 1496, sur la crainte d'une attaque des gens de Luceme; une de Schaffhouse en 1516.
Il ne paraît pas que les députés des cantons de Berne, Luceme, Fribourg et Soleure, qui prirent possession du comté en 1512, se fussent fait accompagner par un corps de troupes; ce fut alors une occupation à Tàmiable.
En 1564 il fut tenu à Neuchâtel un congrès de députés de onze cantons, pour engager celui de Berne, dont Tagrandissement inspirait des alarmes à ses co- alliés, à rendre au duc de Savoie la partie des conquêtes faites sur lui au midi du lac de Genève et au pays de Gex ; mais cette assemblée fut sans résultat, et Taflaire ne fut décidée qu'au congrès de Lausanne , le 30 octobre de la même année.
En 1 579 arriva la funeste inondation qui renversa Thôtelde-ville et plusieurs autres maisons. La souveraine et les voi-
cette ordonnance la firent abolir, mais seulement dans le XVIII* siècle ; on lui a substitué une vigilance très-exacle et une meiUeure consIracUon des maisons : plus d'usage de la pierre et moins de bois.
Il fut aussi établi, en 1452, une peine pécuniaire pour ceux qui seraient trouvés dans les rues avec une chandelle aUumée , sans lanterne.
Trois guets parcouraient déjà la ville durant la nuit, en 1373; mais il parait que ce ne fut qu*cn 1452 que leurs fonctions furent déterminées avec quelque précision. On en nomma alors deux qui durent donner caution de leur fidélité et de leur vigilance. Ils commençaient leur service à 8 heures du soir , jusqu*à 5 heures du matin , et annonçaient chaque heure dans les rues. Leur gage était de 16 L. faibles par an (équivalant à 77 muids 6 setiers de vin , an prix de 1451). Il parait que plus de 50 ans après, la tuile n'était pas plus commune à Berne qu'elle ne Tétait en 1452 à IVcuchàtei; car un violent ouragan y ayant enlevé en 1519 nombre de toits, la ville de Neuchàtel lui envoya aussitôt un présent de 100 mille bardeaux ou clayins.
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sms s'empressèrent de secourir la ville dans ce malheur (o).
En 1587 elle eut une garnison bernoise pour la préserver d'entreprises de la part de Tarmée du duc de Guise.
Au mois d'octobre 1 624 , un corps de cavalerie française la traversa et y fit éiape. Les vivres pour les hommes et la nourriture des chevaux furent taxés par convention, et payés moitié par le roi et moitié par la cavalerie.
Lors des troubles de 1609, le canton de Berne envoya une garnison à Neuchàtel, ainsi qu'en 1708, pour garantir cette ville des effets des menaces de Louis XIV.
En 1714 un incendie consuma une partie des maisons de la rue du château et Tintérieur de la tour de Diesse. Ce désastre donna lieu à des constructions plus grandes , plus solides, plus commodes et mieux alignées. Alors fut établie la rue du Pommier , Tune des plus belles de la ville.
En 1750 et 1756, deux inondations du torrent du Seyon occasionnèrent de grandes pertes aux particuliers; mais elles ne furent pas accompagnées des malheurs auxquels on avait lieu de s'attendre.
En 1768, à la suite de quelques troubles intérieurs, les quatre cantons de Berne , Lucerne , Fribourg et Solcure , à la réquisition du souverain, envoyèrent à Neuchâtel une garnison d'exécution de 400 hommes.
En 1806 enfin, après la cession iaite à S. M. l'empereur Napoléon, le général Oudinot, avec une partie de sa division, occupa la ville et y laissa garnison , après avoir réparti dans Tétat le reste de ses troupes. Lors du don qu'en fit Tempereur au prince Alexandre Berthier, la principauté fut évacuée en entier.
(o) Pour aider à la reconstruction des édifices renversés, la ville d^Yvcr^ don, la baronnie de Gorgier et la mairie de la Côte firent présent à la ville de Ncuch&tel de bois de chénc et de sapin ; Marie do Bourbon donna 600 écus , en exprimant son regret de ne pouvoir faire davantage ; la ville de Berne L. 400, avec ordre à ses sujets, voisins de Neuchâlcl, d'aider par leurs charrois; Fribourg donna L. 100; Soleurc L. 84 ; Genève L. 200; Bicnne L. 40, et Paycrne L. 420.