INTERRÈGNE
Le moment actuel exigeait des précautions pour maintenir la tranquillité et la sûreté dans la ville et dans le château. Les QuatreMinistraux furent autorisés par le conseil de ville à lever une garnison bourgeoise de 200 hommes, le 19 juin, dès que Ton apprit que la souveraine était moribonde.
Guillaume 111 , roi d'Angleterre , était mort le 19 mars i702, léguant ses prétentions à Frédéric I®*", roi de Prusse, qui , au mois de mars 1703, annonça au conseil de ville ses intentions de s'en prévaloir (51); et le comte de Metternich l'informa également au mois de juin de la nomination que le roi avait foite de lui pour être son ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire à Neuchâtel. Ce qui allait se passer exigeait des précautions nouvelles de la part du conseil de ville, tant à l'égard de ses membres que pour ce qui concernait les étrangers (vi). La garnison bourgeoise était destinée à contenir ces derniers.
(m) Le conseil arrêta le 27 juin : « que si S. A. S. le prince de Conti et » des ambassadeurs de têtes couronnées venaient à Neuchâtel, on leur ferait
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Les prétentions du roi de Prusse furent appuyées par une lettre de recommandation en latin de la reine Anne d'Angleterre, du 25 juin 1707, transmise par Stanian, son ministre à Berne , et par une lettre du 15 juin des états - généraux , mais plus encore probablement par les bons oflBces du canton de Berne , auquel importait extrêmement en politique le choix d'un prince protestant et puissant.
Le prince de Conti , qui avait écrit dès le mois de juin pour annoncer ses prétentions, arriva le 12 juillet à Neuchâtel pour les faire valoir (52). Il était soutenu par Louis XIY, qui envoya à cet effet à Nenchâtel, au commencement d'août, son résident à Genève , de La Closure , et donna des ordres en conséquence au marquis de Puisieulx , son ambassadeur en Suisse. Celui-ci engagea les cantons de Fribourg et de Soleure à inten^enir par des offices en foveur du prince de Conti et en général de tous les prétendans français; ce qu'ils firent par lettres et députations.
Le comte de Matignon avait écrit aussitôt après la mort de la ducliesse de Nemours, pour faire connaître ses prétentions. (53)
Dans le même temps, la duchesse de Lesdiguières écrivit aussi au conseil de ville pour lui faire part de cetie mort; et comme sa santé ne lui permettait pas de faire le voyage, elle chargea de sa procuration le duc de Villeroy, qui agit tant pour elle que pour lui-même. (54)
Le prince de Carignan continua ses démarches et envoya
» une réception honorable et égale ; qu'on tirerait dans cette circonstance » à leur entrée trois volées de sept coups de canon , et que la garde serait
> doublée ; 2° quoique les membres du conâeil aient la liberté de loger chei
> eux qui ils voudront , cependant ils ne pourront , sous la loi du serment ■ qu'ils ont prêté en entrant dans ce corps, rien recevoir ni stipuler dircc- » tcment ni indirectement de dons d'aucun des hauts et illustres prétendans » durant l'interrègne. »
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le comte Barata de Saint-Agnès, pour présenter et suivre la poursuite de ses droits. (55)
Le prince de Monlbéliard , Léopold Eberhard de Wurtemberg, se mit aussi sur les rangs ; la ville de Montbéliard lappuya par une lettre (56). Il envoya deux procureurs.
Jeanne de Mouchi , marquise de Maille de Nesle , écrivit de même de Paris, le 16 juillet , aux Quatre - Ministraux , pour leur faire part de ses prétentions , que son mari , âgé de 90 ans , ne pouvait foire valoir en personne , mais que le marquis de Nesle , son fils , présenta lui - même à Neuchâtel. (57)
Le baron de Montjoie se mit un peu tard sur les rangs ; sa lettre d'avis de Tenvoi de son châtelain Bonnefoy, pour faire valoir ses prétentions, est dû 3 septembre 1707. (58)
Le marquis d'Alègre s annonça encore plus tard , car sa lettre était du 22 septembre. (59)
Une autre aspirante à la souveraineté , moins illustre que les autres, mais qui ne se présumait pas moins fondée, était Gatherine-Julianne d Amont , qui descendait d'Emilie , Tune des neuf filles de Henri-Frédéric de Nassau (60), et qui par là se trouvait au même degré que le roi de Prusse ; mais elle ne pouvait, aux autres égards, se mettre sur la même ligne.
Une cause aussi intéressante ne pouvait qu'occasionner beaucoup de mouvement et mettre en jeu Tintrigue la plus active. Cependant , les deux principaux pivots autour desquels celle-ci s'agitait , étaient le roi de Prusse et le prince de Conti. Le comte de Mettemich, négociateur fort habile, jugea très-bien que lors même que son travail le plus important était à Neuchâtel où il serait prononcé sur la question , cependant le vrai lieu de la négociation était Berne, qui avait un intérêt msyeur à la nopûnation du roi, et dont Tinfluence était assurée sur Tesprit des Neuchàtelois, par Teffet d'anciens
traites et par des relations étroites soutenues dès long-temps. Il commença donc par un séjour à Berne, pour concerter ses démarches et ses opérations ; elles furent très - bien secondées , non par lettres , mais par députalions et par communications verbales.
Deux incidens signalèrent le commencement de la cause : le premier venait de la bourgeoisie de Valangin, qui annonça, le 7 juillet, des prétentions à une place dans le souveraintribunal ; mais avant que de les manifester dans le pays, elle envoya une députation à Berne pour y consulter. Le conseil de Berne en informa aussitôt les Quatre -Ministraux. On ne voit point quel fut Tavis de ce conseil ; mais d'après le résultat, il parait avoir conseillé la prudence, sans rien dire sur le fond , qui effectivement n'était pas de sa compétence. Cette prétention fut présentée au conseil de ville , qui , sans la rejeter, la renvoya, le 22 juillet, après le choix du souverain, moyennant toutefois la conservation de ses droits de fournir le tiers des juges du souverain tribunal. (61)
Le second incident vint de l'état de Soleure , qui, se fondant sur un acte de revers donné par la duchesse de Nemours en 1694 (voyez 44) , prétendait avoir le droit de donner des juges au tribunal dans le procès actuel. Le gouvernement de Neuchâiel en fit part au conseil de ville , qui renvoya sa réponse jusqu'à la formation du tribunal. Au reste cette réponse était simple : n'étant pas question des audiences générales , les vassaux étrangers ne pouvaient être appelés pour juger dans la cause , l'institution des Trois-Etats ne concernant que les sujets de l'état. On ne voit pas que le canton de Fribourg, qui avait un pareil reversai, ait fait une démarche semblable, et il ne paraît pas qu'il ait été fait ultérieurement mention de celle de Soleure.
La bourgeoisie de Valangin, nombreuse et dont le comté formait une portion considérable de la principauté , pouvait
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influer, non par son suffrage au tribunal, puisqu'elle n'y en avait pas, mais par une opinion prononcée, et qu'il était bon d'acquérir ; l'intrigue s'y porta donc. Le prince de Conti y avait des partisans, le duc de Yillcroy alla le 4 juillet à Yalangin, où il fut très-bien accueilli. Le comte de Matignon et le comte de Torigny , son fils , y reçurent des témoignages d'affection du conseil de bourgeoisie ; mais une députation que ce conseil envoya à Berne au mois de juillet, favorisa les opérations des partisans du roi , car elle en revint très -bien disposée pour ce monarque et éclairée sur ses droits. Le ministre Girard était un des principaux agens de ce parti ; il connaissait les chefs de meute , en ramena plusieurs , et accueilli par le comte de Metternich , il lui rendait compte de toutes ses opérations (voyez 61).
Le trésorier de la défunte souveraine, Bouret, qu'elle avait déjà envoyé à Neuchâtel durant sa vie , reparut dès qu'elle fut morte , comme agent de Madame de Soissons , dont la fille avait des droits à présenter, en vertu du testament de la duchesse de Nemours.
Le parti du roi ne prévalut pas d'abord ; il parait que les juges ne considérèrent dans l'origine la question que sous le point de vue *. !<> de la proximité de parentage (et ils trouvèrent que le comte de Matignon était au degré le plus rapproché); 2o du droit testamentaire (en vertu duquel la décision devait être en faveur du prince de Conti et de M^^*^ de Soissons). En donnant donc une valeur égale à ces denx droits, quelques-uns des principaux juges imaginèrent de les réunir par le mariage de M}^^ de Soissons avec le comte de la Marche, fils du prince de Conti, ou, si cela ne se pouvait pas, avec le comte de Torigny : mais probablement la chose ne parut pas assez sûre aux parties intéressées , car ni l'un ni l'autre de ces mariages n'eut lieu.
Si d un côté les ministres d'Angleterre et de Hollande ,
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Stanian et Runckel , à Berne et à Neuchàtel , favorisaient , avec Tappui de Berne , le comte de M etternich , de Tautre , le marquis de Puisieulx , à Soleure et à Neuchàtel , suivant son caractère et couvert de la puissance de son souverain , agissait avec une vigueur que les circonstances actuelles de Louis XIY ne soutenaient pas, en faveur des prétendans français en général et du prince de Conti en particulier. Il s'éleva d'abord une question sur le rang des concurrens à la barre ; le prince prétendait Tavoir sur le comte de Metternich , en qualité de prince du sang ; le comte objectait sa commission d'ambassadeur extraordinaire représentant une tête couronnée, (voyez note ir page 77) , (62). Les notes échangées entre les deux ambassadeurs furent vives ; mais le tribunal souverain , qui dans aucun cas ne pouvait ni ne devait prononcer sur la question , arrêta que désormais aucun des compétiteurs ne paraîtrait personnellement à la barre, mais seulement par procureur ; ce qui laissa tout l'avantage à Tambassadeur de Prusse.
Avant que de s'occuper de Tobjet de la contestation ^ la ville de Neuchàtel et les autres corps de lëtat dressèrent une sorte de capitulation ou de code de droit public pour Tétat, pour la classe des pasteurs et pour la bourgeoisie de Neuchàtel , sous le titre d'articles généraux et particuliers. Ils furent présentés à chacun des concurrens, qui les signèrent. Le conseil de ville en agréa le projet le 20 juillet , et pour rendre cet acte plus solennel, il arrêta, le 23, avec les corps et communautés de l'état , des actes d'association pareils à ceux de 1699 et de 1703, et le 27, il en fit un avec la bourgeoisie de Valangin et le corps du clergé.
Lorsqu'il s'agit vers la fin de juillet de former le tribunal et d'en nommer les juges , plusieurs personnes , par divers motifs , et à leur tête le gouverneur de Mollondin, qui dans le fond inclinaient pour le prince de Conti ou quelqu 'autre
des prétendans français, agirent pour que des vassaux étrangers entrassent au siège de la noblesse, le premier des trois ordres. Celte intrigue fut facilement écartée , ne s'agissant plus des audiences générales, mais du tribunal qui les représentait , et qui , dans sa réduction , ne devait être composé que de sujets de Tétat , ayant un intérêt plus particulier au choix d'un souverain.
Le 28 juillet, jour fatal des six semaines, dès le décès de la duchesse de Nemours, la cause s'ouvrit devant le souverain tribunal par la demande de la mise en possession de tous les prétendans , laquelle fut accordée, et la question de la vraie possession se plaida ensuite , lors de la demande de l'investiture , contre laquelle chacun des compétiteurs anicula ses moyens d'opposition , tandis que tous faisaient circuler des mémoires imprimés pour faire connaître leurs raisons et les fondemens de leurs prétentions.
On fit sentir, mais un peu tard , au prince de Conti , que lors même que la bourgeoisie de Valangin ne donnait pas de juge au tribunal souverain, cependant il fallait compter avec elle, parce qu'elle pouvait influer sur l'opinion par le nombre de ses membres. Il se rendit donc le 3 août à Yalangin pour chercher à déterminer les bourgeois en sa faveur. Il fut accueilli avec le respect et les honneurs dus à son rang ; mais les partisans du roi de Prusse avaient déjà pris les devans , et il put alors s'apercevoir que les esprits n'étaient pas disposés en sa fiiveur , car toutes ses offres aux chefs pour satisfaire ou leur ambition ou leur cupidité , échouèrent.
Le gouverneur, qui favorisait le prince de Conti, se trouvant gêné dans ses projets par la garnison que le Magistrat avait fiiit entrer dans la ville et le château , trouva moyen d'engager le conseil d'état à en arrêter avec lui la diminution, sous le prétexte de la saison de la moisson qui exigeait le retour des soldats chez eux pour y vaquer *, mais le conseil
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de ville, qui voyait affluer les étrangers , ne fut point de cet avis; au contraire, il décida, le 3 août, que la garnison serait continuée telle qu'elle était, et qu'il serait fait au gouverneur et au conseil d'état des remontrances au sujet de son arrêté. Dans le courant du mois d'août, les prélendans signèrent la capitulation avec Télat , sous le titre d' articles généraux
ET particuliers.
Le conseil de ville, frappé des conséquences qui pouvaient résulter pour 1 état de la liberté qu'avaient les juges de son corps de porter au souverain tribunal leur opinion particulière dans les cas de souveraineté ou de choix d'un souverain, puisque diverses espèces d'intérêts ou de passions pouvaient les entraîner , avait en conséquence arrêté , le 2 décembre 1695, « que les quatre maître -bourgeois (juges d'office du » troisième ordre dans des matières pareilles), avant que de » se rendre au souverain tribunal , assembleraient le conseil » de ville pour recevoir ses ordres , ensorte qu'ils ne porte- >» raient dans leur siège que le seul avis de la pluralité , et » que cet article serait ajouté à leur serment annuel. »
L'importance du moment fit reconfirmer cet arrêt le 22 juillet 4707; mais comme il n'aurait fait qu'entraver la marche s'il eût été suivi à la lettre, il fut expliqué le 23, en disant: « que pour les formalités et pour ce qui n'intéresserait pas » les franchises ni les lois fondamentales de 1 état , et pour » les accessoires qui n'emporteraient pas le fond principal , » les Quatre - Ministraux pourraient juger suivant leurs lu- » mières et leur conscience, sans prendre l'avis du conseil. » Cet arrêt fut de nouveau confirmé le 27 septembre.
Déjà au commencement du mois d'octobre, les prétendans purent s'apercevoir que le parti en faveur du roi de Prusse avait la prépondérance, et plusieurs d'entr'eux se retirèrent. Le gouverneur et le conseil d'état en furent alarmés, et écrivirent aux quatre cantons alliés pour leur faire part des suites
qu'ils avaient lien de craindre et leur demander remploi de moyens propres à dissiper Torage dont on se croyait menacé, et dont probablement le gouverneur augmentait l'importance et le danger , pour arriver par là à faire passer les juges au parti des Français et surtout du prince de Clonti. Le conseil de ville, informé de cette démarche, se borna à instruire Berne de Tunion qui régnait dans Tétat , désirant l'accélération du jugement pour la souveraineté.
Le marquis de Puisieulx ne s'oubliait pas ; il agissait par lui-même , par mémoires , par lettres et par ses agens , La Closure et Sainte-Colombe, pour augmenter les craintes par ses menaces : mais enfin, jugeant que sa présence serait plus efficace à mesure que le moment approchait , il se rendit à Neuchâtel le 15 octobre, et y fut reçu avec les mêmes honneurs que le prince de Clonti.
Il parait que , de concert avec le gouverneur , il combina un plan d'opérations pour (aire de suite un acte de vigueur en faveur du prince ; car le 26, M. de Mollondin usa d'autorité pour renvoyer au samedi l'assemblée du tribunal, et dit aux Quatre -Ministraux que le ch^eau avait d'autant moins besoin de la garnison qui y était et dont il les remerciait, qu'il n'y avait pas beaucoup d'argent dans la trésorerie. Le conseil de ville en étant informé, arrêta le 27 : « que le samedi » suivant le banneret fei*ait des représentations au souverain » tribunal pour accélérer la sentence , et qu'il serait pourvu » à ce que le gouverneur ne pût plus dans la suite renvoyer » les séances par son autorité particulière. Quant à la gar- » nison , que loin de la diminuer au château ou ailleurs , on » l'augmenterait à cause de la foire. »
Ces deux résolutions si vigoureuses firent comprendre au gouverneur qu'il devait renoncer à toute tentative ultérieure ; il abandonna donc son poste et le château , et laissa la présidence au doyen des Etats.
Enfin le 3 novembre 1707 fut le jour qui donna un souverain à rétat ; le matin le conseil de ville dicta Tavis suivant aux Quatre -Ministraux, ses représentans au souverain tribunal : « Que cette souveraineté et le domaine direct ap- » partiennent à la maison de Chàlons ; qu'il y a eu des ou- » vertures de la réunion de Tutile , dont le droit est impres- » criptible, et que sa majesté Frédéric !«', roi de Prusse, du » chef de Louise de Nassau, sa mère, étant nanti des droits » de la maison de Nassau-Chàlons-Orange , ils trouvent que » sa dite majesté doit être invétue de la souveraineté de cet » état avec ses dépendances et appartenances, etc. » (63)
Les deux autres sièges des Trois-Etats eurent une opinion conforme à celle du conseil de ville ; non qu*ils la suivissent, car ils opinaient avant le troisième ordre. La sentence qui adjugeait la principauté au roi de Prusse, ayant été rendue, le président céda au comte de Mettemich et le sceptre , attribut de la souveraineté, et le fauteuil qu'il occupait depuis la retraite du gouverneur de MoUondin.
Le 4, le comte prêta au nom du roi le serment à la bourgeoisie de Neuchàtel, et reçut le sien. Soit qu'il y eût parmi les juges des opinions différentes, soit qu'il se fût élevé quelques débats sur la rédaction motivée de la sentence, la séance fut longue et dura jusque dans la nuit.
Le conseil de ville présenta le 7 des lettres de bourgeoisie au comte de Mettemich , qui les agréa. Le même jour il en donna de gratuites au ministre Ancillon , chapelain du roi ; quelques personnes pensèrent dans le temps que ces dernières lettres , pour obser\'er les bienséances , auraient dû être données dans une session suivante. Ce corps, qui n'avait pas d'autre moyen de témoigner combien il avait de joie de l'événement, en fit usage comme d'un cordon d'ordre, envers ceux qui tenaient du plus au moins , soit à la cause même , soit à la cour du roi. Le 5 décembre , il en usa de même à
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regard des ministres d'Angleterre et de Hollande en Suisse, Stanian et Ranckel , de François-Louis de Pesmes de Saint- Sapborin/général-major au service de Tempereur et son ministre en Suisse (sans que la raison en soit exprimée], de Jean-Scipion Peyrol , avocat et conseiller du roi de Prusse , et de Guillaume -Frédéric Duncker, conseiller en la même cour.
Louis XIV, qui voyait échouer pour la troisième fois ses volontés sur la principauté de Neuchàtel, fit éclater son mécontentement. Des troupes françaises s'avancèrent en Franche-Comté, et tout annonçait des actes de violence contre la principauté. Le comte de Mettemich, qui était resté à Neuchàtel pour établir la nouvelle domination et pour veiller à la sûreté de Tétat , s'adressa en décembre au canton de Berne pour lui demander des secours en cas de besoin, et en reçut la promesse de tenir 4,000 hommes prêts à entrer au premier signal dans le pays. Le conseil de ville arrêta aussi, le 31 décembre, de mettre de suite son militaire sur pied. Il reçut , le 2 janvier 1708 , Tavis qu'indépendamment des troupes de Berne qui devaient être à Cerlier pour la défense de la principauté , quatre députés de ce canton devaient arriver à Neuchàtel, et il arrêta une conférence avec eux pour en obtenir 2 ou 300 hommes dans la ville, en attendant que les troupes se rendissent sur la frontière de Franche-Comté. En conséquence , 300 bernois entrèrent le S à Neuchàtel , pour en former la garnison. Le 13, le même conseil fit des représentations au comte de Mettemich pour qu'il fût négocié en faveur de l'état une neutralité semblable à celle de la Suisse.
Lors même que Louis XIV n'aurait pas ajouté une foi entière aux démonstrations hostiles du canton de Berne , connaissant la chaleur avec laquelle il avait agi en fsiveur du roi de Prusse, et l'activité de ses démarches, ainsi que leur motif
et leur but, il pouvait craindre que ces mouvemens ne fussent réellement employés à soutenir la sentence des Trois -États en iaveur d'un prince protestant, qui, devenu possesseur de la principauté, était par là même allié du canton de Berne, et par les liens de confédération, avec les autres cantons évangéliques de la Suisse. Or les mauvais succès de la guerre de la succession d'Espagne, Tépuisement des finances de la France, devaient lui faire craindre de s'attirer sur les bras un ennemi qui pouvait entrer dans ses états sans être arrêté par des places frontières, et qui de plus pouvait rappeler les troupes qu'il avait à son service. D'ailleurs, la question ne le regardait qu'autant que son orgueil avait été blessé , et l'objet en était trop minime pour devoir entrer en comparaison avec les grands intérêts qui Toccupaient alors. Toutes ces raisons rendirent la négociation facile ; il fut ouvert un congrès à Arau en mars 1708, où le comte de Metternich députa un conseiller d'état, et invita le conseil de la ville à lui adjoindre un de ses membres; l'instruction du comte fut commune aux deux. Le rapport du résultat du congrès , qui établit la neutralité de la principauté, fut fait au conseil de ville le 16 avril.
Le roi ne ratifia qu'en avril 1709 les articles généraux et particuliers , déjà signés en son nom par le comte de Metternich , en août 1707. On a vu (note v page 77) comment la maison royale de Prusse envisageait cet engagement sous Frédéric-le-Grand , le plus puissant de ses monarques. (64)
Le conseil de ville fut informé, le 13 mai 1709, de la nomination qu'avait faite Frédéric !«' du comte de Metternich pour son plénipotentiaire au futur congrès pour la paix ; cependant il ne partit que vers la fin de l'année.
Malgré la sentence de 1707 qui devait avoir mis fin à toutes les tentatives de la maison de Gonti , cependant, les Quatre- Ministraux et le conseil reçurent à leur adresse un paquet du 30 mars 1709, de la princesse douairière de Conti, renfer-
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mant , outre plusieurs autres pièces , le testament du prince qui venait de décéder. Le conseil , surpris et mécontent de cette communication, faite le 17 mai, en arrêta le renvoi immédiat à la princesse , avec une lettre qui contenait les expressions de sa fidélité envers le nouveau souverain; il décida aussi d'en foire part dans la journée au comte de Metternich, et d'en informer le roi par une lettre. Cette tentative infructueuse ne découragea pas les intrigans avides qui l'avaient provoquée ; ils réchauffèrent les prétentions du marquis de Nesle , et se permirent même, environ quinze ans après, de les appuyer par des manœuvres dans Tétat ; mais le gouverne* ment qui en ^tait instruit et qui les surveillait, mit bientôt un terme à ces intrigues. Cependant en 17S6, lors de la mort de Frédéric II , cette maison essaya encore une démarche ; elle envoya clandestinement un ou deux agens pour sonder le terrain et tâcher d'insinuer une protestation. L'homme en place auquel ils firent part de leur mission, les repoussa avec une telle vigueur qu'ils repartirent immédiatement.
Ainsi passa la souveraineté sous la domination de la maison royale de Prusse, qui en a joui durant un siècle et a maintenu le bonheur de ses habitans par une administration juste , douce et ferme, sans s'écarter des pacta conventa. Lorsqu'en 1806, Frédéric-Guillaume III dut faûre la cession de la principauté à l'empereur Napoléon, le rescrit du roi qui l'annonçait à ses sujets , montra combien il en était affecté ; cependant il ne put y mettre aucune condition. La remise s'en fit le 22 mars par le baron de Chambrier d'Oleyres, son ministi*e auprès du corps helvétique, au général Oudinot, chargé de pouvoirs spéciaux de l'empereur, et qui avait déjà pris possession de l'état avec 5 à 6,000 hommes de son corps. Le même jour le serment fut prêté à l'empereur par tous les fonctionnaires publics, civils ou militaires , dans la salle des États.
Peu de mois après, Tempereur en fit don an général Alexandre Bertbier , qu'il créa due en même temps que prince de Neuchâtel. Les nouveaux sermens des sujets furent reçus le IS novembre en son nom par son commissaire L'Espérut, qui fut ensuite nommé gouverneur de Tétat.
Les maisons de Hochberg , de Longueville et de Prusse avaient prêté le serment à leurs sujets et reçu le leur ; la remise fuite purement et simplement en 1S06 les a livrés sans réserve à la volonté et au pouvoir de leurs nouveaux souverains Napoléon et Alexandre ; cependant sous la courte domination du premier, leur sort antérieur n'a point été altéré, et depuis Tavènement du second, nul changement ne s'est encore opéré; le prince, rendant justice aux sentimens de fidélité que les peuples ont toujours manifesté envers leurs souverains précédens, en attend de pareils, et n'a introduit nul étranger, hors le gouverneur, dans l'administration, qu'U a continuée aux mêmes mains et dans les mêmes formes qu'auparavant. Sonx;aractère connu, ses sentimens exprimés plusieurs fois en faveur de sa principauté , donnent lieu à ses sujets d'espérer que n'usant point du droit que lui donne son pouvoir illimité , il continuera , ainsi que ses prédécesseurs Tont fait, à procurer leur bonheur et leur prospérité, autant que les circonstances pourront le lui permettre , et que les règles générales adoptées par l'empereur ne s'y opposeront pas.
L'étendue donnée à cette section des maisons des comtes et princes de Neuchâtel , quoique en apparence étrangère à l'objet de ce mémoire , y rentre cependant essentiellement , non-seulement parce qu'il s'agit des seigneurs de l'état et de la ville , mais encore parce que leurs principales opérations en celle qualité ont eu lieu dans la ville même, et parce que Tadministration municipale y a joué un rôle plus on moins marquant. On passera maintenant aux diverses parties de
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cette administration , après avoir dit un mot des évènemcns arrivés à la ville de Neuchàtel y autant qu'on a pu les connaître.