‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 79 sur 93 · MYSTÈRES · texte numérisé non relu

MYSTÈRES

Le militaire dans les XY^ et XVI* siècles , comme goût dominant , donna lieu à des spectacles publics , qui , sous diverses dénominations , n'Uvaient cependant qu'une même forme, celle de l'image de la guerre. L'on n'en connut pas d autre jusqu'à ce que le clergé imagina de faire tourner au profit de la dévotion le goût du peuple pour les spectacles. 11 n y avait pas fort long- temps que les mystères étaient joués en France, lorsqu'on s'avisa d'en représentera Neuchàtei; on regrette d'être borné à l'indication de ces spectacles, sans pouvoir donner aucun détail sur les acteurs, ni sur les drames qui en faisaient le sujet. La première trace que Ton trouve de ce genre de pièces de théâtre , date de l'an 1446. Le titre en est : Le personnage du mauvais riche, sujet qui prétait aux décorations, non de théâtre, car il est probable quH n'en fut pas dressé un, mais des personnages. La vie dissolue du mauvais riche devait y être représentée, ainsi que ses douleurs après sa mort ; conmie aussi le patriarche Abraham était sans doute dans une machine élevée, avec Lazare.

En 1460 et 147 1 , il y eut des rimes et des fictos pour ia

solennité de la Fête-Dieu. — Le spectacle fut d'un plus grand intérêt en 1478 , car on joua alors le Mystère de la passion et de la résutrection de Notre-Seigneur.

Ces représentations sérieuses n'excluaient pas des spectacles d'un genre plus gai, rares sans doute alors, puisque Ton courut avec empressement voir le meunier de Rodolphe de Hochberg, qui sautait par les cercles et qui faisait divers esbattements; il reçut même une gratification du Magistmt.

Le mystère représenté avec le plus de pompe, fut celui de 1490 , à en juger par le sujet , les acteurs et la durée du spectacle ; car on y suivit Tordre des temps. Les chanoines, les chapelains, avec d autres acteurs, donnèrent au public la représentation de la Passion de N. S, dans la grande semaine , et celle de la Résurrection après Pâques. On peut juger combien dut être grande Taflluence des spectateurs durant les trois jours qui furent employés à ces mystères, puisque le Magistrat dut mettre des gardes aux portes de la ville, dont probablement les maisons étaient désertes. Les Quatre-Ministraux et le conseil de ville , en témoignage de leur satisfaction , firent aux acteurs un présent de 30 L. foibles , somme considérable pour le temps et eu égard aux facultés de la ville (u),

La dernière mention que Ton trouve de ces spectacles pieux , est le Mystère de la passion de N, S,, représenté le grand vendredi de la Passion en 1509.

Quoique ces mystères eussent pour but de mettre en action des sujets respectables , pour frapper plus vivement le sentiment et Tattention des chrétiens. Ion doit supposer qu'ils étaient à Neuchâtel, comme ailleurs, accompagnés de farces bouffonnes, pour satisfaire le goût non épuré d'un multitude

(u) L. 30 faibles correspondaient à 66^/3 émines do froment, au prix de 1491, à 3 muids 9 seticrs de moût, prix de 1493, à 120 émines de froment, prix de 1497, h 33</î moutons du poids de 29 livres, prix de 1496. Aujourd'hui 30 L. faibles font L. 17 » 2' de France.

ignorante et grossière ; mais comme ceux qui écrivaient, se bornant aux actes essentiels, ne semblent pas (puisqu'on n'en trouve nul vestige ) s'être occupés à transmettre à la postérité des détails sur les moeurs , coutumes , usages et faits particuliers , on est réduit à cet égard , comme à tant d'autres, aux rapprochemens et conjectures, en prenant pour base ce qui se pratiquait ailleurs.

La seule pièce théâtrale , ou comédie , indiquée avoir été jouée dans ce temps-là , et qui ne parait pas avoir rien en de religieux , le fut en 1522 , sous le titre du Peuple qui cherche bon temps. Comme Ton n'en connaît que cela , on ne peut savoir jusqu a quel point elle se rapportait aux circonstances du moment, avec lesquelles ce titre coïncide. Ce fut alors que la commune revendiqua énergîqueroent son droit de participer à ladministration municipale , dont les gérans l'avaient écartée : c'était alors aussi que la secte des anabaptistes prêchait l'égalité ; et sous ces deux points de vne, lauteur pouvait chercher à persuader au public que l'un oo l'autre , ou tous les deux ensemble , constitueraient le bon temps pour lui. Ainsi les novateurs de la fin du XVIII<^ siècle, qui se servirent, dans d'autres états, du levier de la comédie pour mettre le peuple en quête de ce bon temps , ne furent pas inventeurs ; d'autres les avaient devancés dans cette tactique, comme dans celle de se flatter d'une part dans le goovernement et dans les fortunes des riches. Mais les succès ont été diiférens : à Neuchâtel, le peuple s'est contenté d'une portion peu considérable dans l'administration, et n'a porté nulle atteinte aux propriétés ; ailleurs il n'a feit par son monvement que rendre plus absolue l'autorité d'un seul , après avoir avec violence porté atteinte à la fortune des individus qu'on lui faisait craindre ou envier.

La teinte sombre du calvinisme ne put s'étendre aux jeox militaires, qui subsistèrent après la réformation comme institution nationale ; mais elle agit sur tous les autres div<ï'

tissemens, qui furent supprimés, ne pouvant se concilier avec les principes sévères de la nouvelle religion. L'on n'aperçoit donc plus dès 1530 à 1604, aucune trace de ce ^enre de spectacle. Dans cette année, des comédiens français demandèrent la permission de représenter quelques pièces dont les sujets seraient tirés de TEcriture- Sainte; on ne voit pas s'ils furent agréés. Au milieu du XYIII*^ siècle, la dévotion moins fervente , ne regardant plus la comédie sous une face aussi criminelle , il fut permis à des comédiens français de représenter quelques pièces dans une salle de l'ancien hôpital. Elles donnèrent plus de vivacité au goût du peuple pour ce genre de spectacle ; ensorte qu'en 1766 la magistrature y satisfit, en permettant trente représentations à une troupe de comédiens de la même nation , qui faute d'autre salle, durent se baraquer. La nouveauté du spectacle, le besoin de dissipation, y attirèrent une grande aiBuence de spectateurs ; tous ne calculèrent pas leurs moyen&de fortune, en se livrant avec leur famille à l'attrait du plaisir ; il en résulta du dérangement dans quelques-uneç, et une exportation a.^ez considérable de numéraire par les comédiens. Le conseil de ville, fipappé de ces inconyéniens et de ceux qui pouvaient résulter du commerce avec les acteurs et les actrices, rappela à lui le droit de voter sur cet objet, dont il avait laissé l'exercice aux Quatre - Ministraux. Depuis lors , toutes les demandes pareilles, quoique appuyées de fortes recommandations, ont été rejetées ; et lorsqu'én \ 806 le général Oudinot appela une f troupe de comédiens pour l'amusement de la garnisQu, les re-

I présentations furent très-peu fréquentées, et les comédiens

I ne trouvèrent pas dans leur jeu une ressource suffisante

I pour leurs besoins. Dès 1766 , des comédies de société

I jouées gratuitement par des amateurs , et auxquelles pou-

vaient assister de nombreux .spectateurs , avaient amorti le goût du public , et paf leur fréquence avaient rassasié son avidité.

La territoire de Neuchàtel, fort amoindri par les apana{][cs qui formèrent les seigneuries de Yalangin , de Gorgier , de Vaumarcus et de Travers, le fut encore plus par suite de l'esprit de dévotion qui se fit particulièrement remarquer chez les seigneurs de la maison de Neuchâlel. Ils diminuèrent ce qui leur restait de domaine , et chargèrent leur revenu pour doter richement les ecclésiastiques et mériter d'eux ce dont ils étaient alors fort prodigues , des places plus vastes dans le ciel, et une plus grande masse de bonheur après la mort.

Ils comblèrent de dons Tabbaye de Hauterive , celle de Saint -Jean , celle de Fontaine -André, le chapitre de Neachâtel; fondèrent les prieurés de Bevaix, de Corcelles et de Môtiers ; assignèrent des portions de leur revenu aux chartreux de la Lance et à d'autres couvens étrangers , et le réduisirent à si peu de chose que sans les riches alliances que firent quelques-uns d'entr'eux, et sans les autres terres dont jouissaient les comtes de Fribourg et les margraves de Hocbberg, ils eussent eu peut-être le sort des seigneurs de Gruyères, beaucoup plus riches, mais qui furent obligés de vendre les terres de leur comté pour éteindre leurs dettes.

Il ne reste aucun document sur les produits du comte avant la fin du XI V<^ siècle. Les journaux qui pouvaient eo

REGEYEim DO VAL-DE - TRAVERS

donner une idée , sont délruils. L*on ne commence à avoir quelques lumières à cet égard que dans les dernières années de ce siècle. Pour foire voir quel était le revenu annuel de ce qui restait alors du domaine au comte Conrard de Fribourg^, on a relevé le sommaire suivant, extrait des comptes des receveurs des châtellenies et mairies, dès le 10 janvier 1397 ou 10 janvier 1398, c'est-à-dire durant une année.

48 m^» 8 ém. froment )Je™«»d vendu

> à i2 sols

128 m^* 1 4 ém . avoine ) lausannois.

124 livres cire , la livre à 4 sols.

11 chapons.

62 quartiers et 18 liv. fromage^ le

quartier de 31 livres.

|Une charge et une corbeille sel.

75 écuelles de bois.

Page 1