LANGUE, JARGON
Le pays de Neuchatel iaisant partie du ropume de Bour- {][ogDe, dut en parler la langue, quoique les actes notariaux, qui étaient du domaine ecclésiastique, fussent écrits en langue latine.
Quelques autres actes essentiels , ou chartes , sous Eollio ou Louis de Neuchâtel, furent cependant écrits en langue française du temps. On peut se faire une idée de ce qu'elle était dans le XIII^^ siècle, par un acte que Ton doit envisager comme privé, s'il n est poiut le résultat d'une fraude pieuse, n'ayant ni signature ni le sceau indiqué ; il existait dans les archives de Tabbaye de Fontaine-André (t). On a quelque lieu d'être surpris que ce pays , séparé seulement par la
ft) « Scuchent tuit cil qui orront el verront ccstcs présentes lettre, qB« » je Jhans dicl Cuchi dou Vilar et je Perrcy dict Cuchar de le devant did » Vilar, per lo los et lo consentiment de nostrcs femmes Lasun et SibihùB
> et de tost nostres licres Clirancier et Perrunicr et Nicole ta, aven veadi » et donna à bir et à fey, la mey tie dou branlfe que nos scay en arrier aria
> tenu ou Vilar de la maison de Fontaine-Andrey, per sesante sous de bois
> viancis ; Humbert ou Morel don Vilar et à ses hers postérior, mais Mote
> le dreit et la rasou à Tabbé et au couvent de Fontaine-Andrcy, et de cesU p cliosa nos devant dict Jehant et Pierroz et nostres beirs prometten et aria i> promi que nos leaul Wewent estren ou devant diet Humbert ou Hord » et a ses heurs encontre tost, et de cesta devant dict et fé n*en lut javiis » plaideir ne rapalar, ne per nos, ne per nostres beurs li Morel ne si heirs,
> et de totcs les dictes convincinces sont tesmoings Girard et René de Ma- » reins et Pierre li Congres et Erounier d'Arins, et por set que ce soitplos » ccrtaina et ferma cbosa nos devant dict Jehans et Pierre aven dena cestes » lettres sélaes dou sccl dou religions Barun et honneste abbé de Fontaia^ » Andrcy. Ce fust faict en l'an de encarnation de Notre Seniour coret per
> i 268 ans au meys de novembre. »
On peut d'autant plus avoir des d6«te»!aiiv Ift lépiMIé de cet acte, V^ récriture n'était pas alors en usage parmi les paysans comme ceux da bameau du Vilar près de Voëns, et que cet acte important pour leur hMl^ n'est point instrumenté par un notaire, suivant la coutume. Quant à ladale en chiffres arabes, qui n'étaient pas encore d'un usage général, c'est le fai' du copiste duquel on a transcrit celte pièce.
Thielle d'un état allemand, et plus encore les relations étroites qn établit le traité de 1406 entre l'état de Berne et la ville de Neuchâtèl, n'aient eu aucune influence sur la lang^ue en usage dans celte dernière. La formation de la rue ou quartier du Neubourg^ dont le nom indique une colonie allemande, ne parait pas y avoir rendu dans les temps anciens la lang^ue allemande plus commune. On ne voit pas même dans les actes les plus éloignés de notre temps des noms de iamilles allemandes; il est vrai que dans les Xni<^ et XIV« siècles, toutes les iamilles ne portaient pas encore des noms distincts ; les individus avaient leurs noms de baptême , et comme il n'y avait pas une grande variété , au lieu de les distinguer, ainsi que dans d'autres états par la désignation Jean, fils de Pierre etc., on le faisait par d autres circonstances de leur physique , de leur moral ou de leur situation ; ensorle que plusieurs de ces noms furent dans le temps des sobriquets. Il se composa de cette langue française informe un jargon appelé j^o/of 5. Le français resta aux classes supérieures; le patois fut la laogue commune, ou du peuple. Le fond en est la langue française, mais il y dans son vocabulaire nombre de mots dont l'étymologie est étrangère , latine , italienne , grecque même , mais peu d'allemande. L'on pourrait supposer que cet amalgame singulier a été dû à la composition de la population de Neuchâtel, dont la charte d'immunités et d'affranchissement y attira beaucoup d'étrangers qui corrompirent la langue française, alors en usag^, par le mélange de celle de leur patrie qui elle-même pouvait n'être déjà qu'un jargon. L on ne pournût guère expliquer ladoption des mots latins , grecs et allemands , que de cette manière. Quant aux mots et phrases italiennes , Ton a lieu de penser que le^ guerres d'Italie, dans les XV* et XVI* siècles, en introduisirent Tusage par le séjour que firent dans ce pays les conlingens de Neuchâtel. H est au reste à observer
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que ce jargon , avec beaucoup de nuances dans les mots, dans les constructions , dans Taccenlnation , s'étend ie long du pied du Jura , dès la Neuveville à Genève ; que chaque village en quelque sorte a son jargon particulier quant à plusieurs mots et à la prononciation ; qu*il y a à cet égard des différences assez marquées pour que d'un district à Tautre, des phrases , des mots , soient inintelligibles pour chacun deux.
Aujourd'hui l'usage de la langue française est devenu général, même chez l'habitant de la campagne où , sans abandonner son jargon, il entend et parle cette langue, que propagent les écoles dont chaque village est pourvu, et qui rendent aussi plus communes l'écriture et l'arithmétique.