L. 209 » 15> lausannois
^•KNTBS ET PÉAGES . . . L. 97 » 15» » 4«ï.
DIVERS 148 chapons.
Ainsi donc le revenu du domaine de Neuchâtel en 1397 fut pour le comte , de
845 muids 9 émines froment ;
488 » 2 » avoine ;
268 » 9 setiers et 11 pots de vin ;
428 chapons ;
283 livres de cire ;
79 quartiers et 18 livres ou 2,467 livres de fromage ;
une charge et une corbeille de sel ;
75 écuelles de bois ;
2 muids 17 émines de noix , ou 65 émines ;
54 quarterons , 2 picots huile ;
27 porcs ;
5 pièces et 27 aunes toile ;
en argent , L. 1 ,530 » 3» » 1^ lausannois.
Si Ton mettait ces articles au cours moyen du jour, on aurait
Le froment, 20,289 émines à L. 2 .
L'avoine, 11,494 émines à 10 sols . . . Vin, 3,225 seliers à L. 4, ou 5 sols le pot.
Les chapons à 14 sols
La cire à L. 1 « 8» la livre
Le fromage à 4 sols
Les noix, 65 émines, à L. 1 » lO^Témine. La mesure d'huile n'étant pas expliquée ,
on n'en donne pas la valeur.
Porcs, 27, mis à 200 liv. chacun , la livre
à 8 sols, 5,400 liv. produisent . . . . Toile , le contenu de la pièce est ignoré ,
ainsi on ne peut l'apprécier.
Ainsi ces denrées donneraient aujourd'hui L. 62,635
JO
Quant au revenu en argent, qui dans sa dénomination coqsenée serait représenté par L. 612, pour le remettre, ainsi que cela se doit, au cours d'alors , on en déterminera la valeur par un objet moins sajet à variations que le grain elle vin. On choisit donc la viande de boucherie, ou la livre de bœuf coûtant en 1397 trois deniers; L. i, 530 »3«»1^ donnent en résultat 422,412 livres de bœuf, qui, évaluées aa cours moyen du jour , à quatre sous la livre , prodoiseot L. 24,482 » 8».
Ainsi en total, le revenu du comte en 1397, serait représenté aujourd'hui *par une somme de L. 87,117» 17>>6^ sans compter les menus articles non appréciés.
Quelque considérable que paraisse ce revenu , auqud il faut encore ajouter celui de ses terres ^n Brisg[au, celai des terres de Vuillaufans ,~ de Verselx et de Venues , au cornié de Bourgogne , cependant le comte devait déjà plusieurs sommes à Fribourg, Morat et ailleurs ; il augmenta ces dettes pour payer la rançon de son fils en 1449.
Son voyage en 1404 dans la Terre-Sainte, qui ne pouraii se faire qu'avec de Targent, ne dut pas diminuer ses embarras ; une vente forcée de denrées , en quoi son principal revenu consistait, ne dut pas lui procurer de fortes somines
Les absences des comtes , qui ne pouvaient voyager bon de chez eux qu avec une représentation confDrme à leur rang et à la considération que leur donnaient leurs alliances, étaient donc fort onéreuses pour eux ; il n en était pas de même lorsqu'ils séjournaient dans leurs terres.
L'on ne connaît , antérieurement à Louis de Neuchitel, aucun détail sur le genre de vie de ses prédécesseurs ; on sait même peu de chose sur ce qui le concerne. On voit seulement que dans les dernières années de sa vie , il visitait aonuellcment ses domaines, et même les terres de Champveiit cl de la Motte, qui appartenaient à Marguerite de Vufflens, »
troisième femme, à laquelle elles retournèrent après sa mort. Il ne négligeait pas non plus ses terres du comté de Bourgogne. Ces voyages n'étaient pas coûteux ; il consommait ses revenus sur les lieux, et y faisait circuler le peu d'argent qu'il en retirait.
L'ancien château, demeure des premiers comtes, peut donner une idée de la simplicité de leurs mœurs et de leur genre de vie. Lorsqu'ils eurent transporté leur demeure sur le rocher où est le château actuel, ils purent s'y étendre et en augmenter les constructions, à mesure que leur état devint plus considérable par leurs possessions au dehors et par les postes élevés qu'ils remplirent ; ce qui eut surtout lieu sous Jean y comte de Fribourg , et sous la maison de Hochberg. L'on ne commence à connaître quelques particularités sur leur intérieur domestique que dans les dernières années de Gonrard de Fribourg.
Déjà en 1398, le Magistrat donna un dîner au comte chez Nicolet de Grandson , maire de Neuchâtel, Ge dîner coûta 69 sols lausannois (v). Malgré les différends qui existaient entre Gonrard de Fribourg et la ville de Neuchâtel, il agréa des repas d'elle , en 1416 et 1417 ; elle lui fit , sans qu'on en connaisse le motif, un don de L. 440 (fo). En 1425 , il accepta un souper qui coûta 102 sols (x).
Sa vie , suivant l'usage du temps , était active ; il visitait chaque année ses domaines , dans le comté ou au dehors ; il allait à Vennes, Verselx, Vuillaufons, au Val-de-Travers, à
(v) Soixante-neaf sols équiTalaicnt à 276 livres bœuf à 3 deniers , aajourd'hai à h sols : L. 55 » 4*.
(w) Trente-cinq mille deux cents livres de bœuf à trois deniers , aujourd'hui à quatre sols, L. 7,090.
(x) Cent-deux sols, ou 306 livres de bœuf h 4 den., aujourd'hui & 4 sols, L. 61 • 4'; on peut en conclure que les repas n'étaient pas somptueux par la recherche des mets , mais probablement par une abondance de viandes simples et communes.
Boudry, au Landeroo , au château de Thielle , et demeorait un temps plus ou moins long dans chacun de ces lieux. Partout un receveur pourvoyait à l'entretien de sa maison nec les denrées qui constituaient son revenu ; la chasse y fournissait encore ; elle se faisait avec chiens et oiseaux.
Le comte avait neuf à dix tant grands que petits chenni dans ses écuries, pour son usage, ainsi que pour celui de son fils et de sa bru ; les premiers pour la litière, les seconds pour les courses continuelles , car on ne voyageait qu'à cbeTâl. Outre cela, il y avait vipgt-huit chevaux pour ses maignien^ ou domestiques et pages , qui en avaient chacun un en particulier. La maisoù du comte Conrard étant moins nombreuse pour ce qui le concernait, que celle du comte Jean, son fils, on n'en parlera qu'au chapitre de celui ci comme aussi de sa vie domestique, autant qu'on a pu en avoir connaissance.
Quoique Conrard jouit d'un assez beau revenu, cependant les intérêts de ses dettes le mettaient mal à l'aise ; il éprouvait des désagrémens, et pour se tirer d'affaire il était rédah à faire des emprunts de peu de valeur (y).
Dans les comptes de recette de la fin du XIV« siècle, il n'est fait mention de poissons que dans une note vague, sans explication ; mais dans les journaux de dépense de l'hôtel da comte, on voit qu'il lui était dû des palées, et du brochet .f*,\
(yj Vingt-six octobre 4422 : « A Pierre Coustelicr, marchand, por^ qu'il ne voulait rien bailler à créance, (credenza, crédit), pour deai quan«« de papier, six deniers. — 9 janvier : « au mcsme , deux escus d*or pr<^ au comte à une foire de Genève pour compléter un payement à un b^' chand , L. 1 » 16*. > ~ 28 février : c intérêt pour le compte de monsici^* un sol. » — Offrande de monsieur à la messe, à luy remis, six deaier<;i madame (femme de Jean de Fribourg) pour dite, un sol six deniers. *
(z) Il parait que les pécheurs d'Auvernier, pour avoir la pennissioo <if se servir du grand filet, devaient au comte une certaine quantité de brochets ou de truites. Les palées provenaient d'une autre redevance doot^ ne connaît pas la source.
les premières sans évaluation, les seconds par rapprochement de {grosseur , ainsi que la truite : par exemple , deux truites reçues étaient mises par le maître d'hôtel ou le cuisinier pour valoir une truite et demie , trois truites pour deux , et ainsi de suite. Sans doute que le bail expliquait comment cela devait être entendu ; ces truites étaient appelées truites de moison ou de mesure.
Indépendamment des chapons, dont le chapitre du revenu fait mention, il y avait des redevances en oisons et en poules, ou en poulets, dont deux valaient une poule. Les sautiers des juridictions en disaient la recouvre; ensorte que hors le gibier que la chasse fournissait , les terres du comte donnaient abondamment tous les objets d^approvisionnement. L en doit cependant encore en excepter le bétail, qui était sans doute acheté, mais nourri et eng^raissé dans les domaines du comte, s>]rtout au Val-de-Travers (au Pré - Monsieur) ,
Un {jrand article de consommation , et qui chez ta nation allemande s'est soutenu fort avant dans le XVIII* siècle, était le vin. Le comte Conrard en faisait un g^rand usagée ; c'était dans les mœurs du temps. Déjà malade, le 30 mars 1422, non content de son vin de provision , il en fit acheter deux pots à Keuchâtel, pour six deniers ; il en avait déjà fait chercher le 16, six pots pour son diner et son souper. L'art, du ' 2 août détermine bien ce remède supposé ; il est dit « douze » pots de vin pour monsieur en sa maladie. » Elle s'aggrava et il se transporta à Bade vers la mi-septembre (a)^ où il se fit suivre par une futaille remplie de vin de Serrières. Sa mort, arrivée le 16 avril 1424, changea l'état de Thôtel qui fut augmenté , quoique son fils et sa bru y eussent vécu , et il s'établit un nouvel ordre dans la gestion , sur laquelle le
(a) La mi-septembre de 1423. L'anaée aYait commencé le 4 avril , dimanche de Pâques charnelles.
comte Jean veilla immédiatement , visant et signant durant plusieurs années les comptes de la semaine.
Les souliers furent un objet considérable de dépense ; ils étaient fournis sans limitations à toute la domesticité ; et quoique le cordonnier fût payé en bonne partie en cuirs et en peaux, cependant le solde en argent, même après le gain qui lui était donné , se trouvait considérable. Le comte Jean y apporta sans doute un changement, car cet article ne se trouve plus dans ses comptes.
Le domestique du comte Jean était nombreux : il avait un mattre-d'bôtel, un majordome, qui surveillait Tintérieur, mettait le prix aux fournitures nombreuses des comestibles, réglait Tapprovisionnement et avait Tinspection sur les domestiques et sur les détails ; un trésorier, qui tenait le journal de dépenses , recevait et délivrait l'argent ; un préposé aux greniers, qui recevait le grain et le délivrait aux boulangers et aux écuries. Ce compte entrait dans celui du trésorier (b).
Des pages, au nombre de trois ou quatre, étaient attachés à sa personne. Un portier veillait sur ce qui entrait et sortait du château. Ses astrictions prouvent que le comte ne voulait pas se desheurer lorsqu'il était à table (c). Un cuisinier avec deux aides {soiUarts, marmitons); deux boulangers qui faisaient le service du four. Tandis qu'il était à Cham-
(b) Conrard, pète du comte Jean, ayail un trésorier-général, Nicolet de Grandson , qui rendait compte de tous les soldes en argent que loi remettaient les receveurs et les maires du comté. Lui-même était maire de Neuchàtel. Le chanoine Leschet recevait des mêmes les denrées qui ne se consommaient ou ne se vendaient pas dans leurs départemens. Ces deux , avec deux Ou trois autres , formaient la chambre ou conseil des auditeurs de comptes de toutes les terres du comte.
(c) Le 10 juillet i430, Jaquet Jehannet dit Maublanc, engagé comme portier et devant accompagner le comte dans toutes ses résidences, a juré sur les saints Évangiles de Dieu : c 1<* de ne rien laisser emporter de Thôtel
> sans la permission du maistre-d^hôtel ; V de ne laisser entrer dans Thôtel,
> étrangers on privés , quels qu*ils soient , sinon chevaliers , escuyers ou
plitte (d)y ou voit an chambrier indiqué au nombre de ses gens ; peut-être Tavait-il déjà auparavant , mais il n'est désigné qu'alors. On remarque également un chasseur. Son père avait un trompette, il le conserva ; il est aussi parlé de la petite trompette. 11 prit, suivant Tusage du temps, un fou, et il est quelquefois fait mention d'un ménestrel , sans que Ton puisse savoir si ce terme est entendu d'un troubadour qui chantait et composait des romances, ou s'il ne signifie qu'un ménétrier ou joueur d'instrumens , sens attribué dès -lors à ce mot. Un domestique maçon faisait les réparations dépendantes de son métier. Des domestiques charretiers faisaient les charrois nécessaires à lapprovisionnement. En 1430, six d'entr'enx amenaient du bois de la C6le, le lundi ; six autres de Boudevilliers , le mercredi ; et six autres de Rochefort , le samedi. Les chevaux attachés à ce département sont désignés sous le nom de chevaux de Thâlel, ou chevaux du char ; ceux du comte , sous celui de grands et petits chevaux de monsieur ; les autres portent le nom des individus au service desquels ils sont destinés ; mais comme parmi ces domestiques il y en a plusieurs dont le service n'est point expliqué , il est à présumer qu'ils étaient de simples valets.
La comtesse avait quatre demoiselles , trois filles et un valet de chambre ; mais en 1440 Tétat que le comte tenait à Champlitte comme maréchal de Bourgogne, étant plus considérable, elle eut six demoiselles , sa nourrice , la mère de
> prestres de l'hôtel, quand on mtngera, depuis le commencement d'entrer » à table, si ce n'est par la licence du maistre-d'hôtel, jusques les derniers » ayent mangez; et entre les deux mangiez, n^y laissera entrer homme
> étranger, sinon par le commandement de monsieur ou du maistre-d'hô-
> tel. » On joignit à ses fonctions à' Champlitte, celle du soin de la volaille ; c'était alors Jean qui pleure. Son gage était de 6 florins d'or par an , une robe de gris , deux paires de souliers et une paire chausses de Scrgy.
(d) Jean de Fribourg avait eu Champlitte par la dotation testamentaire d'Antoine de Vcrgy, frère de sa mère, et mort en l'i31) (91).
celle-ci, et une nourrice de ses enfons ; deux filles de chambre avec deux autres femmes. Les gens du comte étaleat au nombre de quarante (Rodolphe de Hochberg n*avait qu'un varlet). Dans ce nombre étaient le chapelain de la comtesse, deux aumâniers, trois pages, le clerc ou secrétaire qui tenait les comptes, un sommelier, un receveur et distributeur de grains, deux boulangers, un braconnier, un portier, un jardinier , un carrier , et le reste en gens de service , sans désignation d^oflice , hors deux cuisiniers et trois aides.
L'on a peu d'indications sur les gages que le comte et la comtesse donnaient à leurs gens de service (e). Sous Coih rard, quelques articles font supposer que qudquefois ces gages s'acquittaient avec du grain , soit que Targent fiit rare, soit que ces gens trouvassent de la facilité à s'en défoire à Neuchàtel , ou que leur famille y fût établie.
La nécessité de la représentation à Champlitte , faisait que sa maison demeurait encore considérable lors de ses absences. Le 5 mars il partit pour visiter ses terres d'Outre- Joux, et laissa encore à la comtesse un train de cinquantequatre personnes.
Durant le séjour du comte , dès le 8 novembre 1440 an 22 juillet 1441, époque à laquelle la comtesse transféra son séjour à Regny , Jean de Fribourg fit plusieurs absences pour se rendre à Dijon et dans le comté de Bourgogne ; mais son rang et la parenté de la comtesse attiraient au château des visites fréquentes et nombreuses. La dépense y était forte:
(t) (Voyez note f page 406). En 1430, un charretier fut engage pour 91lausannois par an, en argent, quatre aunes de gris pour une robe (sarreao) et une paire de chausses ; plus, quatre paires de souliers. — En t^i^.QS domestique maçon au gage de 13 L. par an, et une robe de li^Tée quiinl il eu sera fait aux autres, et un chapiron du comte. — En 1440, un jardinier pour 10 L. par an, lui et sa femme nourris, et une robe de livrée quand le comte en fera à ses domcstiipies, ainsi qu'une robe quand la comtesse fr" \èlir SCS femmes.
quoique Champlitte et les terres voisines du comté fournissent les vivres essentiels, cependant il restait encore beaucoup de choses à payer avec de Targent. On peut en juger par un comte d'articles d*épiceries et de sucreries envoyées à Giamplitte le 10 mars 1440 , par le mattre d'hôtel qui les avait achetées à Genève ; envoi qui avait déjà été précédé d'autres de ce genre , depuis quatre mois que la maison du comte était dans cette terre (f). Les prix ne sont point indiqués, mais on peut les supposer hauts. Pour fournir à la dépense courante, le comte avait envoyé à diverses reprises à la comtesse , 400 florins d'or et 79 saints d'or. Quoique Jean de Fribourg fût plus riche que son père , il éprouvait aussi quelques embarras de crédit. La comtesse étant à Grey, emprunta d un particulier 20 francs, qu'il ne consentit à lui prêter que sur le nantissement de trois tasses d'argent, que Jean de Fribourg relira en 1437.
Si sa vie fut active , celle de la comtesse ne le fut guère moins. Elle accompagnait son mari dans toutes ses courses auLanderon, à Thielle, à Boudry, au Val-de-Travers, ainsi que dans ses terres en Franche-Comté où il avait des châteaux. La^ quantité de souliers que lui fournissait son cordonnier , et dont une partie était à double semelle , indique un grand exercice et une vie fort éloignée de la mollesse.
Durant ce séjour du comte à Champlitte, il se passa deux évènemens qui tiennent à l'histoire, mais dont le premier seulement est connu.
Le 14 décembre 1440 , il fut envoyé dès Champlitte un exprès au comte , pour lors à Dijon où il devait tenir les états de Bourgogne en qualité de gouverneur de la province, pour l'informer que Ion avait vu la veille, près de Selongey, des gens d'armes en grand nombre , sans connaître qui ils
(0 Voyci noies additionnelles (92).
étaient , ni qui les avait envoyés. Le comte se bâta de retourner à Gbamplitte, où il arriva le même jour à la nuit.
Cette alarme n'eut pas de suites pour lors , car le comte partit le 4 janvier pour tenir une journée à Grey , revint i Ghamplitte et en repartit le 9 pour se rendre à Dijon, et de là dans le comté de Neuchâtel. U y arriva effectivement ; mais la comtesse lui fit savoir par un courrier que les écarcheurs étaient venus le 26 janvier autour de la ville de Ghamplitte.
Le 28^ ces écorcheurs arrêtèrent Othenin de Cléron, page du comte, et probablement le dévalisèrent , car ils prireoC son cheval. Le i^^ février, il fut envoyé de nouveaux coorriers à Jean de Fribourg, à Neuchâtel.
En attendant son retour, la comtesse prenait des précautions pour se mettre à labri d*une attaque. Elle retint , le 27 janvier, Philipot-Dieu, serviteur de Philibert de Molans. « pour ce quil se congnoist bien en artillerie. »
Le 3 février arrivèrent 6 gens d'armes et 4 archers, envoyés par le comte pour garder la place ; le lendemain il ea vint 63 autres, y compris encore 4 archers.
Le 6, les écorcheurs s'éloignèrent de Ghamplitte.
Il parait que c'étaient les mêmes qui avaient été sous les ordres du bâtard de Bourbon, et auxquels Jean de Fribourg, comme maréchal de Bourgogne , enjoignit le 18 par letues à eux adressées à Morey , qu'ils eussent à évacuer la province.
Ges écorcheurs, troupe de pillards sans ordre et n'appartenant à aucun souverain , ne vivaient que de brigandages, et commirent des désordres affreux dans les deux Bourgognes où ils passèrent ; ils commençaient à ravager TAlsace, sans que Ton tentât d'envoyer des troupes contr'eux , lorsqu'en 1444, Gbarles Yil, voulant donner du secours au duc d'Autriche en guerre contre les Suisse^, chargea le dauphin,
1>RIVÉE8 ET DOUESTIQUES. 4il
depuis Louis XI, de cette expédition. Ce prince trouva moyen de réunir ces bandes indisciplinées , et les opposa aux Suisses , qui éclaircirent beaucoup auprès de Bàle cette année de brigands. Le dauphin en prit une haute opinion de leur valeur , et s'empressa de conclure avec eux un traité, dont il retira dans la suite les plus grands avantages.
Le second fait , dont l'histoire ne parle pas , est la prétenlion que forma Charles VU (qui s'était avancé jusqu'à Langres, à ce qu'il parait, avec un corps d'armée), sur Champlitte et ses dépendances, comme étant un fief du comté de Bourgogne et du ressort de G^ey. Jean de Fribourg était à Dijon le 10 février , où la comtesse lui fit savoir que le roi, arrivé à Langres le 9 , voulait envoyer sommer la ville de Champlitte de se ranger sous son obéissance, sans quoi il en ferait le siège en personne. Le comte appela aussitôt ses vassaux pour la défense de la place. On n'y remarque qu'un seul vassal du comté de Neuchàtel et des valets du seigneur deValangin. Le 13, arriva Philibert de Yandrey, bailli d'Amont au comté de Bourgogne ; il était envoyé par les gens du conseil du duc de Bourgogne pour répondre aux sommations du roi, si elles avaient lieu , et pour défendre la ville. Le même jour il entra de nouveaux gens d'armes dans Champlitte, dont la garnison se trouva être de 152 hommes.
L'article suivant n'indique pas des hostilités bien prochaines:
« 14 février , acheté un chapon et quatre poulailles au » marché, septgros.'EIles ont aujourd'huy très-fort renchéri, » parce que les gens de la poUaillerie du roy en sont venus » acheter par le congié de M. le bailli d'Amont , et les ont » payées ce qu'on en voulait. » Le même jour on envoya chercher à Fonvens , chez le comte de Yergy « un gros ca- » non à rompre tauldis. »
La garnison consistait en 42 hommes d'armes avec deux
412 HOEURS ET COUTUMES
chevaux, payés à deux francs pour huit jours entiers , à commencer le 15 ; en 6 hommes d'armes à cheral à un franc; en 24 gens de trait et varlets armés , à un franc , parmi lesquels se trouvait le chapelain du bailli d'Amont , et 6 gens d'armes qui n'ont point voulu recevoir de solde.
Cinq charpentiers enchâssèrent les canons et firent un boulevard de bois : six maçons taillèrent un quarteron de boulets de pierre.
Le comte arriva à Champlitte le 19 , avec messieurs de Pesmes et deVaulangin, et grand nombre de gentilshommes avec leurs varlets. Toutes les inquiétudes se dissipèrent bientôt ; car le 21 le bailli d^Âmont , auquel le comte avait fait présent de six tasses d'argent , partit de Champlitte avec la garnison.
Rodolphe de Hochberg n'y arriva que le 25.
Jean de Fribourg aurait été soutenu en cas^d'attaqne ; car le 4 mars , un messager de Berne apporta au comte des lettres de ce canton qui lui annonçaient l'envoi de troupes pour secourir Champlitte, si le roi l'assiégeait. Le comte remercia les Bernois et n'accepta pas leur secours , parce que le roi s'était retiré sans faire sommation ni tentative contre cette ville.
Ainsi se termina cette affaire, dont les suites auraient probablement amené une guerre entre Charles VU et Philippele-Bon , duc de Bourgogne ; mais on aurait désiré voir la déduction du droit sur lequel se fondait le roi, qui sans doute craignait d'autant plus les suites de ses prétentions , que le prince d'Orange avait rassemblé une armée et s'avançait vers Champlitte ; mais le 22 , Jean de Fribourg lui écrivit qu'elle n'était plus nécessaire.
Le séjour de la comtesse à Champlitte, (car le comte fit des courses très-fréquentes), finit au l^i" juin ; il s'y déclara alors une épidémie qui lui donna des inquiétudes, et elle se rendit
à ThcuUey, terre peu éloignée, ne prenant avec elle que ses sept demoiselles, sur un charriot branlant, deux femmes de chambre , son chapelain confesseur , un cuisinier , un boulanger et quelques servans ; le reste demeura à Champlilte, dont rétat de maison fut dissout le 19 août 1441.
Le comte et la comtesse , durant leur séjour , firent plusieurs aumônes, et la comtesse donna des marques de sa dévotion. « Pour les gens ayant leur entretien au château, sont pour chaque jour deux aumônes et Vécuelle-'dieu » (probablement pour des religieux).
1440 , le 10 avril , la comtesse ordonna qu'il fût fait largement de pain « pour que le jeudy J3, qui sera le grand » jeudy , Ton puisse en donner à tous venans deux pains, » lun blanc, Tautre bis ; de même qu'à ceux qui s'employent » au château une pinte de vin et un potage aux pois. »
Ce jour -là 43 , treize pauvres dinèrent à la table de la comtesse, « comme les gentilshommes et gentilles- femmes. » L'aumône ci -dessus avec une pièce de monnaie fut faite à huit-cent douze personnes, non compris les porteurs et autres personnes de la ville.
Les religieux de Champlitte ayant « apporté veoir les re- » liques de la plus grande partie du corps de Saint -Virin, » et de Sainte-Perpétue, » la comtesse leur fit donner une corbeille pleine de pain et deux quaquarts de vin.
Plusieurs gentilshommes se rendirent au château de Champlitte pour la fête de Noël 1440, et le comte leur fit délivrer en étrennes pour ce jour-là , ainsi qu'aux maigniers de l'hôtel , 16 florins.
Jean, comte de Fribourg, à Neuchâtel, ne rcjetta pas les présens en vin de la municipalité ; ils étaient quelquefois accompagnés de vivres.
En 143 J , il reçut du Magistrat douze pots de vin qui lui furent envoyés à la badatube (bains), et ensuite quatre moutons.
Il lui en Alt offert autant en 1441 pour sa bienvenue à son retour de Champlitte. Dès-lors il n'en est plus fait mention.
Si la vie active que Ton menait rendait les corps robustes, les alimens étaient à lavenanl ; ils étaient simples , grossiers même , et excitaient à se donner du mouvement. Beaucoup de viandes, plus salées que fraîches, quantité de poisson , à cause du carême et des jours maigres, de la volaille en abondance , poules , poulets , oisons. Il n'est nullement fait mention de canards. Pour se faire quelque idée de la consommation des subsistances, on offre Tétat suivant de ce qui fut consommé dans Thôtel dès le 12 juin 1445 à pareil jour 1446 :
172 muids 23 émines froment , sans y comprendre quelques muids de seigle et le pain frais acheté chaque jour poor la comtesse ;
Ô28 muids 18 émines avoine (^J;
134 muids 11 setiers vin du pays, et outre cela plusieurs poinçons de vin. des terres du comte en Franche-Comté ;
256 moutons, 1,162 poules, 294 poulets.
L on a choisi Tannée dans laquelle , malgré quelques yisite^ que reçurent le comte et la comtesse, la dépense se rapprocha le plus de Tétat ordinaire. L'emploi en argent , tant ordinaire qu'extraordinaire, ne monte qu'à L. 3^5» 9*» 11^. La dépense ordinaire se faisait en viandes fraîches, pain frais, lait, beurre, œufs , dont la consopimation était très-grande, et autres articles servant à la nourriture. Dans l'état d approvisionnement ci-dessus , il n'est nullement fait meatiou de viande de bœuf et de vache (car cette dernière se servait aussi sur la table des maîtres) . L'on n'a pu en faire un re-
(gj II y t UD singulier article à la date du 2S juillet 1455 : « Pour les Be«f chevaux du char, cordeliers et âne, neuf émines quatre livres avoine. • II est assez plaisant de voir les cordeliers entre les chevaux et un âne. Peutêtre ce terme de cordelier ett-il mis \k par dérision , et veut-n dire pore.
PRIVÉES BT DOMBSTIQUBS. 415
levé ; mais on peut supposer que la consommation était forte, si on la compare à celle du porc ; il fut tué soixante -quatre de ces animaux pour Tapprovisionnement de Thôtel depuis Noël au 21 février 1425 ; et malgré cette quantité , il fut encore acheté le 6 février 28 liv. chair de cochon pour être mangée fraîche (h).
Le poisson, en grande abondance, comme on Ta déjà dit, provenait de redevances que payaient les pécheurs d'Auvernier , en truites de moison , ou en brochets et palées d'une mesure déterminée (ij ; d'autres pêcheurs de Cerlier , de Nidau, ou de Douane, en fournissaient aussi ; mais tout cela était loin de suffire ; les achats journaliers étaient considérables pour les jotirs maigres. 11 fut creusé à Auvernier, en 1397, un grand et un petit étang, pour y contenir les provisions de brochets. Il n est pas souvent fait mention d anguilles , moins encore de lottes , et jamais d'ambles , dont les comptes de la ville parlent seuls. Sous Conrard de Fribourg, on voit peu de harengs; ils devinrent plus fréquens et plus abondans sous son fils. Une espèce de poisson dont il se faisait un grand usage , était le fretin , appelé perchettes : on en envoyait au comte en Franche -Comté. Lors des séjours du comte dans ses terres du comté de Bourgogne , les étangs lui fournissaient des carpes et des brochets , ,et en hiver il recevait des truites salées dont il envoyait des présens. La palée, dont la pêche est momentanée,
(h) Le 13 ayril, jour de Pâques, et premier jour de 1433, il fut mis dans la cuisine quatre ceat soixante-six pièces de bœuf salé ; cette provision ne sufGt probablement pas pour Tannée. A Champlittc, en 1440, il est parlé d*un quartier de bœuf de hauUe gresse, Rabelais , qui se moque de tout , met dans la bibliothèque de Saint -Victor, des hréçiaires de haulte graisse.
(i) Dans un contrat d'amodiation de la pèche de TAreuse affermée pour 40 L. et 20 seticrs de vin, du 24 juin 4450, il n'est point dit que le comte se réserve de la truite; cependant il y en avait de redevance, au moins des pécheort d' Auvernier.
se salait pour se conserver; le. brochet se mettait en gelée.
ladépeadamment du goût et de l'habitude nationale , on peut comprendre combien le grand exercice, les courses perpétuelles, le grand usage des salaisons, de la moutarde, des épiceries, des oignons, devait provoquer la soif. La consommation de vjn était très-grande, et la force du tempérament en faisait supporter, sans incommodité, une quantité qui serait aujourd'hui un excès.
On voit que le i^" juin 1424, il fut acheté pour le comte, un pot de vin « pour son coucher » ; il y avait eo huit pots de vin pour la journée à six deniers le pot (sans doute ce via était meilleur que celui du cellier du comte) ; le 2, six pots*, le 3, trois pots; peut -être le comte en foisait-il part à ses convives . Il est encore parlé de Tachât de deux grands verres pour monsieur.
30 octobre, 5 novembre 1446, durant la semaine, do via rappé de monsieur, quatre setiers, quantité qui allait jusqu'à huit setiers. La dépense du vin ordinaire du pays, était assez généralement de quatre à cinq muids par semaine, et quelquefois plus aux solennités de Noël, de Pâques, etc., oa lorsqu'il arrivait des visites de personnages Considérables. Il parait que l'usage était, lorsque le comte devait faire mie course après le dîner, de la faire précéder par une collatioa vineuse ; car il est dit , durant son séjour à Champlitte eo 1440 •* « Monsieur partit pour Dijon (ou autres lieux) aprit boire. »
Le beau sexe , qui n'avait pas une vie moins active , qni participait aux mêmes alimens , ne faisait pas , dans la proportion, une moindre consommation de vin. En 1446, b comtesse avait son vin particulier , et son ordinaire était de sept pots par semaine ; pour les femmes de la chambre des enfans , huit pots et même davantage. Marguerite de Vienne, femme de Rodolphe de Hochberg , qui demeurait à cette
époque au château de Neuchàtel , avait un ordinaire de quatorze pots par semaine. Divers vins étaient servis sur la table du comte ; celui des comtesses était ordinairement du vin rouge de Serrières, dont il parait que Ton faisait le plus de cas, ou du vin bourru à la fin de Tannée, du même quartier. Quelquefois du vin rappé du Landeron, deCerlier, ou d*autres vignobles. En vins étrangers , il n'est foit qu'une seule fois mention de vin de Beaune , dont il fut bu deux tierces par la suite du pape, lors de son passage en 1446 ; puis des vins rouges de Reigny, Yuillaufans et autres terres du comte. Il n'est parlé d'aucun vin doux ou de liqueur, mais il y était suppléé par Thypocras (k), le terbouley ou tribouley (l) et le clarey (m). La consommation en était grande ; Conrard de Fribourg en faisait déjà grand usage , son fils n'en employait pas moins. Les comtesses, les nourrices en buvaient; c'était un vin d'honneur offert aux étrangers de distinction.-
11 fut fait de l'hypocras avec 42 livres de sucre , lors du passage du pape. Lors des couches de Marie de Châlons , en 1445 , il fut fait 56 pots d'hypocras avec 24 livres de sucre, 2 livres de canelle, 4 onces clous de gérofle et graine de paradis , ou cardamome , 3 onces gingembre ; et 60 pots de clarey avec 2 livres gingembre.
En 1440, M. de Vergy de Fonvens et madame, étant arrivés à Cbamplitle pour faire visite au comte , il fut pris chez Tapothicaire du lieu trois pintes d'hypocras, dont l'une
(k) Pour le comte Conrard , malade , un pot d'hypocras fait avec demilivre de sucre et une once poudre d'ëpices. On voit qu'il fut plus composé en 4445, sans doute, comme on le dira plus bas, à canse de Tétat où se trouvait la comtesse.
(l) 1434, pour le tribouley, ou Irihofey, i lirre 4 onces gingembre, 3 liv. canelle, 4 onces poivre long, 4 onces graine de paradis, 4 onces clous de gérofle , 4 onces épices , 4 onces macis. Il n'est point dit dans quelle proportion était le vin pour ces ëpices.
(m) Pour soixante pots clarey, deux livres de gingembre.
fut bue dans la pièce où M. de Fonvens avait sonpé, me dans la chambre basse ou les daines sonpaient, et la troisième dans la chambre de M. de Fonvens pour son coucher. Une livre de grosse confiture fut portée en cette chambre poor son coucher, mais il n'en fut point mis pour madame, parce qu'elle banqueta avec des épices de chambre, dont il fut aussi porté une demi-livre pour le coucher de M. de Vergy. Il paraîtrait qu'il était indisposé, car on lui envoya aussi de la pâtisserie dans sa chambre. Au reste, les heures des repas étant de beaucoup plus avancées qu'aujourd'hui, il y en avait d'intermédiaires : par exemple, dans la veillée un petit repas appelé le pussignon; et probablement lorsqu'on se réveillait la nuit, les épices de chambre et l'hypocras trouvaient leur place.
Les épices de chambre étaient dans des bottes d'une livre pesant. Il parait que c'étaient des confitures de fruits don petit volume. L'usage était d'en porter le soir dans les chambres des hôtes distingués, pour leur réveil ; il en est fait pinsieurs fois mention.
Une bonne constitution , des estomacs robustes , une digestion facile , ne portaient pas des hommes aussi actifs à la recherche dans les alimens. Ils étaient simples ; les mets les plus distingués alors ne seraient pas admis de nos jours sur la table des gens qui ont quelque fortune ; on en peut juger par la courte énumération des plats suivans , servis dans les grandes occasions : les flaons , le kaquebnouss , le fesUrling, le blanc-manger , le brouet-Voye , le pâté en pot, nn leyement de poires et de fromage , des noix pour manscr avec le poisson (n),
(n) Quelquefois on entend encore parler, dans les ménages très-or^^ naircs, de flaons, ou de kaquelmouss, faits avec des œufs, du lail etdf i> farine ; mais il y a peu d*esiomacs qui pussent supporter le brouet h Toir* compose de la graisse tombée de Foie rôtie , de crémc, de quarrés de paii frits, et de canelle avec du sucre. *0n en dira autant du pdteenfot, f"'
PBIVÉES ET DOMESTIQUES. 419
La comtesse de Fribourg surveillait elle-même le travail des confitures ; les premières, de noix , se faisaient avec du miel : le sucre devenu plus commun, y suppléa. Elle fit confire d'autres fruits, fit faire de la coignarde avec des cerises ; elle avait son dépôt particulier d épiceries en un lieu appelé gloriette. Elle faisait aussi de la conserve de violettes dans de Thuile. Les ou\Tages de son sexe, avec un grand exercice, remplissaient son temps. C'était à elle que les receveurs du comté remettaient les pièces de toile que devaient les sujets de quelques parties de cet état.
On conçoit, d'après ce qui a été dit du genre de vie et des alimens, que les maladies se traitaient différemment qu on ne les traite aujourd'hui, où, à raison d'une constitution moins forte , l'on doit employer des remèdes plus doux pour les maux qui en résultent et qui sont plus nombreux.
En 1425 , Marie de Chûlons fit acheter à Fribourg pour ses couches :
6 liv. gingembre ;
1 » clous de gérofle ;
i » 'graine de cardamome ;
2 » canelle ; 4 onces espic; 4 » macis ;
4 » poivre long -, dôl^ liv. sucre d'une cuite ;
6 Vz liv. sucre de trois cuites ; 2 liv. coriandre ; 2 » anis ;
4 » dragées pilées ;
5 » poudre p^ vin clarey ; 2 » poudre p»" hypocras ;
4 onces galingal; 1 liv. safran.
de chair de bœuf crue, et hachée avec autant de graisse et des oignons; ce meis ne pourrait se digérer h un métier de tapisserie, ou à une table de jeu ou à écrire. Au reste, les trois articles suivans prouyent que l'appétit l'emportait sur la sensualité : ■ 21 novembre 1425, une livre suif pour faire pâté. — 24 janvier 1425, sel pour saler les brochets qui sont morts (quel adou^ cissement, morts pour crevés! ) dans Tétang, dès le 26 octobre au 1*' no<vembre. — 1455 , salé vingt-trois moutons de ceux qui étaient malades de la maladie dont il en mourut cinq. >
420 MOEUaS ET COUTUMES
Aux couches suivantes , on remarque quelque variatioD. L'on ne sait si les enfans pâtirent de ce régime violent, aaquel les bonnes et les nourrices, bien approvisionnées en m et en hypocras , les faisaient probablement participer, oQ si leur constitution se trouva moins forte que celle de leur père et de leur mère ; mais de plusieurs enfens qu'ils eurent, aucun ne vécut au delà de quelques années.
Durant les couches de Marie de Châlons , il est parlé deson barbier (sans doute son chirurgien).
En 1440, se trouvant indisposée à Champlitte, elle fita(>peler de Dijon un physicien; c'est le titre que Ton doiuait aux médecins.
En 1446, Félix y avait deux physiciens (médecins), qui s'arrêtèrent en 1447 au château de Neuchàtel durant une semaine, et y burent vingt pots de vin et trois pots de celai de Serrières ; on peut juger de là qu'ils approuvaient le régime du temps (o).
Le 26 février 1440, il fut fait une pinte d'hypocras, atec du sucre et du cinnamome seulement, pour le comte et la comtesse, « qui sont fort enrhumés, »
En 1446 , le barbier du comte lui fit un emplâtre avec une once safran , quatre onces de gingembre , quatre onces doux et quatre onces cire. Il n'est point dit si cet emplâtre, qui vu la chaleur des drogues devait être un vessicatoire, opéra quelque effet; mais il parait que le barbier jugea de
(o) Les mëmoires de Bassompicrre et d'autres ouvrages font juger tonbien était général, et en quelque sorte honoré en Allemagne et en Saisse, l'usage abusif du vin. Les mémoires récens de la margrave de Bareith prouvent que cet usage existait encore avec une certaine force à la coor du roi son père, Frédéric - Guillaume V, roi de Prusse. Une coUeciiM singulière serait celle des vases et des verres, depuis trois siècles jnsfui nos jours, avec les dates ; on y verrait la chute graduelle de ce goût, <pi est aujourd'hui relégué dans les cabarets et abandonné à la classe la ^^ basse du peuple.
PRIVÉES ET DOMESTIQUES. 42i
lâ vertu de ces substances par réloignement de leur lieu d*origîne.
Si la nourriture était simple, les ustensiles de service n*étaient pas plus recherchés ; les vases en argent paraissent avoir été réservés pour Fusage intérieur du comte et de la comtesse. Les autres pour la table étaient en étain, mais Ton ne voit pas de quel métal étaient iaits les couverts pour les nombreux convives qui y mangeaient quelquefois ; il est assez probable qu'ils étaient en laiton , métal plus précieux que le fer. Quant à la vaisselle d'étain , il en fut trouvé dans le château , le 26 octobre 1446 , cent- vingt-sept plats et cent quatre-vingt quinze écuelles ou assiettes. Les bouteilles et les caraffes n'étaient pas encore en usage pour le vin sur la table ; quant à Teau, il est à croire qu'il n'y en paraissait point. Les vases d'usage étaient en étain. En 1439, il fut fait marché avec un potier pour douze pots ronds, dont six devaient contenir un pot , et six moins ; ils devaient peser quarantehuit livres; deux cimarres {Mleurs cimaises)^ qui contenaient deux et demi pots ou plus, pesant douze livres. Ces cimarres étaient les vases de dépôt à côté de la table à manger , où Ton puisait , et d'où l'on versait dans les vases plus petits , dont chaque convive avait un à côté de soi.
La même simplicité se retrouvait à d*aulres égards : les pages avaient des écuelles de bois \ plus tard il en fut donné de pareilles aux enians du margrave Rodolphe, qui, de même que ceux du comte Jean de Fribourg, n'avaient point de baignoire; on les lavait dans une gielle (gerle?). Il n'est nullement parlé de chaises, de fauteuils , ni des autres meubles que la mollesse a dès - lors rendus nécessaires ; les bancs y suppléaient pour les tables à manger. Deux seules fois il est parlé d'autres livres que* de ceux de comptes , dès 4 422 à 1486. La première mention est de 1437, de la main de Jean de Fribourg : « Au prebstre qui m'a copié le livre
» de Tarbre de bataille, pour le parchemin, 3 francs 4 gros. « C était en Franche-Comté. La seconde date déjà de Conmd son père : « Peau achetée pour recouvrir le romant de Lan- » cclot, el parchemin pour en recouvrir les aissilles en bob. > On voit par là qu'on lisait ce roman déjà depuis long-temps, puisqu'il en fiallait renouveler la couverture. L'imprimerie n'était pas encore inventée, et la vie irès-active des seigneurs de terres ne leur permettait g^ère de lectures que dans les longues soirées d'hiver.
Il n'est fait qu'une seule fois mention de jeux sédentaires; c'est au 15 décembre 1482. Il est dit : « Aura mademoiselle » pour jouer au dez cette nuit de Saint-Nicolas 2 sous 9de- » niers. » Le terme aura annonce une délibération prise de lui donner cet argent , et qu'elle n'en avait pas plus pour jouer que pour donner une offrande à la messe ; ces 2 sons 9 deniers équivalaient à huit livres chair de veau. La fête de Saint-Nicolas était chômée gaiement.
Les deux jours avant carême 1440 , il fut fait à Gbamplitte «joutes et grandes fêtes. » Il est vrai que Jean de Fribourg y était en grand état de représentation , comme maréchal de Bourgogne.
Durant la vie de Conrard de Fribourg, Marie de Chilons sa bru fut appelée mademoiselle dans les comptes ; après b mort de son beau-père , elle fut titrée de madame, et Marguerite de Vienne de mademoiselle. Le litre de madame n'appartenait donc qu'à la comtesse régnante.
Quelque distinction et différence qu'il y eût dans les ordres de la société , la comtesse admettait des bourgeoises chez elle. Le l«r novembre 1423 : « ceuk pour madame de » Vauxmarcus et pour la femme de Pierre Cousielier, qui n« » mangeaient pas de viande.» Ce Pierre Coustelier éiaii nn marchand de Neuchàtel, qui vendait en détail ; c'est le même qui n'avait pas voulu faire l'année précédente un crédit de
six deniers au comte. L'honneur pour sa femme d'être admise chez la comtesse , ne 1 éblouit pas au point de lui faire négliger son intérêt. En 1440 , la comtesse étant à Champlitte avec un fort grand état, reçut aussi des bourgeoises chez elle à diverses reprises (p). Le comte Jean , ainsi que son père et Rodolphe de Hochberg ensuite, employaient des bourgeois dans leurs afiaires, ou privées, ou politiques, avec des vassaux; mais on ne voit dans leurs comptes nulle mention des charges mtinicipales. Lorsque ceux qui en étaient pourvus se rendaient auprès d'eux pour affaires , ils sont simplement appelés bourgeois.
Il n'y avait pas moins de simplicité dans Tillumination que dans les ustensiles et dans la nourriture. On voit de temps en temps des achats en petite quantité d'huile d'olives pour la comtesse , mais il ne parait pas que cette huile fût employée à éclairer Conrard dans sa maladie , car il fut acheté du suif blanc pour brûler la nuit dans sa chambre. Cette espèce de lumignon avait moins d'inconvéniens alors qu'aujourd'hui, à cause de l'élévation et de la grandeur des appartemens. Pour Tusage ordinaire , c'était la chandelle de suif, qui se faisait à Thôtel la plupart du temps ; la plus grosse
(p) II parait que cette admis&ion des bourgeoises dans la 80€i<^tc des femmes do la condition la plus éley<^e, était d*usage : la Chronique scandaleuse en donne plusieurs exemples. Le 48 juillet 1465 au soir, « Louis XI » revenu à Paris de la bataille de Mont-le-lléry, alla souper en Thôtel de » Charles de Melun, lieutenant-général , où soupèrent aussi plusieurs sei- » gneurs , damoiscUes et bourgeoises , auquel lieu il récita son aventure. » Et ce en faisant , dict et déclara de moult beaux mots et piteux , dequoy
* touts et toutes plorèrent bien largement. > Le 10 septembre 1467, « la » royne et plusieurs dames de sa compagnie soupèrent en Thoslel de mes-
* sire Jehan Dauvct, premier président, et y furent faicts quatre moult » beaux bains, en Tun desquels se baignèrent madame de Bourbon et ma- » demoiselle Bonne de Savoye , en Tautre joignant madame de Monglat et » Perrette Chàlon , bourgeoises de Paris , et là firent bonne chère. * Cette Perrettc se retrouve encore dans d'autres assemblées distingu(^cs.
424 MOEURS ET COLTOMBS
pour la table , la moindre pour les appartemeos. La cire servait à faire des torches, des brochiez, des chandelles pour la comtesse ; il ne parait pas qu elle fut blanchie (q). Les vitres n étaient pas encore d'un usage général dans les châteanxda comte ; on employait là comme ailleurs, du papier huilé, poor garnir la majeure partie des fenêtres. Il n'y avait que celles des principales pièces qui fussent en verre, probablement eo petits disques ou lozanges, assemblés avec du plomb, comme les anciennes vitres , et dont on ne voit plus aujourd'hui de vestiges qu'aux vitraux coloriés.
Le cap de Bonne-Espérance n'étant pas encore découvert, les Vénitiens faisaient circuler les épices qu'ils recevaient d'Alexandrie , par l'Allemagne dans l'Europe ; leur prix ne permettait pas aux particuliers d'en faire un grand usage^ les grandes maisons seules , ou les gens riches en consommaient; c'était le luxe du temps.
Il fut employé dans la maison du comte, en épiceries achetées au détail , sans parler des plus grandes provisions qû se faisaient à Fribourg ou à Genève, dès le 27 juin 1445 ao 31 mai 1446, 41 livres 13 onces gingembre, 53 livres S onces sucre, 3 livres 2 onces poivre rond, 18 livres 13 onces
(q) Aa iO jaillef 4429, il fiit réglé compte ayec lo maftre chandelier d'Eslavayer, à qui Ton avait fourni on matière :
Sur quoi rendu :
En brochiez et chandelles, 17 lir.
En torches 225 •
En cire et écume de poix . Il»
En mèches 7 *
238 iiv.
216 liv. cire; 24 » poix;
24 » filasse p^ mèches grossières; 2 » thérében(ine(tormentine); i » colon ; 1 " huile d*olive ; 'idS liv.
Pour sa peine 3 den. faibles par livre. Il parait qu'il n'y'eut que la liTité* coton qui fut employée pour bougies ou chandelles, et que leur composilion était la même que celle des torches ou brochiez (dont les unes se portaieot à la main , et les autres se plaçaient sur uu bras de fer pour éclairer à rcxlcricur).
canelle, 2 liv. iO^/^ onces safran, 109 liv. amandes, S liv. J4 onces muscades, galingal, cardamome, macis. Un autre article était les cpices de chambre^ confitures et dragées.
On ajoute ici le prix de divers articles à cette époque, pour fociliter les calculs d'approximation avec les temps actuels. L'argent est en Livres lausannoises ou faibles.
(Les variations très-marquées des prix du grain et du vin, à raison des accidens des saisons , rendant cette base trop incertaine pour les calculs , il est plus sur de s en rapporter au prix des viandes, qui changeait moins rapidement. Quant aux épiceries , Ton n'a pu s'assurer si la livre était de douze ou de seize onces).
La livre de bœuf 5 den.
» de porc 8 »
» de veau ' 6 »
» d'huile d'olive sols 2 » »
» de chandelles » i»6»
» d'étain » 3»6»
» de fer travaillé » 1 » 6 »
Une poule » i»3»
Une émine de pois blancs » 3 » - »
Le pot de miel » i » 8 »>
Le pot de vin » i » 2 »
La livre de mouton »-»9»
L'once de safran » 11 » -
Une livre poivre rond » 12 » -
Une once clous de gérofle » 2 >> 6 »
Une once graine de cardamome » 2 » 6 »
Une livre gingembre »12»'- »
Un hareng » - » 3 »>
La livre d'amandes » 2 >» - »
Deux-cent cinquante œufs » 12 » 6 »
Une émine moutarde solsl2»-den.
Geat cinquante écrevisses de Lug^nores . » 7 » 6 >
Dès 1422 à ^^M.
Une once safran »
Une livre sucre (livre de 12 onces) ... »
Une livre d'amandes »
Une once poudre d'épices fines »
Une once canelle »
Une once gingembre »
Une aune toile pour le cuisinier »
Une livre de figues »
Deux émines oignons et aulx »
Une paire de souliers »
Une dite pour le comte Jean »
Une dite à double semelle p^ la comtesse. »
Six oisons »
La livre de bœuf, terme moyen .... » - «4 L'on n'a d autres renseignemens sur ce qui concerne ITûbillement des gens du comte Conrard, que cet article de i397: « 27 aunes drap rouge et violet pour la livrée du comte, 27 écus. »
Il y a peu de choses relativement à celui de Jean de Fribourg. En 1438 , il fit fourrer de martre sa robe de velours noir.
Dans un marché fait le 20 septembre 1451 avec un tailleur de Grey, pour vêtir ses gens, un seul article le concerne: « Le dit tailleur fournira au comte le pourpoint de fiitaine » grise, noire ou blanche, au prix d un florin de Rhin. <• H n'en est plus fait mention ailleurs, non plus que des couleurs de sa livrée. Gelles que le comte Gonrard avait adoptées ne répondaient pas entièrement aux émaux de ^on écu , qui étaient sable et gueules ; peut-être choisit-il le violet fancé, comme noir adouci.
La musique était en rapport avec on genre de vie actif et des organes durs. La trompette , le tambourin ou tambour, le fifre : voilà les seuls instrumens dont il soit parlé. La trompette était pour la chasse et la guerre, et pour sonner des fanfares pendant les repas. Le fifre ne fut introduit que plus tard j il est possible que le comte en prit Tidée des Suisses, avec lesquels le traité de d406 lavait mis en relation militaire. Les instrumens plus doux ne parurent que lorsqu'un genre de vie plus mol eut rendu les autres trop agaçans pour des nerfs faibles.
Malgi*é le genre de vie actif que menait Jean de Fribourg, il fut tourmente de la goutte , et sa carrière ne fut pas fort longue, car il mourut en 1457, âgé de soixante-un ans. Son successeur , le margrave Rodolphe de Hochberg , ne vécut pas aussi long-temps, et mourut en 1487, âgé de cinquantesept ans. Son genre de vie fut le môme que celui de ses prédécesseurs. L'on ne connaît aucune particularité sur la vie privée de Philippe de Hochberg, son fils, qui ne fil que des séjours très -courts dans le comté de Neuchâtel, et n*y laissa aucun journal qui soit parvenu jusqu'à nous. Il en est de même des comtes et princes de la maison de Longueville ; ensorte que Ton ne peut pour eux établir la gradation du changement qui s'opéra successivement dans les mœurs et usages des maisons des seigneurs.
Le margrave Rodolphe , ainsi que les comtes Conrard et Jean de Fribourg , agréèrent des invitations de repas du Magistrat, ou des présens en comestibles ; mais les repas se faisaient à Thôtel-de-ville , et non à Tauberge , comme sous le comte Conrard.
On peut aisément comprendre que la vie domestique des seigneurs étant telle qu'on vient de le dire , celle des sujets
428 MOEUBS ET COUTUMES
devait être plus rade, plus gprossière, et qu'on y trouvait plos de rusticité ; occupés de leurs affaires, livrés aux travaux roraux ou domestiques , toujours en défiance contre leurs seiçneurs et les entreprises de leurs agens sur une liberté qu'ils avaient acquise avec peine et à grands frais , entraînés dans des expéditions militaires depuis 1406 , leurs mœurs étaient dures et leur vie d'autant plus simple , que peu de moyens s'offraient à eux pour aug^menter une fortune que lëconomic seule et un travail soutenu conservaient. Ils avaient pea de distractions ; la noblesse, généralement inpccupée, se visitait souvent , et Ton s'accueillait réciproquement avec empressement et bonne chère. Dans de longs et bruyans repas, on parlait de ses exploits de chasse, de guerre ou de joute. Les occasions de réunion pour les bourgeois n'étaient pas aussi fréquentes ; ces réunions n'étaient nombreuses que quand on les provoquait spécialement ; les rassemblemens journaliers, ou Ton s'entretenait des affaires de l'administration et de celles des individus , avaient lieu au cabaret. Il y avait des repas solennels et d'étiquette dans le XV« siècle ; à cette époque le seigneur donnait un diner à l'administration municipale dans la première semaine de l'année ; en son absence le receveur devait y pourvoir, et la même chose eut lieu durant le XYI' siècle. Aujourd'hui, c'est Tadministration qui se régale ellemême. Elle donnait un repas au clergé catholique à b Pentecôte , un autre à la Toussaint , dans lequel on servait des ambles ou des truites « comme il est de bonne coustume, »
D'autres repas avaient lieu lorsque les occasions s'en présentaient, et elles n'étaient pas négligées ; mais celle qui revenait chaque année, et qui donnait lieu à une succession de repas , était la reddition des comptes. Les séances étaient longues, par suite de la manière confuse ep laquelle les écri-
tures étaient tenues (r). Dès là et pour ne pas désemparer, on suivait cette opération durant plusieurs jours. Quoique Ton n'ait quelques détails à cet égard que depuis Tan 1506, cependant on a lieu de penser qu antérieurement Texamen des comptes était long , à cause d'une plus grande variété dans les monnaies, dont l'appréciation ne se faisait qu'à cette époque. On aperçoit seulement qu'auparavant la dépense était grande, non-seulement pour cette occasion, mais par la répétition des repas durant Tannée. L'on a vu que le genre
(r) Lors de la reddiUon des comptes en 1506, il y eut en plusieurs jours quatrc-yingt quinze ëcots, les goûters compris ; ils ne coûtèrent que L. Il 7 sous 6 deniers faibles , «équivalant à deux cent trente-sept pots de vin. II n'est point parlé du Tin.
Dans le règlement des comptes, dès le 19 décembre 1642 au 1" février 1643, U y eut dix-neuf jours de repas, diners ou soupers, avec collations et vins bus après le repas, pour L. 606 » lO*. Le compte d'autres dépenses de ville chez le même aubergiste , dès le l*' dimanche d'août 1642 au 9 mars 1643, montait à 1,360 L. faibles.
En 1647, il y eut cent quatre-vingt dix-sept écots à lObatz, et pour le vin bu de relevée L. 10. — En 166î$, dès le 23 décembre au 25 janvier {666 ^ cent cinquante-huit écols qui coûtèrent L. 98 • 16' de lObatz; le vin était fourni du cellier de la ville ; il en fut bu cent quatre-vingt dix pots et un quart , tant aux repas que de relevée. Il y avait des invités à la collation, car on y fit boire un coup à M, le médecin, — En 1670, à Toccasion d'une collecte pour un incendie à Genève , les 7 et 8 février , les Quatre-Minl»traux eurent un repas avec le ministre Girard^ et le 9 il fut fait un goûter en pain, vin et fromage et une langue de bœuf « pour faire boire messieun nos pasteurs, > après qu'ils eurent délivré l'argent que la classe avait donné.
Les Quatre-Ministraux, assemblés pour quelques affaires le 20 mars 1670, avant que de se rendre au prêche du soir, prirent une collation pour lObatz, et le 17 avril pour 9 balz, toujours sans parler du vin. On déjeûnait aux dépens de la ville le jour des élections des membres du conseil.
Le vin bu après l'écot était quelquefois turbulent. En 1614, un aubergiste, an pied d'un long compte pour repas d'usage, demanda humblement un dédommagement pour fenêtres cassées et meubles brisés. Il est mis en marge : « Néant pour n*estre la coustume, ni trouvé à propos, » On peut comprendre qu'après une sentence pareille , l'aubergiste se dédommagea par l'enflure des parties de ses comptes. On se borne à ce petit nombre d'exemples , qui sofflsent pour faire connaître l'esprit du temps.
430 MOEURS ET COUTLXKS
de vie et de nourriture des seig^urs , provoquait un gnnd usage du vin ; la même cause agissait chez les particuliers et les membres de ladministration municipale, et il y eut saas doute abus , puisque le conseil dut y mettre des bornes en d409 (s). On est surpris, dans les circonstances où éiaii la ville en i409, avec une fortune bornée et obligée à Faire fréquemment des emprunts pour fournir à ses dépenses, que le compte des écots se soit élevé aussi haut dans Tespace d'une année (t). Lorsque, la ville eut son cellier, la dépense en numéraire fut moins forte ; mais le vin paraissant ne rien coûter, parce qu'il était à Thôtel- de -ville , où les repasse firent dès le XV« siècle , il était à la discrétion de Tadminislration et de ses membres. Il ne fut apporté de changement à cet égard que dans le commencement du XVllI' siècle. Les comptes, tenus avec plus de méthode et de clarté, exigèrent moins de temps, jusqu'à ce qu'enfin la tenue des écritures en parties doubles, à la manière des négocians, dont Tesprit prévalut, réduisit le règlement à un petit nombre de jours et sans repas , excepté celui de la clôture, à laquelle assistent des bourgeois pris hors de la ville. L on sentit au^
(s) Le conseil de ville statua le 15 juin 1409 : < que dans tout muai que Ton fait pour la ville , Ton ne doit boire que deux pots de vin. • Cet arrêté tomba en désuétude dans la suite, car en 1614, lorsqu'on exposa des vignes en mises, il y eut quarante-six personnes à souper, à 19 grosparltMe, L. 7â B 10 gros, et huit pots de vin bus après Técot ; et quelques jours aprt^ lorsque Ton fit faire obligation aux miseurs , il y eut un repas de viogt-citq personnes à 18 gros, et six pots de vin clairet après l'écot. La valeur de la mise dut se trouver passablement diminuée après ces frais.
(l) Il fut dépensé chez les aubergistes pour repas de ville, dès le 30 jnia 1408 au -ÎO juin 1409, L. 25» 15* équivalant à 1,545 livres de boeuf au prit d'alors, à 4 deniers, aujourd'hui à L. 309. Le prix n est sans douU p» exorbitant, mais il faut considérer que les mets, quoique abondans, éUieii simples, et par conséquent les écots peu chers. Quoiqu'il no soit pas ^uU du vin, l'on a peine à croire qu'il soit compris dans cette somme, vu le gnol usage qu'il s'en faisait.
la nécessité de réformer les grands repas et d'en réduire le nombre, qui frustrait annuellement Tadminislration d'un revenu qui pouvait être employé plus utilement pour le public ; ensorte qu'aujourd'hui , tant par sag^e économie que parce que le goût a changé , ces repas d'étiquette sont extrêmement réduits. Il était d'usage d'envoyer , le repas durant, la portion aux membres du corps qui , à raison de maladie, ne pouvaient s'y rendre. L'administration avait un bâtiment, appelé maison-de-ville , institution du XV® siècle, dans lequel se tenaient ses séances ; là, comme dans d'autres villes, on établit un aubergiste pour faire les repas de ses collègues; ces occasions se présentant souvent, un principe d'économie pour la caisse publique fit imaginer de régler d'avance le prix de chaque couvert , et en conséquence de faire le bail à meilleur compte pour l'aubergiste ; ainsi , il traitait les conseils au premier repas de janvier, en échantillon de son talent , et au conseil suivant le tarif était établi pour Tannée. Le nombre des repas annuels ayant été réduit, Téchantillon fut trouvé mauvais et l'auberge laissée à la libre enchère, ce qui en augmenta le revenu ; et le conseil, libre de choisir son traiteur , eut dès - lors des repas où tous ses membres pouvaient se rassasier convenablement.
Dans les maisons particulières il ne se donnait pas de repas ; la petitesse des logemens et le peu de domestiques ne le permettaient pas ; c'était à l'auberge que l'on régalait dans les occasions qui exigeaient ces réunions. Les plus solennelles , parce que les femmes pouvaient y prendre part, étaient les noces. Mais , soit à cause de la dépense qu'elles occasionnaient, soit que l'égalité qu'affectaient les membres d'une corporation qui pouvait s'envisager comme démocratique, fût blessée par la différence du traitement , le conseil de ville fit en 4546 un arrêté, qui d'ailleurs dans son principe se rencontrait avec celui qui en \ 542 avait dicté les
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sévères ordonnances ecclésiastiques. Il portait « que dans » ks repas de noces il serait payé pour rhomme quatre » gros , pour la femme six sols et pour la fille cinq sols » (trois gros ou un batz)^ et que l'on n excède en rien sur » les invités, » La loi était rigide en apparence ; mais, comme toutes les lois du peuple qui laissent ordinairement quelque porte de derrière , celle-ci en offrait une en ne fixant pas le Tnaximum des invités (du nombre desquels plusieurs législateurs pouvaient espérer d'être) ; ensuite , la conclusion réduisait la loi somptuaire à zéro, en ajoutant : « mais silplak à r.époux de faire quelque chose à la compagnie , faire le pourra, » C'étaient là, dans les temps reculés, les seules occasions où la danse fftt permise.
Jusque vers le milieu du XYllI® siècle , les hommes, qui avaient peu de distractions, se rassemblaient dans les calnrets, les cafés n'étant pas encore connus. Ils y faisaient d» repas fréquens , et hors de là cimentaient leurs liaisons par le vin. Il en résultait plus de rapprochement entre les individus des ordres entre lesquels Topinion mettait des nuances ; mais aussi cette habitude, unie à un genre de vie actif, fatigant même , et qui rendait la constitution du corps plus robuste et plus dure, influait sur la manière de penser, de sentir et de s'énoncer. Les fréquentes discussions deTadmiBistration municipale avec l'autorité supérieure , devenaient le sujet de ces conversations , que l'intermédiaire des cèteaoi rendait plus vives, plus pétulantes. De là naissait l'esprit de parti, soit contre le gouvernement, soit entre les individus, et les divisions entre les iamilles se prononçaient fortement, les caractères étant plus décidés et prenant la trempe des corps auxquels ils appartenaient. Il résultait donc quelquefois de ces rassemblemens dans les cabarets, des excès, des violences et des désordres auxquels il semblait que les ordonnances ecclésiastiques de 1542 avaient du mettre un frein; mais
elles furent insuffisantes, et les ministres de Tcvangile voulurent les renforcer en dénonçant à plusieurs reprises la fréquentation des cabarets comme vicieuse. Le Ma{;istrat reçut leurs plaintes , mais elles ne purent rien opérer ; ce fut le commerce plus libre et plus fréquent avec les femmes , qui en adoucissant les mœurs , amena un changement que Téglise et Tautorité civile avaient inutilement tenté d'effectuer. Si, ainsi qu'on Ta dit, la table des seigneurs était simple, mais abondante , Ton peut comprendre combien l'ordinaire des particuliers était éloigné de tout luxe et de toute recherche. Leur estomac robuste ne voulait que de la nourriture, sans le stimulant de la variété et d'un assaisonnement recherché. Pour donner une idée de ce que pouvait être cet ordinaire, voici en note le détail d'un repas d'apparat de l'adminislraiion en carôme 4469 (u). Il est incertain s'il ne fut pas donné au margrave Rodolphe , auquel cas le dîner aurait été solennel. On voit seulement que le margrave se troirva après le repas dans le bas de la ville , et les bourgeois le régalèrent lui et la comtesse de la danse appelée moresque et les accompagnèrent au château.
(uj « En oignons ot noix, 3 sols; en laissel (lait), 3i/9 sols; en chandelle, 2 sols ; en burrc, i3 sols 6 den.; en farine planche, tant pour les tarterets pour la cuisine, comme pour les buygnyels, 4 sols; en berchets (brochets), 60 sols; en perches, 6U2 sols; en poisson eu de Perrin Gay, 5 sols; en autres poissons eus de Jean Mangc-Andouille, 3 sols ; encore pour poisson, 25 sols; en truites salées, i6 sols; en espiccs pour la cuisine, comme pour
le de Michiel le Mercier , L. 4 • 16 sols ; en sucre fin pour la cuisine
dudict Michiel, SVs gros; en fromage, tant pour les tarterets, comme aulirement, 16 sols; en poires, S sols; h Guillaume Gros pour sa peine de la euUine, 5 sols ; à CoUn le pâtissier, pour sa peine des dites tarterets. comme pour les oublies, 9 sols. » —Ce repas coûta L. 20 • 13' •3<l faibles, soit 138 émines de pois à 3 sols, prix de 1469. Il n'est point parlé du vin , mais comme le sommaire des articles détaillés ne monte qu*à L. 14 • 2> » 6*^ , il en résultera qu*U en fut bu pour L. 6 » 10* » 9^, ou environ 65 pots , le pot de vin étant cette année au prix moyen de 2 sols 2 deniers et demi. Mais le nombre des convives n'est pas connu.