ÉPICERIES ET SUCRE
En donnant des détails sur la vie domestique des comtes, l'on a parlé des épiceries, dont la consommation était ^nde chez eux. 11 parait que ces produits de Tlnde ne furent bien connus à Neuchûtel qu au commencement du XV« siècle, au moins ne trouve- 1 on à la fin de XIV*^ qu'une indication de gingembre blanc (v). En 1422, année en laquelle commencent les journaux qui restent , Pierre Coustelier fournissah Thôtel du comte de ces articles, ainsi que de beaucoup d'autres objets de détail ; mais il parait, ou qu'il n avait pas les épiceries en assez grande quantité pour fournir aux grands achats, ou que ses prix étaient trop élevés ; car les grandes provisions se faisaient à Fribourg ou à Genève, où d'ailleuR on achetait les confitures qui ne se trouvaient pas chez Coustelier. Il n'est pas probable que tous ces articles d'épiceries entrassent dans les mets des particuliers ; ce luxe ne pouvait s'accorder avec leurs principes d'économie ; leur genre de nourriture ne semble leur avoir permis que l'usage du poivre , du galanga et autres épiceries appartenant aux viandes et aux salaisons ; celles des parfums ou qui servaient à làire les vins mixtionnés provenaient de chez l'apothicaire où Ton achetait Thypocras, le clairet et le triboley, mais sans doute en petite quantité et seulement dans de grandes solennité ou pour cas de maladie. Cet objet de commerce sëtaii déjà étendu à cette époque , car dans les séjours des comtes dans leurs terres en Franche-Comté, ils trouvaient quelquesuns des articles indiqués ci-dessus dans les petites bourique^ à leur proximité. Le détail du repas de 4469 fait voir k
(v) 1366-1368, dépense au château de Ncuchàtcl qaasd réTéipe^ Bâie y vint : <^pices, confitures et anguUIes, L. 6 » 18*. Le muid de TÎaTLle muid de froment L. 2 » 3\
PRIVÉES ET DOMESTIQUES. 43tf
peu d'usage que Ton faisait encore du sucfe , dans la proportion des épiceries qui agissaient plus sur des palais durcis. Lorsque le sucre , qui , dans les comptes du château, est désigné sous les noms d'une cuite, de deux et de trois cuites^ fut devenu plus commun , la découverte du cap de Bonne- Espérance ayant rendu les productions des Moluques plus abondantes et moins chères, l'usage s'en étendit et devint plus général, mais non pas journalier ; et pendant long- temps, on ne remploya, sous diverses formes, que dans des occasions extraordinaires. On est cependant surpris de voir la variété des sucreries et des confitures que fournit un marchand de Keuchâtel pour le dessert du repas que la ville donna à son souverain , Charles - Paris d'Orléans , en 1668. Si ce marchand était confiseur , il en résulterait que son talent était déjà bien exercé ; mais il est probable qu'il fit venir ces objets du dehors (xj. Cependant il est certain que l'usage du sucre était déjà devenu plus général ; il remplaça sans doute le miel dans les emplois qu'on en faisait auparavant. Mais la table était encore trop simple à la fin du XYII® siècle et au commencement du XVilI** , pour que Ton y ajoutât au dessert des pâtes sucrées, hors des occasions rares de repas de fêtes et solennels.