VAISSELLE
La vaisselle en argent du comte Jean de Frlbourg ne paraît pas avoir été employée à sa table et à celle de ses convives -, celle dont on trouve quelque indication (y) n était destinée que pour le service intérieur de la chambre du comte ou de la comtesse, et probablement de celles des hôtes distingués qu'ils recevaient. L'étain était le métal employé an service ordinaire, et le silence observé sur les flambeaux en argent donne lieu de penser qu'ils étaient en étain. L'argent, encore rare , ne pouvait s employer à tous les usages auxquels on la appliqué depuis ; mais le peu d'ustensiles que Ton en fabriquait étaient pesans et solides, et donnaient une idée de la grandeur de la maison à laquelle ils appartenaient. Il n'est fait nulle mention des couverts de table , d'où Too peut supposer qu'ils étaient d'un autre métal. L'étain, ainsi qu'on l'a vu , était employé sur les tables , mais sous dem seules formes , les plats et les écuelles ; les premiers pooî servir les mets , les secondes , ensuite appelées assiettes, pour placer devant les convives ; chaque espèce d'une œéoe forme et d'un même poids ; le nombre des dernières semU^ indiquer qu'on n'en changeait pas. Il est probable qne I^ comte avait sa vaisselle d'étain en Franche-Comté, comme! en fit faire en i430 pour la maison que son père dut acquenr
(y) La comtesse quittant ChampMtte en juin 1441 pour transférer m« séjour k Theuliey et à Regney, il lui fut envoyé sept tasses d'arfest 4i poids de trois marcs chacune, trois autres tasses et deux. seuiUières blaack^ du poids d'un marc et demi chacune, ainsi qu*unc aiguière martclcects^ gobelets. A en juger par le poids . les six premières pièces doraient ctrf de grandes jattes ou bassins.
PRIVÉES £T domestiques: 439
à Berne , après le traité de 1406 (z). Le service du vin se faisait aussi dans des vases d étain, comme on Ta déjà dit. Il n'est (ait mention ni de poterie ni de bouteilles ou caraffes y et presque pas de verres à boire , qui probablement ne ser* vaient qu'aux hôtes de marque.
On peut donc inférer de là que les particuliers de Neuchâtel ne connaissaient que l'argent monnayé , et n'avaient chez eux aucun ustensile de ce métal ; c'est pourquoi il n'y avait point alors d orfèvre à Neuchâtel , et le comte devait envoyer blanchir et raccommoder sa vaisselle à Fribourg, Genève ou Dijon. L'étain fut donc le métal en usage sur les tables , au moins pour les plats ; encore dans les ménages les moins aisés , n'y avait-il des plats que pour les mets liquides, dont chaque convive se servait immédiatement sans en mettre sur son assiette , comme cela est encore pratiqué en plusieurs lieux de la campagne. Les assiettes pour recevoir les choses sèches , ou sans sauce , étaient des plateaux ronds en bois. L'étain devint plus commun et d'un usage plus général dans les XYl^ et XVI1« siècles, et la forme des plats varia davantage. Les gobelets étaient de ce métal, par économie, pour éviter le bris des verres, encore chers alors ; et les bouteilles et caraffes ne parurent sur les tables qu'au commencement du XV1II« siècle. On voit en 1668, combien il y avait peu de vaisselle d'argent chez les particuliers, puisque pour le repas que la ville donna à son prince , Charles Paris d'Orléans , elle emprunta du gouverneur une aiguière en argent, avec son bassin pour laver, quatre salières, vingtdeux cuillers , couteaux et fourchettes , probablement pour
(z) En 1430, le comte Jean de Fribourg acheta 32 écuelles et i5 plats d'étain du poids de 65 livres, matière fine, coûtant 4 soU 6 deniers la liv., ou 4Vs liv. de suif. Il les envoya à Berne. Le même jour il fit faire pour son usage à Meucbfttel 96 écuelles qoi pesèrent iik livres. La façon du potier coûtait I sol 2 deniers, ou 4 livre de suif, ou 2^/5 livres de mouton.
les gentilshoauncs de S. A. et les étrangers ; elle emprunta aussi du lieutenant de gouverneur un couvert en vermeil pour le prince. Les gobelets étaienten verre commun et en verre de Venise pour S. A. et sa suite. N'y ayant nulle autre désignation , on peut présumer qu'il ne se trouvait point d'autre vaisselle de ce genre dans la ville ; et effectivement , on ne commença, dans un petit nombre de maisons, à eu faire usage que dans les premières années du XV1II« siècle.