‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 86 sur 93 · HABILLEMENS · texte numérisé non relu

HABILLEMENS

Nulle lumière sur la manière de se vêtir au XV* siècle et antérieurement. L'art de la peinture, qui suit la fortune, ne pouvait trouver de ressources dans un pays pauvre ; aussi était-elle bornée dans ce temps-là aux tableaux d'autel, doot des échantillons en détrempe , qui se voyaient encore aoi murs du cloître de Saint -Guillaume, au milieu du XVIII' siècle, ne donnent pas une haute idée, ni de Tartiste qui les exécuta , ni de ceux qui le mirent en œuvre. L'on ne connaît aucun portrait de ce temps-là : les plus anciens datent des dernières années du XVI* siècle, et ce n'est que par cw que Ton peut juger de la forme des habillemens. On a cependant lieu de croire qu'il y avait du luxe antérieoremeot à la réformation , et qu'il se soutint jusqu'aux ordonnances ecclésiastiques de 1542 ; car elles statuèrent sur cet objet V, mais seulement pour les hommes ; les femmes s'étaient probablement maintenues dans une telle simplicité et une telle

(a) Ces ordonnances défendent de porter des chausses , pourpoints m autres habits découpés, sinon les habits seront confisqués, et le ttillew condamne à Tamende de 10 sols. Ce règlement eut son effet durant U ferveur de la nouvelle croyance ; mais insensiblement cet article tombi « désuétude comme tant d'autres. Il y est aussi défendu de porter deux glai^<^ répée et la dague ou le poignard , ainsi que Tusage en <5tait alors ; tb»^ dans ce moment , où il y avait encore un ferment de dirision rcligieo«cet usage était dangereux.

modestie , qu'il n'y avait nulle observation à faire sur leur manière de se vêtir. Les portraits dont on vient de parler représentent une mode qui semble avoir appartenu à la ville de Berne, avec laquelle la réformation avait resserré les relations : la fraise blanche, le juste au-corps serré à la taille, le haut déchausses en tonnelet; la couleur était brune pour ceux qui n*avaient pas doifice ecclésiastique ou militaire, noire pouR les prédicans. Au reste , comme ces représentations d'êtres yivans sont fort rares à Neuchàlel, on ne peut déterminer que très-vaguement ce qui est relatif à lliabiltement de cette époque. Les cheveux y sont crêpés naturellement, la barbe fournie ; ce qui peut an reste plutôt appartenir à la personne qu'à l'usage. Les hommes portaient une bague au pouce , l'épée à longue poignée et à large garde (b) ; ils suivaient les variations de mode qui avaient lieu chez leurs voisins, mais toujours avec la simplicité que leur prescrivait une stricte économie.

Il y eut moins de changement dans rhabillement des ecclésiastiques, parce que, réunis en corps, ils avaient un costume particulier , et parce qu'unis au clergé de Genève , ils en adoptèrent le mode de se vêtir, comme la doctrine ,. et en suivirent les variations. Le noir fut la couleur constante ; 1 habit eut un rapport générai avec celui des séculiers, mais la fi*aise se conserva plus longtemps. Au commencement du XVIII« siècle, on voit dans leurs portraits le rabat de batiste qui la remplaça et le manteau noir; le chapeau était en batelet. Succéda ensuite le chapeau à trois cornes égales. Pendant quelque temps, d'anciens dogmatiques attachés scru-

(}>) La mode de la bague au pouce existait du temps de Rabelais, au milieu du XVI'' siècle. Le seigneur de Basché donne h son porlior comme signalement d'un chicanou ou homme de loi à exploits, qu'il portail un gros et large anneau d'argent au pouce. Les autres l'avaient en or, avec une cornaline ou autre pierre précieuse.

puleusement aux formes, envisagèrent le bouton qui y tenait avec une gance comme une hérésie ; mais l'exemple de Genève , où les jeunes étudians en théologie continuaient à se rendre, l'emporta, et le boulon fut adopté, ainsi que la chemise garnie ; et il en a été de même ensuite du chapeau rond et de riiabit de couleur hors des fonctions. Se rapprochant ainsi des laïques , le clergé , qui auparavant se séquestrait de la société, hors dans quelques conventicules dont la dévotion faisait la base, imita encore à cet égard les ecclésiastiques de Genève , qui ne fuyaient pas avec une affectation sévère les réunions des deux sexes ; et prenant part à leurs assemblées, dans lesquelles règne une distraction honnête et une gaité décente, les ministres ont pu y apprendre à connaître , mieux que dans leur cabinet , les mœurs et le caractère du troupeau qu'ils devaient prêcher , comme leur présence, d un autre côté , a maintenu dans ces réunions le ton de rhonnôteté et de la décence.

On a peu de portraits de femmes de la fin du XYI^^ siècle ; leur habillement parait avoir eu du rapport avec celui des Bernoises d'alors , non pas de celles des campagnes ni du peuple. Dans le XYII^ siècle , il se rapprocha plus des modes françaises à certains égards , modes que les femmes adoptèrent enfin complètement dans le XV1II<^.

La simplicité des mœurs, la vie retirée des femmes, et l'économie nécessaire dans un pays qui n'offrait pas encore beaucoup de ressources, n'encourageaient ni ne permettaient le luxe et la recherche dans les habillemens. Les étoffes n'en étaient pas précieuses ; on peut s'en faire une idée par 1 inventaire des effets d'une jeune fille de condition , mise en pension à la campagne vers le milieu du XV I*^ siècle (cj. Quoique fille de parens riches , sa garde-robe est fort or-

(c) Voyez noies addilionnclles (92).

dinaire ; mais comme cependant il fallait des ornemens à une femme , il était réservé qu'elle en serait pourvue. Dans un contrat de mariage de la fin du XV^ siècle, il est stipulé que répause sera convenablement enjoyellée, c'est-à-dire , suivant sa condition et celle de son époux. Les femmes portaient plusieurs bagues aux doigts des deux mains. Dans le XVI^ siècle, suivant leur fortune, elles avaient une ceinture riche brodée en or ou en velours noir , à laquelle pendait un trousseau ou des ustensiles de bouche, comme cuiller et fourchette en argent ou en vermeil , ou des clés, symbole de leur économie et de leurs fonctions domestiques.

Les meubles pesans et solides, comme tout ce qui appartenait à répargne et à la simplicité de ces temps , jusqu'à la fin du Xyil^ siècle , étaient en noyer ; armoires , coffres sculptés avec les armoiries de la femme et divers ornemens. Les chaises étaient de même , sans garniture. Lorsqu'une fille se mariait, les coffres et armoires , remplis de son linge et effets, étaient transportés dans la demeure de Tépoux , et ce trousseau faisait spectacle pour le public.

A la fin du XY1I« siècle, les étoffes des habillemens furent plus recherchées ; cependant il y avait peu de velours noir, mais d'autres fortes étoffes en soie, comme damas , gros de Tours , etc. ; et elles furent portées jusque vers le milieu du XV1II<^ siècle en suivant les modes françaises. Quoique chères d'achat, elles entraient par leur durée dans les principes d'économie qui se soutenaient et passaient de la mère à la fille. Ces robes se portaient dans les occasions solennelles et les dimanches, qui étaient les jours ordinaires de réunion entre les femmes; après quoi elles se repliaient soigneusement pour une autre occasion ,. et les habits de laine succédaient. Environ ce temps-là , dans le XYII® siècle , le trousseau de clés et d'ustensiles fut remplacé par une grande poche pendue à la ceinture , et qui renfermait ce qui était auparavant

en évidence. Elle était faite en étoffe riche , en velours oo en peluche, et la fermeture en vermeil, argent, acier ou laiton , selon les fortunes , parce qu'aucune femme ne voulait céder, à une autre quant aux formes. Lorsque les paniers furent adoptés, les poches furent mises dessous ; et dès-lors, ne brillant plus au dehors, on leur en substitua une de chaque côté, d'une toile simple et sans fermeture.

Si les poches extérieures étaient un moyen de considération par leur richesse , leur grandeur et leur enflure qui indiquait un ample contenu , au moins pouvait- on les imiter quant à la forme dans les classes moins riches. Il n'en fat pas de même lors de Tintroduction des paniers -. ils devinreDt une ligne de démarcation par la quantité d'étoffe qu'ils exigeaient pour les couvrir.

Le luxe dans les habillemens des femmes avait hxi assez de progrès, vers la fin du XV11« siècle, pour attirer lattention des pasteurs, qui s'envisageaient comme les réformateurs des mœurs et comme devant veiller à l'exécution des ordonnances ecclésiastiques de 1542. Ils tonnèrent en chaire contre cet abus. La censure, peut-être trop âpre , ne plut pas; les hommes n'avaient rien dit lorsqu'à diverses reprises elle s'exerça sur leurs excès de table, qui n'en furent probablement pas interrompus ; mais ici les plaintes, les clameurs de leurs femmes , pouvaient troubler la paix domestique. Ils épousèrent leur querelle, et les Quatre Ministraux, dans b visite d'église de 1672, prièrent les pasteurs de ne plus porter désormais celte matière en chaire , mais de s'adresser directement à eux .

Dans ce même temps , la coiffure des femmes excita lanimadversion du Magistrat. Elles poitaient, alors une sorte de turban ou bonnet rond , appelé cape,- il était fait en pelisses précieuses , en plumes teintes en noir et firisces , en brins de soie ou en laine , suivant la fortune des personnes.

Toutes les bourgeoises s envisageant comme égales, ne voulaient pas se laisser surpasser entr'elles ; il s'établit une rivalité et une émulation qui devinrent onéreuses par le prix auquel séleva cette coiffure. Le dimanche était le jour auquel elle s'étalait avec faste , de manière qu'elle rentrait dans le domaine delà censure ecclésiastique. Les pasteurs, non contens de la dénoncer à Tauditoire comme répréhensible, s*adressèrent au Magistrat, qui prit la chose en objet , et le conseil de ville décréta le 4 août 1671 : « que les capes ne » s'élèveraient pas , pour les maîtresses , au dicssus du prix » de vingt livres faibles , et pour les servantes plus haut de » cinq livres.» On doit éire peu surpris de l'espèce d'ivresse avec laquelle les femmes adoptèrent cette coiffure, dont l'encadrure noire ou brune relevait la blancheur de leur teint. Il parait qu'elles les préféraient noires, quoique trop tranchantes ; car le même arrêté défend aux faiseuses «de teindre » des pelisses pour cet usage. » L'on ne sait si le Magistrat fut obéi ; mais la mode devint générale dans tout 1 état et entaina les mêmes abus à sa suite, tellement que le gouverneur fit paraître en 4681 un mandement , auquel le conseil de ville consentit, pour les défendre absolument.

Les autorités inférieures n avaient fait aucune représentation ; mais l'opposition vint des filles bourgeoises de Boudcvilliers. Elles se réunirent et s adressèrent au conseil de ville pour demander la permission de porter ces capes, crainte des dé fluxions , el au surplus réclamaient la franchise, réserve usitée dans les mandemens. Mais quoiqu'il ne fut question de capes , ni dans la charte de 1244, ni dans celle de \ 454, cette réclamation n'en devint pas moins comme une évocation d'esprits ; les Quatre - Ministraux en firent Tobjet d'une représentation au gouverneur. Celui-ci , à qui il était absolument indifférent que les femmes couronnassent leur tête avec une cape , ou de telle autre manière , rétracta son

édit le 19 novembre ; dès lors les filles de BoodeviUiers, et toutes autres , purent se couvrir comme elles 1 entendraient, et la mode , plus puissante que lautorilé civile , fit bient^ disparaître les capes. Une variété des capes étaient lescarks, faites de la même matière, mais dont la partie antérienre.se relevait perpendiculairement comme les anciens bonnets de grenadier.

Les dentelles de Flandres firent disparaître les capes et les caries ; mais les ministres , trop éloignés en chaire , ne s'aperçurent probablement pas de ce nouveau luxe, pire que la coiffure précédente , qui commençait à prévaloir *, car on ne voit nulle dénonciation de leur part. Le haut prix de cette parure mit des bornes à limitation et à Témulation.

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