DÉSERTEUR 2Î
k remplir. Vou* jngeres, messieun ; je n'ai touIq faira que ie récit très simple des derniers événements et ja me suis gardé de toute parole qui eût tenté d'attendri; votre oœur. Je me retire, messieurs, en vous difau^ Berjileraent : Demandez-vous, avant de prononcer voira jugement, si Robert Lavidry est toujours digne d*êtrô loldatl Un déserteur est un infâme auquel on devrait arracher l'uniforme avec la chair... Interrogez-vous, messieurs, les uns les autres, et que quelqu'un de vous me dise s'il rougirait de serrer cette loyale main... Il s'approcha de Robert.
— Mon fils, mon enfant I
— Oh I mon général, merci, merci, voua me rendez la vie !
— Mieux que cela, mon enfant, car j'espère bien l'avoir rendu l'honneur.
Il lui tendit les bras.
Robert se pencha par dessus la balustrade et sa tête reposa un instant sur la poitrine du générai. Le vieil officier le couvrait de baisers. El doucement, à l'oreLUe, il lui dit :
— Quel que soit l'arrêt que nous attendons, condamné on acquitté, mon enfant, Elspérance sera fière de loi...
Le général sentit, au long frisson qui agita Robert, qa'il avait frappé juste.
Le regard du soldat, noyé de larmes, le remercia.
M. de Tréion-Fontaines prit place au banc des témoins et attendit.
Le colonel-président fit introduire Magda.
La jeune fille entra les yeux baissés et très pâle.*. C'était un bien triste devoir qu'elle avait à remplir,- DtYant tous, elle allait étaler Tindignité de ceux domt
224 fANÏiaON KOUÔB
elle avait été la fille adup^^e. Devaiït tons, ans§i, lorsqu'elle parlerait d'Armand, n'al'ait-eile pas soulever 'es voiles qui dérobaient soa amour, l'abandon qu'elle avait fait de sa personne, son déshonneur enfin. Et sa pudeur s'en efi'arouctiait.
En elle, pourtant, aucune hésitation.
Si douloureux qu'il lût, elle remplirait ce devoir.
Devant la barre des témoiDS^ elle attendit qu'on l'interrogeât, car dans le désarroi de son esprit, elle n'eut rien trouvé à dire.
Le colonel le comprit et, avec bonté, la guida par ses questions, provoquant ses révélations, montrant la route à sa franchise.
Elle n'oublia rien.
Les juges paraissaient suffisamment éclairés.
L'avocat de Rob?rt renonça à prendre la parole, jugeant que tout ce qu'il dirait ne ferait qu'affaiblir, ?LUX yeux de ce» gc^yii^u, la portée de ce qu'ils venaient d*entendre.
:af
Le nom 9e Karl de Winter et la sHatClMi fM ••••» pait à Paris, ses menées, aci$ intriguas, U afilère qirf planait sur ses moyens d'existence, enfis, •! •vtoot, l'accusation qui était résaltée des débati d« ki oo«Y d'asi-ises contre celte famille d'aventari«rs , et dee débats du conseil de guerre contre Karl particalièrement^ tout cela réucii avait éveillé depoû longtemps l'attention de la police.
Un mandat d'amener avait été IsMié contre Karl et il était certain que même si Ton ae donnait pas suite au vol de documents dont Armand dé Trélon-Pon» laines avait été victime, Ttixtradition serait prononcée contre le fils de Guillaume de Winter et qu'il serait reconduit à la frontière.
Karl, <bIu reete, était trop intelligent et trop rusé pour ne point soupçonaer la situation.
Déjà, par m» soins, madame de Winter at la vieille Luxembourgeoise avaient quitté Paiis depuis deux jours.
Quant ^ hn, il s'était bien gardé de revenir au petit i^^jfMirtsmefirt de la rue des Abbeâses, et, changeant do
22f~ ?ANVALON ROimi
nom toofi les lacpfi, ii allait d'hôtel garni en hôtel garni, traînant partout sa haine, sa rage de vaincu et sa soif de vengeance.
Les journaux lui avaient appris l'acquittement de Lavidry devant les jurés de Biois, et peu d'heures après l'acquittement la mort de Lavidry, dans les bras de ses amis et de ses enfants.
Les journaux ne font, en général, que mentionner rapidement et presque sans commentaires les fautes contre la discipline qai amènent les coupables devant les conseils de guerre.
Pourtant, l'affaire de Robert Laviàry avait fait quelque bruit ; les joarnaux avaient appris que le général de Trélon-Pontainef avak défendu le jeune soldat et ils avaient annoneé l'acquittement.
Karl en fut donc insérait presque aussitôt.
De lai-même, du reste, il était question dans les feuilles parisiennes ; il avait assidûment fréquenté un grand cercle, présenté à ce cercle par des membres de Taristocratie, des plus honorables, trompés sur son compte par d'habiles manœuvres : il avait été lancé pendant quelques années dans wi certain monde de viveurs élégants où l'on adepte assez volontiers les nouveaux venus, pourvu qu'ils dépensent largement et ne soient pas ennuyeux.
De telle sorte que s'il n'&Tait été prévenu par ses propres soupçons, par son pressentiment, que des poursuites étaient dirigées contre lui, il en eût été wei'ti par les commentaires malveillants des journaux à son égard.
Mais poB loi importait.
Daai le désastre où s'effondrait ia première partie
OÉSERTEU» 227
de sa vie et qni Tatteignait en pleine vigueur et en pleine jeanesse, il ne pensait qu'à Mage Qu'était-elle devenue?
Sn sortant de la salle des séances, à la cour d'assise» de Blois, elle s'était esquivée. Elle avait disparu ayant fait son devoir et ne tenant pas à être remerciée. Elle savait bien que dans ces cœurs ne s'effacerait jamais le souvenir du service qu'elle avait rendu. Elle revint à Paris.
Lorsque Darnetal, Marthe et M. de Trélon-Fontaines, sortant du Palais de Justice, la cherchèrent, il n'était plus temps.
Rentrée chez elle, rue de Lancry, elle se jeta sur «on lit, non point pour dormir, mais pour rêver. Elle pensait au serment fait.
Peut-être avait-eiie espéré que ne viendrait jamais le jour terrible où, ce serment, il faudrait le tenir. Et ce jour était venu, pourtant, — Non, non, il n'osera pas... Il aura pitié, se disaitelle.
Mais elle haussait les épaalei, à cette seule pensée. De la pitié, chez Karll C'était folie que de rêver celai Alors, se résigner ?
Mais c'était infâme, horrible, impossible 1 1 Toute la nuit se passa ainsi. Elle ne dormit pas une minute.
Le matin, elle avait une fièvre iniease. — Que faire? se disait-elle...
Et comme répondant à une pensée venue depuis longtemps déjà, une pensée de délivrance qui, jadis, à Metz, lui avait fait accepter l'infâme marché de Kari, avec la certitude de lui échapper :
22B fANlAl^Oa AOtJAK
— Est-ce que je le pourrais? Est-ce que j'en aurais le courage?
Elle se leva, alla se planter deYant une glace et m regarda.
Comme elle était belle ! Et comme il était facile de comprendre la p^assion d'Armand ! et le crime que Karl méditait !
Plus belle que jamais, même, en cette minute d'angoisse et de désespoir, d'épouvante pudique, qui donnait à sa beauté un caractère surhumain.
Elle dit, tout haut :
— C'est parse qme je suîsT^eTTe que tant de malheurs sont arrivés. C'est parce que je suis belle qa'Armand a tant souffert et qu'il a failli mourir I C'est parce que je suis belle que Karl, si coupable déjà, va devenir plus criminel encore.,.
Et se regardant, rêveuse, avec joie, avec terreur aussi :
— C'est vrai ! Je suis bien belle I
Est-ce qu'elle aurait la force d'eiécuter le terrible projet qu'elle avait rêvé? Elle éteit arrivée au moment où elle devait pi^ndre une résolution suprême. Ou tenir le serment qu'elle avait fait à Karl et grâce auquel les précieux documents lui avaient été rendis, ou échapper au jeune homme en lui donnant le spectacle de sa beauté détruite, ravagée, à jamais disparue.
Car c'était là son rêve.
Tout d'abord, quand le fils de Winter, à Metz, la pressait de ses sollicitations et lui proposait son ignoble marché, elle avait accepté car elle s'était dit :
— Lorsqu'il viendra, il ne trouvera qu'un cadavre. Mais Karl avait deviné ?on arrière-pensée.
Elle avait juré de vi^x^j die avait juré de lai sppartenir.
Di:?r.RTr,i:H
Ce fat à cet instant que ion cerveau conçut une imagination tout à ]a fois sublime et folle.
Puisque sa beacté avait causé tant de souffrance* autour d'elle, eb bien ! elle l'anéantirait; de ce visa-e que l'on admirait, que Ton avait adoré, elte fer^<it quelque cbose de terrible et de repoussant.
Cela, c'était plus épouvantable que la mort, certes... et une pareille idée ne pouvait naître que dans une surexcitation où Ton ne raisonne plus, où les impossibilités les plus grandes vous paraissent faciles.
— Ainsi, se disait-elle, je serai morte pour tous, cette fois, bien morte.
Et voilà pourquoi elle se regardait, dans la glace, ainsi que l'on regarde une amie que Ton ne reverra plus.
Son cœur se gonfla ; des laï-mes vinrent à ses yeux.
Quelle femme assez forte ne regretterait jas un semblable sacrifice, et de gaieté de cœur se cuiidamnerait ainsi ?
Pourtant, elle ne tenta rien, en cette première journée.
Peut-être que, malgré tout, lui restait au fond de Tâme la suprême espérance que Karl n'apparaîtrait pas ; qu*i.l ne viendrait pas réclamer l'exécution de l'odieuse promesse ; qu'elle ne le verrait jamais plus.
Peut-être bien aussi qu'elle espérait en une intervention étrangère.
Karl, sous le coup d'une aceueation d'espioniiage, traqué par la police parisienne, avait quitté Paris, sans doute? C'était une grave imprudence que de rester dans cette ville, où il ne pourrait as&arénient pas échapper longtemps aux investigations ées agents du quai des Orfèvres.
Karl disparu* ell« é^ait s«Gvé^-
230 PàNTA]X)N R0U5E
Karl arrêté, elle était sauvée encore !...
Mais à la fin de cette première journée, le fil léger qui retenait le dernier espoir cassa brusquement.
Elle reçut une lettre de Karl :
« On me poursuit. Je me cache. Mais, dussé-je y » perdre la tête, je ne partirai point de Paris avant de » t'a voir revue. Je t*aime Rappelle-t^i ton ser- » ment. »
Elle se sentit perdue.
Le lendemain, elle descendit rue de Lancry, ectra dans différents magasins, quêtant partout quelque chose qu'on lui refusait.
Elle était si pâle, ses yeux étaient si brillants, il y avait sur ses traits une folie si évidente, que les boutiquiers avaient peur et en lui vendant ce qu'elle demandait ne voulaient pas se faire les complices de ténébreux desseins qu'ils devinaient.
Elle en trouva un plus complaisant enfin.
Et Magda sortit de chez lui, cachant dans son monchoir une fiole remplie d'un liquide jaunâtre, qu'elle regardait parfois, s'arrêtant sur les trottoirs, avec des yeux épouvantés.
De l'acide sulfurique.
Elle rentra chez elle et s'enferma dans sa chambre.
L'heure terrible avait sonné et elle tremblait !
Devant la mort, elle eût souri.
Devant la laideur repoussante et hideuse qui allait être son œuvre, elle avait peur. Quelque chose, en elle, se révoltait, et c'était encore de l'amour. Car elle pensait à Armand, à Armand qui avait tant aimé son visage ! qui avait adoré ses yeux !
Du moins, les yeux, elle n'y toucherait pa«.
Elle les respecterait
DÉSKRTEUR 2L5 1
Ils resteraient doux, larges, au regard passionné si profond.
Si Armand la revoyait quelque jour, il retrouverait d*elle ses yeux.
Et l'acide sulfurique, bientôt, fait son œuvre terrible.
La douleur est telle que parfois de sourds gémissements lui échappent, malgré son courage.
De larges brûlures couvrent son jeune et beau visage d'estafilades sanguinolentes ; le front et les joues sont striés de blessures atroces.
Elle a eu le courage d'aller, sans faiblesse, jusqu'au bout.
Mais la souffrance devient torture, la torture devient insupportable, et sa force, aussi, a des bornes.
Elle pousse un grand cri désespéré et tombe évanouie.
Ce cri a été entendu.
Les voisins accourent ; la porte est fermée ; comme on redoute un accident, même un crime, la porte est enfoncée.
Magda gît, demi-morte, horriblement défigurée.
Et la fiole d'acide, à demi pleine, est renversée auprès d'elle.
Tout d'abord l'idée d'un attentat vient à ceux qui sont entrés.
Mais la porte était fermée de l'intérieur; et Magda est seule.
Comme il ne peut entrer en l'esprit de personne que ?es brûlures sont le fait même de la jeune fille, on croit
un accident. On la relève, on la soigne.
Un médecin est appelé, rcTiarnine, donne des pre»- ^ ptioQft.
2o^ PANTALON ROUftl
— Sd vie n'est pas en danger, dit-il, même les blessures sont peu profondes, et peu graves. Elles n'intéressent que l'épiderme et ne menacent aucun organe. Las yeux ni les lèvres n'ont pas été touchés. Seulement, Ja pauvre fille va être défigurée...
— Elle 1 si jolie 1...
— Est-il ici quelqu'un qui puisse la soigner, surveiller et changer ces pansements? Dans le cas contraire, je la ferais conduire à l'hôpital.
Mais la concierge intervint
— Ce sera moi, dit-elle, ma fille est assez grande pour garder seule la loge, de temps en temps... Je veillerai sur cette pauvrette.
— Du reste, dit le médecin, je reviendrai. Et il partit, murmurant :
— Si la cho*e n'était pas si extraordinaire et si ce n'était pas folie que de penser cela, je croirais presqueque ces brûlures ont été faites non point par hasard, mais avec intention I... Alors ce serait donc la jeune fille elle-même qui aurait eu cet atroce courage.
Il revint tous les joi^rs, jusqu'à ce qu'il fût possible d'enlever du visage de Magda les linges qui le recouvraient.
Elle avait souffert mwme «^ plus admirable résignation.
Le médecin, à pIusî*>o^ ,,,prises, l'avait interrc.gée.
Il aurait voulu savoir la vérité tout entière.
Il la de^^nait presque I
Mais il s'était heurté à l'énergique silence de la jeune fille.
Comme elle était guérie, il ne revint plus.
La première fois qu'elle se leva, elle alla te placw
bÉSERTEUR 233
aevant sa glace — devant cette glace où quelques jours auparavant, elle s'était écriée, en s'admirant :
— C'est vrai ! Je suis bien belle I
Et là, enlevant le voile qui entourait son visage torturé, ravagé, elle se regarda.
Elle s'attendait à la trwte image défigurée que lui renvoya fidèlement la glace, et pourtant elle tressaillit et se recula comme devaat une apparition terrible. Ce qu'elle voyait était effrayant. Seu yeux, ses beaux yeux Sr3als vivaient au milieu de cei cicatrices et rappelaient celle qui avait été Magda 1
— Mon Dieu ! oh ! mon Dieu ! marmara-t-elle. Et elle éclata en sanglots.
On frappa à sa porte.
Elle s'enveloppa de soa voile et alla ouvrir.
C'était la concierge qui lui montait une lettre.
Elle reconnut l'écriture de Karl.
La coD6ierge dit :
— On attend en bas la réponse.*.
Magda lut ces simples mots :
« Tu n'as pas oublié ? »
Elle écrivit au crayon sur la même page t
« Viens I je t^atlends ! »
Elle tendit la lettre a la cc»ncierge.
— Lui avez-vous dit que j'étais maladet
— Non.
— Il ne connaît rien de mon... de mon accident.
— > Rien. Je n'ai pas eu le temps de causer avec c« monsieur.
— Eh bien, reraeUez-lui celte lettre, et iaissez-io dans l'ignorance de ce qui s'est passé,
— Puisque mademoiselie le désire... Mais tout de môme faudrait peut-étr« mieux U préparer... car «'est
nne singulière surprise que veua faites à vos Elle dit, impérieusement .
— Pas un mot, je vous en prîeî
— C'est bien, maiemoiselle, c'est bieni
La concierge descendit. Quelques minutes se passèwnt. La porte donnant sur le carré étant restée entr'ouverte, Magda entendit an pas rapide qui montait l'escalier et s'arrêtait à l'étage.
Elle tournait le dos à l'entrée, le visage enveloppé de son voile.
Elle ne fit aucun mouvement lorsque Karl entra.
Il s'arrêta sur le seuil :
— Magda I
Et comme elle ne bougeait pas, il vint à elle.
«— Qu'as-tu? Pourquoi ne regardes-tu même pas? Est-ce bien toi ? Ton visage m'est si caché que si je ne reconnaissais tes yeux, ce pourrait être une étrangère à qui je parle... Pourquoi me dérobes-tu ainsi ton visage, si beau et que j'aime? Pourquoi te faire cruelle à plaisir? Est-ce bien toi, Magda^ vraiment?
— C'est moi, dit-elle, en inclinant la tète.
— Magda, je t'aime !
— Aime-moi, Karl, je ne te le défends pas... Viens t près de moi... Viens plus près et donne-moi tes mains...
afin que je te retienne s'il te venait quelque remords, quelque fantaisie de regret, et si tu essayais de me fuir...
— Te fuir, Magda ? Est-ce pozir m'affoler que tu me parles ain?i ?
— C'est que j*ai conservé l'espérance que tu aurai» pitié, Earll...
— Pitié 1
— J» nae snii dit qat tv q« OQmm«tirfti« pas o« vim%
abominable, que tu aurais peur, an derpier moment, et qu'au lieu d'un aveu d'amour, ce serait une parole de pitié que j'entendrais...
— Allons donc! Tu me connais... tu ne Tas pas cru !
— Ainsi, tu restes impUoyable.
— Impitoyable, puisque tu ne trouves pas d'autre mot pour désigner le grand amour que j'ai pour toi,
— Et rien ne peut te fléchir?...
— Rien, Magda...
— Tu saiîi que je te hais, Karl.
— Je le sais...
— D'une haine qui durera autant que ma vie ?
— C'est une joie inouïe de triompher de toi, malgré ta haine.
— Karl, un mot de regret et je te pardonne...
— Garde ton pardon.
— Un seul mot et je ne me souviendrai plus de te» infamies...
— Supplications superflueç
— Ainsi, vraiment, tu veux reater infâme !.•.
— Arrache ton voile, ma belle éplorée, afin que je puisse mieux contempler ta beauté..,
— Soit, dit-elle. Tiens, admire, misérable...
Elle arrache son voile, en effet, et apparaît comme un fantôme, le visage ravagé, méconnaissable, les yeux seuls survivant dans ce désastre.
Et elle lui sourit, elle lui tend les bras.
— Viens, dit-elle, viens, car moi aussi je t'aime I Un cri d'effroyable épouvante s'étrangle dans sa
gorge.
— Magda I Magda I
Et 11 r«cule devant olle, au fur et à mesure qu*
avance, étendant les bras pour l'écarter, poar éloigner ces mains qui le cherchent.
Elle sourit toujours, et toujours le poursuit :
— Eh bien ! pourquoi fuis-tu? Est-ce que tu ne me trouves pas belle? Est-ce que je ne suis plus celle qui était ton rêve?... D'où vient ton effroi? Tu ne m'embrassee même pas?
Terrifié, certainement croyant à quelque chose de surnaturel, Karl recule encore, blême, les lèvres tremblantes.
Et tout à coHp il se trouve près de ia por^e ouverU.
Alors, il dit, il bégaye :
— Pardon l Pardon 1
Et il se sauve, éperdu, les mains sur les yeux, trébuchant, tombant dans Tescaiier, se meurtrissant et se relevant pour courir encore.
Et il n'a qu'un mot qui trahit ses affres :
— C'est horrible ! C'est horrible !
Magda, dans sa petite chambre, est tombée à ge- Boux. Elle prie.
— Mon Dieu, dit-elle, lorsqu'Armand me reverra, donnez-moi le courage de supporter son épouvante et ion horreur 1
Mais Armand, bien que hors de tout danger et tons les jours sentant ses forces revenir, ne pouvait encore quitter sa chambre.
Certes, il y pensait, le jeune officier, à celle qui avait montré pour lui et les siens tant d'amour et de dévouement.
A plusieurs reprises, i! avait parlé d'elle à son père.
Il y avait bien encore quelque résistance au fond de ee cœur, mais Armand savait aussi qu'il a'y trouvait une grande bonté, une inépuisable indulgence.
Le général était prêt à recevoir Magda.
Prêt à l'appeler sa fille.
Un jour, Armand dit à son père :
— Je ne puis rester plus longtemps sans recevoir de 068 nouvelles, et il y aurait ingratitude de notre part à me ]MM nous informer dtj ce qu'elle est devenue.
— ^*ip*i la voir, mon enfant, mais calme tes inquiéta dee. Je me suis informé de Magda il y a quelque temps. Je sais qu'elle n'a pas quitté la rue de Lancry. &m^ là. f«« t» la retrouveras^ cer il me semble que tm
f38 * ^" PÀifTÀLOTf SOTTM
visite, mon pauvre Armand, lui serait qtimïd même plus agréable que la mienne...
— Je sens que mes forces reviennent. Bientôt, sans donte, je pourrai sortir. Du moins, auparavant, je lui écrirai...
Et en effet, il lui écrivit.
Il reçut une réponse froide et énigmatique qui le fît rêver.
— Qa'est-ce que cela veut dire? murmura-t-il
Il écrivit de nouveau, la priant, puisqu'il était faible encore, de venir jusqu'à la rue de Prony visiter le convalescent qui pensait à elle et qui l'aimait toujours.
Celte fois, il ne reçut pas de réponse.
Il envoya Philippe, son ordonnance, Tïte de Lancry.
Philippe ne fut pas reçu par Magda.
Du moins il put dire à son officier que la jeune fille, cette fois, ne semblait pas songer à disparaître, comme lorsqu'elle avait quitté la rue de Rome sans prévenir Armand.
Magda, a cette époque, était guérie.
Mais elle avait donné l'ordre à la concierge de ne parler de son accident, de ses affreuses brûlures, à personne de ceux qui viendraient s'informer d'elle.
Du reste, elle fermait strictement sa porte.
Décidée à sortir du monde, à se faire religieuse, elle vivait déjà dans la plus complète solitude, passant ses journées et une partie de ses nuits à travailler à des ouvrages de broderie et de couture auxquels elle était très habile et que la concierge loi avait preeurés dans un grand magasin.
Ëlleî Attendait de pouvoir «j^Mr-MiHaowMot^/kire son noviciat.
lȃSEATIim 2:^i>
Le jour fixé par son départ était arrivé.
Elle n'avait pas d'argent, c'est-à-dire, pas de dot à donner au^convent où elle entrait.
Tous les couvents, heureusement pour les filles pauvres, n'exigent pas de dot, mais demandent seulement f« la novice d'apporter son trousseau.
Le trousseau de Magda était complet.
Ses meubles, depuis longtemps, nous Tavons dit, *»lle les destinait à quelques familles pauvres, voisines «i'elïê, qu'elle avait à plusieurs reprises secourues.
Le passé n'existait donc plus.
T*ut était prêt pour l'avenir.
C'était à Saint-Denis qu'elle allait se rendre; au couvent des sœurs hospitalières de Saittte-A.nne.
r^es sœurs hospitalières, elle le savait, sont plus parliculièrement affectées à soigner les enfants malades, et c'était à ces soins et à ce dévouement qu'elle désirait consacrer le reste de sa vie.
Béjà, même, son but était précis.
Aussitôt son noviciat terminé, dès qu'elle aurait prononcé ses vœux, dès qu'elle aurait pris le voile, elle demanderait à être envoyée à l'hôpital d'Ormesson, en Seine-et-Oise.
Cet hôpital est destiné aux enfants phtisiques.
Cette œuvre est universellement connue à l'heure * h nous écrivons, mais au moment où s'achève ce îécit, elle débutait à peine et ne comptait qu'une i nnée ou deux d'existence.
Et déjà pourtant elle rendait des services aux petits hj^lheureux^dont l'asaistance officielle ne peut se charger. et qui parfois, souvent, trouvent la vie, la v'>?c auprès de la charité privée- *>liys libre que ^» >tr<>, «irtoa flmë dé¥0«A«.
140 ?ANtALON ll«U9i
Cette œ»vre était entretenue aniqaement par des souscriptions volontaires, et les services qu'elle rendait aux panvres petits phtisiqaes étaient absolument gratuits. Plus de deux mille enfants ont été soignés jusqu'à ce joar dans les divers établissements de Toeuvre et plus delà moitié dM malades ont été guéris. Cependant les reeêources sdat loin d'être sufPsantes et le mal terrible, qui frappe partout en aveugle, fait encore en France près «Le cent mille victimes tous les ans.
C'était à cette oeuvie qu'elle voulait désormais consacrer sa vie; c'était à guénr les petits malheureux, à diminaer du moins leurs souffrances, si elle était impuissante à les guérir.
Et son dernier jour de liberté était venu.
Mais d'amer? regrets lui étaiect réservés encore et son cœur n'avait pas épuisé toutes les tortures.
On frappa à sa porte.
Elle eut le pressentiment qu'Armand était là, derrière, qui attendait.
Et elle en fut si émue qu'elle n'osa répondre.
On frappa de nouveau.
— Mieux vaut ne pas me trouver en face de lui ! se dit-eile. Cette entrevue serait trop douloureuse et pour lui et pour moi.
Et elle garda le silence, malgré les coups répétés à la porte.
Alors elle entendit la voix anxieuse d'Armand :
— Magda, je sais que vous êtes chez vous. Pourquoi donc ne me répondez-vous pas? Pourquoi ne m'ouvreavous pas?
Elle ^ut un soupir profond»
g (êMak qv'eile m décidai.
— Pauvre cher ÂrmaDdl marmurà-t-elle.
Et lentement elle alla ouvrir en disant :
— Me voici, Armand, pardonnez-moi de voas faire attendre.
La porte était grande ouverte et Armand s'élança. Il étendit le» bras vers Magda, mais soudain, les yenx dilatés, il se recule, avec un cri d'épouvante :
— Mon Dieu 1 Mon Dieu I
Et il se dirige vers la porte...
Ses yeux fixes ne quittent pas la pauvre fille. Il a cru frapper chez Magda et il s'est trompé, sans doute.
— Je vous demande pardon, dit-il... La concierge m'avait mal renseigné, je vous ai dérangée, madame...
Ce n'eiit pas Magda; cette figure ravagée et terrible, ce ne peut être la douce figure de la Slave aux yeux ardents, au sourire si plein (Je séductions et de tendresses.
Il dit encore :
— Vous êtes seule?,., pourtant, c'est bien ici, à cet étage, que l'en m'a dit que je rencontrerais mademoiselle Magda... et tout à l'heure, quand je frappais à cette porte, j'ai bien entendu ia voix de Magda, sa Vt.'x, que j'ai reconnue, qui s'excusait de m'avoir fait attendrCcv Vous savez où elle est...
Les yeux, (es beaux yeux de Magda — car ils étaient restés superbes et dans une suprême coquetterie, au moment de son sacrifice héroïque, elle avait épargné toui ce qui pouvait en ternir l'éclat — ses beaux yeux s'emplirent de larmes.
Elle se sentit très faible.
Et joignant les mains, pour implorer son pardon :
— Armand 1 dit-elle, Armand l
242 P4NVAL0N ROUftB
Il eut un cri terrible, un cri de folie.
— Toi ! Toi I
Et il la prend dans se* bras, la serre contre son coeur à l'étouffer.
— Magdal Ceci est une effroyable comédie, n'est-ce pas? Ce que je vois, ce n'est pas vrai, je ne le vois pas!... Hâte-toi de rejeter cet horrible masque si tune veux pas que j'en devienne foalj
— Hélas ! Armand, mon cher Armand!
— Grand Dieu!
Et doucement, avec effroi, il passe la main sur ces brûlures à peine cicatrisées. Il ne veut pas croire. Estce bien elle? non, il rêve, il est fouî
— Qu'est-ce donc ? qui a pu commettre un paieil crime?
— Je ne te fais pas horreur I
— Ohl ma pauvre Magdal ma pauvre Magdal Parle! parle !
— N'accuse personnel Je suis seule coupable...
— Toi? Je ne comprends plus... dit-il éperdu.
— C'était le seul moyen d'échapper à Karl, à l'infamie qu'il se proposait... à l'odieux marché que j'avais été obligée d'accepter pour recouvrer les documents qui te sauvaient...
Il passe la main sur son front.
Il la regarde sans comprendre. Non, il ne la comprend pas.
On dirait qu'elle vient de parler une langue qui lui est étrangère.
Elle éclaire son esprit par un seul mot :
— Le misérable m'aimait!
Il comprend, et devant la sublime sacrifiée il se laisse tomber à genoux. Il éclate en «anglots. Il lui
DÉSERTEUR 2'l3
ppend les mains, les embrasse avec une passion folle.
— Magdal Magda!..
Il ne sait que répéter ce nom...
— Et c'est pour moi I pour moi! Toi que j'avais pu soupçonner un jour!
— Ce jour-là est oublié.
— Et j'avais pu douter de ton amour infini,
— Tu n'en douteras plus désormais.
— Ohl Magda! Magda I c'est affreux.
— Il le fallait, Armand.
Et c'est elle, la douce fille, qui le conscle. Elle ne pleure plus. Toat son courage est revenu. Son énergie est entière.
Alors, Armand, dans l'exaltation de son amour ;
— Magda, je t'aime toujours, toujours, malgré touti
Les yeux de la jeune fille exprimèrent une joie extraordinaire, surhumaine. Elle enveloppa de ses bras le cou de son amant.
— Ce que tu viens de dire là me rendra heureuse pour le reste de ma vie, mais cela est impossible, mon Armand. Je ne veux pas être un objet d'horreur et de commisération pour ceux qui t'entoureraient. J'ai mieux choisi. Je quitte le monde. Et demain je serai novice dans un couvent des sœurs hospitalières des pauvres.
— Je ne le veux pas. Tu m'appartiens. Ose donc dire que tu ne m^appartiens pas !
— Magda, la belle Magda qui t'appartenait n'est jplus. Tout à l'heure tu ne la reconnaissais pas. Et tu avais raison. Elle est morte. Ma& ArmasuL — dit-elle
Pantalon roum
wrec nne îonceur maternelle - ne m'afflige, pas avec tes larmes. Rien ne changera ma résolu uoii.
— Magda, sans ioi, que deviendrai-je?
— Tu onHierasi
— Jamaifil
XYI
Six mois après, la cloche du convent des sœurs bos- ;>italièr«s de Sainte-Anne, à Saint-Denis^ sonnait £<aîefnent, à toute volée.
A deux heures de I'i4)rè3-midi, une novice allait prendre le voile.
Le couvent est modeste et U cérémonie resta touchante dans sa simplicité; toutes les sœurs étaient à hurs chaises et à leurs bancs, dans la petite chapelle t. es pauvre et très peu ornée, oà quelques fleurs, seulement, paraient le maître-autel.
Quelques personnes entrèrent qui n'appartenaient })as à la communauté, car les cérémonies, sans être publiques ni ouvertes atout venant, ne sont cependant point fermées jiux parents et aux amis de la jeune fille qui se dispose à quitter le monde et à prononcer des voeux.
Ceux qui étaient là et qui venaient d'entrer, nos lecteurs les connaissent; ils devisent qu'ils n^ont pu lais.'wr Magda partir, étcrnollenient quitter la vie, sai» lui dire adieu pour la dtrnière fois.
Il y a, en effet, le général é% Tiéi«Q-FMUaiiMt; il j
PAMTAAON ROUftB
a Espérance, qui prie, à genoux, auprès d'un jeune soldat, qui porte sur sa manche les galons de laine de caporal; il y a Armand et Darnetal, et Marthe aussi, tous les amis de Magda, tous les personnages de notre drame.
Armand est très pâle et profondément troublé.
Son amour pour Magda n'a pas diminué; il soufifre.
Tout à coup, la porte de la chapelle s'ouvre, derrière le public, à deux battants.
Et lentement, un cortège se dirige vers Tautel où le prêtre l'attend.
En tête une grande jeune fille marche les yeux baissés; elle est vêtue delà robe blanche à longue traîne, comme si quelque nancé la conduisait à Tautel.
Derrière^ des fillettes eu blanc, couronnées de fleurs, marchent deux par deux, portant des paniers enguirlandés de roses blanches, dans lesquels sont, ici, îe voile que la religieuse va s'attacher au front tout à l'heure, là, sa robe de bure, sa cornette, son gros chapelet le long duquel elle égrènera ses prières, aux soirs mystérieux de doute et de découragement.
Derrière les fillettes en blanc, des sœurs hospitalières qui, tout àl'heureç aideront Magda à se vêtir.
En passant au milieu des bancs, bien qu'elle garde les yeux baissés, Magda, pourtant, a aperçu Armand, ear elle a tressailli.
U y a comme une hésitation dans sa démarche,
— Ohl mon Dieu, pardonnez-moi, car je l'aime plus que vous 1
Elle se dirige vers la grille qui sépare le chœur des assistants, et là, prend place sur une chaise.
Et à l'orgue des voix douces eatomient des hymnes dsjoie.
lÉURTIUS
Elle répond aux questions qui lui sont posées.
C'est librement qu'elle dispose de sa vie. Elle juM de la consacrer aux malheureux, désormais.
Er le prêtre l'exiiortant au sacrifice lui dit qu'il faut tout oublier de sa vie passée, tout, jusqu'à son nom.
Elle s'appellera désormais sœur Sainte- Marie.
Lorsqu'elle quitte l'autel et traverse l'église pour se rendre à la sacristie d'où elle sortira, dans quelques minutes, ayant quitté ses bkncs vêtements d'épousée pour revêtir ceux de religieuse qui, désormais, sont les siens, elle rencontre sur son chemin les yeux ardents de son ami, de l'homme qui l'aime, et qui, avec une dernière et suprême protestation, lui adressent un douloureux reproche.
Elle répond par an sourire de résignestion divine.
Elle disparaît. Et l'orgue joue. Et les douces voix chantent encore. Et dans l'humble chapelle où passent tant de dévouements, tout semh^ prendre un airde fête.
XTU
ArcoaDd vonlat denner »a démiâdon d'officier pendant les mois qui suiTirent. Il ne céda qu'aux supplieatioDS de sa sœur, de Robert et de M. de Trélon- PontaÏBes.
Mais la m^^Dotonk d« trayaii quotidien, en ce temps 4e paix profondf, lui était lourde.
Quelle que fût la besogne énorme à laquelle il s'obligeât, le sonveiùr de Magda l'emplissait de fiévreusef inquiétudes.
n lui fallait des fati^M physiques, des dangers, des luttes à soutenir, pour reeonquérir la paix de son kme.
11 obti&t du ministère de |la Guerre nn congé illimité •t en B^nie teapi il sdliicitait une mission périlleuse êATké les régions eiioore ÎAdxpioréeft dm centre de
La mission lai fut aeaor^éc.
ÀTaat de quitter Paris, il ftt d'aotrvti rechercha Kp«ur roUpo«v«r Karl. Il eèt vo«iu jotter sa vie contre I calle du misérable, W tu^r on m faira tner.
Mais il fnt averti, ak>rs qu'il poursuivait ce? reckiMkM, pmt hm utim éê k Préfactora é« p#Ua€, qaa
DESFlUTEL'R
Karl ayait quitté Pari» et la France, on en avait la ciir titude.
Il fat même affirmé à Armand et à M. de Trélon- Fontaines que le jeune homme, après être resté quelques semaines à Metz, puis à Hambourg, avait fini par s'embarquer sur un bateau à destination de TAustralie.
Armand fut donc obligé de renoncer à sa vengeance.
Mais il dit à Robert :
— J'ai le pressentiment que tout n'est pas fini entre lui et moi. Noos nous retrou voroas en face quelque tjour.
Lorsque farent terminés tous les préparatifs de son expédition et que le jour arriva où il devait prendre congé de ceux qui l'aimaient et se rendre à Bordeaux, où il comptait s'embarquer, tous nos personnages étaient réunis dans le grand salon de l'hôtel da général, à Aatouil.
11 y avait des larmes dans tous let yenx.
Robert venait d'arriver.
A son bras, Elspérance pleurait silencieusement.
Armand vint à lui, souriant, l'embrassa, embrassa sa sœur.
— Vous vous aimez. Je suis heureux de votre bonheur, dit-il. Quand je reviendrai, tu seras souslieutenant. J'espère que tu n'attendras pas le second gaion pour épouser cette jolie fille qui t'a fait oublier depuis longtemps tout ce qu'elle t'avait fait soufirir.
— Ohl mon frère, mon Armand ! dit le jeune soldat.
— N'eit-c« pas, mon père? fit l'officier. Le général se contenta d'incliner la tête. Il n'avait pai la force de parler.
— Tu l'aimes depuis longtemps comme ton fils... Si
FANÎALOK ïie'WR
Dieu vent qtts je ne revienne pa&, le vide ne sera pas trop grand dans ton cœur.
Le général cacha s-'R visage dans ses mains.
Et l'on vit qu'il essayait de retenir ses saogioti.