‹ Destination de l'hommeChapitre 4 sur 9 · MON · texte numérisé non relu

MON

Sans aucun doute, je l'admets.

L'ESPRIT

D'où sais-tu qu'ils existent?

MOI

Je les vois lorsque je les regarde, je les sens lorsque je les touche, je les entends lorsqu'ils rendent un son; ils se révélent à tous mes

sens.

L'ESPRIT

Vraiment? C’est une opinion dont tu réviendras peut-être, que celle que tu vois, que tu touches, que tu entends les objets.

Néanmoins, jusqu’à nouvel ordre, je parlerai ta langue; je m’exprimerai aussi comme si

réellement tu percevais ces objets au moÿen

de tes sens. Commençons même par le supposer. Je te demanderai seulement si tu ne les perçois pas de quelque autre façon; en d’autres termes, s’il n’y a pas pour Loi d’autres objets que ceux que tu vois, touches ou entends.

Je n’en connais pas d’autres.

L'ESPRIT

Les objets hors de toi n’existent donc pour toi qu’à la suite de certaines modifications survenues dans tes organes de la vue, du toucher, etc. Lorsque tu affirmes qu’il y a des objets hors de toi, n'est-ce pas comme si tu

disais que tu vois, que tu touches, que tu en-

tends?

MOI

C'est en effet mon opinion.

L'ESPRIT

Bien; mais d’où sais-tu que Lu vois, que tu

touches, ou entends?

MOI

Je ne comprends pas; cette question me semble bizarre.

L'ESPRIT

Je vais la rendre plus claire : vois-tu ta vue? touches-tu ton toucher? en un mot, as-tu quelque sens intérieur plus subtil, d'ordre plus relevé que tes sens extérieurs, au moyen duquel tu puisses percevoir ces derniers et

leurs modifications?

MOI

Je ne me connais aucun organe de cette nature. Je vois, je touche, je vois ceci ou Je touche cela; ce que je suis immédiatement, absolument, je le sais parce que cela est, par conséquent sans qu'il soit besoin d’un sens intermédiaire entre ma sensation et la conscience que j'en ai. C'était même parce qu’elle semblait mettre en doute que j'eusse cette

sorte de conscience immédiate de ma sensa-

tion que ta question de tout à l’heure me

semblait singulière.

L'ESPRIT

Ce n’était pas mon intention; je voulais seulement te mettre à même de t'expliquer clairement à toi-même la notion que tu te fais de l’activité immédiate de ta conscience. ‘Tuas, dis-tu, immédiatement conscience que tu vois, que tu touches? |

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