‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 18 sur 91 · I.Ol SÉKIAIRE · texte numérisé non relu

I.Ol SÉKIAIRE

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Quand la Série est régulièrement graduée par luiauees délicates depuis le premier terme jusqu'au dernier, les produits contigus ne diffèrent pas plus entre eux que les sons successifs dans un clavier d'orgue ou de piano. Par ainsi, ses vingt-quatre Groupes — supposons-la de ce nombre — forment deux octaves successives, et nous pouvons, pour nous entendre, leur donner les noms portés par les notes auxquelles ils correspondent. — Yoici donc. notre Série de vingt-quatre Groupes.

Si, UT, ut'', ic, v&\ Ml, fa, fa'^, sol, sold, la, la'', .<./. ur, ii('', re, i-eJ, mi, fa, fa<', sol, soH, la, la»'.

Considérons le Groupe mi de la première octave. Ce Groupe mi est nécessairement en violente discordance avec ses voisins re'' et fa: car les produits différant fort peu, la concurrence est très-active. De même ut de cette première octave discorde vivement avec ut^ Quant à 7-e — suivez bien, je vous prie, — il donne des produits trop semblables encore à ceux des Groupes mi et ut pour s'entendre bien avec eux. Mais mi et ut sont assez éloignés dans l'échelle pour n'avoir pas à se jalouser; bien au contraire, vous les voyez se liguer mutuellement contre l'ennemi commun, contre les Groupes ut', H 11

re et re,,. Ut et mi se plaisent à se donner des louanges, à s'exalter mutuellement , à se reconnaître l'un l'autre comme partisans du bon goût, des bonnes doctrines. Il existe entre ces Groupes mi et ut un accord de contraste; ils forment pacte offensif et défeusif, soutenant, envers et contre tous, leurs travaux et leurs produits réciproques, se prêtant secours, s'entr'aidant à l'œuvre, et n'épargnant, à l'occasion, ni plaisanteries ni critiques aux voisins.

Mi et SOL, eux , sont en parfaite position pour s'entendre, car tous deux ont pour rivaux les Groupes fa et fa''. — Ut, mi , sol forment donc alliance fédérative et Accord par fait . — A l'octave supérieure, ut, mi, sol, qui occupent des rangs analogues dans la Série, ne peuvent se dispenser d'entrer dans l'alliance. — Mais vous pensez que les Groupes contre lesquels cette alliance-ci est dirigée ne manqueront pas de former aussi soutenance entre eux, et vous verrez une autre ligue de re, fa, la, par exemple, dans les deux octaves : re, fa, la, re, fa, la.

Ces nouveaux Groupes formant alliance entre eux, le ton de cette alliance sera différent , sans contredit , du ton de la précédente.

Tout ceci se produisant par effet de passion, en milieu parfaitement libre, n'a rien de raide ni de forcé. 11 est certain seulement qu'un Groupe discorde naturellement avec ses contigus; qu'il peut ditticilement s'accor-der avec le sous-contigu, et qu'un intervalle de trois

LOI SÉRTAIRE. 463

à quatre nuances ou demi-tons convient généralement pour lormer Accord. Ainsi de ut à mi nous avons eu un Accord à quatre intervalles, quatre nuances, quatre demi-tons ; de mi à sol l'intervalle était plus court d'une nuance, et l'Accord total, composé de cette manière, correspond à celui qui est produit en musique par une tierce majeure et une quinte juste, c'est-à-dire à l'Accord parfait majeur.

Yoilà la loi générale de la consonnance naturelle, et qui vous donne les alliances correspondcintes aux Accords parfaits en majeur, et en mineur, dans les différents tons. — En resserrant ces intervalles, on tombe dans des dissonances d'autant plus fortes que les intervalles diminuent davantage. Pourtant, de même que ces dissonances sont continuellement employées en musique, de môme les Rivalités s'établissant dans une Série à des titres divers : on voit souvent se former momentanément des Accords différents de l'Accord parfait ; et les modulations du jeu variable des Rivalités combinent les dissonances industrielles comme se combinent en musique les sons et les Accords dissonants.

Ceci suffit pour démontrer que les Accords et les Discords d'une Série bien régulièrement graduée, sont en parfaite analogie avec les Accords et les Discords de l'Échelle musicale.

Les sectaires d'un même Groupe sont en Accord d'identité simple avec eux-mêmes, comme le son ut est en Accord d'identité avec lui-même ;

164 ORGANISATION. LIV. TH. Cfl. V.

Ils sont en Accord d'identité composée avec ceux dn Groupe à distance d'octave, comme les sons ut et UT (octave supérieure) ;

Ils forment Accord de contraste avec les Groupes de tierce et de quinte, comme les sons ut, mi, sol;

Ils sontj en dissonance plus ou moins forte avec les Groupes contigus et sous-contigus, comme le son mi avec les sons re, re'\ fa.

N'oublions pas toutefois que tous ces Groupes, appartenant à la même Série, se rallient autour du même drapeau, comme des compagnies, qui, pour rivaliser entre elles, n'en soutiennent pas moins àprement l'honneur du régiment. Ces Groupes rivaux sont loin d'être ennemis ; et, bien que les Accords de soutenance réciproque soient plus régulièrement établis sur les Groupes à distance de tierce, de quinte et d'octave ut, mi, sol, ut, re, /a, Za, re, etc., les autres n'en sont pas moins susceptibles de se rendre des services mutuels, de s'entr' aider, de se porter secours quand l'intérêt de l'aile ou de la Série l'exige : c'est-à-dire que, dans les différentes Modulations exécutées par la Série, tous les Accords possibles peuvent et doivent être amenés. Puis, suivant les temps, les choses et les hasards des combats industriels, les supériorités se déplacent, les succès se partagent, et, suivant que la victoire se déclare pour une alliance fédérative, suivant qu'un parti l'emporte, qu'un Accord domine, la Modulation ce jour-là s'exécute dans le ton de cette alliance, dans le mode auquel appartient cet Ac-

LOI SËRIAIRE. 165

cord. — Ainsi, uon-seulement Y Echelle sériaire passionnelle présente les Accords et les Discords de VEchelle sériaire musicale; mais encore, — et c'est d'ail- /eiirs d'une nécessite logique, — les lois harmoniques (}ui régissent la composition des sons musicaux sont identiques avec celles qui régissent les harmonies du clavier passionnel.

II est sensible que la Série sera d'autant plus riche en Accords et en Discords qu'elle sera plus forte en nombre, mieux et plus régulièrement graduée ; de même que la harpe à quarante-deux cordes des modernes est bien autrement riche en harmonie que le tétracorde, ou lyre à quatre cordes, des anciens.

En tout ceci il n'y a rien d'arbitraire, rien de fictif, rien d'imaginaire. Organisez des Séries, et vous verrez éclater bientôt, natureUement, d'elles-mêmes, ces consonnances et ces dissonances : les Accords et les Discords naîtront spontanément sous vos yeux ; les ligues fédératives de soutenance réciproque et de Rivalités combinées se développeront ; elles vous emporteront vous-mêmes dans leurs mouvements ; vous fonctionnerez dans les Modulations variées où elles auront puissance de vous entraîner en suscitant vos facultés sympathiques, en faisant vibrer chez vous toutes les cordes il l'unisson.

Une Série, c'est donc un instrument d'harmonie social, un clavier qui a son timbre, ses sons et ses Accords ;

Et la Phalange formée par la combinaison de toutes les Séries, modulant sous la direction de la Régence,

46ê ORGANISATION. LIV. III. CH. V.

pouvoir de direction, librement choisi et passionnément accepté par elles, — la Phalange en action mesurée et cadencée, c'est un grand et magnifique orchestre à dixhuit cents exécutants, c'est un immense concert où vous entendez par centaines les voix graves, sonores et vibrantes des hommes, mariées aux voix suaves ou métalliques des femmes, aux voix argentines et suraiguës des jeunes filles et des enfants

Et si chaque Phalange est un immense et magnifique orchestre, que sera la province , que sera la nation ?... que sera le Globe, quand il étalera sur ses grands continents, ses villes, ses capitales et ses trois millions de Phalanges, dont chacune aura sa voix dans le concert d'amour et de joie que la terre alors élèvera vers les cieux ! . . .

Oh ! ce sera un glorieux, un noble et religieux concert alors, digne de l'homme qui le chantera et de Dieu qui l'écoutera ! — Alors aussi tout homme saura comprendre ce que le génie de Pythagore avait pressenti, ce que d'anciens sages ont répété, ce que Kepler croyait, et ce que F'mrier a carrément établi et glorieusement démontré, à savoir :

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