SÉRIE DE PARADE
Dans un canton sociétaire, tous les membres de la Phalange industrielle qui exploite lé canton se divisent en seize Tribus de différents âges. Chaque Tribu est formé de deux quadrilles, un d'hommes et un de femmes , en tout trente-deux quadrilles, dont seizejnasculins et seize féminins, ayant chacun leurs bannières, distinctions, officiers et costumes distincts, soit en hiver, soit en été.
Ainsi, la Série dont nous allons reproduire ici le tableau est celle qui correspond à l'échelle des âges. Nous avons eu déjà occasion de remarquer la propension naturelle des enfants à l'organiser dans les pensionnats et les collèges. Notre société et nos réunions donnent souvent aussi des indications suffisamment révélatrices de cette tendance, qui, dans un milieu libre, sociétaire et conforme à la nature humaine, se régulariserait et se trancherait comme on va voir. Cette classitication, bien entendu, n'a rien de forcé, et il faut comprendre que l'âge ne commandera pas, impérieusement et à jour fixe, le passage d'une tribu dans une autre, surtout dans l'aile descendante. Seulement , ces corporations diverses jouissant chacune d'avantages appropriés aux plaisirs, à l'esprit et aux mœurs des différents âges, les individus se placeront où ils seront entraînés par les mœurs, l'esprit et les plaisirs de leur âge et de leur nature... Que les dames, qui ne se soucient guère de dire leur date, se rassurent donc, et que l'on se souvienne bien
qu'en Harmonie tout se mène par liberté et par Attraction. On n'impose jamais rien à qui que ce soit.
La classification au-dessus de vingt ans étant tout-àfait libre, les âges n'ont pas été indiqués pour ces tribus.
Et, maintenant, que les plaisants, les farceurs et toutes les catégories de Civilisés malins s'apprêtent ; car, eu établissant une classification régulière et naturelle, que nul autre n'avait pu et su établir avant lui, Fourier a donné aux divisions qui la composent des dominations particulières : il a formé une nomenclature, — ainsi que lit en son temps Lavoisier pour le règne minéral, quand il créa l'ordre en chimie ; ainsi qu'avaient fait pour le règne végétal Linnée et de Jussieu, et tout récemment encore Cuvier pour la zoologie de l'ancien monde, — ce qui est sans contredit extrêmement drôle ! ajoutez-y que Fourier, au lieu de puiser ses désignations dans le latin ou le grec, les a prises, quand il s'agissait des enfants, dans la langue des mères et des nourrices, et pour le reste dans le langage ordinaire; cequi,',dès-lors, devient ultrà-pyramidal et dépasse le plus haut cocasse...
LOI SÉRIAIRK.
PRAXiANTGC ENT GRANDE ÉCHELI.E.
mSTRIBUTION EN 16 TRIBUS ET 32 CHOEURS.
roiiipU'inents asceiid
anls. < '.'tiu/) 'li
Tiaiisilioli ascciidanlc.
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lUlBUS ET CHOEURS.
,'.;/. I \ U.,niit i:s !■/ JJ.,„if,iius. . .
•2 Ckin'ul)ins et Cliri'ubiiie^
r 3 Séraphins et Séraphines.
V lycéens et Lycéennes . .
Irilius. ( 5 GymnasiensetGynniasiennrs
6 JoiiveiiLcatix el .Jnnveiicclles
7 Adolescents et Adolescentes.
8 Formés et Kovnii'es.
X Rh.lEXCE.
9 Atldèloset Allilélrs.
10 Virils et Viriles.
11 Raffinés et P.affinces.
3 tribus. ^ 12 Tempérés et Tempérées.
13 Prudents et Prudentes.
i'i Révérend« et RéTérendes, 13 Vénérables et Vénérables.
Transition descendante, i li-itm. | 16 /'i//'v«r(7/c.i c/ l'alr':,tr"ht's.
en,!ai'l. 2 tribus.
Compléments deseendaiits. { I-IUiiu-y
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Voilà l'ordre de parade : Enfants, jeiiiie.s p;ar('ons et jeunes filles, hommes et femmes, vieillards ; les deux hiérarchies naturelles des âges et des sexes; seize Tribus et trente-deux Chœurs, avec leurs costumes variés.
leurs drapeaux, leurs enseignes, leurs gonfanons, conjugués sur r oriflamme à trente-deux écussons de la Phalange, et pivotant sur la Régence, comme sur le soleil toutes les planètes d'un tourbillon! Comparez l'aspectde a population d'une Phalange en ordre de parade avec celui de nos foules de peuple ennuyé et endimanché, dans nos campagnes et dans nos villes
Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs, c'est l'Unité humanitaire complète, puissante, immortelle : c'est l'homme, cela, et non pas l'homme isolé et civilisé, créature faible, ignorante, pauvre et souffreteuse, qui entreprend et ne finit pas, qui vit et meurt. La Phalange vit et ne meurt pas. Quand les vieilles générations s'en vont, les jeunes viennent. Les cadres sont toujours complets. Sans cesse l'humanité monte et descend cette échelle qui unit le ciel à la terre, échelle divine dont Jacob avait vu l'image. Et que représentent en effet les anges qui montent et descendent incessamment l'échelle mystique de la vision du patriarche, sinon l'incessante et réciproque migration des âmes d'un monde dans l'autre après l'établissement de l'Harmonie ?
Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs en parade, c'est l'humanité déployant sa vie qui ne passe pas, sa force qui ne meurt pas, et manifestant ainsi sa Royauté sur la terre....
Quand la Phalange étale ses trente-deux Chœurs au temple, en festivité religieuse, et chante à Dieu l'hymne à trente-deux voix, c'est l'humanité. Reine de la terre,
ma.
LOI SÉRIAIRE. nS
faisant hommage de sa couronne à Dieu son Suzerain, et s'unissant à lui par un concert de joie, d'intelligence et d'amour. — Oh ! ce n'est plus l'homme isolé, qui tremble devant Dieu, se macère, et prie sur la pierre, pour soustraire son àme à la grille du Diable. La religion n'a plus de rigueurs, de terreurs et de sombres mystères; elle a dépouillé son vêtement de deuil. Elle est parée maintenant ; elle porte des fleurs, comme la terre au printemps ; elle est riante et pure comme le grand ciel, au matin d'un beau jour d'été! L'homme jouit! Il n'est plus atteint de cette triste folie, qui lui avait persuade de présenter à Dieu, pour agréable offrande, un concert formé de gémissements et de soupirs, un calice rempli de larmes et de douleurs.... Assez longtemps l'homme a commis le sacrifice, sacrifice des corps et sacrifice des âmes ! Dieu ne se plaît plus aux pleurs et aux grincements de dents. Il ne damne plus. L'enfer est aboli, le démon a reçu sa grâce.
Vienne donc une Phalange, étalant ses trente-deux Chœurs en parade, enfants , garçons et jeunes filles, hommes et femmes, vieillards, vêtus de couleurs harmoniées, semant de fleurs le parvis du temple, et chantant ensemble à Dieu l'hymne saint à trente-deux voix ! Oh ! vienne une Phalange avec ses seize tribus et ses trentedeux Chœurs, car l'heure de la déli\Tance alors aura sonné sur la terre !
Mais nous n'avons pas à nous occuper ici de la poésie qui jailiit comme de source vive du développement e
176 ORGANISATION. LIV. TIt. CH. V.
l'activité humaine en régime sériaire; nous avons une t'tude à taire.
Des seize tribus de parade, douze seulement, — de 2 à 13, — prennent part aux évolutions, aux grandes manœuvres, et forment les cadres de V Harmonie active. La tribu l est trop jeune pour figurer dans ces mouvements; les tribus l^, 45, sont conseillères et non manœuvrier es : la tribu 16 est cadre de retraite.
La Série que nous venons d'examiner peut nous rendre manifeste un système d'Accords que nous n'avions pas envisagé dans les exemples précédents : il est facile de voir qu'elle se conjugue sur elle-même, en retour, de la manière suivante :
Mv.
Les tribus correspondantes, dans la ligne supérieure et la ligne inférieure, sont entre elles en accord àUden- Hlé par degrés progressifs. L'affinité des âges extrêmes, des enfants et des vieillards est chose bien connue ; aussi l'accord d'identité t^i plein entre les tribus \ et 10, bambins et patriarches. Cet accord se prolonge, mais en diminuant progressivement d'identité, jusqu'aux termes milieu, tribus 8 et 9, où il est le plus faible.
La distribution de ce genre d'Accords dans une Série, est exactement analogue à la distribution de l'Attraction dans un aimant ou dans une pile. On sait, en effet, que
LOI srRiAiiti;. 177
dans ces appareils, les deux pôles sont en vive aflinité l'un pour l'autre, et que l'intensité de l'Attrartion réciproque des éléments situés à égale distance des extrémités, diminue progressivement jusqu'au point jnilicu, qui est le \)omt indfl'iérent du système.
^ IV
.Je désigne sous le nom de luoduls d'H,irinonie, If< quatre méthodes employées dans la distribution des .Stries, Ch. Foibier.
Il résulte de ce que nous avons vu, que les Séries, — et spécialement les Séries régulièrement ordonnées en gammes septennaires ou douzainaires, et auxquelles Fourier a donné le nom de Séries mesurées, — que les Séries, dis-je, se prêtent à i)roduire trois sortes d'accords :
1° « Le contrasté progressif majeur et mineur, qui est en rapport avec les tierces, quartes, quintes et sixtes musicales ;
2° « Le conjugué progressif ou identique, que nous venons de faire connaître ;
3» « L'alternant progressif, selon lequel les sympathies alternent du contrasté au conjugué, du mode niajeur au mode mineur, etc. «
Nous n'entrerons pas plus avantjdans l'étude du rné- II 12
canisme des Séries. En voilà assez pour concevoir les dispositions dn Régime sociétaire et pour comprendre aussi que l'étude des Séries peut fournir des combinaisons et des calculs fort longs et très-compliqués.
Terminons en disant que la distribution des Séries se fait suivant quatre méthodes ou moduls différents :
l*"'' Modul , simple.
2"^ Modul, mixte.
3^ Modul , mesuré, i^ Modul , yuissanciel.
Ces quatre moduls, analogues, dans l'harmonie du langage, le i*^"" à la prose, le 2*^ à la prose poétique, le 3^ aux vers libres, le 4^ aux vers suivis et coupés en stances, servent à former les cadres de toutes les Séries.
« La méthode simple est celle des Civilisés dans leurs tableaux de la nature, où ils se bornent à passer consécutivement des classes aux ordres, de là aux genres, puis aux espèces, etc., négligeant de distinguer la transition. M — Voyez pour exemple de cette méthode la Série des banqueroutes, tome 1, page io7.
« La méthode mixte est déjà plus féconde en Accords que la simple; elle estplus distincte en progression croissante et décroissante ; elle donne plus de saillie, plus de contraste aux subdivisions de genres et d'espèces : en outre, elle détache les transitions, qu'elle sépare, aux deul extfêraes, en double sorte. » — Voyez pour
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exemple le tableau nominal des crimes du commerce, tome i, p. 154.
cr On obtient des Accords bien plus nombreux, un classement plus méthodique et plus varie, si l'on emploie le 3'^ modul, ordre mesuré ou distribution par octaves et pivots. »
Fourier n'a donné aucun détail sur le modul puissanciel. Il opère sur des combinaisons de Séries, mesurées ou non mesurées.
L'étude des moduls est la véritable base de la Technie des Séries. Le lecteur curieux de cette étude pourra voir l'article abréviatif que Fourier a donné sur cette haute question, au second volume du Traité de l'Association, — livre 3, sect. 5^ ; et consulter dans la collection de la nouvelle Phalange les nombreuses Publications des manuscrits de Fourier sur ce sujet. — Ceux qui ne croient à la science qu'à l'aspect des calculs , verront qu'il y a, par la, matière à en faire.