‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 28 sur 91 · ROIIG ET DE L'ISLE · texte numérisé non relu

ROIIG ET DE L'ISLE

Voici quinze personnes identiques pa r un point de leur nature, reliées par un goût commui i, et qui, par choix et passion, librement, ont formé Groupe. — Ceci est le fait primitif, fait tout de libert é, de spon-

tanéité. Le Groupe, c^est l'expression de la vocation des individus et de leur?, affections réciprocpies.

Le Groupe prend avec la Série et la Phalange, à la face de la Phalange, la responsabilité du travail dont il s'est emparé. Son honneur est engagé. Voici l'esprit corporatif qui apparaît. Le Groupe est affilié à la Série. C'est le second fait. Vous avez les deux premiers termes de la progression, vous pouvez la continuer jusqu'à l'infini. — Dès ce second pas, en effet, l'individu membre du Groupe est relié à la Série, à la Phalange, à la Nation, à l'Humanité entière.

Les individus dans le Groupe se sont partagé les détails parcellaires de la fonction commune, et les Sous- Groupes comptesnt les uns sur les autres, comme la Série entière com pte sur le Groupe, comme la Phalange compte sur la S érie, comme la province compte sur la Phalange, la naition sur la province.... et ainsi jusqu'au Globe : car le (aroupe opère sur les individus, comme la Série de prei ïiière puissance opère sur les Groupes, comme la Série de seconde puissance opère sur celles de première, et ,c. — Voilà la loi. — Aussi, quand on comprend le je a de la Série dans la Phalange, on comprend égaleme nt son jeu dans l'univers. — Si cela n'était pas, il y aurait donc deux lois, deux vérités : chose absurde et contradictoire.

Déjà l'on peut concevoir qu'en prenant, logitpieracnt et modestem ent, comme nous l'avons fait, la Commune pour premie /; champ de spéculations, nous nous élevons

tout de suite plus haut que n'ont jamais été les ballons pleins de vent de nos idéologues. Et certes, nous montons sans clïort, puisque, à deux pas de la formation naturelle du Groupe élémentaire, nous trouvons la loi de la hiérarchie sociale universelle. En effet, les compagnies s'encadrent dans le bataillon, comme les bataillons dans le régiment, comme les régiments dans la brigade, les brigades dans la division, les divisions dans le corps d'armée. Les satellites se conjuguent sur leur planète dans leur système, comme les planètes sur leur* soleil dans un tourbillon, comme les soleils sur un soleil d'un titre plus élevé dans une nébuleuse Et de

môme, les Groupes s'affilient librement à la Série de première puissance, les Séries de première puissance à une Série d'ordre supérieur dans la Phalange, et ainsi de suite dans la province, dans la nation, sur le continent, sur le globe enveloppé par sa Hiérarchie sphérique. — Telle est la loi d'Association : et ainsi l'Association s'étend de l'individualité à l'universalité.

Étudions donc la loi d'harmonie dans la Phalange, car la Phalange est une miniature d'univers, un microcosme ou petit monde fait sur le patron du grand. La Phalange une fois connue, on sait par extension le reste, les lois de la grande Société, et les lois qui régissent le monde, les grandes lois cosmogoniques ; car, encore une fois, il n'y a pas deux vérités, deux lois, deux systèmes dans l'harmonie universelle, deux règles dans la création. Donc, étudions notre Phalange.

Nous avons vu la formation spontanée du Groupe,

immédiate et première manifestation des goûts et des affections individuels, première agrégation, premier élément de l'Association, expression de l'organisme humain, des impuisions naturelles, effet de liberté.

De même que l'agrégation des individus forme le Groupe, de même l'agrégation des Groupes forme la Série, et l'agrégation des Séries la Phalange.

La Phalange en manœmTe, c'est une armée un jour de bataille. Honte au régiment qui chancelé ! honte au bataillon qui plie, au peloton qui fuit ! Aussi voyez-vous dans les Groupes de vigoureux esprits de corps, qui rattachent l'individu à son Groupe et à sa Série, comme le soldat à sa compagnie et à son régiment, et bien plus fortement encore, car on n'est pas amené aux Séries par la conscription et la gendarmerie royale ou républicaine. — Là, on s'est choisi son monde, son travail, ses chefs ; l'enrôlement a été volontaire ; on le rompt s'il ne convient plus.

L'esprit corporatif, les liaisons formées au sein des Groupes, les vocations industrielles, les nombreuses chances d'avancement, équilibrent la mobilité, assurent l'exécution des services, la persistance des individus aux fonctions qu'ils ont choisies.

Il y a des Civilisés, — c'est le grand nombre, — qui, sur l'annonce de la possibilité qu'on aura de varier ses travaux, ses occupations, d'employer successivement ses divers modes de facultés, vous jettent à la tète que dès

lors les hommes efileurcront tout et ne parferont rien. On dirait, à les entendre, que l'espèce humaine tout entière va entrer eu danse et en voltige comme une grande cohue d'épileptiqiies et de fous. Eh! non. Quand un homme a mordu à une affaire qui lui va, quand il s'est incorporé quekpie part, quand il a acquis, dans une partie, du talent, de l'influence, des titres à l'avancement, quand il s'y est créé des affections et des intérêts, alors cet homme n'est pas en disposition de jeter au vent tout cela, d'abandonner une carrière commencée parce cpi'ellc est commencée, d'entreprendre aujourd'hui pour quitter le lendemain. J'ai toujours vu les hommes très-portés à s engouer de ce cpi'ils font, à s'exagérer l'importance et la valeur de leurs spécialités : et cette prédisposition naturelle, souvent fort ridicule en Civilisation, et qui, en Civilisation encore, ne suffit pas pour les attacher à leur travail répugnant, est fort bonne et très-utile dans le régime sériaire. — Par ainsi, quand les cadres des Séries seront remplis, ne craignez pas de voir des désertions continuelles. Rapportez-vous-en aux affections développées dans les Groupes, aux liaisons établies, à l'esprit corporatif, aux influences des Accords et des Discords, à l'amour de l'avancement, et à cet engouement naturel à chacun pour des travaux choisis librement et passionnément.

Jeunes et vieux, ceux cpii sont là, vous pouvez le croire, épousent vivement les affaires du Groupe. Ils n'entendent pas raillerie sur ses produits ni sur le travail. Chacun se dévouera pour soutenir l'honneur du corps. Et puis, l'on est exact aux séances, ponctuel à la II 17

manœuvre, et chefs et soldats, à l'heure de l'exécution, sont jaloux d'être à leur poste.

Qui est maladroit au travail : il est, suivant les degrés, enseigné, badiné, plaisanté, raillé.

Qui a des présomptions, des vanités, des prétentions sans mérite ; qui se gonfle : le Groupe le raille, le berne, le bafoue , et c'est ce qui forme vite. Yoyez dans les collèges.

Qui apporterait au travail lenteur, tiédeur, et aurait l'air de travailler pour l'amour de Dieu : le Groupe le siflle, et, s'il persiste, le chasse. Un Groupe ne s'accommode pas d'un air indolent et ennuyé. Si vous n'y êtes plus de cœur et d'âme, retirez-vous du service actif de ce Groupe, et mettez-vous sur son cadre de disponibilité; mille Groupes extérieurs vous sont ouverts. Les recrues compensent les pertes, et les Séries sont immortelles, comme le bataillon sacré des trois cents de Xhèbes. — Au reste, cette complète liberté individuelle dans le régime des Séries, est une garantie qu'un Groupe n'aurait jamais, — ou bien rarement du moins, — à exercer l'expulsion.

Quand les Groupes sont formés, les esprits de corps développés, les membres qui composent le personnel d'un Groupe ne sont pas long-temps ensemble sur le terrain, sans se connaître et se classer entre eux sous le double rapport du Travail et du Talent. On n'est bien et sûrement jugé que par ses pairs. Quand on est à

l'œuvre ensemble, l'opinion générale se forme, se dessine, se prononce ; le mérite respectif des individus s'estime, s'apprécie, s'évalue : il est facile alors de le constater par des distinctions et des grades.

Mais l'ambition des dilférents membres du Groupe n'est pas enfermée dans ce cercle étroit. La hiérarcbie sort des Groupes et monte à la Série, delà Série de genre à la Série d'ordre, et ainsi, et encore.... S'il faut des capitaines pour les Groupes, il faut des chefs de bataillon pour les ailes et le centre des Séries, des colonels pour les Séries, des généraux pour les brigades, des grades plus élevés pour les divisions. Et la hiérarchie sort de la Phalange, et montant toujours s'étend à la province, à la nation, au Globe. — Quand le Régime sociétaire l'aura envahi, le Globe, ses affaires marcheront unitairement comme celles de la Phalange, de la province, de la nation, et le Globe aussi sera géré comme domaine d'un seul homme, et cet homme, ce sera l'Humanité une et vivante.

En s' enrôlant dans un Groupe de la Phalange, on entre dans une armée oîi l'avancement est indéfini. On a devant soi route large et carrière ouverte ; route et carrière dans les sciences, les arts, l'administration, l'industrie. Courage donc, les jeunes ambitions! l'ambition est bonne, car Dieu l'a faite. Il y a de l'air ici, et l'on respire à l'aise. Il y a de la fortune, il y a de la gloire, il y a de nobles récompenses, d'enivrants succès. Jeunes hommes, les femmes d'Harmonie vous tresseront des couronnes. Oh ! vous ne savez pas ce qui

VOUS attend au service de l'humanité ! ce n'est plus l'atmosphère de Civilisation, ' avec ses lourds nuages, ses odeurs de misère , pesante atmosphère qui décourage, accable, tue. C'est le grand ciel pur, bleu, doré, infini.... On ne se suicide pas à vingt ans, sous ce ciel-ci !

Aujourd'hui on court après les places, on se presse dans les services du gouvernement. — C'est que, si mal qu'ils le soient par rapport aux vœux de la nature, ces services, civils ou militaires, sont organisés ; c'est que, si mal qu'ils soient généralement payés, il y a là pour chacun au moins un espoir d'avenir et de carrière ; c'est que le sous-lieutenant et le dernier des commis rêvent de grades plus élevés, de chances d'avancement; c'est encore qu'il y a dans des fonctions rattachées à un grand ensemble, formant corps et se liant aux intérêts généraux du pays, quelque chose de plus large et de plus honorable en soi, que dans le travail de celui qui ne spécule que pour lui seul, qui n'est lié d'intérêt qu'avec sa famille, qui aune du drap dans son étroite boutique, cpii vend de la chandelle sur son comptoir graisseux. Puis, dans les services du gouvernement, le produit du travail, les émoluments sont fixes, réguliers , et soustraits à cette variabilité dont les chances ruinent souvent l'agriculteur, le fabricant, le marchand, isolés et insolidaires.

En Harmonie, la solidarité de toutes les branches de production dans la Phalange, des Phalanges dans le depart emcnt, etc., établie par un système universel d'as-

surances mutuelles graduées, promet des appointements certains atout fonctionnaire en toute fonction. Un minimum lui est garanti comme {)oiut de départ : de là, il n'a plus (pi'à marcher en avant sur les mille routes de fortune et d'honneur que la corporisation régulière des industries ouvre toutes grandes au mérite et au zèle.

Et puis le fonctionnaire des Phalanges n'est plus un SALARIÉ comme le tonctionnaire civilisé. — En Civilisation, le roi lui-même n'est qu'un salarié ; et c'est pitié encore de voir, à chaque commencement de règne, comment se débattent et se marchandent les gages de de la royauté. — Aux Phalanges, le fonctionnaire est un associé qui vient, sans mendier, prendre ce qui lui appartient dans le produit général. Ce sont des bénéfices partagés entre gens qui ont concouru. On n'est pas payé par le tiers et par le quart, par un maître, par le peuple, par le roi. On prend sa part, sa part à soi. Dans la récolte des fruits du travail, il ne reste plus ni trace, ni vestige de servitude : pas plus que dans l'œuvre du travail elle-même, où la liberté individuelle est parfaite, où l'on embrasse les fonctions qui plaisent, où l'on ne se lie qu'à ceux qu'on aime, où l'on n'écoute que ses propres penchants, ses propres sympathies. — Il n'y a plus d'oppression possible. C'est la liberté humaine, belle, forte, sans ennemis, solidement assise.

Ainsi, toutes les industries, toutes les fonctions sont honorées et honorables. Elles s'entrelacent, forment corps et convergent ensemble à la prospérité publique.

— Vous n'avez pas pris parti dans les Groupes du labour,

dans les rangs du professorat, ailleurs Mais toutes

ces fonctions sont des branches de l'arbre , dont le feuillage vous protège, dont les fruits vous nourrissent. Tous ces travaux sont des sources qui viennent mêler leurs eaux au fleuve oîi vous vous abreuvez. C'est votre Phalange ! Sa richesse, c'est votre richesse. Sa prospérité, sa gloire, vous sont chères, et toutes les Séries forment soutenance entre elles dans les Phalanges , comme les bataillons et les régiments d'un corps d'armée dans un combat. — Et la Phalange est liée à sa province, la province à sa nation, la nation à son continent, et le continent à l'humanité du Globe, comme l'individu à sa Phalange.

Apprenez, poêle qui cherchez une gloire jusqu'ici nouvelle et inconnue, .ijiprcneZj et dites au moiidu à quelle destinée il est appelé!

Clarisse Vigoureux,

Et alors que l'humanité a ainsi compris et accepté sa Destinée, il en résulte par le monde un ton.

Ce ton, ce n'est pas le bon ton de, la Civilisation, qui consiste à ne rien faire, à passer toute sa vie comme toutes les nullités et les oisivetés mâles et femelles, qui se prélassent sur les canapés de Paris et de la province. — Ce n'est pas ce ton-là.

A la guerre, savez-vous, le ton c'est d'être brave, et

de marcher au l'en, tète haute et sans broncher. Au jeu, le tou, c'est, quand on perd, de perdre avec grâce et sans sourciller. Au bal, l'honneur est à qui danse avec intrépidité, six heures durant, sans se lasser ni se reposer. Dans une assemblée politique, l'honneur est à la parole entraînante et passionnée, à la voix forte et puissante, qui, de la tribune, saisit les volontés et les pétrit, commande aux flots de l'opinion, conduit à son gré la vague.... — Et dans les Phalanges?

Oh! dans les Phalanges.... honneur dans les Phalanges aux plus puissants à l'action, aux plus gais au travail, aux plus habiles à la manœuvre! Honneur aux bataillons qui déploient dans les opérations adresse et force, intelligence et courage ! Honneur aux beaux états de services industriels! Honneur à l'activité, au travail, au talent, au savant qui découvre, à l'artiste qui pare, qui embellit, qui exalte, honneur au génie qui produit et qui crée ! Honneur surtout aux corporations intrépides, qui se chargent des travaux durs et répugnants ! Honneur et gloire à elles, ces saintes milices de l'Unité, car elles comptent dans leur sein les caractères larges, les couleurs tranchées, les soldats dévoués, les âmes trempées !

A l'œuvre donc, jeunes hommes et vieillards, enfants, femmes et jeunes filles , le ban et l'arrière-ban de l'humanité! Quel soldat faiblirait dans les Séries et les Groupes , quand les Séries rivalisent, quand les Groupes se surveillent, se tiennent en haleine, se critiquent, s'encouragent, s'excitent, s'actionnent et s'en-

traînent? Qui donc, au milieu de ces mouvements, au sein de ce tourbillon d'actions et de réactions passionnées et convergentes, resterait froid, musard, nul, inutile? A l'œuvre donc, vieillards ; le service unitaire réclame vos talents, votre expérience et vos lumières ; à vous le conseil, aux jeunes l'exécution ! Au sexe fort les grandes manœuvres, au sexe faible les travaux qui exigent moins de force, plus de goût et d'adresse; à chacun suivant ses facultés et ses désirs ; à tous, la liberté !

Que de passion dans ces masses ! que d'entraînement dans ces grands Accords de camaraderie ! Et puis, il y a dans les Séries des louanges à jnériter, des couronnes qui vont bien sur les tètes, et, dans les rangs des Phalanges, bien des yeux bleus , bien des yeux noirs, bien des lèvres à faire sourire, bien des cœurs à se faire aimer ! mouvement et passions, amours variées, hasards de la guerre, intrigues sans fin !

Oh ! ce ne sont pas des Civilisés guindés, vernissés, raides, pétrifiés, froids au contact comme de l'acier en hiver! Ce n'est plus une société pâle, terne, gelée. Le beau soleil du chaud printemps s'est levé fort et lumineux sur la terre; il a dissipé les froidures, échauffé les nations! Sur la terre maintenant, on se connaît, on se voit, on se lie, on se livre, on s'aime....! La vie circule, la passion éclate et bondit, elle anime les individus, elle meut les masses. L'humanité dormait en de mauvais rêves; elle s'est éveillée. Amitié, Amour, Ambition, Famille, Accords éclatants, séductions de l'âme, séductions des sens, tous les charmes agissent, toutes les

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poésies débordent, toutes les puissances humaines sont enjeu! C'est la vie, cela! la vie mobile, variée, intriguée, joyeuse, la vie forte, pleine et roulante, la vie passionnée, la vie vivante ! Vous croyez en Dieu maintenant, et l'adolescent n'est plus désillusionné, amorti, éteint, au contact de cette vie-là, quand il l'aborde avec le cœur que Dieu lui a (ait. La réalité passe vos désirs, les plaisirs et les joies passent vos facultés. Le bonheur coule à flots sur la terre d'Harmonie. Tout est luxe et richesse, tout est mouvement, amour et poésie.... car

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