ÉTUDE
QrELQUES PHIÉNOMÈIVES DE TRAVAIL ATTRAYANT.
Pourquoi?,., pourquoi?... pourquoi?
Il serait très-facile de disposer les travaux des écoles régimentaires du génie de façon à atteindre des résultats incomparablement supérieurs à ceux qu'on obtient aujourd'hui. Les sapeurs sont en effet exercés chaque année à l'exécution d'un nombre assez considérable de tra-
vauxvariés, — confection des fascines, des gabions, fagots de sape, claies, piquets, blindes ; puis tout ce qui est relatif aux travaux de siège, mines, tranchées, descentes (le fossé ; puis les retranchements, les terrassements, les ponts de toutes sortes, les fours de campagne, les baraques de campement, etc.
Chacun de ces travaux se divise en différents détails, et chaque homme des compagnies doit passer par tous ces travaux et ces détails.
On s'occupe assez, dans l'arme, de perfectionner les procédés techniques , relatifs à ces différents travaux , mais c'est tout. Pour ks faire exécuter on se contente de donne?' l'ordre ; puis les consignes et la salle de police sont là. On n'a pas même l'idée de créer des stimulants aux travailleurs par une convenable disposition des travaux et des ateliers. Rien pourtant ne serait plus facile. — On encadre les compagnies dans leurs emplacements respectifs sur les glacis ou dans les fossés. Là, elles sont isolées, sans communications entre elles dans leurs opérations. Chacune est chez elle comme si elle était seule ; on n'établit entre elles ni rapports, ni comparaisons ; et l'énorme virtualité de réaction que développeraient toutes les compagnies d'un régiment agissant les unes sur les autres par Accords et Rivalités composés, est entièrement perdue. Puis, dans chaque compagnie encore, on fait tout exécuter pêle-mêle, confusément ou similairement.
Et pourtant que d'indices révélateurs se produisent à
chaque instant, qui auraient dû mettre de slong-temps sur la voie ! — D'abord la gaîté des Groupes, encore que ce soient des Groupes forcés, travaillant par corvée à des opérations sans intérêt et sans produit pour eux. Ensuite la rigoureuse appréciation du degré de mérite et d'iiabileté de chacun par les autres, en toute opération 5 et, — quand le hasard amène quelque arrangement favorable à l'éclosion des Rivalités, — des preuves singulièrement claires et frappantes de l'excitation industrielle qu'elles produisent. Au reste, ou peut reconnaître chaque jour, au sein des ateliers, la tendance naturelle des Rivalités à se développer. Mais les germes en sont ordinairement étouffés par la contrainte, par les dispositions peu flexibles de l'exécution mihtaire. Malgré tout, j'ai vu souvent les hommes se passionner très-fortement pour les travaux. Une nuit qu'on élevait des lignes Rognât (1) sur les glacis, la Rivahté se mit entre deux brigades qui travaillaient côte à côte au retranchement. Le matin, au jour, après six heures d'un travail ardent, tout était fini, parachevé dans ces deux ateliers. Les autres détachements séparés n'avaient pas fait moitié!.... On parla de cela pendant trois jours au régiment. On disait que c'était incroyable. Eh ! rien n'était plus croyable. Ce qui est incroyable, c'est que, ayant chaque année sous les yeux mille faits de ce genre aux écoles , on n'ait pas encore songé à adopter une distribution des travaux, des compagnies et des ateliers divers, apte à faire éclore ces acharnements industriels qui vaudraient bien, pour l'exécution, les menaces, les consignes, les salles de police,
(1) Nom d'un retraacliemejat dû au général Bognat.
PHÉNOMÈNES DE TRAV.vll. ATTRAVANT. 22?*
les semonces des ofticiers ot des sergeiils, — loules bonnes clioses qu'on serait d'ailleurs très-libre de se réserver pour roccasion. »
Je mets en fait, et si j'avais à disposer les travaux d'une école régiraentaire, je m'engagerais à démontrer en quinze jours d'exercice, qu'au moyen d'une convenable distribution des ateliers, en classant les travaux, en échelonnant régulièrement les Groupes, les rivalisant dans le sein des compagnies par l'emploi simultané de procédés techniques différents; en mettant ensuite les compagnies face à face, sur trois lignes de front, en établissant nettement les comparaisons des effets obtenus, en portant les résultats tous les jours ou toutes les semaines à l'ordre du régiment, en nouant bien les intrigues et en alternant convenablement les travaux, je pose en fait, dis-je, que de pareilles dispositions donneraient pour produit; dans la campagne, six fois plus de travail fait, six fois moins de punitions, six fois plusfjde gaieté, et des hommes six fois mieux exercés qu'en cas ordinaire, en calme plat. Que serait-ce si l'on distribuait des récompenses et des grades ?... — Tout officier qui a étudié ses hommes au travail, et qui réfléchira à ceci, dira comme moi. — C'eût été belle chose, que l'armée eût donné l'exemple à l'industrie, et ouvert à la société la grande route de l'avenir !
Puisque j'ai consacré une note à citer et à discuter des faits justificatifs, je vais en rapporter quelques-uns.
On sait combien le travail souterrain de<5 mineurs est, Il 45
en soi, pénible et répugnant. Il n'y a rien de gracieux à se traîner à plat- ventre, dans un rameau de cinquante centimètres d'ouverture, ni même à creuser à trente pieds sous terre des galeries moins étroites. Pourtant on voit souvent, au régiment, le zèle et l'attrait se développer dans l'exercice de ces travaux. Quelles en sont les causes?
D'abord, la précision scientifique préside aux opérations ; on agit régulièrement, fil à plomb et équerre à la main ; l'exécution est nette, je dirai même élégante. C'est déjà une première cause d'attrait que cette intervention de l'intelligence et du goût dans l'exécution j le travailleur en est relevé, et le travail ennobli : l'homme épouse son œuvre, l'aime, l'anime et la domine. Gela met le cœur à l'ouvrage. — Je prie le lecteur de remarquer, en passant, que cette condition est un fait constant du travail d'Harmonie, où l'on ne connaît plus ce travail tout matérialisé, grossier, brutal, de nos pauvres prolétaires. On ne voit plus en Harmonie ces ouvriers-machines, ces êtres abrutis par le travail civilisé, exécuteurs passifs, dont le rôle est borné à fournir de la force comme des bêtes de somme, des pistons ou des balanciers. Ces types incomplets, ces êtres manques ont disparu. Tout a été développé dans l'homme par la loi des Alternances, et tout travail industriel est intelligent. Toujours l'ouvrier procède de l'homme, la tête mène la main. — Or, il est connu qu'on s'attache à une œuvre que l'on veut parfaire;, où l'on agit avec son intelligence, car c'est alors une création, un enfantement. On est auteur et père de son œuvre. On y a mis quelque chose de soi, et à ce titre
PHÉNOIfftNBS DB TRAVAIL ATTRAYANT. 3fT
on s'éprend pour elle. —Ceci doit s'entendre d'un corps, d'un Groupe, d'une Série, comme d'un individu.
Dans nos régiments, sapeurs et mineurs, par le fait de la variété des exercices auxquels ils se livrent et d'un contact (juotidien avec des officiers et des sous-officiers instruits, entrent déjà quelque peu dans cette voie du travail raisonné et compris. Aussi, assez généralement, tout travail qui a quelque ensemble et doit laisser un résultat, les captive. Ils tiennent à le bien faire, ne fûtce que pour produire un travail bien fait. — Et quand à ce sentiment se joignent les Rivalités extérieures, l'opération marche avec vigueur, ardeur et précision. On eut de cela un bel exemple, au deuxième régiment, une année que deux compagnies, — commandées par les capitaines Jotte et Picaud, si je ne me trompe, — eurent ordre d'exécuter concurremment une galerie de mine, en saillant de bastion. La galerie symétrique à droite et à gauche de la capitale, se divisait eu deux parties égales, qui furent confiées chacune à une compagnie. Officiers, sous-officiers et soldats se prirent de Rivalité, et l'haleine ne manqua pas tant que dura ce long travail. Chaque matin les hommes y revenaient avec ardeur. Aussi, fut-ce beau d'exécution, proprement fait, — et les compagnies avaient droit d'être fières*
Une chose qui s'observe facileffient dans nos régiments, c'est que les hommes sont susceptibles de s'éprendre de travaux très-répugnant» de leut nature, mais qui laissent un résultat visible, comme ceus que je viens
d'indiquer ; tandis qu'ils se fatiguent plus vite d'opérations bien moins pénibles, mais qui n'ont pas de trace, et qui ne se répètent pas assez pour bien nouer les intrigues corporatives. — Ainsi deux compagnies piocheront six et huit heures par jour, pendant toute la saison, et soutiendront l'action en concurrence sur un travail déterminé. C'est une œuvre commencée qu'on veut finir. On en veut avoir raison. L'honneur de la compagnie est engagé. C'est une intrigue bien nouée. — Que si vous menez ces deux compagnies au tir à la cible,.... pendant les deux premières heures elles seront ardentes. Chaque bon coup est un triomphe pour la compagnie d'oij il est parti 5 il occasionne de joyeuses et bruyantes paroles adressées à l'autre. La blague (pardon, mais c'est le mot, Madame ) roule ferme de part et d'autre. Et cependant au bout de trois heures, tout est apaisé, la grande joie abattue comme le grand vent par la pluie. Plus d'attention, plus rien. Celui pour qui l'on bat un glorieux rigodon, n'y prend seulement plus garde. C'est que ce n'est pas un travail, ce n'est qu'un simple exercice.
Du reste, je n'ai pas signalé l'acharnement des mi neurs pour nier la nécessité des Alternances , car les deux heures de débuts à un travail quelconque sont toujours les plus belles 5 j'ai voulu seulement montrer la supériorité de puissance d'une intrigue bien nouée, qui se prolonge et tient campagne, sur une intrigue purement accidentelle et passagère. — En Harmonie, les intrigues émulatives des Séries sont perdurables et se transmettent de ^éç-iération en génération, comme en Civili-
sation les rancunes de partis, les mépris de castes, les haines de nation à nation.
J^ai dit que l'entrain durait moins long-temps dans une affaire sans résultat d'exécution, et trop rare pour que les intrigues aient le temps de pousser des racines ; qu'il y avait bien plus de ténacité pour des travaux montés comme ceux de nos écoles régimentaires. — Mais ces derniers travaux ne sont encore eux-mêmes que des exercices. A la fin de la saison, toutes ces sapes dont les glacis sont labourés, ces descentes de fossé, ces galeries de mine si artistement faites, ces retranchements si proprement revêtus de gazons ou de clayonnages, ces baraques, ces fours, ces dispositions de campement, tout sera comblé, démoli, nivelé ; tous les résultats seront effacés.
Que si, au contraire, l'objet du travail devait avoir vie et durée, surtout s'il se rattachait à quelque grand ensemble, à une pensée générale ; si, au lieu d'un simulacre de siège, c'était d'un siège réel qu'il s'agît,.... oh ! alors vous verriez le sapeur bien autrement en œuvre ! Lors de la révolution de juillet seulement, on parla de Prussiens à Metz, et l'ordre fut donné de mettre la ville en état de défense. Je me rappellerai toujours la joie, la précision, la célérité de cet armement. La grande place était là assoupie depuis long-temps, et comme endormie au soleil. De longues herbes de dix ans pendaient à ses remparts, couraient sur ses parapets arrondis, s'échevélaient sur ses talus aplatis. Elle n'avait plus rien d'aigu ni de méchant dans l'aspect. On n'y voyait plus seulement les traces des. vieilles embrasures. Bastions, cour-
tines et demi-lunes, tout avait l'air inoffensif et débonnaire, et, je vous l'ai dit, semblait dormir. Hé bien ! fiez-vous-y ! En quarante-huit heures on eut fait sa toilette, coupé ses cheveux, peigné ses moustaches ; en quarante-huit heures on eut réparé et armé les saillants, taillé les parapets, tranché les embrasures. Ah ! les pelles, les pioches et les haches besoignaient ! les voitures d'artillerie affluaient, vides, à l'arsenal, refluaient chargées de longues pièces, et les emportaient en toutes directions, bruissant sur le pavé des rues. Tout le monde y était, toutes les armes, chefs et soldats, et de cœur ! En quarante-huit heures les pièces étaient sur leurs plates-formes, luisantes au soleil, la gueule ouverte sur la campagne, approvisionnées, --' obus et boulets en piles, — et prêtes à parler. On ne reconnaissait plus la place. Elle était armée, palissadée, hérissée sur tous ses points d'attaque, elle montrait partout les dents.... les Prussiens pouvaient venir.
Pourquoi ces ardeurs, après tout ; pourquoi ces prodiges ? — Parce qu'il y avait là Rivalité intérieure des corps, des régiments, des compagnies dans l'œuvre de l'armement, et Accord total dans le but commun ; parce que toutes les parties intelligentes et passionnées du tout, agissaient synergiquement dans une opération qui se rattachait à une idée d'ensemble, à une passion d'ordre supérieur et de haut degré ; ^- le patriotisme alors battait dans tous les cœurs ; — et parce que ce grand Accord d'identité était triplé par la Rivalité extérieure, tendue contre nos bons voisins de Prusse auxquels on avait Supposé à tort des dispositions hostiles.
Un siège régulier est la plus brillante manifestation de la puissance des Rivalités corporisées, que puisse fournir la Civilisation. C'est quelque chose de merveilleux que la succession des opérations simultanées d'attaque et de défense qui le composent, et ceux qui veulent voir quelque chose d'intéressant, — c'est bien d'intérêt dramatique que j'entends parler ici, — n'ont qu'à lire le Traité de V attaque et de la défense des Places, de Vauban. Pas un de nos romans ne vaut ce livre. — Depuis l'investissement jusqu'à la brèche au retranchement intérieur, c'est une fière intrigue nouée et serrée ! C'est une épopée, qu'un siège. — Et l'Iliade, au fait, n'a pas pour sujet une promenade en bateau. — Réflexion et spontanéité, événements imprévus, préparés, amenés, et brusques accidents, rien n'y manque. Rivalités intérieures entre les différents corps de l'assiégé ; rivalités intérieures entre les différents corps de l'assiégeant, et Accord total de chaque masse l'une contre l'autre , par Rivalité extérieure. C'est une bataille acharnée^ qui dure des mois sans s'interrompre ni jour ni nuit, qui se poursuit à travers de longs et mornes silences, comme à travers les grands fracas de toutes les batteries faisant feu de toutes pièces. Chaque pouce de terrain est disputé : c'est merveilleux ! Je voudrais avoir à moi l'espace pour décrire l'opération ; pour sui\Te pas à pas les longues tranchées sinueuses qui se traînent à plat ventre sur le sol comme de gigantesques reptiles ; pour conduire les têtes de sape qui avancent de front el lentement vers la place, gueules béantes et lançant du feu. Puis l'action de l'artillei'ie, des différents corps, et les réponses de l'assiégé à toutes les questions que l'assiégeant lui pose...
232 ORGA,NISAT10N. COMPLÉMENT,
Oh ! c'est une aftaire montée , où chacun s'acharne à sa tâche ; c'est là une partie engagée, c'est là que la galerie est attentive de chaque côté à la carte qui vient ! c'est là, aussi, qu'il se fait des prodiges de ténacité et d'invention, de courage et d'intelligence. — Or, croyezvous que les sillons des sapes ne soient pas plus profonds et plus durs à creuser que des sillons de labour?....
Tous les militaires qui ont fait des sièges, en rapportent des choses miraculeuses, attestant hautement ce que nous disons, et prouvant à excès combien ces combinaisons qui développent les Passions, les Rivalités, les Accords et les Discords, sont puissantes pour susciter l'intelligence, éveiller le génie, allumer le courage et pousser à l'action. On voit là ce que vaut l'homme, ce qu'il y a de ressources vives en lui ! La passion découvre les trésors enfouis ; elle fait jaillir les facultés cachées, comme la verge de Moïse faisait surgir les sources au désert.
Je regrette de ne pouvoir citer tout ce que je sais sur ce sujet, et entre autres la défense d'une place soutenue en Espagne, par nos troupes, contre les Anglais, et dans laquelle la Rivalité qui s'était mise entre les bataillons chargés chacun de garder un front, produisit spontanément les artifices de défense les plus ingénieux, les effets les plus étonnants.
Eh bien ! tout cela c'est du travail ! c'est de la force et de l'intelligence dépensées avec profusion ; ce sont de fiers obstacles vaincus, emportés ; c'est de l'industrie organisée et déjà attrayante, mais subversive, c'est-à-dire
tournée au rebours des convenances de l'ordre général et du bonheur de l'humanité. Organisez donc l'industrie harmonique et productive. Vous avez pour l'alUer à la passion mille fois plus de moyens, de liens , de ressorts et de puissances.
L'industrie productive civilisée ne manifeste pas ces grands effets d'entraînement, ces acharnements passionnés, parce qu'elle n'est ni organisée ni corporisée. Attendez que nous ayons nos Phalanges, nos cohortes équipées, nos armées industrielles.... D'ici là, l'industrie restera terne, morne, prosaïque et répugnante, comme serait la guerre si les combattants étaient isolés, sans liens entre eux, sans rapports, enfermés dans d'étroites limites, et ne se battant que pour gagner leur pain quotidien, au lieu d'être organisés, ralliés sous des drapeaux, et échauffés par des passions nobles et corporatives.
Pour rentrer, en terminant cette Note, dans le domaine de l'industrie productive, je vais citer un fait d'Attraction agricole très-curieux. Toutefois, comprenons bien que, dam notre société, les faits industriels que nous avons examinés, comme la fenaison, les vendanges, et celui que nous allons dire, étant purement accidentels, et non corporisés, régularisés et durables, ne peuvent pas présenter des résultats de haut entraînement. Il faut tenir compte, dans ces exemples, de l'absence de toutes les conditions qui manquent.
Prenez un fléau, allez dans une grange ou mieux au grand soleil, tout seul, et mettez-vous à battre des ger-
besdeblé. Vous verrez si cela vous amuse. — Maintenant écoutez la jolie description raisonnée du battage des grains, en Basse-Bretagne, par mon ami Charles Pellarin :
« L'agriculture offre déjà quelques germes d'Attrac- » tion, que j'ai été en position d'observer jusque dans la » Basse-Bretagne, germes que l'instinct seul a mis entre » les mains de nos paysans, sans que personne songe à » les développer et à les étendre aux autres branches de » l'industrie. Ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que » partout où règne ce travail attrayant^ très-réduit à la » vérité par la mortelle longueur des séances, on forme « des Groupes plus ou moins parfaits.
» Les travaux du battage des grains au fléau sont, sans » contredit, des plus rudes; ils exigent un emploi de » force considérable, des mouvements étendus et rapides » des bras et de tout le corps ; ils se font en plus grande » partie, du moins en Bretagne, à l'ardeur du soleil » d'août et de septembre. Eh bien ! malgré tout cela, ils » sont de ceux qu'aiment les habitants des campagnes, » et pour lesquels la jeunesse se passionne. C'est que là » on ne travaille point isolément ; sur l'aire il y a au » moins dix à douze personnes sur deux rangées, qui se » font face, et rivalisent l'une avec l'autre. Dans chaque » rang on remarque presque toujours deux ailes qui ri- » valisent ensemble ; et au milieu un homme vigoureux, » bien exercé, dirigeant et excitant ce qu'il appelle son » côté, ou bien le Groupe entier, s'il est le chef de tous » les travailleurs. Cette attribution revient au plus méri-
» tant, qu'il soit domestique, journalier ou maître, il » n'importe, pourvu qu il sache exciter les forces sans les » épuiser, pourvu qu'il soit le plus habile à. saisir ses » alternatives de relâchement et d'énergie passionnée » dont les hommes éprouvent le besoin dans un travail » animé, et qui se succèdent comme des ondulations.
» Le bruit des fléaux qui tombent en cadence est aussi a un puissant moyen de diminuer la fatigue ; et s'il » vient un maladroit dont les coups soient discordants, » on le chasse, on le renvoie honteusement au balayage. » Bien que parmi les travailleurs beaucoup ne soient que » des salariés, l'animation est très-grande dans la troupe, » quand elle est bien assortie, surtout si le temps est fa- » vorable, si le grain est de bonne qualité, si le maître, » propriétaire ou fermier, est un brave homme aimé de » tous, ayant soin de verser à boire de temps en temps » à son monde, etc. Souvent aussi il se forme deux » Groupes de batteurs quand ils sont en nombre suffi- » sant : dans ce cas l'ardeur est portée au comble par le » ressort de rivalité qui s'établit entre les deux Grou- » pes. Il fait beau voir alors et entendre le paysan bre- » ton, allègre, pousser son hourra, stimuler celui-ci, » celui-là par un éloge ou un reproche toujours bien ac- » cueillis, personne ne songeant à y répondre que par » une ardeur croissante ; puis les deux Groupes rivaux » échanger les railleries et se surveiller l'un l'autre avec » une jalouse émulation.
» Tel est le charme de ces travaux de battage, que les » enfants veulent toujours s'y mêler, et qu'il faut em-
» ployer les menaces, quelquefois même en venir aux » coups pour les éloigner, quand ils ne sont pas encore » assez forts ni assez exercés pour se joindre aux adul- » tes. C'est aussi la seule opération d'agriculture à la- » quelle le bourgeois des petites villes vienne quelque- » fois prendre part dans un pays où il n'y a point de » vendanges. J'ai vu de jeunes chasseurs, même fashio- » nables, poser leurs fusils pour s'armer de fléaux, et ne » s'apercevoir qu'à la fin de la séance des ampoules qui » leur étaient venues aux mains.
» Tous ces détails paraîtront peut-être bien familiers, » bien prosaïques; mais il m'a semblé qu'ils confirmaient » d'une manière frappante les dispositions fondamenta- » les du procédé d'industrie sociétaire de M. Fourier.
» D'ailleurs, je ne prétends en aucune façon contester » la supériorité des machines à battre sur la méthode » employée par les paysans bretons : seulement, j'ai » voulu montrer que le plaisir n'est pas incompatible » avec des travaux même très-fatigants.
» Qu'on essaie de faire exécuter les mêmes travaux » par des hommes isolés ou même par des réunions de » trois ou quatre personnes, et l'on verra qu'avec une » fatigue double on obtiendra un résultat proportionnel » bien inférieur. Aussi, les cultivateurs de petites fermes, » au lieu de s'obstiner à tout faire avec ce qu'ils ont de » monde, vont-ils aider leurs voisins des grandes fermes » qui le leur rendent ensuite, au notable avantage des » uns et des autres : car ils savent bien que le principe,
chacun chez soi, n'est pas toujours le plus prolilable, et ils trouvent qu'il n'est pas quelquefois mauvais, quoi qu'en ait dit La Fontaine, de compter sur ses voisins et même de les attendre. Pour juger de l'utilité de ces échanges, de ces services mutuels qui lient d'ailleurs entre eux les gens de la campagne, il ne faut pas voir seulement le temps employé à se rendre d'un village à l'autre, mais tenir compte de l'influence d'un grand nombre de personnes, de familles, d'âges , de sexes différents, sur les travailleurs, et par suite sur les produits du travail. L'homme n'est pas un être brut, une machine dont on puisse calculer la force indépendamment de ressorts passionnels qui la mettent en jeu, ressorts qui ne fonctionnent bien qu'au milieu de circonstances qu'on s'est trop peu occupé jusqu'ici défaire naître. » {Ré fournie industrielle, t. I, p. 153.)
Ce serait ici le lieu de citer les phénomènes d'Attraction industrielle qui apparaissent au concours de charrues, dans les fermes-modèles, à Grignon, par exemple, d'où les Civilisés de Paris reviennent chaque année, émerveillés de ce qu'ils ont vu, et bien plus satisfaits qu'ils n'ont souvent lieu de l'être en sortant du Théâtre Français. — Ce qui les frappe d'abord, c'est l'ordre, la propreté, la bonne distribution des choses. Avec nos préjugés civilisés et notre habitude de voir par toute la France la saleté et la misère dans l'agriculture et chez l'agriculteur, cela semble un prodige. Ils ne tarissent pas sur la beauté des animaux, sur les soins dont ils sont l'objet dans les étables. Chaque vache a sa place marquée, îlYec indication de nom , d'âge, de race . de régime, de la
quantité et de la qualité du lait qu'elle fournit. Les champs aussi sont flanqués d'écriteaux indiquant le nom, le système d'assolement, le régime agricole auxquels ils sont soumis, et les résultats. Ces dispositions développent chez les bouviers et garçons de ferme, des germes de zèle déjà très-remarquables, et qui étonnent les Civilisés ajuste titre, car leur domesticité n'est pas une bonne terre à semer le zèle. Mais ce qui enlève tous les spectateurs, c'est le concours. Dix ou vingt charrues, plus ou moins, bien propres, bien vernissées, bien attelées et équipées, sont rangées en ligne de bataille, alignées sur le front d'un vaste champ ; chacune d'elles a devant soi un jalon de direction, qui lui indique son premier sillon : ce sera sa ligne d'opération. Les attelages ne bougent j hommes et chevaux, oreilles dressées et prêts à partir, attendent le signal avec impatience.
La lutte s'engagera, tantôt sur la profondeur et la perfection des sillons, indépendamment du temps ; tantôt sur la rapidité du labour ; d'autres fois sur les deux éléments en mode composé. — En avant les charrues ! elles partent comme des équipages d'artillerie : c'est là qu'on voit labourer au grand trot, et je vous réponds qu'il y a du feu dans la manœuvre. Qu'est-ce pourtant que tout cela, bon Dieu ! comparativement aux grandes manœuvres des régiments de labour des Phalanges ? Un assaut d'armes à côté d'un tournois, un duel à côté d'un combat j — le rapport d'une ferme-modèle à un Phalanstère».;'2
On peut si bien mettre les hommes en Attraction sur
la charrue, qu'à la rorinc-modèlc de Roville, — jo lious ceci d'auiis qui y oui étudié l'agriculture, — c'est, parmi les élèves, à qui aura un labour à exécuter. On y inscrit les tours pour établir l'ordre des priorités, et chacun se montre très-jaloux de ne pas laisser passer le sien ; on crierait fort, si l'on favorisait qulqu'un d'wn tour de labour, au détriment des autres. Et cependant à Roville les plus fortes causes d'Attraction sont très-peu développées, beaucoup même n'y ont pas seulement germé.
On citerait des milliers de faits, et l'analyse prouverait toujours, en détinitive, que partout où il y a plaisir et entraînement sur une œuvre quelconque, productive, improductive ou destructive, utile, futile ou nuisible, c'est que toujours quelques ressorts passionnels ont été mis en jeu. — Appliquez donc à l'industrie le jeu des passions, si vous voulez que l'industrie devienne attrayante, et que, par ainsi, l'homme entre dans la magnifique voie de sa Destinée de bonheur.
Au reste, cette note, que j'aurais pu garnir d'un bien plus grand nombre de faits, est ici moins encore pour prouver par les faits cités, que pour mettre le lecteur à même de réfléchir lui-même sur la valeur de tous ceux dont il a été, et dont il peut chaque jour être témoin.
P. S. Le Temps nous jette, ce matin, un fait qui passera inaperçu sans doute, et que je transcris ici en Post- Scriptum,
« L'opération du fourragement qui se fait aux envi-
» l'ons du camp d'Erloii, à Bouffarick, avec autant d'ac- » tivité que de succès, a donné lieu, le 27 mai, à une » fête champêtre dont l'entrée au camp des premières » voitures de foin a été l'occasion. Un témoin oculaire » nous en adresse le récit, que nous nous faisons le plai- » sir de communiquer à nos lecteurs.
» Camp d'Erlon, le 27 mai 1835.
» Ce matin, à 10 heures, six prolonges chargées de » foin ont été conduites dans l'intérieur du camp, sur le » terrain destiné à recevoir les meules qui doivent as- » surer la conservation de l'immense récolte qui a été » faite, et qui se continue conformément aux intentions » de M. le gouverneur-général. Ce premier produit d'une » opération dont les résultats dépassent déjà toutes les » prévisions, et prouvent aux plus incrédules ce que » peuvent des hommes dont la soUicitude, étrangère à » des intérêts particuliers, se rattache exclusivement à » l'honneur national et à la prospérité publique, à la- » quelle chacun a pris part avec un égal sentiment d'en- » thousiasme et d'allégresse. »
» Ces six premières voitures, marchant en file, sont » parties ensemble du lieu où se fait le fourragement, » sous la direction du capitaine Mallet, de la légion » étrangère, chargé spécialement, par ordre de M. le » lieutenant-général Rapatel, du fourragement, avec » MM.Chastaing, lieutenant, Baumer, sous-lieutenant au » 1®' régiment de chasseurs, qui lui ont été adjoint? pour » cette opératioji. Ils étaient précédés par les tambours,
PnÉNOMfîNKS DE TRAVAIL ATTRAYANT. 241
» les clairons et la musique de la légion étrangèi'o, cl du » premier régiment de chasseurs, qui, pendant toute la » marche, n'ont cessé de battre ou déjouer.
» La première d(; ces voitures avait sa charge surmon- » tée d'un bouquet de fleurs, dont l'éclat et la variété » donnaient à la marche un air à la fois triomphal et » printannier. Les faucheurs, faneurs et botteleurs, au » nombre de 300, appartenant tous à la légion ctran- » gère, portant à leur tête des fleurs, et à la main des » branches de verdure, en signe de réjouissance, ser- » valent d'escorte aux cinq autres voitures. Leur démar- » che tière et leurs chants joyeux qui se mêlaient aux » sons de la musique, ajoutaient encore au charme de » cette fête improvisée dans la plaine de la Mitidja, au » pied de l'Atlas, par des Européens, qui, par l'illusion » des souvenirs, se croyaient transportés sur le sol natal, » à cette heureuse épo.que de l'année où les richesses » de la terre deviennent celles de l'homme.
» Après une demi-heure de marche, les voitures sont » entrées au camp ; rangées autour du terrain, disposé à » l'aAance par les soins de M. Robert, sous-lieutenant, » et où vont s'élever , comme par enchantement , ces » meules colossales : elles ont été déchargées en présence » du colonel de Schauenbourg, chargé de la principale » direction des travaux de fourrageraent, et du colonel » Brenelle, commandant la légion étrangère et le camp » d'Erlon, au son de la musique et au bruit des tam- » bours, avec lesquels se confondaient les chants inces- » sants des soldats cultivateurs.
» Des spectateurs militaires et bourgeois, en grand » nombre, animaient cette fête par leur présence, et pre- » naient part à la joie des troupes. Une pensée plus pro- » fonde pouvait aussi les préoccuper : tout en rendant » un hommage justement mérité aux braves officiers, » dont l'habileté et le zèle soutenu stimulent si bien la » bonne volonté et l'ardeur de nos soldats cultivateurs, » chacun, en présence de ces richesses que des mains » barbares refusent de recueillir sur un sol de fertilité et » de productions incalculables, semblait vouloir répéter » le mot d'un orateur à la Tribune nationale : « Désor- » mais la régence d'Alger sera la continuation de la » Provence, et la Méditerranée un lac français. »
Et les Civilisés sont si bouchés, et le gouvernement si aveugle, que tout cela ne leur apprend rien ! En face de cet enthousiasme des soldats pour des travaux de culture en grande échelle, de l'acharnement des régiments du génie à leurs mouvements de terre, de l'acharnement plus grand encore des officiers de cette arme à leurs opérations et constructions de toute nature, à peine commence-t-on une expérience pour l'établissement des routes stratégiques. — Pareille impéritie, pareil aveu d'impuissance, sont quelque chose de bien misérable et de bien honteux !
Oui ou Non?
[e ne venlx <lis]iuter j m et rr.ulr'^ comme fout ces sotz sophistes de ceste ■ville et de ailleurs.
BlBELAIS.
L'homme est là, et à ses pieds, la terre.
Il est doué de forces physiques, auimiques et intellectuelles.
A quoi doivent être employées ces forces dont il est doué ? à détruire ou à produire ? à ravager son globe, à voler , piller , gruger, guerroyer, guerroyer à l'intérieur et à l'extérieur, — ou à cultiver, parer, embellir son domaine, et créer les moyens infinis de son bienêtre et de son perfectionnement matériel et intellectuel ?
Et s'il est destiné au travail productif, au travail créateur, au travail qui donne les moyens du bien-être matériel et intellectuel, et développe les facultés, faut-il que ce travail lui soit un supplice, et que ce supplice soit imposé à des esclaves, à des parias, à des prolétaires, pour faire des jouissances à une minorité de fainéants ?
Il est sensible, évident, palpable, que le travail PRODUCTIF-ATTRAYANT, utiliscint et développaut toutes les facultés de l'homme^ est la Destinée de l'homme sur- la terre. — Qu'a-t-il de mieux à y faire, puisque, encore une fois, il faut,
Ou qu'il n'emploie pas les facultés dont il est doué ;
Ou qu'il les emploie à tuer, voler, ravager, détruire ;
Ou qu'il les emploie à produire ?
La question sociale, pivotale et emportant tout le reste, c'est donc l'emploi utile des forces humaines, le travail productif-attrayant.
Pour que le travail soit j)roductif, le plus productif, il faut qu'il soit organisé.
Pour que le iruY^'û soit attrayant, il faut qu'il- soit organisé conformément aux penchants des travailleurs.
OUI ou NON? i'i'.'}
Le travail ne peut être organisé dans la Nation, sur le Globe, s'il ne l'est d'abord dans les Communes.
Le travail ne peut être organisé dans les Communes, c'est-à-dire, soumis à régularisation, dirigé avec prévoyance, ensemble, unité, si les Communes restent morcelées en exploitations individuelles, aveugles, capricieuses, incohérentes, et livrées sans merci à la dent de la famille.
Les familles doivent donc être associées dans la Commune : la Commune doit se métamorphoser en Phalange.
Et maintenant quelle sera la loi d'organisation des travaux dans la Phalange ? — Regardez. Comment organise-t-on un service quelconque? Voyez dans les ministères, dans les tribunaux, dans les théâtres, dans les grandes manufactures, dans toutes les administrations. On fait des divisions et des subdivisions dans les services, on les classe, on établit des catégories, des Séries. — Et l'armée ? — C'est un corps de quatre cent mille hommes organisé, c'est-à-dire classé par divisions, par brigades, par régiments, par bataillons, par compagnies, sections, escouades ; infanterie, cavalerie, troupes de ligne de toute destination ; armes spéciales,
artillerie et génie; fournitures, vivres, hôpitaux
C'est bien là le procédé sériaire, j'imagine.
Donc si vous voulez organiser les travaux dans la Phalange, vous les distribuerez en Séries de classe,
ordre, genre, espèces, puis vous arriverez avec les variétés aux Groupes élémentaires. — Ceci est exactement le sens même du mot organiser.
Qu'y a-t-il donc de si étrange dans cette assertion, qu'il faut distribuer les travaux en Groupes et en Séries? — Si l'on ne veut pas de ceci, c'est donc que l'on repousse l'idée d'organiser le travail. — Si l'on repousse l'idée d'organiser le travail, qui est la source du bien-être des individus et des nations, tandis que l'on trouve bon et convenable d'organiser l'administration, la police, la guerre, alors on fait preuve de stupidité, on donne sa mesure. A qui parle ainsi, il n'y a plus rien à dire ; c'est perdre son savon....
Et maintenant, si les services, les industries, les travaux sont hiérarchisés, ordonnés, classés, divisés et subdivisés dans la Phalange, si les cadres des Séries et des Groupes sont formés, trouvera-t-on convenable de forcer l'enrôlement^ d'intervertir l'ordre des vocations, de contraindre Nodier à garder les vaches, madame Sand à écumer le pot, Yaucanson à composer des opéras, Mozart à faire des mécaniques, Raphaël à fabriquer des chandelles, Michel-Ange à les vendre, et tel cuistre que je dirais, à peindre des vierges ou à construire des basiliques ? — Il me semble bien mieux de laisser aller chacun aux goûts que le bon Dieu lui a faits ; — (piitte à renforcer les doses d'Attrait sur les parties de l'Industrie qui faibliraient. Et puis, imaginez que si Dieu nous a destinés au travail, s'il nous a départi des vocations diverses, imaginez qu'il a bien su nous les
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départir en doses et quantités convenables et proportionnelles aux besoins. — Dieu aurait fait des vocations poétiques, et il n'aurait pas fait de vocations pour la charrue ! En vérité, c'est le supposer un peu bien inintelligent ; car enfin, force est bien de manger pour pouvoir chanter.
Ainsi l'enrôlement sera libre dans les Groupes et les Séries.
Et dès-lors, pourquoi nous, travailleurs libres, cultivant nos terres, exploitant nos fabriques, instruisant nos enfants, parant notre demeure... pourquoi nous, travailleurs libres, nous attacherions-nous pour la vie sur un métier, à une fonction, quand nous avons facilité de varier à option, de passer d'un travail à un autre, de nous enrôler dans vingt, trente, cinquante Séries et plus, si nos désirs le demandent, si nos facultés le permettent ?
Donc les Groupes exécuteront en séances courtes et variées.
Quant aux Rivalités cabalistiques , laissez faire ! Nous n'aurons pas mis la main à l'œuvre, que vous verrez bien.
Ainsi, généralement et sauf exceptions volontaires, — les travaux seront exécutés, dans la Phalange, par des SÉRIES DE GROUPES rivalises, contrastés, engrenés; — les ressemblances donnant les Discor^ds,
les conirastes donnant les Accords^ les changements donnant les Engrenages.
Or, ceci, c'est toute la théorie organique de Fourier.
Grands saints qui faites des constitutions, idéologues qui ne rêvez pas, que trouvez-vous donc à ceci d'utopique, de fantastique, de systématique? — Oh! vous aimez bien mieux les lois anglaises, américaines, n'estce pas? ou bien les constitutions de 91, de 93, du directoire, du consulat, de l'empire, de la restauration, des glorieuses, toute feuille de papier, entin, sur laquelle on écrit de fort belles choses octroyées ou non, efficaces, durables, perdurables, et assurant à tout Français, dans son village ou sa ville, santé, aisance, éducation, plaisirs, et toutes sortes de prospérités en abondance, en un mot, faisant le bonheur des Français.... comme pas une n'y a manqué dans le passé, comme pas une n'y manquerait dans l'avenir.... Vertueux régénérateurs politiques, vous êtes des hommes bien sensés ! Vos lois anglaises ou américaines, vos gouvernements à un, deux, trois, quatre membres.... tant de membres que vous voudrez, la réforme électorale aussi, et encore beaucoup d'autres choses, tout cela est bien dans la question, en vérité! et le peuple qui travaille, sue et ne mange pas toutes les fois qu'il a faim, est fort heureux sans doute des soins que vous prenez de lui!... — ils n'ont pas pu comprendre encore que, le travail étant une nécessité d'humanité, les peuples ne seront ni libres ni heureux., tant qu'ils seront forcés de se li-
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vrtM- au travail répui^iiaiit, tant qu'ils ne travailleront
\)âs par plaisir !
Ici, je voudrais bien que l'on se prononçât. — Fautil, ou non, organiser le travail dans la Commune, et par conséquent classer les industries en Séries? — Le fautil, — OUI ou NON?
Faut-il laisser chacun libre de s'enrôler aux fonctions qui sont suivant ses goûts, de travailler aux choses qu'il aime, avec les gens qu'il aime, et de varier ses occupations à sa convenance; — ou faut-il forcer l'homme à uix régime disciplinaire, lui imposer des lois contraires à sa nature et à sa volonté?... Et alors, qui, parmi les HOMMES, imposera la loi aux autres hommes? — (Je voudrais bien savoir ce que penseront les générations de l'avenir, en voyant ce qu'il aura fallu faire d'escrime avec la génération présente sur des questions pareilles ! ! ! elle qui rit des siècles passés...)
Donc, accepte-t-on comme Loi naturelle d'organisation du travail, la Loi sériaire, telle que nous l'avons développée, telle que Fourier la propose?
Si on ne l'accepte pas, que propose-t-on en place? Âime-t-on mieux le Morcellement, la naumachie industrielle, la guerre intestine de la Civilisation ? ou bien offre-t-on un autre procédé d'organisation que celui qui consiste à former des corps, à classer, diviser et subdiviser les services, à former les Séries? a-t-onune autre lormule pour mettre l'ordre dans les choses, la liberté
dans les actions, le plaisir dans le travail? Encore une fois, accepte-t-on la nécessité d'organiser l'industrie, OUI ou NON, et veut-on ESSAYER la méthode naturelle d'organisation, oui ou non???????
— Ce sont ici des questions de pur bon sens. Celui qui, au mépris de tout ce qu'il y a de plus clair au monde, et à la glorification de la plus épaisse routine, n'accepterait pas cette loi pour réglementation générale des travaux et base de l'organisation industrielle, celui qui refuserait d'accorder au moins l'opportunité, la nécessité d'en faire essai sur une demi-lieue carrée de terrain, qui récuserait l'appel à l'expérience, celui-là, cène serait pas la peine qu'il allât plus loin; car nous n'avons plus qu'à développer l'idée et en montrer les conséquences.
Et vous qui l'avez comprise et l'admettez, marchons ! Marchons, car nous avons en main le fil d'Ariane pour le labyrinthe ; pour la grande mer, le sextant, la boussole, et l'étoile polaire sur nos têtes. Nous pouvons aborder l'avenir maintenant, partir de la Phalange et parcourir le Monde.