GARANTIE EXTÉRIEURE
La GARANTIE INTÉRIEURE se tire de la quadruple compétence^ de la compétence bi-composée des votans, qui, en effet, sont compétents sur les matières du jugement, comme sur le mérite des candidats, et compétents en outre de par l'intérêt personnel et de par l'intérêt corporatif.
La GARANTIE EXTÉRIEURE provieut du contrôle régulier exercé sur les jugements d'un Groupe ou d'une Série par les Séries et les Groupes voisius.
Ce dernier effet mérite d'être spécialement remarqué. Les affaires particulières d'un Groupe, d'une Série, d'une branche quelconque , sont réglées par ses propres fonctionnaires. Eux seuls y ont un droit d'intervention directe. Ceci est incontestable, c'est de principe et accepté par tout le monde , car personne ne serait disposé à ouvrir à l'intrusion ses Séries. Pourtant la liaison et la solidarité des parties dans la Phalange est telle, que la mauvaise gestion d'une branche compromettrait plus ou moins les intérêts de l'ensemble. — Donc il est juste que le milieu ambiant ait une action sur chacune des parties.
Eh bien! cette action du milieu ambiant, qui ne peut pas être une intervention directe au scrutin, gît précisément dans l'influence du contrôle externe exercé par les Groupes et les Séries les uns sur les autres. — Le Groupe ou la Série nomme; les autres critiquent, blâment ou approuvent. — A l'intérieur, l'élection; à l'extérieur, la sanction de l'opinion publique. En face du pouvoir d'exécution^ la responsabilité.
N'oublions pas d'ajouter que la puissance élective est proportionnelle pour chacun, en chaque branche, à sa capacité reconnue et constatée dans cette branche. Cette influence proportionnelle est un fait de nature qui va de soi-même et n'a pas besoin d'être développé ici. Naturellement l'opinion d'un homme consommé dans une spécialité fait plus autorité que celle d'un débutant, et vous ne donneriez pas à un néophyte
une valeur égale, dans la pondération des votes, à la voix de celui qui l'enseigne et le guide.
Lors donc qu'un candidat aura passé à l'étamine de ses Antipathiques, qu'il aura été nommé par ses concurrents eux-mêmes, par des collègues qui se voient mutuellement '«^l'œuvre; que le choix aura été approuvé par la critique extérieure des rivaux, confirmé par l'adhésion des alliés, ratifié par l'opinion publique régularisée dans les Séries et formée en un grand Jury souverainement intéressé à la justice, croyez-vous que le choix ne sera pas strictement et mathématiquement bon et juste ?
Je veux encore aller plus loin, et dire mieux que tout cela ; je veux dire que tout sujet qui, dans les Séries, ne serait pas à la hauteur de son grade, offrirait spontanément sa démission tout de suite. En pareille position en effet, dans &n pareil milieu, personne ne tiendrait deux jours sous le feu croisé dont il serait le point de mire. Ce serait la position la plus fausse et la plus malheureuse pour vous que d'avoir le grade, et qu'on vît à à côté de vous, au-dessous de vous, en rang inférieur, un homme qui vous surpasserait en mérite, qui en donnerait chaque jour la preuve publique à vous, aux autres, à tous. Vous le prieriez bien vite de prendre votre place.
Les principes que nous Venons d'émettre sont susceptibles d'être exécutés par cent procédés pratiques diiïérents, dans l'examen desquels il n'est pas ici de notre objet d'entrer. Nous dirons seulement que les
opérations électorales, qui coûtent chez nous tant de dérangements, de dépenses et de temps, se réduisent à fort peu de chose dans la combinaison sociétaire, — fussent même les grandes opérations où toutes les Phalanges du Globe sont appelées à prononcer.
II est entendu en outre, que les principes précédents s'appliquent non-seulement aux choix des candidats en toute fonction et en tout degré des hiérarchies sociales, depuis la Phalange jusqu'au Globe entier, mais qu'ils fournissent encore le moyen précis de donner, sur quelque objet qu'on veuille le faire, l'expression de la volonté des masses compétentes et intéressées.
La question que nous venons de traiter prête à de grands développements que nous aborderons à un point de vue plus général et plus élevé dans un autre ouvrage. Terminons ce chapitre par sa conclusion spéciale, savoir :
Que le Régime sériaire possède incontestablement V inappréciable faculté de mesurer le mérite^ de jauger le talent et la puissance de travail de chaque individu en chaque fonction ou série dans les rangs de laquelle il est enrôlé. De telle sorte que la valeur relative de chacun^ en toute fonction est exactement représentée par un grade ou par un nombre proportionnel.
Le problème de la Répartition au prorata du travail et du TALENT, n'est donc plus qu'une pure question d'à-
rithmétique. Il n'offre pas plus de difficulté désormais que la rétribution proportionnelle au capital , que tout le monde connaît, et qui se pratique aujourd'hui dans toutes les Sociétés par actions, ou autres, pour la distribution des bénéfices aux sociétaires. Cet effrayant paradoxe de justice distributive n'est plus qu'un jeu d'enfant, une affaire de simple comptabilité ; c'est tout simplement l'application de la Règle de société aux titres numériques de chacun, en Travail et en Talent, déterminés aussi exactement qu'en Capital. Il est évident en effet que votre puissance de Travail ou de Talent étant cotée dans une fonction quelconque, il suffira de la multiplier par le nombre d'heures pendant lesquelles vous aurez travaillé pour avoir votre titre numérique, pour savoir ce que vous avez fourni en Travail et en Talent dans cette fonction.
noteRR. (2' édition.)
Si le lecteur veut se reporter à la note R (p. 270, 1" vol.), où la formule mathématique de la Répartition naturelle et intégrale est donnée, il verra que, la part individuelle de chacun étant représentée par la formule
V = Q hR hS— ;
il résulte des explications du dernier chapitre que les valeurs des coefTicients particuliers / et 0 du Travail et du Talent de chaque sociétaire sont aussi rigoureusement connues que la valeur c de son
<iapital.
Aux débuts de l'organisation des Phalanstères, on fixera dans les yïcies de sociale qui constitueront les contrats de fondation des Phalanges les parts générales respectives Q, R, S du Cà-
pital, du Travail et du Talent dans ces Associations. On fera à cet égard telles combinaisons qui paraîtront justes et convenables. Tous les projets d'Associations entre travailleurs ou entre ouvriers et patrons, qui se font aujourd'hui, contiennent leur clause à ce sujet. Celle qui nous parait généralement la plus équitable et la meilleure, consiste dans les dispositions suivantes :
10 Détermination, par un Conseil, des minimums proporiionnels c'est-à-dire des salaires et traitements à offrir aux ouvriers et employés de tous grades ;
2° Fixation d'un minimum de rétribution du capital engagé, c'est-à-dire du taux de Yiniérêl;
Z° Répartition des bénéfices à chacun, au marc le franc, de ce qu'il a reçu, soit à titre d'émolument ou de salaire, soit à titre d'in térêt.
L'équité de cette combinaison, qui n'est autre chose, en principe, que l'expression même de l'idée de l'Association, est bien facile à saisir.
Supposons en effet qu'il s'agisse de fonder une entreprise quelconque pour laquelle il faut des fonds et du travail.
J'ai vingt mille francs }
Vous avez vos bras.
Si l'on nous offre par an, à moi, 1,000 fr. pour le loyer de mon capital, à vous mille francs pour le loyer de vos bras, qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire que, pour l'entreprise, il y a équivalence entre votre concours et le mien. Il sera donc juste que nous ayons chacun la même part dans les bénéfices. — E* notez encore que je suis avantagé si mon capital est bien hypothéqué dans l'affaire ; car votre capital bras ou travail, perd tous les jours, — chaque heure vous rapprochant de sa fin, — tandis que mes vingt mille francs ne s'usent pas.
Les salariés et employés doivent donc généralement entrer dans la répartition des bénéfices pour une part au moins proportion-
nelle aux salaires et émoluments qu'ils ont reçus, et les capitaux pour une part proportionnelle à l'intérêt qui leur est dévolu.
On conçoit cependant qu'il peut être juste et nécessaire, dans une affaire où le capital courrait de grandes chances de perte, de lui ménager de plus grands bénéfices ; sans cela, il ne viendrait pas à l'entreprise. Dans telle autre, par la même considération, il faudrait accroître les gains du travail en raison des difficultés de la fonction, des dangers que court la santé ou la vie du travailleur, etc., etc. Mais la perfection, en fait de Répartition, ne peut pas être obtenue dans les Associations imparfaites, isolées et grossières que l'on tente aujourd'hui de toutes parts. Toutefois ce que nous venons de dire suffît pour démontrer sans réplique que, dès le début d'une fondation phalanstérienne, on établira très-facilement une Répartition déjà extrêmement satisfaisante.
Nous pouvons donc dire, sans aller plus loin, que pour l'application, pour la transition, pour les premières Phalanges à fonder, ce grand problème est complètement résolu, tous les coefficients, c, t, 6 et Q, R, S , à déterminer dans l'équation pour avoir la part totale p de chacun, étant rigoureusement connus.
Au reste nous pouvons, d'un mot, donner la clef de la solution du problème supérieur et complet de la Répartition harmonique. D'un seul mot, le voici :
Supposons le Budget de Répartition dressé d'après les règles précédentes, au début d'une Phalange. Dès que l'organisation sera complète, que tous les rouages marcheront librement, que les sociétaires commenceront à vivre des mœurs du régime nouveau, on s'apercevra bientôt que telle fonction attire trop, que telle autre attire trop peu.
Or, 11 est évidemment de l'intérêt de tous, pauvres ou riches, actionnaires de différents degrés ou travailleurs encore non actionnaires, que la machine marche le mieux possible, que l'équilibre le plus parfait s'établisse entre tous ses organes.
D'un accord unanime donc, on reconnaîtra qu'il convient d'accroître, dans des proportions convenables, les avantages des services qui n'attirent pas assez, de diminuer ceux des fonctions qui attirent trop.
Il résulte de ce principe incontestable que la Phalange modifiera elle-même chaque année, sur le rapport et sur les propositions de sa Régence, en Assemblée générale de tous les sociétaires, les coefficients de Répartition, c'est-à-dire les valeurs U, R, S, qui détermi • nent les parts respectives et générales du Capital , du Travail et du Talent, aussi bien que les valeurs spéciales du Travail et du Talent dans chaque branche d'industrie oà elle trouvera bon de les modiûer. •
Le Budget de la Répartition sera donc toujours conforme à la volonté collective, pondérée naturellement et nécessairement convergente, de la population associée.
Rien n'est plus facile à comprendre que le théorème exposé dans cette Note, et quiconque l'aura compris reconnaîtra que cette difficulté, qui parait insoluble, de la Répartition proportionnelle au Travail et au Talent en toute fonction, aussi bien qu'au Capital, se résout avec une merveilleuse aisance. 11 y a plus, c'est que nonseulement la solution coule de source et va d'elle-même, mais son système offre encore un admirable moyen de direction, d'équilibre, de distribution et de gouvernement des forces vives de la masse associée, par elle-même et sans gêner la liberté de personne, sans imposer quoi que ce soit à quiconque ! Je livre cette dernière considération au lecteur, et, s'il a quelque portée d'esprit, je l'invite à la prendre en méditation.