CHAPITRE TROISIEME
(Êfiuilîbrc ^c €oncox^e générale, par Vtn^tcm^t k5 ^hicB,
Absorption des rivalités et antipathies collectives de chaque masse, par accord individuel des sectaires dans divers groupes et corporations;
Absorption des rivalitrs et antipathies individuelles de chacun, par ralliement en divers groupes et corporations, oii les goûts coïncideront avec l'antipathique, et substitueront plusieurs affections accidentelles à une antipathie naturelle.
Cb, FoDEWa.
Amicitias animât harmonica conlemperatio,
J. Kepplek. {intraduisible.)
Nous venons de montrer comment se régularisent et se généralisent, au sein du régime sériaire, les effets si remarquables de justice distributive que nous manifestent, en tout pays, les approximations de ce régime, auxquelles arrivent les enfants, ensuivant l'impulsion naturelle,
dans l'organisation confuse de leurs jeux. Jetons maintenant un coup-d'œil sur la généralisation des effets de ralliement et de concorde dont ces mêmes jeux nous ont offert des germes et quelques développements.
Si vous exposez h des gens comme il en est beaucoup qu'une des conditions de base du problème de l'Association, c'est de répartir proportionnellement au Capital, au Travail et au Talent, ils vous déclarent d'autorité, tout d'abord, qu'il est impossible d'obtenir un mode d'appréciation du Travail et du Talent. — Si vous parvenez à leur faire entrevoir que l'on peut obtenir cette appréciation et comment, les voilà qui vous déclarent, d'autorité encore, que ce seront alors d'effroyables hostilités entre les concurrents, entre les Groupes rivaux et les Séries rivales, et tout de suite ils vous évoquent les discordes, les guerres, les trois furies du Tartare grec, et leurs torches flamboyantes, enfin, tout ce que vous savez sur l'histoire des rivalités humaines.
« Certainement, » disent ces hommes hâtés d'objecter, c( certainement, quand la Rivalité se sera mise entre vos Groupes, ils n'auront plus ni cesse, ni repos ; l'esprit de corps s'en mêlera, ils seront actionnés à l'œu- \Te, ils prendront l'œmTe à deux mains, ils s'acharneront au travail. Oh î vous aurez des prodiges de science,
d'art, d'industrie! Oui, tout cela est incontestable
malheureusement ils ne resteront pas huit jours sans se battre, et adieu alors votre mécanisme et tous ses prodiges! »
Voilà ce que l'on dit, voilà ce que disent les esprits superficiels et sans portée, qui ne peuvent pas embrasser et apprécier Y ensemble des faits qu'on leur présente, qui ne veulent voir qu'un seul fait, et qui tirent de ce fait qu'il faut placer dans le milieu sociétaire, les conséquences qui formeraient son cortège naturel en milieu civilisé. — Ils ne veulent pas tenir compte du nouveau milieu où jouent les forces anciennes !
Oui, certes, les Rivalités individuelles et corporatives et les concurrences portent le désordre dans votre Régime civilisé, morcelé et maudit, qui répand sur la terre tous les fléaux infernaux. Qui nie cela? Est-ce que nous l'ignorons? Ne vous faisons-nous pas un tableau assez foncé en couleurs de tous les vices inhérents à la concurrence insociétaire ? Quelle simplicité est-ce donc de venir nous objecter les résultats de la concurrence mise en jeu dans le milieu faux dont nous avons produit la critique, quand il s'agit de la concurrence développée dans un tout autre milieu ? — Parce qu'un enfant frappant à coups de poing sur le clavier d'un piano, vous ferait une musique d'enragé, seriez-vous admis à dire : il y a dans cet instrument des notes horriblement dissonantes ; donc cet instrument ne produira jamais qu'un fracas odieux à l'oreille ? Eh ! non : écoutons le bon sens ; raisonnons dans l'hypothèse de l'Association et du fait sériaire ; tenons compte de ce fait, si nous voulons calculer la résultante des forces que ce fait combine...
Voyons! vous craignez que les Groupes rivaux n'en viennent à de fâcheux débats, qu'ils ne se prennent au
collet si ce sont des hommes, aux cheveux si ce sont des l'emmes ; sais-je ce (lue l'on ne dit pas? — Allons, de bonne foi, examinons un peu la position et l'état des choses. Nous prononcerons après.
Tenez, je veux faire beau jeu à l'objection, je veux accumuler tout ce qui peut sembler le plus défavorable, je veux passer par la supposition la plus extrême : je veux prendre les deux Groupes les plus passionnés de la Phalange, deux fiers Groupes entre lesquels il y a rivalité plus active que ne nous en ont manifesté ces mémorables campagnes littéraires de la restauration, romantiques contre classiques, la barbe moyen-âge contre la perruque sacrée. Ces deux Groupes, voyez-vous, sont jaloux l'un de l'autre au délire, et, si vous le désirez, nous supposerons que vous et moi, enrôlés respectivement dans chacun de ces Goupes antagonistes, nous serions les deux natures les plus passionnées de la Phalange : deux Groupes composés de maniaques; vous et moi, les maniaques les plus échevelés, engagés dans ces deux Groupes. C'est bien là certes le cas extrême en examen des concurrences corporatives.
Eh bien ! entre*nos deux Groupes, entre leurs mem* bres respectifs, entre vous et moi, y aura-t-il pour autant une rencontre ? — Une rencontre ? Oui, sans doute, il y aura entre nous une rencontre ! il y en aura mille... mais pas à la manière des Civilisés perfectibles et bêtes fauves, qui se mettent des balles de plomb dans la tète et des lames de fer dans le ventre. Oui, nous deux, qui à midi rivalisons corporativement dans deux Groupes
SÇlS HARMONIE. LIV. II. CH. III.
émules, nous allons nous rencontrera deux heures peutêtre, ce soir, demain, vingt fois la semaine, cent fois le mois, dans des Groupes où nous sommes frères d'armes, où nous avons épousé les mêmes querelles, où nous servons sous le même drapeau.
Et je vous prie d'observer que plus nous possédons de puissance passionnelle, plus notre nature est ardente, plus nous sommes gens à prendre vivement fait et cause pour les fonctions auxquelles nous nous adonnons, plus nous sommes actifs à la rivalité, plus, en même temps, nous sommes riches en liens, en esprit corporatif, en Accords ; car vous sentez que le lien n'est jamais plus fort entre les membres du Groupe, que quand la Rivalité extérieure est plus puissante. L'action est égale à la réaction. Plus on rivalise à l'extérieur, plus à l'intérieur on serre les rangs. — Or, comme, par suite de la courte séance, de l'engrenage des Séries, de la migration des individus dans différents Groupes, et de leur rencontre dans nombre de Groupes amis ou alliés ; comme, par suite de ces combinaisons, les Rivalités sont purement corporatives et nullement individuelles ; et comme, aux plus fortes Rivalités corporatives des Groupes ou des Séries , correspondent au contraire les plus énergiques ralliements individuels dans les Groupes et dans les Séries, il résulte clairement et rigoureusement de là ce brillant, ce magniiique, ce merveilleux théorème :
Dans le régime des Séries, grâce aux courtes séances, grâce à l'engrenage général des Groupes par migrations et dispersion de leurs membres dans la
masse, les Phalanges qui auront organisé les Rivalités les plus vives et les plus nombreuses^ seront, toutes choses égales d'ailleurs, non seulement les plus fécondes en attrait industriel, les plus ardentes à tous travaux, mais encore celles où Von verra éclater les plus vives sympathies^ les plus fortes affections , ow les sentiments généreux seront le j}lus énergiquement développés; le dévouement à la masse, le plus complet; l'ordre, le plus parfait:
Autrement dit:
Da?is le milieu harmonien, les natures individuelles concourent d'autant plus énergiquement à la multiplication et d V accroissement des forces sociales et des liens sociaux, à l'Accord général et supérieur, à l'ordre, à l'Unité collective, qu'elles sont plus riches en Discords et en facultés d' antagonisme I
Toute la nature est une immense mécanique de sympathies et antipathies, très-méthodiquemen' réglée, — et très-pénétrable au génie. Cii. I'ouriek.
La musique^ c'est l'association par excellence. G. Sanb.
Voila donc changées en éléments de prospérité, de bon ordre, d'harmonie sociale, ces natures cabalistiques, ces caractères à facultés antagonistes, qui font de si beaux dégâts au sein du système actuel, soit qu'ils jouent dans le ménage et la vie privée, soit qu'ils jouent
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dans Je gouvernement et la vie publique! Et, en vérité, le souverain Ordonnateur les aurait-ils créées, ces actives et puissantes facultés, s'il ne leur eût été donné de ne produire que les désordres et les fatales haines? — Une harpe qui n'aurait que les cordes ut, mi, sol, notes toutes à la consonnance, et qui manquerait ainsi des dissonances de la harpe à douze sons de gamme, serait-elle aussi riche, aussi capable d'harmonie que cette dernière ? Non, non sans doute. Ne nous plaignons donc pas des richesses de notre nature, et avisons à les employer à notre bonheur.
Ah ! vous craigniez que les Groupes d'une Phalange n'en vinssent aux mains ? — Mais vous n'aviez donc pas réfléchi encore que, dans ce Groupe qui fait à cette heure du jour Rivalité avec celui oîi vous êtes, se trouvent vos amis, votre frère, votre père, votre enfant, votre femme ou votre maîtresse.... des êtres enfin avec cpii vous avez contracté mille liens passionnés, mille affections corporatives, échangé mille bonheurs ?
Et puis encore vous n'aviez pas réfléchi que ces Groupes, qui rivalisent si ardemment entre eux, sont affiliés à la même Série. Ce sont des compagnies du même régiment. Elles ont un drapeau commun. Ces rivales sont sœurs et bonnes sœurs.
Et toutes ces Séries, et tous ces Groupes, ne sont-ilâ pas associés dans la Phalange ? tous ne sont-ils pas du même corps d'armée? S'ils sont travaillés par d'ardentes émulations, s'ils ont intérêt d'amour-propre et d'hon-
neur à se surpasser les uns les autres, ne sont-ils pas reliés et absorbés tous dans l'intérêt général, dans l'intérêt de la Phalange, qui est l'intérêt personnel et direct de tous, — à ne parler qu'intérêt?
Trois Groupes contigus dans l'échelle de la Série travaillent, perfectionnent, raffinent à l'envi : mais il ne convient nullement à chacun des trois que les deux autres manœuvrent mal et périclitent ; car cela compromettrait l'aile de Série dans la coalition de laquelle ils sont unis contre une autre aile ; cela compromettrait la Série elle-même, dont ils ont tous l'honneur à défendre; cela mettrait même immédiatement en danger le Groupe vainqueur, privé de son mécanisme de Rivalités par défaut ou mauvaises manœuvres des voisins dans le clavier de la Série. — Il est de l'intérêt de chaque note d'être juste, pleine, sonore et bien vibrante; mais il n'est pas de son intérêt que la note voisine soit fausse, étouffée ou criarde. Supposez que Petzold put facturer un piano dont les touches fussent intelligentes : croyez- vous que la touche ré, qui discorde avec les touches ut dièze et ré dièze, ses voisines, désirerait que Vut dièze et le ré dièze se brisassent? Non, non, non; car elle serait la première à y perdre.
Il en est de même des Groupes dans la Série, et des Séries dans la Phalange. Pour fiers rivaux et ardents émules en sciences, en arts, en toute industrie, que soient les Séries et les Groupes, tous sont intéressés au succès les uns des autres. Plus brillants et prospères seront les résultats fournis par chacun des Groupes, plus II 26
la richesse générale augmentera, plus abondante sera la moisson commune, et plus forte, par conséquent, la récolte individuelle de chacun. — Ici donc on ne rivalise que pour bien faire, pour mieux faire, pour parfaire. Est-ce que tous les intérêts individuels convergents au grand foyer sociétaire, toutes les affections individuelles concourant au lien unitaire, n'entraînent pas toutes choses à l'harmonie? Est-ce que, en pareil milieu, le ton ne proscrit pas comme incongruité honnie et déshonorante, l'ombre même d'une querelle? — D'aigres disputes, des rixes dans un pareil milieu, quand tous les intérêts humains font voile de conserve! Allons, vous n'y pensez pas; vous transportez en Harmonie de tristes fruits de Civilisation ; vous attribuez au beau figuier les rudes et déchirantes épines des ronces. Oh ! en Civilisation, à la bonne heure, parlez-moi d'aigres disputes, de rixes et de guerres... C'est leur terrain! L'opposition radicale, directe, tranchée, des intérêts et des passions, y développe une férocité d'égoïsme à laquelle l'avenir croira plus difficilement sans doute que les Civilisés ne peuvent croire à l'Accord unitaire, au concert affectueux de l'avenir. Cela est forcé. Ayez, au lieu d'intérêts opposés, des intérêts convergents; au lieu du Morcellement, l'Association ; au lieu de l'anarchie civilisée, l'organisation sériaire, et vous verrez bientôt que l'homme n'est pas né pour haïr son frère.
Eh bien! pourtant, ils ont préféré décréter que l'homme est essentiellement hostile à l'homme, que la guerre est d'essence humaine ; ils ont mieux aimé faire un dogme de cette brutale et stupide impiété et mettre
ainsi le mal sur le compte de la nature de l'homme et de la volonté du Créateur, que de suspecter leur milieu social ! — Que le vulgaire des hommes, par habitude du ma! et par effet de désespoir, accepte cette idée, ù la bonne heure : mais qu'en 1827 ou 28, un sophiste (I), prétendant au rôle de soleil intellectuel de l'humanité, et parlant Dieu, âme, harmonie universelle, s'en vienne étayer ce dogme monstrueux d'une ambitieuse théorie; qu'il jouisse d'un succès de vogue en produisant une sorte de science suprême qui apprend que la guerre est un fait fondamental, inhérent à la condition de l'humanité, nécessairement co-existaut avec elle... ceci passe toute permission à laquelle ait droit un philosophe d'être absurde. Le vulgaire dit simplement : a Je crois qu'il y aura toujours des guerres parce qu'il y en a toujours eu jusqu'ici. » Le philosophe, lui, établit une théorie transcendentale pour prouver que cela doit être ainsi, et qu'il est philosophique qu'il en soit ainsi. — Avouons que les philosophes sont bien utiles à l'humanité qui les admire, et à l'État qui les paie!
En résumé, j'ai démontré mon théorème, savoir :
Qu'au sein d'une Phalange, il y a Accord général des Groupes et des Séries qui la composent, et que les Rivalités qui poussent énergiqiiement au travail et au raffinement en toutes fonctions, loin d'entraîner de fâcheux effets de désordre concourent au conlraire à créer les affections corporatives et resserrent le lien social en proportion de leur degré d'intensité ;
{!) M. Cousin, un philosophe très-fort, demandez à M. Thiers.
4° Parce que les corporations rivales sont toujours ralliées enire elles dans des lignes corporatives d'ordre supérieur, les Groupes dans la Série d'espèce, les Séries d'espèce dans la Série de genre, et ainsi de suite dans la Phalange : les ralliements étant d'ailleurs d'autant plus énergiques que les Rivalités sont mieux nouées ;
2° Parce que les corporations rivales se composent do membres mobiles, engagés les uns les autres dans une foule d'Alliances et d'Accords de toutes sortes , d'autant plus puissants que les Rivalités, et par suite les esprits de corps, sont plus vigoureux ;
3° Parce qu'il est de l'intérêt immédiat de chaque corporation que son mécanisme de Rivalités internes et externes soit solidement établi ;
4° Parce que tous les membres de toutes les corporations do la Phalange étant co-associés, copartageants; la prospérité, la richesse et la gloire de la Phalange étant, pour chacun d'eux, un intérêt personnel et direct, chaque individu et chaque corporation désirent nécessairement le succès de toutes les opérations ;
5° Enfin, parce que la convergence générale des intérêts et des affections établit nécessairement un Ton qui entraîne tout élément d'activité au grand foyer d'Harmonie, et prévient jusqu'à l'idée même, inconnue dans les mœurs des populations phalanstériennes, de la querelle, de la rixe et de la guerre.
Sans entrer dans de plus grands détails, sans accumuler des preuves superflues sur la question de l'équi-
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libre des rivalités corporatives et du Ralliement des Groupes et des Séries antagonistes, nous ferons remarquer que ce Ralliement puise sa force dans deux faits fondamentaux :
1" L'association ou la combinaison convergente, qui réunit à un même centre supérieur tous les intérêts intimement liés et tous les amours-propres corporisés ;
2" L'engrenage et la mobilité des Groupes et des Séries, qui disperse chaque individualité dans une foule de corporations différentes, et rattache par mille liens, les uns aux autres et à l'ensemble, les membres des corporations rivales.
A côté du jeu des Rivalités sociétaires, étudiez le jeu des Concurrences civilisées. Voyez, dans le milieu actuel, deux maisons en concurrence. Chacune tend à ruiner, écraser, anéantir l'autre. Menées, intrigues, dépréciation, manœuvres de toute espèce, avilissement du prix des produits, elles font tout pour réussir. Les Économistes imbécilles trouvent cela magnifique. Rien ne leur paraît plus admirable qu'un mécanisme industriel qui consomme chaque jour de monstrueux écrasements, entasse ruines sur ruines et où l'on voit à tout instant mille entreprises enfoncées et détruites par l'avènement d'une entreprise du même genre établie sur des capitaux et avec des moyens supérieurs. Comme ces désastres particuliers, comme ces forces usées, perdues, brisées, concourent puissamment à la prospérité de l'ensemble! Et puis, n'est-ce pas, comme en pareils coupe-
gorges, les hommes doivent être bien disposés à s'entr'aimer! Quelle base bien calculée pour asseoir les affections générales et les sentiments sociaux !
Le Morcellement qui, opposant ainsi directement les intérêts et concentrant la Rivalité industrielle sur les individus, met forcément entre eux la haine, a le tort, en outre, de ne créer aucune Rivalité émulative entre les travailleurs. — Yoici deux chefs de fabrique qui se haïssent à mort par effet de concurrence : les ouvriers des deux fabriques prennent-ils fait et cause, rivalisentils d'ardeur au travail pour faire triompher les produits de la fabrique où ils sont salariés? épousent-ils la querelle, eux qui n'épousent pas les bénéfices? — Pas le moins du monde. Ils se soucient et s'inquiètent peu du maître qui les paie au jour le jour. Chacun fait sa journée en travaillant le moins possible. Ils vont bien prendre à cœur la prospérité du maître qui les tond ! Le plus souvent ils le haïssent, — et, c'est fâcheux à dire, quelquefois ils n'ont pas tort.
Dans les Séries, au contraire, toute l'énergie de la Rivalité est pour chacun une cause d'ardentes émulations corporatives, de surexcitation industrielle, et nullement de désaffection. Développée entre des Groupes, la Rivalité n'a rien d'hostile pour les individus qu'elle unit, au contraire, par de ])iiissants et nombreux liens.
Les Rivalités corporatives des Groupes et des Séries sont donc des Rivalités de bon aloi, entraînant au perfectionnement de toutes choses, au bien général, ar-
mées de critiques gaies, lacéticuses, piquantes, variant de couleur suivant la nature des réunions, et susceptibles de tous les tons, depuis la galanterie chevaleresque des unes, jusqu'aux bouffonneries et aux franches charges des autres.
L'état sociétaire, en donnant à une passion le plus vaste développement, l'essor eu tout degré de gamme, est assuré d'en voir naître des gages de concorde générale, et des ralliements entre les classes les plus opposées. Ch. Foumee.
Que si vous avez étudié et bien compris ce qui précède, vous êtes à même de résoudre toute difficulté relative au jeu des Rivalités corporatives et des Ambitions individuelles dans le mécanisme industriel de la Phalange.
Si l'on vous objectait la possibilité de la discorde dans le sein du Groupe entre candidats concurrents, vous exposeriez comment, en tout cas, le Groupe en ferait promptement justice; combien un ressentiment personnel, en présence de la masse des juges naturels du mérite des candidats, serait ridicule d'abord, et ensuite étrange chez des êtres habitués à se mouvoir dans un régime de parfaite justice distributive, où eux-mêmes sont appelés et habitués à rendre cette justice aux autres ; que pareils sentiments seraient du plus mauvais ton, dans des Groupes composés de gens qui se conviennent, qui se sont acceptés et choisis, qui sont unis
entre eux par l'esprit de corps, par de vives passions, par les affections diverses dont le cœur humain est susceptible : vous montreriez enfin que tous les individus sont sociétaires d'intérêt et de cœur, et, surtout, vous développeriez le grand principe des Ralliements, la multiplicité des chances, la surabondance des essors. — Arrêtonsnous y un instant.
Le grand principe des équilibres en toute passion, c'est, en effet, d'ouvrir une surabondance d'essors à chacune. — La politesse, la gaîté, l'affection, viennent aux convives , et le sourire du bon vouloir court sur leurs lèvres, quand ils sont assis à une table somptueuse, et assurés d'un service aussi brillant pour le lendemain. — Les mêmes hommes se prennent en haine, si tous les jours ils ont à se disputer une chétive et insuffisante nourriture. Yous aurez beau prêcher des affamés et leur dire : « Modérez votre appétit. La faim, la soif, sont vos plus dangereux ennemis. Défiez-vous des convoitises de la nature, des faiblesses de la chair, de nature qui vous excite à manger les bons morceaux ; » la faim, la soif et les faiblesses de la nature seront plus fortes que vous. Et quand la morale crie aux Civilisés, qui sont des affamés au propre et au figuré : « Modérez votre An:bition. L'amour des richesses et des grandeurs est votre plus dangereux ennemi. Défiez-vous de la nature qui vous excite à solliciter les bonnes places, » l'Ambition, l'amour des richesses et la nature sont, encore ici, plus forts que la morale. — Par Dieu! vous en avez depuis assez longtemps de belles preuves.
ÉQUILIBRES SOCIACX. iOO
Tant que vous restez dans le dénuement social, vous avez beau faire tomber averse des prédications de vertu, pousser sur les hautes et basses terres des marées de morale ; \i0S flots purificateurs ne roulent toujours que haines, conflits, guerres, lâchetés, trahisons, turpitudes de toute espèce, comme les profondes vagues du déluge ancien ne roulaient que des cadavres et des charognes.
11 vaut donc beaucoup mieux, pour établir l'Harmonie sociale, organiser un régime capable d'ouvrir à toute passion légitime, c'est-à-dire inoflensive dans son principe, une surabondance d'essors, que de continuer à prêcher l'abstinence, à moraliser, punir et damner les hommes qui, hors d'un pareil régime, seront toujours j)oussi;s au mal par la faim aussi bien que par l'Ambition, par l'Ambition aussi bien que parla ftiim.
Or, voyez que d'essors ouverts à tous et à chacun dans le régime sériaire. Sur tout objet de science, d'art, sur toute branche d'industrie et d'activité humaines, vous formez des Séries et des Groupes. Le Groupe, à lui seul, fournit autant de hiérarchies qu'il contient de sous-fonctions. — Celui-ci estchef de comptabilité; celuilà dirige les manœuvres de parade ; tel a la plus grande influence comme théoricien; tels autres se partagent le commandement des divers détails du travail, etc. Certes, il y a place pour tous les talents et toutes les prétentions. Ceux qui se sont trouvés dans des réunions où cette répartition des influences s'était accidentellement établie, y ont pu reconnaître que chacun, gouvernant dans les parties où il excelle, reçoit bienveillarameut l'impulsion
dans les parties où il a moins de valeur et peu de prétentions. On se flatte volontiers que l'objet où l'on réussit est le plus important, le plus glorieux... Tant mieux! l'araour-propre est satisfait^ désarmé, caressé même. C'est un échange de services, de bons procédés, de louanges flatteuses. On s'encourage, on s'excite, on s'exalte, on s'entraîne dans un concert d'afi"ection. Il n'y pas là de place pour la haine. — Qu'on ne vienne pas, pour l'amour de Dieu ! faire objection ici à une vérité générale, par quelques misérables exceptions observées en milieu civilisé, c'est-à-dire dans un milieu faux et sur des hommes faussés
Et puis, qu'est-ce que ces essors et ces voies de Ralliement offerts par le Groupe, à côté de ceux que vous présentent l'ensemble des Séries,— même sans sortir encore de la Phalange, sans parler de la nation et du Globe? Voyez l'effet du mécanisme de l'engrenage général des Séries : Ici, vous êtes mon supérieur, mon professeur, vous m'aidez, vous m'instruisez, vous me formez; je vous dois mes progrès dans des travaux que j'aime... Et tout à l'heure, dans une autre Série, où mon ancienne expérience m'a conquis de hauts grades et où vous ne faites que débuter peut-être, je vais vous rendre vos bonnes leçons avec zèle, reconnaissance et joie. Et ce sera toujours entre nous échange de gratitude, de soins, d'affection et de dévouement. Il y a plaisir à obéir et à applaudir, quand on y trouve garantie d'être soi-même à son tour obéi et applaudi. Ces heureuses et bienfaisantes combinaisons, dues aux INÉGALITÉS naturel-
LES ET SOCIALES, sc rencontrciit mille et mille fois pour vous et pour moi, pour nous et pour tous.
Tout le secret de l'Harmonie est là, voyez-vous. Plus vous aurez (I'inégalités de fortunes, d'âges, de talents, de goûts, de caractères, voire de naissance ; plus vous aurez établi de divisions et de subdivisions dans la masse ; plus vous aurez nuancé de hiérarchies et combiné d'inégalités graduées en Séries ; plus les notes de vos gammes seront nombreuses, et variés les timbres et les instruments de votre orchestre, plus brillantes seront alors les modulations, plus mélodieux et puissants les Accords, et ravissants les concerts ! Je le répète, la graduation, l'engrenage et le libre jeu des Inégalités, voilà, avec l'Attraction pour force motrice, tout le secret de l'Harmonie sociale.
Ainsi la route est spacieuse, la carrière est large, les ambitions peuvent courir sans se coudoyer. Allez î allez! ily a plus de fonctions que vous n'en pourrez remplir, plus d'honneurs que vous n'en pourriez porter, plus d'espace que vous n'en sauriez dévorer! Il y a trois millions de Phalanges ; et, de chacune d'elles, partent des milliers de voies de fortune et de gloire, formant un réseau croisé sur le monde, réunissant leurs innombrables fils d'or et de soie au grand foyer de l'Unité-sphérique. Courage donc , ne restez pas en route et courts d'haleine !... Accomplissez les tâches, faites vos preuves, gagnez toujours des palmes nouvelles. Cueillez et récoltez ! En avant, en avant, les épis ne feront pas faute auxmoissouneuis...
Vous voyez qu'il y a des distinctions sans nombre, des honneurs infinis, et que ces honneurs prodigués restent honorables, malgré leur multiplicité ; car ils représentent fidèlement les droits et les mérites ; car les rangs sont régulièrement hiérarchisés; car les décorations et les titres ont des significations claires, réelles, ce ne sont plus de ridicules mystifications, comme il en est tant aujourd'hui. Chaque distinction spéciale caractérise quelque chose qui a valeur sociale. Les rangs, les titres, les décorations ne sont plus, je vous le dis, fictions et vains noms : ce sont des étiquettes qui ne trompent pas, des signes vrais.
Or, vous comprenez qu'alors , loin de modérer les Ambitions, on les active, qu'on les agace, qu'on les fouette. Plus il y aura d'Ambitions enjeu, plus il y aura de forces déployées et employées. Voyez seulement à l'armée si déjà on ne trouve pas avantage à stimuler les hommes par l'appât des avancements.... Et puis, aux Phalanges , les ligues ambitieuses sont des moyens d'Accord et de Ralliement. Les inégalités et les contrastes font circuler les afiéctions, échangent les bons offices, cimentent les dévouements passionnés des uns aux autres, de tous à la masse.
§ IV
Ils (lisent que le iiia'.heiir est la desliiiéo du genre humain, que la vie cs( un lemjis «l'c'preuves, d'expiations.... puis, quand on Icurdeniande quel est doue ce grand crime qu'il faut que l'homme cxjiie, ils répondent que c'est mystère
Vos philosophes ne disent-ils [)as aussi que l'homme est le roi de la créalion? — C'est un roi détrôné: rendez-lui son Irùue et sesjialais, rendez-lui son'^énie et sa vertu en lui rendant .sus passions ! La passion, c'est le génie et la vertu, le mérite et la récompense. Cil. Daix.
Les passions sont l'élan de l'iiomme vers sa destinée. Madame de Staël.
La nature humaine est comme une pierre précieuse, taillée à mille facettes inégales, douées de mille polarisations différentes. Chaque individualité peut s'allier à toutes les individualités ambiantes, par un nombre plus ou moins grand de facettes et de pôles semblables ou concordants et sympathiques.
Les natures les plus riches, les plus élevées en titres passionnels et sociaux, sont évidemment celles qui possèdent la plus grande quantité de facettes et de pôles attractifs, qui peuvent former, en toute passion, les liens les plus nombreux et les plus puissants à la fois, celles enfin que Dieu a armées des affinités les plus variées, rendues aptes aux combinaisons affectives les plus fortes et les plus multipliées.
Ainsi, comme l'Oxygène, élément joan^og-ame (i), qui (1) 11 faudrait comprendre, sous ceUe désignation de corps panto-
se combine avec tous les corps de la nature, est, dans le monde matériel et dans la chimie organique, le roi des corps élémentaires; de même, dans le monde social ou passionnel, le caractère le plus hautement prédisposé à toute affinité, le plus fortement doué de toute passion, le caractère omnimode et pantogame, sera aussi le Roi des caractères. — Dans le milieu social providentiel, chaque nature contribue à l'Harmonie en proportion composée du nombre et de l'intensité de ses Attractions. Chacun y joue un rôle d'autant plus important, qu'il porte en lui de plus hauts désirs ; car les désirs sont des forces motrices qui passent toujours en acte. Les rangs occupés dans l'échelle des caractères, sont corrélatifs aux doses de passion. La plus forte intégrale passionnelle est au sommet. C'est ainsi que, dans tout système sidéral, le Soleil central, pivot de tourbillon, en est toujours la masse la plus attrayante; car l'Attraction mène le monde et en gouverne toutes les Harmonies.
Les natures les plus antipathiques ont toujours ellesmêmes quelques points par où elles se touchent. Ellesont toujours des notes consonnantes, et peuvent s'unir dans quelques accords particuliers, indépendamment de la fusion de toutes leurs modulations partielles dans la grande symphonie unitaire de l'ensemble.
Nous pourrions insister ici sur ce que le concert des INÉGALITÉS GRADUÉES est la condition et la base,
game, l'oxygène , l'hydrogène et l'azote, la substance gazeuse sous sa triple modalité, majeure, mineure et neutre.
non- seulement de l'Harmonie sociale, mais encore de la .Tusticc sociale. Nous pourrions même élever cet admirahlc tiioorèmc aux régions supérieures, et le montrer, dans tout son éclat, gouvernant les hautes Harmonies du monde, les Harmonies souveraines et la Justice éternelle. Mais ces dernières considérations surtout sortiraient du cadre imposé à ces deux volumes : elles rentrent dans celui d'un autre ouvrage où elles trouveront place. Remarquons seulement ici que si les théories A' Égalité^ froissant toutes les conditions naturelles, et parlaitemeut contraires à l'Ordre des choses, sont à l'une des extrémités des absurdités et des injustices, à l'autre extrémité de la même échelle, se placent les faits de Féodalité : Féodalité de la naissance. Féodalité du capital. Féodalité de la capacité, Féodalité religieuse ou Théocratie, etc. Ces formes, attachant tous les avantages sociaux à une seule puissance, les ordonnant par rapport à une seule faculté, les distribuant sur une hiérarchie unique et souvent fermée, laissent comme des Parias les masses pressées au bas de cette échelle unique, sans compensations à leur infériorité, tandis que rien n'équilibre la supériorité de ceux qui trônent en haut. Ces formes sont celles du pouvoir social dans les Périodes subversives : Aristocratisme, despotisme, régime des castes dans toutes leurs variétés, oppression et domination sous tous leurs aspects !
Toute notre histoire est là, celle que les institutions religieuses de l'antiquité et du moyen-âge ont faite, celle que les institutions de la féodalité militaire ont faite, celle que l'argent nous fait aujourd'hui, et môme celle que
les Saint-Simoniens nous voulaient faire. Il est malheureux que les esprits qui se révoltent contre ces diverses formules du despotisme, n'aient su leur opposer longtemps par réaction que les théories absurdes du rnvellement égalitaire. II fallait s'élargir l'esprit et comprendre que la justice humaine n'est, ni la distribution à dose égale de chaque avantage social à chaque individu, ni la concentration de tous les avantages dans certaines fractions, au détriment du reste , mais ceci : La distribution proportionnelle et compensative de ces avantages répandus sur tous, dans une infinité DE HIÉRARCHIES DIFFÉRENTES, 671 doses naturellement et socialement inégales, corrélatives pour chacun, danschaque hiérarchie, à ses titres spéciaux dans cette hiérarchie. — Voilà la Justice ; voilà ce qui est bon à tous et pour tous; voilà ce qui est dans les convenances de la nature, de la raison, de la société; voilà ce qui peut établir l'Harmonie en multipliant pour chacun les satisfactions, les joies variées et les essors ; en puisant à pleines mains, pour tous, à la source infinie des bonheurs surabondants que la puissance amoureuse et paternelle de Dieu, ouvre à grands flots au sein de la Nature et de l'éternelle Harmonie des choses !
Il y a d'inépuisables trésors, et voilà qu'au lieu de les exploiter de bon accord, comme de\Taient faire des frères, vous vous entre-déchirez pour des misères ! Il y a de quoi donner surabondamment à tous, et vous disputez pour savoir ce que ceux-ci ou ceux-là n'auront pas ! préparons donc plutôt les tables du festin : l'espace est grand , et chacun est convié!...
Voilà, faites un monde où toute capacité utilisée soit rémunérée dignement sans prendre sur l'iiéritage de ceux qui sont nés bourgeois ou roturiers dans l'ordre des capacités ; où toute famille qui porte un nom rendu glorieux par des actes passés, puisse étaler ce nom avec orgueil, et s'en faire, comme d'un joyau précieux, une noble parure, sans prendre sur la gloire des actes présents, sans étouffer l'essor des gloires à venir; où ceux que la fortune a favorisés puissent doubler leur fortune en l'engageant dans l'œuwe sociale au service de l'bumanité et accroître par ce concours la source des richesses où tous viennent s'abreuver... Ayez des faveui's pour la beauté du corps, des autels pour la beauté de l'àme, des récompenses pour tous les mérites, des couronnes pour toutes les gloires ! ayez des récompenses, des couronnes et des autels pour toute force, pour toute passion, pour toute puissance, et faites ainsi converger par attrait, toute faculté sur l'œuvre du bonheur de tous !!
Ne voyez- vous pas qu'eu proscrivant la Noblesse du nom, vous perdez une force pour l'œuvre humanitaire, et que vous la lui rendez hostile ? que vous perdez une force et la rendez hostile en comprimant l'essor des Ca-« pacités? que vous perdez une force et la rendez hostile ({uand vous voulez ruiner le Capital au proiit du Travail? que vous perdez une force et la rendez hostile quand vous voulez maintenir l'oppression et l'exploitation du Travail au profit du Capital? que vous perdez une force et la rendez hostile en prêchant le dédain de la Matière et le mépris de la Beauté ? qu'en luttant contre la Raison au profit de la Foi, vous perdez une force et la rendez Il 27
448 HARMONIE. LIV. lî. CH. III.
hostile? qu'en détruisant le Sentiment religieux pour détruire des dogmes absurdes, vous perdez une force et la rendez hostile?
Vous mettez aux prises la Capacité contre la Naissance, la Fortune contre la Naissance et la Capacité ; le Capital contre le Travail, et le Travail contre le Capital; laMatière contre l'Esprit, et l'Esprit contre la Matière ; le Sentiment religieux contre la Raison, et la Raison contre le Sentiment religieux; la force contre la force, l'intérêt contre l'intérêt, la passion contre la passion! Et c'estquand vous avez armé ainsi toutes les Puissances naturelles et sociales les unes contre les autres, quand vous avez engagé le combat^ et que vous sonnez la charge, et que vous poussez les houras de guerre, c'est alors que vous dites : « L'homme est un être dégradé, dont la natiu-e n'est que » vice et corruption ; Dieu a mis l'homme sur une terre » maudite, dévouée à toute division, à toute douleur et » à toute misère ! » — Lui, Dieu ! hélas ! hommes de philosophie et de religion, c'est vous cpii le faites stupide et infâme ainsi. Dieu est-il donc un vautour qui se repaisse de chair humaine, et se réjouisse à l'odeur des cadavres, îjue vous le dites décréteur de la division et de la guerre ici-bas! Et votre terre, fatalement vouée aux guerres, à vous entendre, pousse-t-il donc au printemps des baïonnettes et des épées de son sein?
Dieu a mis le désir du bonheur en nos âmes. Il a mis sur notre terre les fleurs que nous aimons, et les épis qui nous nourrissent. Notre terre centuple l'épi que
nous y semons. Elle pousse encore la moisson quand nous l'abreuvons du sang de nos frères...
Grand Dieu, bon et puissant! rends puissante la voix de ceux qui ont compris ta Loi et qui annoncent ton Règne à leurs frères ! Ouvre les intelligences fermées, fais éclore en leur sein l'amour!... Et toi, belle Terre que nous avons si longtemps ravagée, beau Paradis dévasté (jui pleures tes premiers jours, toi dont l'âme est co-substanlielle au feu et à la lumière [\), prépare tes fleurs, tes grappes et tes épis, tes riches parures, tes voix et tes grandes Harmonies, car le terme des longs deuils approche, et voici bientôt le jour prédit de la réhabilitation, le beau jour de la fête et des renais-
sances
Terminons ce chapitre consacré aux Équilibres majeurs (2), et, pour rentrer dans la spécialité de la science
(l) finie animœ teirenœ... quam luci et igni cognalam dixi.
Keppler.
p (2) On appelle Equilibres majeurs, ceux qui sont tirés du jeu des deux passions d'ordre majeur, Amitié et Ambition, et qui président surtout h l'ordonnance et à la hiérarcliie des intérêts industriels. Les Equilibres mineurs sont ceux que fournissent les doux Alfectives miiieures, Amour et Famille. Ces derniers équiliLres ne pou\ant être établis d'emijlée au début de rilr.rmonie, parce qu'ils reposent sur des mœurs loyales et autres dispositions inconnues aux Civilisés, dispositions qui ne viendront que comme conséquences de l'organisation régulière et sériaire des alîaires de Mode majeur, nous nous abstiendrons d'en parler ici. Du reste, les principes généraux de ces Équilibres sont les mêmes que ceux qui concernent le majeur. Nous en renvoyons l'étude à l'ouvrage où nous traiterons les questions de Hauic-Harmonie. Elle aura li sa plate naturelle, et s'y développera à l'aise.
de ces Équilibres, condensons, dans la formule de ce glorieux théorème que nous avons pris pour épigraphe, et qu'il faudrait graver en lettres d'or, la douille et merveilleuse propriété du Régime sériaire, sur laquelle nous avons eu principalement à insister ; savoir :
Absorption des rivalités et antipathies collectives
DE CHAQUE masse, PAR ACCORD INDIVIDUEL DES
sectaires dans divers groupes et corporations ;
Absorption des rivalités et antipathies individuelles
DE chacun, par ralliement EN DIVERS GROUPES ET
corporations, ou les GOUTS COÏNCIDERONT
AVEC CEUX DE l' ANTIPATHIQUE , ET
SUBSTITUERONT PLUSIEURS AFFECTIONS