ÉDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE
yeux de la population à laquelle vous avez à faire , un titre de honte, mais de gloire. Quoi que vous fassiez, voyez-vous, ces enfans sont vos supérieurs; leurs jugemens redressent les vôtres. Ceux que vous accablez de punitions et d'insultes, eux, ils les portent en triomphe. Ceux que vous désignez à leurs parens comme sujets indiscipiinables, caractères monstrueux, enfans qui finiront malj ceux-là sont aimés et priment
n Peu punissant avant qu'elle le soit. Arrivez-y sur le poinct de ■)■) leur ofilce, vous n'oyez que cris, et d'enfans suppliciez, et de T) maislres enyvrez de leur cholère. Quelle manière, pour esveiller 11 l'appe'lit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, 11 de les y guider d'une Iroigne effroyable, les mains arme'es de ■n fouets? inique et pernicieuse forme! loint ce que Quinlilien eu n a tresbien remarqué, que ceste impérieuse aulhoritc', tire des •n suiltes périlleuses : et nommément à nostre façon de chasliment. 11 Combien leurs classes seroient plus décemment ioncliées de fleurs M et de feùillées, que de tronçons d'osiers sanglants ? i'y feroy Il pour traire la ioye, l'allégresse, et Flora, et les Grâces ; comme n fit en son eschole le philosophe Speusippus. Où est leur profit, ■)■) que là fust aussi leur esbat. On doit ensucrer les viandes salubres n à l'enfant, et enfieller celles qui sont nuisibles. C'est merveille T) combien Platon se monstre soigneux en ses loix de la gayeté et •)•) passe-temps de la ieunesse de sa cité : et combien il s'arreste à •>i leurs courses, ieux, chansons, saults et danses : desquelles il 11 dit, que l'antiquité a donné la conduite et le patronnage aux Dieux 11 mesmes, Apollon, aux Muses et Minerve. Il s'estend à mille n préceptes pour ses gymnases. Pour les sciences lettrées, il s'y 11 amuse fort peu : et semble ne recommander particulièrement la 11 poésie que pour la musique. ii
Lassais de Montaigne ^ liv. i*^'., ch. .xxv-
parmi leurs camarades. Mères, qui vous désolez sur les mutineries de vos enfans , sur leur indocilité , leur obstination à ne rien faire et à narguer leurs geôliers, allez demander l'opinion des camarades : ils vous apprendront que vos fils sont intelligens, adroits, courageux, forts contre la douleur, et bons camarades; qu'ils se battent contre les forts pour défendre les faibles, qu'ils se font redresseurs de torts et d'injustices , qu'ils sont rois aux jeux comme aux mutineries et aux révoltes; qu'ils sont fidèles, entreprenans, aimés. Or, sachez que la nature n'a pas donné aux caractères inférieurs puissance d'exercer ainsi charme et ascendant sur les autres, et qu'il n'y a de déplorable que cette fatale éducation civilisée qui heurte sans intelligence, méconnaît et fausse brutalement les vives et nobles facultés, méchante éducation aveugle, qui enfouit dans son fumier les belles perles et les beaux diamans.
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llélas! Its meilleuis amis des cnCans sont parfois comme rhjdrogéne , dont la namme éteint tout
autre feu leur maxime , rigoureusement
suivie, produirait des êtres mous et dociles i l'excès; la sève liumaine s'éteindrait sous l'enveloppe morbide ; réduit aux fonctions d'une terre labourable , l'enfant serait à jamais privé du
soufile divin La ooulume des Lacédémo-
iiiens , de î'aire mourir les enfans difformes , n'était guère plus barbare que celle qui consiste à rendre ks esprits cacochymes.
Jeis PiCL.
Certes , nous le rendons scrvîlc et couard , pour ne luy laisser la liberté de rien faire de soy.
MONTAIGSE.
Mais, ce qui est triste , profondément triste pour quiconque porte en son cœur le haut et religieux sentiment de la sainteté de la nature humaine, ce sont les victoires de l'éducation civilisée, plus encore que^'ses luttes cruelles; c'est lorsque, sous le fardeau croissant des punitions et des moralisations accumulées, la nature de l'enfant faiblit et plie , que le caractère cède, que l'âme demeure paralysée et perdue, qu'il y a prostration de toutes forces natives.... Quand ils ont atteint ce résultat, quand ils ont usé toutes les arêtes, détendu tous les ressorts, et façonné à leur discipline une nature ainsi débilitée et avachie, un enfant châtré — quand ils ont éteint le feu qui s'échappait des yeux, et plie
58o HARMONIE. LIV. III. Cil. I.
sur un Rudiment de Lhomond une tête hébétée qui naguère se dressait lière et fougueuse ; quand ils ont fait au physique et au moral de vrais énervés de Jumiège, alors ils s'applaudissent, ils triomphent, ils écrivent aux parens qu'ils sont enfin parvenus à vaincre le mauvais naturel de leurs fils, que c'est fini, qu'il est dompté — C'est un jour de fête dans la famille. Quelle bonne nouvelle, en ejffet? c'est fini, notre fils est dompté î — Oui, c'est fini, oui, ils ont bien dit, il est dompté votre fils; oui, l'homme est tué chez votre enfant, c'est fini. Réjouissez-vous; il menaçait d'être un homme, on vous en a fait un épicier : ce sera un garde national zélé , bon père, bon époux, bon citoyen, faisant bien son commerce, sot comme père et mère, et qui, un jour, bien enveloppé et serré dans son étroit égoisme , bien dorloté dans son ménage , bien mijoté par sa femme qui le mènera, bien stupide, se réjouira aussi quand on lui ramènera du collège , bien domptés , les enfans de sa femme, qu'il appellera ses chers enfans, car il aura toutes les grâces de l'état.
0 nature humaine, belle et brillante nature humaine ! Noble face humaine, rayonnante, faite à l'image de Dieu, que Dieu avait créée haute et droite , et tournée vers le soleil : belle nature hu-
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inaine, qu'a-l-on fait de loi., qu'a-t-on fait de toi 1 — Comme on t'a courbée sur la terre ! comme on t'a faite semblable aux animaux qui broutent , et comment voir dans ces troupeaux de Civilisés, le type humain des premiers jours!... Oui, certes, il faut qu'il y ait dans la race de l'homme une bien puissante et divine virtualité , pour que ce type ne soit pas oblitéré dans la race , pour que la race ne soit pas descendue aux vies inférieures, qu'elle ne se soit pas abîmée dans les dégénérescences, pour que les enfans qui naissent aujourd'hui des hommes soient encore des enfans de race intelligente, ordonnatrice et royale — O société perverse ! ô perverse éducation, chargée de déformer l'homme pour le façonner à cette société ! !
Nos méthodes d'éducation sont en arrière sur notre Civilisation elle-même ; car on conçoit que, si l'éducation ne peut pas être , dans les circonstances actuelles, une éducation de développement ^intégral , au moins pourrait -on rendre l'étude moins répugnante , comme l'école mutuelle l'a prouvé d'une façon éclatante : on pourrait aussi changer la nature des études, et substituer au moins quelque chose d'utile à cette infâme routine universitaire , à cette science de mots, à ce fatras de faussetés et de sottises, à ces
choses sans nom : maislaCivilisation, bonne mère de tous les vices , et protégeant spécialement la routine, étoufferait long-temps encore nos enfans avec son latin, son grec, ses Dieux et ses Déesses, et toutes les belles choses de Sparte et de Rome, faussessanscontredit en majorité de neuf sur dix, ce qui importe peu , du reste. — Il faudrait mille ans pour substituer à ces sottises malfaisantes l'étude de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle, des mathématiques, des sciences positives enfin, des arts, des lettres, et. . . . de sa langue, que l'on ne sait aucunement en sortant de nos collèges ; — et ce ne serait pas encore là une bonne éducation.
J'ai donc signalé quelques vices de notre éducation publique; cela aurait-il paru à un partisan de Véducation particulière^ un argument en faveur de ce dernier système ?