‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 87 sur 91 · II · texte numérisé non relu

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678 HARMONIE. LIV. III. Cil. VIII.

»Uh En /ra«si?to«,j'ai placé une méthode vague, dite amorce locale et spéciale. Elle consiste à faire usage des bizarreries et écarts de règles qui peuvent exciter l'attention . Cette méthode irrégulière devient bonne , pourvu qu'elle réussisse à intéresser et stimuler. C'est à l'instituteur a savoir discerner les irrégularités convenables a chaque élève , les transitions opportunes qui réussiront a éveiller la curiosité.

» Par exemple, Nisus âgé de 14 ans n'a pas de goût pour l'étude de la géographie , mais il s'intéresse vivement à une guerre oîi se trouve son père , et dont chaque jour les gazettes apportent les détails. Il faut lui en faire suivre les opérations sur la carte , jour par jour, en pointant avec des épingles les positions d'armées. Ce sera un procédé de transition ou amorce locale et spéciale. Quand il connaîtra ce pays , quand il s'y sera intéressé, il faudra savoir l'exciter a l'étude de la sphère entière , étendre sa curiosité aux régions vicinales , et de proche en proche à toute la mappemonde.

» Laquelle des 7 méthodes faudra-t-il appliquer? Ce ne sera pas celle des civilisés, l'analyse directe, qui décompose progressivement de l'ensemble aux parties ; rien n'est moins engageant pour les élèves; on en rebute les 9/10 si on leur présente la sphère armillaire et ses cercles : on les rebute plus facilement encore par la synthèse inverse', qui enseigne les distributions capricieuses et ridicules faites par la politique.

» Peut-être on les amadouerait par un mélange des deux synthèses , de l'inverse ou division politique , avec la directe ou distribution des bassins ; genre d'enseignement inconnu aujourd'hui: et peut-être faudrait -il combiner avec cette étude par bassins, un aperçu de géologie, ou autres amorces locales et spéciales.

» Le but étant de créer un germe d'intérêt chez l'étudiant, et de développer ce germe par des moyens quelconques, toujours bons s'ils réussissent a passionner pour l'étude , on ne voit pas de quel motif peuvent s'appuyer les civilisés en proscrivant telle ou telle des 7 méthodes. Au dernier siècle, on blâma d'Alembert sur ce

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qu'il conseillait l'emploi de la synthèse inverso en cludc de l'histoire. On lui reprochait de vouloir détruire le charme de Vhistoire, et porter la sécheresse mathématique dans les méthodes d'enseignement.

» Etrange prévention ! aucune des 7 me'thodes ne porte la sécheresse. Elles sont toutes utiles, sauf application aux caractères faits pour les goûter; et le système d'enseignement ne sera pas intégral , si on ne les emploie pas toutes : il restera heaucoup de caractères qui ne voudront pas mordre a Ihamcçon , et qu'on accusera de nonchalance , d'imperitie , quand le tort sera tout entier du côte' des méthodes inconvenantes.

» Appliquons cette règle à Thistoii'e de France, la plus insipide peut-être qu'il y ait au monde : car jusqu'au règne de François \" . , on y rencontre à peine xm dixième des personnages ou des e'vënemeus qui puisse exciter quelque intérêt ; et par celte raison, il convient de la faire étudier selon l'avis de d'Alembert, en synthèse inverse remontant du présent au passe'. Jamais on ne réussira d'emblée à fixer l'attention sur Pharamond , Clodion , Mérovée et Childeric ; non plus que sur une galerie de monarques insignifians, comme

Louis-le-Bègue , Charles-le-Simple,

Louis-le-Gros , Charles-le-Gros,

. Louis -le-Hutin, Charles-le-Chauve,

Louis-le-Fainéant , Philippe-le-Long ,

et tant d'autres de même force , parmi lesquels deux ou trois exceptions , comme Charlemagne , attestent la fadeur générale du sujet.

n Pour intéresser un élève , il sera plus prudent de commencer par les derniers rois, et remonter jusqu'à François I". Ici, d'Alembert et sa méthode inverse auront gain de cause ; puis , pour amorcer a l'étude des règnes antérieurs , il [faudra recourir à d'autres voies, comme parallèles, éphémérides, contrastes. L'échelle inverse, ou marche rétrograde, n'auiait plus d'attrait au-delà de François V\

» Au sujet de ces méthodes, applicables a l'histoire de France ,

remanjiions le tort des Français, qui ont raille d'Âlembert pour avoir propose la plus convenable a l'histoire de leur pays. Tel qui ne s'intéressait ni "a Vhïiïp^e-le-Long ni à Vep'm- le- Bref , s'intéresse au roi existant , et par suite à son père , a son aïeul ; de proche en proche on l'amènera facilement à étudier le règne de Louis-le-Grand , qui , après avoir tant guerroyé et fatigué le monde , n'a su pousser sa frontière qu'à 24 heures de sa capitale; sans pouvoir atteindre seulement à ses limites naturelles, BiES- Bos; Meuse; versans de Ro'eR, Kill et Sarre; Vosges; Jura; Léman ; Alpes et Pyrénées (dont l'Espagne a gardé trois grandes vallées en versant français).

» L'intérêt que ce règne doit exciter sous d'autres rapports, se reportera sur les règnes également fameux par les guerres cl conquêtes inutiles, comme ceux de Chai'lemagne et Louis IX. La synthèse inverse est donc , quoi qu'on en dise , une méthode fort utile, et très-opportune en sujets arides, si elle est soutenue de parallèles composés.

» 11 est vrai que d'Alemljert en la proposant eut un tort ; il aurait du se signer d'Alemeertingham ou d'Alemberten- DORFF ; moyennant cette précaution , son avis aurait été déclaré un trait de lumière. Si l'on veut faire tomber dans l'oubli une idée heureuse , il suffit de la faire présenter en France par un Français.

» On verra au traité des caractères, que moitié d'entre eux étant d'ordre inverse, en majeur comme en mineur, cette moitié incline à préférer les méthodes inverses, comme celle que proposait d'Alembert. Ceux qui opinent exclusivement pour l'une ou l'autre , sont également dans l'erreur, toute voie étant la meilleure quand elle réussit à créer l'émulation , rendre l'étude attrayante et profitable.

» Si nous avions à prononcer sur les procédés contraires de deux pêcheurs, dont l'un attraperait les poissons par la tête et l'autre par la queue, chacun de nous dirait: je donne la préférence à celui qui apportera le plus de poisson ; pris de tête ou de queue, peu importe, pourvu qu'on le tienne ; et si tous deux en prennent

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une ample (juantile , laissez-les pécher cbacim à sa guise : on paralyserait l'un des deux, en l'astreignant a imiter le procédé de l'autre.

» La règle est la même en fait d'enseignement. Qu'on prenne la science en tête ou en queue , peu importe , pourvu que l'étudiant la saisisse. Or, il est certain qu'en histoire moderne , la science prise en queue, en synthèse inverse, intéressera mieux que si l'on débutait par l'origine des empires actuels , dont les premiers âges sont si insipides h la lecture , qu'il est impossil)le qu'un enfant y prenne le moindre intérêt.

» Pourquoi donc proscrire ni la synthèse inverse, ni aucune autre méthode? L'institution doit les varier selon les caractères des étudians , selon les doses d'intérêt que peut exciter diaijue sujet traité.

»> Ce serait maladresse d'employer une méthode uniciue pour enseigner les histoires ancienne et moderne : l'intérêt est vif d'un côté et nul de l'autre. L'enfant retient aisément les histoires anciennes , parsemées de merveilleux et de monstruosités. Au moyen de cet alliage , le crime est composé et noble chez les anciens ; il est trivial et simple chez les modernes , ou le merveilleux ne figure jamais.

» De-la vient qu'un lecteur, à moins d'intérêt spécial, ne parvient que difficilement à retenir quelques parcelles de l'Histoire de France primitive , et que loin d'être fondé à proscrire dans cette étude la synthèse inverse , il faut l'y introduire , étayée des trois méthodes 3, 6, 7 et autres, que l'Harmonie emploiera concurremment ; évitant le mode exclusif et simple qui se fixe au procédé d'un sophiste en crédit, le généralise dans les écoles , et le proscrit peu après , pour substituer au gré de quelqu'autre sophiste un mode également vicieux, par cela seul qu'il est exclusif.

« Cette manie exclusive du monde savant s'est malheureusement étendue des parties au tout. Sur l'ensemble des études sociales , ils ont exclu la moitié la plus intéressante , celle de l'avenir ou des destinées. Les regards de la science ne se portent

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que sur le passe' ; elle s'extasie devant quelque vieille pierre (juï date du déluge , devant quelques antiquailles inutiles , comme le zodiaque de Denderah , d'où on ne tirera pas la moindre connaissance utile au bonheur des sociétés.

» Absorbée dans ses explorations rétrogrades, elle néglige toute recherche ullrograde : on a même frappé de ridicule cette étude, qui, si on l'eût traitée régulièrement, aurait conduit bien vite a la découverte de quelque branche de destinée , au moins du garantisme , 6". période. On aurait conclu a cette recherche , du moment ou la science aurait su constater l'abîme ou court le monde civilisé.

» On a vu que loin de pencher pour Texclusivité de méthode , en enseignement, ni en cultures, les Harmoniens ménageront, dans chaque Phalange, l'emploi des 7 méthodes unies a celles de pivot et transition, sauf a en appliquer a chaque sujet ce qui sera adapté a ses moyens naturels.

» De cet assortiment de méthodes naîtra l'intégralité spiri- /«eZ/e d'enseignement. On y joindra l'intégralité matérielle; 1°. par les ouvrages (i), dont on meublera la bibliothèque minime (destinée à l'enfance); 2". par le concours de lumières et de centenaires instruits en tous genres , et qui abonderont dans les divers cantons.

* Cette réunion complète de moyens matériels et spirituels élèvera dans chaque Phalange l'enseignement au degré intégral COMPOSÉ ; perfection très-supérieure à celle que peuvent oS'rir aujourd'hui les capitales de Paris et Londres , oîx l'enseignement est a une dislance infinie du degré intégral composé. Au reste, il n'est qu'au berceau tant qu'on ignore la voie des progrès rapides, l'analogie des substances avec les passions. Pivot

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