COINVENANCES SPECIALES DU PREMIER AGE
Wilderspio , l'un des habiles instituteurs de Londrc* , a constate que la phis grande partie des plaintes , des qucrelles domestiques et des violences quelle! entraiuent, est produite par la necessity d'elever lei tnfans. D. Laye&dikt.
En Harmonie, quand un enfant vient au monde, on ne l'envoie pas a dix, vingt ou quarante lieues en nourrice, abandonne aux soins eloignes et mercenaires de paysans pauvres. On ne voit pas, en Harmonie, sur les rivieres et les fleuves, des coches charges de marmots emigrants, comme ceuxqu'on emplit incessamment a Paris d'enfans et de nourrices pour les en degorger a Auxerre. Un pareil debut dans la vie est peu propre a affectionner les enfans a leurs parens, et reciproquement ! on les envoie au loin en nourrice; puis, apres, on les envoie au loin en pension; ensuite
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on cherche aux garcons des places, aux Giles des maris, qui les eraportent plus loin encore. — Laissez faire, ils reviendront assez au lieu de leur naissance quand il s'agira de recueillir l'heritage apres deces des parens
On dira qu'on n'envoie pas tous les enfans en nourrice. Je sais bien que les pauvres gens, — c'est la grande, 1'immense majorite, — gardent chez eux les leurs, et pour cause. Mais comment vont les choses dans ces menages des classes pauvres, et meme dans ceux des classes moyennes, ou il n'y a pas un appartement particulier pour les enfans? Dans ces malheureux menages, les enfans sbnt partout, ici, la, dans la chambre a coucher, a la cuisine; les nourrissons crient dans leurs berceaux, les marmots se trainent par terre et crient; d'autres un peu plus forts, courent, fracassent, jacassent et crient. Vous les avez adroite, a gauche , dans vos jambes, pleurant , riant , renversant, faisant un bruita vousetourdir. Ah! qui n'a pas vu tout cela et qui n'en a pati souvent!.. C'est un supplice insupportable, un enfer. Comment voulez-vous que la mere la plus tendre y tienne? Ces malheureux enfans, on passe tout le temps a leur imposer silence, a les gronder, a les punir. On leur defend le bruit, ils recommencent le bruit, c'est de nature et de position,
c'est force^ ; ils desobeissent, on se plaint d'avoir des enfans aussi medians, on se maudit, on pleure^ on se desole. II faut cependant que la mere travaille; elleraccommode, gronde, torche, prepare le diner, va et vient au milieu de tout cela. Apres le travail ingrat de lajournee, lepere rentre ; il n'est pas la depuis un quart d'heure , qu'il a deja la tete rompue. Les cris de l'enfant auberceau le reveillerontpeut-etre toute la nuit ; et puis surviennent les maladies, si frequentes
chez les enfans civilises Poursuivez ce tableau
avec vos souvenirs; ajoutez, pour les parens, les ennuis de toute espece , les chagrins, les jalousies, les antipathies de caractere, les querelles, toutes les miseres de l'interieur enfin
Voila pourtant ce qu'est en realite cette vie de menage dont on nouschante la paix, la poesie, les delices infinies, les heures suaves, les doux enchantemens ! Faites la-dessus des feuilles de •printcmps ou d' automne 3 et toutes sortes de palabres morales et poetiques, si vous voulez, et surtout essayez de faire comprendre a l'ouvrier que cet enfer interieur lui donne plus de jouissances que le cabaret... Pour nous, qui sommes indignes de voir les sentimens tendres et les douces affections etouffes au cceur de 1'homme par I'ivraie des miseres domestiques, et qui vou-
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Ions la poesie et le bonheur, non pas seulement dans quelques stances d'ancienne ou de nouvelle ecole, mais incarnes dans l'humanite, on nous permettra de ne pas nous arreter a de pareils roucoulemens; on nous permettra encore de ne pas voir dans de pareilles conditions les conditions d'une bonne education pour nos enfans.
Laissons ces tristesmenages des classes moyennes, laissons ces miserables menages des classes pauvres, ou chaque jour les necessites de la vie forcent line mere a s'absenter et a abandonner sans surveillance des enfans en bas age, enfermes et livres aux hasards de mille accidens. On a chercbe a remedier a ces grands vices par les Salles d'asi/ej qui sont une mesure de Garantisme. Mais ce n'est encore qu'une goutte d'eau dans un incendie. Quoiqu'il en soit, on doit applaudir vivement aux sentimens et a l'espritdans lesquels ces etablissemens ont ete concus. Une salle d'asile dans un quartier de ville, vaut mieux que cent sermons sur les devoirs des peres de famille; c'est de la philanlropie effective , cela, c'est une mesure utile, aboutissant reellement au mal, et le saisissant pour le guerir ou du moins pour l'adoucir; ce n'est pas de la bavarderie flasque, morale et perdue dans 1'air; c'est une institution : a la bonne heure !
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L 'education de la basse enfance se fait, dans les maisons riches, sous de meilleures conditions materielles que dans Jes menages dont nous avons parle. — Ilya un appartement , un local consacre aux bonnes et aux enfans. — Voila l'umelioration. Mais ces enfans sont tenus par des femmes salariees, ignorantes, qui les soignent comme elles savent, comme elles peuvent, et souvent, ainsi qu'on dit, pour l'amour de DieuCO. Le plus pauvre des Harmoniens serait bien desespere s'il voyait traiter son enfant comme le sont aujourd'hui ceux de nosplus riches maisons. Puis ces enfans sontvictimes de leur rang : voyez aux Tuileries, ces marmots emmaillottes de dentelles, converts de parures ridicules, coiffes de chapeaux a plumes; pauvres petites creatures guindees dans la vanite de leurs parens, bavant dans le velours et la blonde ! Ces enfans sont encore plus malheureux et moins bien portans que les marmots souilles et deguenilles du patre. ConGes a des gens inintelligens, ils sont fatigues de soins absurdes; puis on les fait paraitre au salon quand la fantaisie en vient, et la on leur cree mille caprices par de sottes cajoleries.
(i) II est curieux qu'en Civilisation on disc tie tout ee qui est mal fait : c'estfait pour l'amour de Dieu. Une manifestation profonde est cache'e dans cettc locution.
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Chez nos riches, lespetits enfanssontdes jouets pour des meres desoeuvrees, des poupees qu'on liabille et qu'on pare; et comme leurs enfans, desceuvres aussi, font perir a force de caresses les oiseaux qu'ils aiment, de meme ces meres extenuent leurs fils par l'obsession de leurs tendresses imprudentes.
" S'll existait, dit Fourier, des tribunaux a codes criminels sur les faules coramises dans le nourrissage, sur les imprudences dont l'enfant est victime, festime qu'il faudrait condamner a des peines afflictives les neuf dixienies des femmes riches qui allaitent leurs enfans. On pent dire qif elles ne sont pas nourrices , mais assassins du marmot, qui aurait besoin d'etre sagement gouverne. Ces meres ne s'e'tudient qu'a lui cre'er mille fantaisies pernicicuses, qui sont pour lui un poison lent, et tuant la plupart des
enfans riclies
L'e'pouse, de'pourvue de re'cre'ations,
se jette a corps perdu dans la tendresse maternelle, dont l'exccs n'est pas moins vicieux que celui de toute autre passion. Aussi les femmes riches sont-elles assassins de leurs nourrissons , a qui elles cre'ent une foule de dc'fauts. »
Trailc de I' Assoc, dom.-agr.^ t. II, p. 171-
Ce n'est pas aux parens a faire l'education de l'enfant. Tout ce que nous a/ons dit du precepteur dans la critique de Yeducation particuliere, s'applique bien mieux encore au pere et a la mere. II faut, pour elever un enfant, dix mille dispositions qui ne peuvent pas se trouver dans une famille , et dix mille facultes que ne peuvent
rt^unir aucun pere, ni aucune mere. La nature, d'ailleurs, destine cliaque homme asereproduire, mais non a passer sa vie a elever son enfant. Elle specule en education, comme en toule autre branche, sur l'economie de ressort; en consequence; elle appelle l'enfant a l'education societaire, mutuelle, corporative, en lui donnant attrait, des le bas age, pour toutes les circonstances de ce regime, et repulsion pour tout systeme d'educalion isolee, preceptorale on paternelle.
L'affaire des parens, c'estd'aimer, de caresser leurs enfans. La nature leur inspire pour ces petits etres une adoration aveugle. lis sont heureux de leur ceder en toutes choses, de se plier a leurs volontes et a leurs caprices; c'est une idolatrie. — Celte faiblesse passionnee, qui est le grand caractere, le caractere nature! de l'affection des parens pour leurs enfans, n'est certes pas chez eux le signe d'une capacite pour l'education, dune destinee educatrice. — Aussi les parens qui elevent leurs enfans les gdtent ; le mot est consacre. Et s'ils ne les gatent pas, dans le sens ordinaire de la metaphore, ils les gatent en sens inverse, ils les gatent par des severites trescruelles pour l'enfant qui 1-es recoit de ses parens, et tout aussi cruelles pour les parens qui
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les indigent. Un pere, une mere, qui punissent leur enfant, qui seulement sont avec lui severes, contrarient directement le vceu de la nature. Aussi ils sonffrent. Ce neanmoins, la philosophic civilisee vent que les garcons soient eleves par les peres, les Giles par les meres, pour faire le bonheur des peres, des meres, des garcons et des Giles, de tout le monde !
Or, notez-le bien, toute cette philosophie sur les peres, les meres et les enfans, qui semble etre faite au profit de l'affection de famille, est funeste a cette affection, — que la Civilisation a l'air de prendre sous sa protection speciale, au mepris des autres affections, tout aussi saintes et certainementplus larges et plus sociales. — Le sol du foyer domestique est un sol ingrat, ou le developpement des affections est bien plus compromis que favorise. L'education de l'enfant s'y resout en une succession decontrarietes, de vexations, de luttes et de douleurs. Qu'on ne parle pas des joies maternelles, des doux momens; ceci est le fait de la nature, ce n'est pas le fait du systeme d'education.
Dans ce malheureux systeme , toutes les impulsions de l'enfant sont meconnues et froissees. L'enfant n'a ni les gouts, ni les habitudes, ni le
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caractere de ses parens; il est enfant, les autres sont d'age mur. Le bruit qu'il fait, le mouvement qu'il prend, c'est de sa nature. Or, ce bruit, ce mouvement, vous incommodent, et vous Lai imposez le silence et le repos qui vous conviennent, en lui disant d'etre sage, c'est-adire de ne pas faire ce qui est dans sa nature, — parce que vous auriez a en souffrir. Meltez-le seulement au jardin, sur une pelouse verte, avec ses freres, ses sceurs, ses petits compagnons : la, s'il rit, s'il crie, s'il selivrea une gaiete bruyante en se roulant sur l'herbe, la voUs ne lui dites plus qu'il est sot. Pour un peu de bruit et de mouvement il est sot, — dans la chambre, avec vous. Pour beaucoup de bruit et de mouvement, it nest plus sot, — quand c'est au jardin, dans l'herbe, sur la pelouse; — vous le trouvez genlil et charm ant , alors.
C'est pourtant ainsi que vont leschoses ! voila comment on forme l'esprit et la conscience des enfans ! voila comment des le berceau la pauvre creature humaine est tourmentee, livree aux contradictions et aux douleurs !
Vous voyez bien que quand vous faites vivre, face a face et dans le meme milieu, deux ages dont les exigences et les conditions de vie sont si diffe-
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rentes, necessairement tous deux souffrent. Le plus fort tyrannise, leplus faible se revoke. Regardez , c'est un combat qui s'etablit : l'enfant resiste; on s'acharne contre lui; il resiste de plus belle; il se sent dans son droit, l'enfant. Comment souffrirait-il les persecutions de ceux dont il ne doit attendre que des tendresses ? II s'obstine, et Ton augmente les rigueurs.... puis on pardonne, on pleure, on le cajole, et... dix minutes apres, on est revenu a la severite, a la durete — c'est une nouvelle scene de larmes et de coleres. Ces peres sont durs, cruels, faibles et betes danslememe quart-d'heure. — Oh! nous savons qu'il ne manque pas de braves gens qui appellent cela les douces jouissances de la famille et de l'interieur. Leurs enfants leur sont une occupation ; ils s'occupent a les facher et a les amuser, a les contrarier et a les punir ; et, par ces vicissitudes d'autorite et de tendresse, ils se temoignent a eux-memes qu'ils sont gens ayant a la fois du caractere et des sentimens. . . . et de plus assez d'intelligence ; car ils appellent cela initier leurs enfans a la vie et leur faire le caractere !
Pauvres malheureux enfans ! il faut done que dans ce desordre civilise la souffrance vous vienne des coeurs memes ou la nature a verse pour vous des sources vivesd'amour et de tendresse ! il faut
qu'un pere, qu'une mere vous tirent tous les jours tant de larmes des yeux ! Que peut-il done sorlir de bon de ces contrarietes incessantes, de ces luttes inintelligentes , cruelles et odieuses a la nature? Ah ! pitie ! pitie du moins pour les enfans !
§. II
APPLICATION : SER1E DES BONNES; CONSTRUCTION DES SERISTERES DE LA PREMIERE ENFANCE.
Sinile parvutos ventre ad me, Laissez venir a nioi le»
petits enfans. Jlm. s Ckr^t.
En Harmonie, on comprend qu'autre chose est la vie d'un enfant, autre chose celle d'un homme, et que les diflerentes conditions de vie , de caractere, d'action , demandent a se developper dans des milieux differens , appropries a ces conditions. On ne jette pas pele-mele tous les ages dans le meme appartement, comme chez nous. L'enfant n'est pas, pour cela, soustrait a la vue et a la tendresse de ses parens, comme nos enfans envoyes au loin en nourrice ou en pension, — car nous avons tous les extremes et tous les vices. — Non, ici les enfans sont eleves a cote de leurs parents; ils habitent le meme edifice. Mais dans cet edifice, ou tout est entendu , prevu , combine, l'enfance a ses
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quartiers a elle. Ce n'est plus la separation et l'oubli; et ce n'est plus l'incoherent, l'insupportable et fatal melange des a«;es et des natures. Le berceau n'est plus a trente lieues , et il n'est plus dans la salle a manger, ni dans la cuisine; vous ne verriez plus dans le Phalanstere , comme en nos maisons, les drapeaux salis des marmots, etendus, pour secher, aux fenetres de tous les etages et de toutes les pieces.
Entrons dans le quartier de la Basse-Enfance. Voici de grandes salles aerees, propres, elegantes, afifectees aux differens ages et aux diflerentes natures. Ici tout est calcule pour les convenances d'hygiene et de premier developpement sensitif. Les Civilises savaient, dans leurs serres et leurs maq;naneries, mena^er avec art un milieu convenable adesvers-a-soie etadesvegetauxexotiques : on sait ici, dans les appartemens de l'enfance, gouverner l'air, la temperature et la lumiere, et faire line atmosphere salubre et favorable aux nourrissons qui y respirent. C'est un luxe de proprete, de soins et de bonne tenue ; car la Phalange veille avec amour sur le berceau des generations naissantes ! Ses fils ne sont-ils pas son bel orgueil et son plus cher tresor?
Aussi les fonctions qui se rattachent a la pre-
miere enfance sont-elles, clans les Phalanges, des fonctions hautes et venerees. Un saint caractere de maternite corporative s'unit a ces services et les ennoblit.La se'rie des bonnes, qui se devoue aux penibles soins reclames par la Basse-Enfance sera Tun des ordres religieux de l' Avenir.
11 est facheux que nous soyons obliges de nous servir souvent , pour designer des fonctions et des fonctionnaires d'Harmonie, des mots qui designent les fonctions et les fonctionnaires correspondans dans la societe actuelle. Ces mots emportent avec eux dans la Phalange l'idee et l'image qu'ils representent aujourd'hui, et chacun ne se fait pas facilement a voir, sous ces mots, qui restent les memes , la belle et noble transfiguration que les choses ont subie. — Qui voudrait, par exemple , se representer les Bonnes d'Harmonie, ne devrait pas se figurer nos mercenaires, depourvues d'education, dont 1'intelHgence est restee sans culture , et qui subissent un service de domesticite, parce qu'il faut vivre.
La Serie des Bonnes compte dans son sein les plus nobles dames et les plus gracieuses demoiselles de la Phalange ; elle n'admet que des femmes altirees par une vocation decidee aux fonctions de Maternite corporative, et justifiant de capacite
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speciale pour le role qu'elles ambitionnent. Le lustre que l'importance de ces fonctions jette sur la corporation, les distinctions qui lui sont reservees, les privileges qu'on y acquiert par 1'elevation aux grades successifs, sont des appats qui altirent de bonne heure les jeunes filles que la nature y predispose. D'abord simples auxiliaires, comme dans les autres Series, elles ne sont agregees et ne prennent leurs grades qu'en justifiant de zele, d'liabilete et de connaissances proporlionnelles. Puis , le service se fait dans cette Serie comme ailleurs, en seances de courte duree; la faction est de deux heures, etpuisqu'il faut que les Seristeres des enfans soient toujours garnis, surveilles etgouvernes, les escouades de Bonnes se succedent regulierement, et se relevent de poste a momens determines.
La Serie des Bonnes opere sur les deux premiers termes de la Basse-Enfance , les Nourrissons ou allaites, les Poupons ou sevres. ( Yoyez le tableau de la Phalange en grande echcllc^ page g3, et plus loin, page 4^7-) Ces deux termes fournissent plusieurs subdivisions d'ages , de temperamens et de caracteres, qui forment autant de groupes diflerens ; tous ces groupes commandent des locaux et des fonctionnaires particuliers. Ainsi,dans l'une et 1 'autre division, vous aurez II. 29
d'abord les subdivisions suivantes tiroes des caracteres :
( Pacifiques.
Nourrissons et Poupons. I Mutins.
' De'solans.
II est evident que ces six categories deraandent a etre logees dans six salles differentes, et exigent des subdivisions analogues dans la Serie des fonctionnaires, par exemple :
Les Bonnes des Pacifiques , ce sont les moins patientcs ;
Les Bonnes des Mutins, sont celles de caracteremoyen;
Les Bonnes des De'solans , sont les victimes ou endwantes.
Ces correspondances generates indiquees par la nature meme des choses , se produisent spontanement, car l'Attraction conduit chacun a son poste, sous le regime de la liberte harmonienne.
En poussant plus loin les subdivisions d'age, de caractere ; ajoutant celles qui derivent des temperamens, des methodes differentes , des systemes d'allaitement, etc. ; on aura une Serie composee d'un nombre suffisant de Groupes : et mieux les subdivisions seront faites, mieux sen trouveront les enfans ; mieux encore elles se pr£teront aux aptitudes et aux gouts particuliers des fonctionnaires. Toujours le travail parcellaire et
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la liberte d'aller a la nuance de fonction ou l'attraction vous invile.
La Serie des Bonnes, dont les roles exigent beaucoup de qualites, lire done un grand lustre de l'importance de ses fonctions; elle distribue des appointemens considerables, et fournit beaucoup d'avancement , vu le grand nombre d'officieresque la surveillance exige. Cette Serie fait a la fois partie du corps sacerdotal et du corps medical. A tous ces titres, et grace a cet amour des petits enfans, que la nature a mis au cceur de la femme , amour qui se monlre de si bonne heure, a l'etat d'instinct, dans les soins dont la poupee est d'abord l'objet , — la Serie des Bonnes recrute dans tous les ages, dans toutes les conditions, etcompte dans ses rangs une bonne fraction du contingent actif des dames de la Phalange : — il n'est pas rare de voir de jeunes filles de sept a dix ans, deja fort zelees, et tres-expertes au service des Poupons et INourrissons. — II etait bien necessaire que les Attractions fussent distributes de telle sorle que cette Serie put compter un nombreux personnel; car elle doit etre, ainsi que nous 1'avons remarque , en activite continue, veiller jour et nuit sans relache ; bien differente en cela de la plupart des autres Series, qui n'agissent qu'a intervalles quelquefois fort eloignes.
Mais essayez de trouver la nature en defant; essayez de trouver des travaux ncccssaires qui n'aient pas leurs attractions proportionnelles dans l'humanite?
Voici done nos differentes salles affectees aux differens ordres de la Basse-Enfance, puis les » pieces accessoires, corame dortoirs separes » des salles bruyanles, pieces affectees aux fonc- » tions des Bonnes et Nourrices, et des mede- » cins qui visitent chaque jour les enfans , sans » distinction de riches ni de pauvres. » [Fourier \, Nouv. Monde, pag. 201.)
Comme tout ici respire l'ordre, Intelligence prevoyante , et la tendre sollicitude de la Phalange pour ses enfans ! que les meres , qui viennent a chaque moment allaiter, caresser, et soigner elles-memes leurs nourrissons , ont de gracieuses paroles pour celles qui se sont si heureusement associees a leur maternite , pour ces secondes meres dont les Groupes rivalisant d'habilete, d'amour et de zele, veillent incessamment sur les petits enfans!! — Laissons parler Fourier:
« La Civilisation , toujours simpliste, 011 simple dans ses methodes, ne connait que le berceau pour asile du nourrisson ; THarmonie , qui opere paitout en ordre compose , donne a l'enfant deux situations ; elle le fait alterner du berceau a la naite e'las-
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tique. Les nattes sont placees a hauteur d'appui, leurs supports forment des cavitc's oil chaque enfant peut se caser sans gener ses voisins. Des filets de corde ou de soie, places de distance en distance, contiennent l'enfant sans le priver de se mouvoir, ni de voir autour de lui , et d'approcher l'enfant voisin , dont il est se'pare' par un filet.
» La salle est chauffe'e au degre convenable pour tenir Tenfant en vetement le'ger, ete'viter l'embarras de langes et de fourrures. Lesberceaux sontmus par me'eanique : on pent agiter en vibration vingt berceaux a la fois. Un seul enfant fera ce service , qui occuperait chez nous vingt ferames.
» Les Nourrices forment une se'rie distincte et doivent etre classe'es par temperament, afin qu'on puisse les assortir aux enfans , surtout dans les cas de cbangement de lait. Le nourrissage indirect est fort usite' en Harmonie , parce qu'il est tres-lucratif et peu fatigant, et parce que les Harmoniens, plus judicieux que J. -J. Rousseau, penseront que lorsque la mere est d'une complexion delicate, il est tres-prudent de donner a l'enfant une nourricerobuste; e'est le greffer, le renforcer, la nature veutcea croisemens; si on accole un enfant faible a une mere faible , e'est les exte'nuer tons deux pour l'honneur d'une reverie morale. Au reste on s'appliquera beaucoup a perfectionner le regime d'allaitement artificiel , et l'employer concurremment avec le naturel , ou isole'ment. Dans l'e'tat socie'taire , une mere , quelque opulente qu'elle soit, ne peut jamais songer a elever son enfant cbez elle isole'ment; il n'y recevrait pas le quart des soins qu'il trouve au Se'ristere des pouparts ou nourrissons ; et avectoutcs les depenses imaginables , on ne pourrait pas y re'unir une corporation de Bonnes passionnees , intelligentes, se relayant sans cesse , en trois caracteres assortis a ceux des enfans. Une princesse , malgre' tous ses frais , n'aurait pas des salles si habilement soigne'es , des nattes c'lastiques, avec voisinage d'enfans qui se servent re'eiproquement de distraction , et sont assortis en caracteres. C'est principalemcnt dans cette education de prime enfance qu'on reconnaitra combien le plus riclic potentat civilise est au-dessou?
des raoyens que l'Harmonie prodigue aux plus pauvres pores cf enfans.
» Loin de la tout est dispose' en Civilisation , de maniere que le nourrisson fait le tourment d'une maison organise'e pour le tourmenter lui-meme. L'enfant, sansle savoir, dc'sireles dispositions qu'il trouvcrait dans un se'ristered'Harmonie; a de'faut de quoi il de'sole par ses cris, parens, valets et voisins, tout en nuisant a sa propre sante'.
•> A l'age de 6 mois , oil nous ne songeons pas a donner aux marmots le moindre enseignement , on prendra de nombreuses precautions pour former et raffiner leurs sens, les faconner a la dexte'rite', pre'venir l'emploi exclusif d'une mainet d1un bras qui condamne l'autrebrasa nne maladresse perpe'tuelle ; babituer des le berceau l'enfant a la justesse d'oreille en faisant chanter des trios et quatuors dans les salles de nourrissons , et promenant les poupons d'un an au bruit d'une petite fanfare a toutcs parties. On aura dememedes me'thodes pour joindre le raflineraent auclitif au rafiinement musical , donner aux enfans la finesse d'ou'ie des rhinoce'ros et des cosaques, exercer de rneme les autressens.
» II est, sur chacun des 5 sens, quantitc de perfectionnemens auxqucls on faconnera l'enfant harmonien. Les Bonnes auront sur la culture du materiel divers systemes en rivalite. De la vient que l'enfant societaire sera, a 5 ans, plus intelligent, plus aplc a l'industrie, que ne le sont a 10 ans beaucoup d'enfans civilises qui n'ont a cet age que de I'autipathie pour l'industrie et les arts.
» L'e'ducation civilise'e ne fait e'clore chez l'enfant au berceau que des manies anti-sociales : cbacun s'exerce a lui fausser les sens , en attendant l'age ou on lui faussera l'esprit. Si c'est en France , les parens et valets lui chantent a l'envi des airs faux et sans mesure : partout on lui otc l'usage des doigts de pied et on l'habitue a se fausser un bras.
» Le role de Bonne exigera done de nombreux talens , et ne sc bornera pas comme en France a chanter faux ct faire peur du loup. Les Bonnes s'exerceront surtouta pre'venir les cris des en-
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fans ; le calrae leiir est ne'cessaire , et ce sera sur Tart de le maintenir que s'exerceront les pretentions cabalistiques et e'mulatives.
» Le vacarme des petits enfans, si de'solans aujourd'hui, se rcduira a peu de chose ; ils seront tres-radoucis dans les se'risteres, et il en est une raison bien connue , c'est que les caracteres querelleurs s'huraanisent avcc leurs semblables : ne voyons-nous pas chaque jour les fe'railleurs et pourfendeurs devenir fort doux, et renoncer a I'humeur massacrante quand ils se trouvent en compagnie de leurs e'gaux ? II en sera de meme des marmots e'leve's dans un se'ristere d'Harinonie et distribue's en plusieurs salles de caracterc. J'estime que ceux de 5e. genre , les diablotins ou de'moniaques , seront de'ja moins me'cbans , moins burleurs , que ne sont aujourd'hui les benins. D'ou naltra ce radoucissement ? Aura-t-on, selon le voeu de la morale, change les passions des petits enfans? non, sans doute; on les aura de'veloppe'es sans cxces , en leur procurant les de'lassemens de re'union sympathique, la distribution ense'ries trinaires, engroupesde caracteres benin, mixte, etmalin, dans les 2 ages de prime enfance, comprenant Nourrissons et Poupons.
»> Quelle distraction donne-t-on a ces diaboliques rcjetons. Ce sera chose a inventer par les Bonnes : stimule'es par les rivalite's de me'thodes , elles auront, en moins d'un mois, devine' ce qui peut calmer les enfans , et mettre fin a leur infernal charivari. Je me borne a e'tablir en principe , la ne'cessite' de les re'unir en corps, et les distribuer par Series d'age et de caractere , de meme que les Bonnes par Se'ries de caracteres et de systemes. La Se'rie est toujours la boussole de toute sagesse en harmonie socie'taire ; c'est le fanal que Dicu nous pre'sente dans le rayon de lumiere. S'e'carter du regime se'riaire , c'est s'engager a plaisir dans les le'-nebres.
» Le point oli il est le plus a craindrc d'e'chouer, c'est dans la lenue des petits enfans , parce qu'ils ne pcuvent expliquer ni leurs besoins ni leurs instincts ; il faut tout deviner : quel en est le moyen? celui qiundique 1' Attraction pour les peres memes ; for-
mer en tout sens ties Series, en fonctions, en salles, en tempera mens , en caracleres , en ages , en me'thodes et en tout.
» La Cabaliste, dans les salles oil Ton e'leve les Nourrissons et Poupons, a pour aliment les me'thodes ri vales que pratiquenl les Bonnes, dans la Phalange et dans les voisines. Ces me'thodes sont un sujet de de'bat et d'esprit de parti chez les parens ; ils ont l'option de confier leur enfant a telle classe de bonnes , sauf adhesion de celle-ci ; elles ne recoivent pas un enfant capable de compromettre leur renommee. Si pour vice de temperament ou exces de malignite, il n'e'tait admis par aucun groupe de bonnes, on le placerait a la salle d'ambigu , soignee commc d'autres.
» Les regies donne'es sur l'e'ducation de la prime enfance , ne sont que l'application des principes ge'ne'raux e'tablis ; et commc elles s'e'tendront a tous les ages , a toutes les relations , Ton voit quejle Cre'ateur a pourvu a tout par des me'thodes fort simples dont 1' observance garantit de tout e'eart. Cessons done de preter l'oreille aux alarmistes qui nous effraient de rimpe'ne'trabilite' des mysteres : l'Evangile leur disait : cherches et vous trouverez; naais en education corame en tout , ils ont mieux aime' faire lc commerce de systemes arbitraires et re'pressifs , que de chercher le systeme de la nature , qui , une fois connu , donne conge' a toutes ces me'thodes civilise'es tendant a re'primer et changer les passions, soit des enfans soit des peres.
Noiweau Monde, png. 2o5 el siuy.
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§• HI