‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 113 sur 116 · EDUCATION HARM. — > 3* !S. DEVELOPPEMENS. JJ · texte numérisé non relu

EDUCATION HARM. — > 3* !S. DEVELOPPEMENS. JJ

la masse en MODE MESURE ou regulierement harmonique. Aussi la nature a distribue a 1'homme de puissantes Attractions pour ce mode; etcomme les enfans, qui ne sont pas encore fausses par la societe , sont aujourd'hui beaucoup plus pres de la nature que leurs peres, ces Attractions eclatent vivement en eux a l'aspect de tons les actes executes en mode mesure. Nous avons constate leur majvie imitative a propos des travaux executes devant eux en mode individuel. Cette manie devient bien autrement violente quand ils sont temoins de manoeuvres harmoniques, Revolutions mesurecs , telles que celles

Des militaires a l'exercice;

Des thuriferaires a la procession ;

Des danseurs a l'Opera.

« Qu'on rassemble cent Bambins ou grands Poupons pris au hasard. Si on leur fait voir ces differentes manoeuvres, ils s'empresseront de les imiter. A defaut de fusil , chacun d'eux prendra un baton; a defaut d'encensoir, une pierre suspendue a une corde ; a defaut de houlette, une branche de saule.

<> Que si on leur fournit de petits fusils, petits encensoirs , pelites houlettes , vous les verrez transportes de joie , ecoutant avec une docilitc respectueuse les lecons qu'on voudra bien leur

donner sur les evolutions. Leur enthousiasmc croitra encore si on ajoute costume et attirail, si on leur donne de petits bonnets de grenadiers, petits surplis pour la procession , petits chalunieaux pour les figures choregraphiques. »

11 n'est personne qui n'ait vu, aux approches de la Fete-Dieu, la preuve de cette influence des manoeuvres mesurees sur 1'enfance. Fleuristes et Thuriferaires sont ardens aux exercices preparatoires ; quinze jours a l'avance ils apprennent et repetent avec passion, chaque soir, les nombreuses figures qu'ils executeront avec tant de charme, lors de la cert^monie sainle. Les derniers jours, ils vont aux fleurs, ils se repandent dans les prairies, comme un essaim d'abeilles, et cueillent a l'envi les marguerites aux blanches petales, les roses sauvages, les coquelicols et les bluets dans les bles , les fleurs du caille-lait , de la nielle , et de Tesparcelte, les job's bouquets bleus des myosotis , et toutes les autres. Que le jour soil beau , maintenant, pour cette belle fete antique, la plus religieuse fete du christianisme, et vous verrez les Choeurs des jeunes levites faire au Saint-Sacrement un digne cortege ! Les femmes et les jeunes Giles accompagnent les bannieres et jeltent dans l'air les brillantes notes de leurs voix pieuses ; les pretrcs, dans leurs plus riches orne-

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mens, entourent le dais sacre, qui avance avec lenleur et majesle dans les rues toutes pavoisees de branches vertes et de fraiches feuillees ; la foule se decouvre et s'agenouille sur son passage, et quand il s'arrete, a intervalles regies, les chants cessent, tout fait silence, et les jeunes Ghceurs de Thuriferaires et de Fleuristes entrelacent alors autour de lui les mouvemens mesures de leurs evolutions, croisent sur lui, en cadence, leur encens et leurs fleurs.

Remarquez que cette belle fete vous donne seule, aujourd'hui, l'idee de la Serie de parade, en cekelle des dges. Tous les ages et tous les sexes sont representes. Les femmes et les jeunes filles chantent les airs brillans des cantiques ; les hommes chantent les notes plus graves de la liturgie chretienne ; les adolescents jettent l'encens dans 1'air, et les enfans jettent les fleurs. Les ages complementaires y assistent aussi; car les meres menent par la main, dans la procession, les enfans trop jeunes pour figurer dans les Chceurs; et ces enfans, en levite blanche aussi, puisent aussi dans leur corbeille de fleurs suspendue a leur cou par u n ruban rose, et jettent aussi des fleurs quand ils voient les Chceurs en jeter. Le Poupon lui-meme intervient dans cette belle fete , en petit St. Jean-Baptiste , v<Mu dune peau de mou-

ton enrubanee , et porte sur les bras dc sa nourrice. Et tous les ages, tons les sexes, tous les mouvemens et toutes les voix se composent en un tout unitaire, et manoenvrent sur un Pivot, le Sainl-Sacrement et son college de pretres, le Saint-Sacrement qui brille an centre du cortege, corarae un soleil an centre de son tourbillon.

Oh ! c'est dans les Phalanges qu'il faudra voir cette fete! Les harmonies des sexes et des ages sont bien autrement nombreuses, bien autrement graduees , mesurees el cadencees dans la moindre Phalange, que dans les plus magnifiques processions des cathedralesde nos grandes villes! les accords bien autrement pleins, varies et brillans! — Les hommes, les femmes et les jeunes filles, qui ne font qu'assister a nos processions, figurent dans les ceremonies religieuses des Phalanges. Les Choeurs au-dessous de la puberlc donnent a eux seuls douze douzaines on l/f/f figurans , ainsi preleves :

i m r.i i i:\ir.i s. fleiristes.

( Garqons. ) ( Jeunes Filles. )

12 Ch^rubins. 12 Cherubines.

16 Seraphins. 16 Seraphines.

20 Lyceens. 20 Lyce'cnnes.

24 Gymnasiens. 24 Gytnnasiennes.

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Les Tribus plus jeunes apportent des recrues pour les cmplois accessoires; et les Tribus superieures pour les autres fonctions religieuses de la ceremonie.

Representez-vous done celte fete splendide , ou les trente-deux Choeurs de la Phalange oifrent chacun son contingent a la milice sainte, ou les Phalanges deploient tous leurs luxes de decorations et de costumes, toutes leurs magnificences d'ornemens et de bannieres, toutes leurs puissances d'instrumentation et de voix harmonieusement mariees, toute leur science devolutions et de mauoeuvres ! Representez-vous la Fete- Dieu ainsi celebree le meme jour sur toute la terre, l'encens, les fleurs, les hymnes etles cantiques montant au ciel de tous les points du Globe ! le Globe entier, d'un pole a l'autre, pavoise de sa grande humanite , mariant toutes ses voix, ralliant ses peuples et ses races en un immense accord, en un seul hymne chante dans la meme langue, la langue d'amour et de bonheur, la langue de Dieu, la seule langue qu'il aime et qu'il

entende Ah ! e'est a ravir lame au ciel, car si

vous voyiez aujourd'hui dans un reve apocalyptique les Phalanges et les Jerusalem de la Terre de l'avenir, vous croiriez que les Phalanges et les Jerusalem celestes sont descenduesd'en-haut sur

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celte Terre benie et radieuse ! Terre radieuse et paradisiaque, qui communies maintenant dans I'harmonie mesuree des spheres; Terre radieuse, qui roules dans le ciel , comrae un diamant elincelant sous les feux du soleil ! Terre, tu es dans le ciel ; qu'as-tu maintenanl a envier au ciel !

Mais j'ai depasse mon but en parlant de ces hautes harmonies, car mon but etait seulement de montrer que nos enfans, si retifs a des exercicesmornes et solitaires de lecture et d'ecriture, sont par fait cment doc'des et passionnement subordonnes dans les exercices et les evolutions mcsurces des processions de nos villes et de nos villages. La puissance du mode mesure est telle sur eux, qu'un mois encore apres le jour de la fete, vous les voyez jouer aux petits abbes, faire de petiles chapelles, de petits reposoirs.

Faites une remarque. Yous avez compris la puissance du mode mesure : demandez-vous a quoi la Civilisation a su en faire un emploi regulier? a deux choses seulement : a ses armees, qui sont la destruction organisce, eta son theatre, qu'il faut bien se garder de confondre avec le theatre harmonien. — 11 en devait etre ainsi , puisque la Civilisation n'est que le jeu subversit des choses. Comment la Civilisation , avec son

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morcellement industriel, pourrait-elle adapter le mode mesure a l'industrie generale?

En Harmonie, l'emploi du mode mesure est un fait qui derive de 1'essence meme des conditions industrielles. Independamment des grands travaux exterieurs des armees industrielles de tout degre, la plupart des travaux interieurs un peu considerables, comme les vendanges , les moissons, les fauches, les labours, les constructions, la direction des grands troupeaux, et cent autres operations, s'executent journellement , dans le sein de la Phalange, par mouvemens de masses manoeuvrant en mode mesure. Le mode mesure est le mode puissant, le mode Industrie! par excellence. 11 est done du plus haut interet d'habituer les Harmoniens des l'enfance a ce mode d'action, pour lequel 1'homme a d'ailleurs un si grand attrait. L'Opera, qui reunit, comme nous l'avons vu, tous les genres d'actions mesurees , est done l'ecole nalurelle et attrayante ou l'enfant se faconnera de bonne heure a tous les exercices materiels du mode mesure; e'est dans les Chceursde 1'Opera qu 'ilacquerra la justesse de la voix et de 1'oreillc, la precision des mouvemens, l'obeissance passionnee dans les manoeuvres d'ensemble, etpar-dessus toutl'amour del'Unite, dont rOperahnrmonienluipresenteratoujoursrima^c:

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« L'Ope'ra harmonicn, » dit Fourier, « est une c'colede morale en image : c'est-la qu'on e'leve la jeunesse a rhorreur de tout cc qui blesse la ve'rite, lajustesse et l'lmite. Aucune faveur ne pent excuser , a l'Ope'ra, celui qui est faux de la voix ou de la mesure, du geste ou du pas. L'enfant dun prince , dans les figures et les chceurs , est oblige de soufirir la ve'rite, et les critiques motive'es de la masse. C'est a l'Ope'ra qu'il apprend a se subordonner en tout mourement aux convenances unitaires, aux accords ge'ne'raux. L'Ope'ra est done l'e'cole mat£rielle d' unite, justice et ve'rite : il est, sous ces rapports, l'image de l'esprit divin, le vrai sentier de la morale.

» C'est non-seulement en tableaux, mais aussi en relations sociales que l'Ope'ra est sentier d'unite. Par cxemple, en fait de langage, quelle bonte pour les Civilises, qu'avec leurs jactances de perfectibilite ils ne puissent pas se comprendre de voisins a voisins , ni regularise!' le langage , pas meme de province a province dun meme empire, vivant depuis mille ans sous lesmemes lois !

» C'est a l'habitude ge'nc'rale de la scene que les Harmoniens devront en grande partie ('unite de langage et meme de prononciation regle'e en congres universel. Tout est lie' dans le systeme des unites; le langage est le premier anneau de cette vaste cbalne : sa duplicile actuelle est le sceau de reprobation pour la sagesse pbilosopbique. Ou done pretend -elle e'tablir l'unite', si elle ne pent pas meme Pintroduire dans la premiere des relations >>ociales, celledu langage , quicntrainerait loutes les autres unite's mate'rielles, et par suite les spirituelles ?

» Nous reviemlrons sur I'excellence de l'Ope'ra comme levier d'education et voie de lien amical entre tons les ine'gaux d'un canton. Avant d'insister sur ce sujet, il faut faire connaitre plus amplement les Series industrielles dont on relrouve l'embleme dans les Series musicales et choregrapbiques. Aussi l'Ope'ra serat-d che'ri des Harmoniens , a titre d'image du regime social qui fera leur bonbeur. Cbez nous , il n'est qu'un tableau sans inte'ret, sans analogie : notre systeme social n'e'tablissant que le regne de

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toutes les duplicite's politiques et morales , quel charrac pent nous offrir une image materiel 1c de toutes les unites , dont aucune , pas meine celle de langage , ne nous est connue? »

Nous croirions faire injure au lecteur en nous considerant coramc tenu de lui expliquer que l'Opera harmonien est tout autre chose que l'Opera civilise. L'Opera est la Serie la plus generale , la plus complete du domaine des beauxarts ; c'est une Serie si large, que tous les individus de la Phalange y interviennent a quelques litres et pour quelques emplois, car les autres Series artistiques viennent chacune aboutir a celle-ci , qui les met toutes en requisition et en action composee-convergente : peintres, musiciens, chanteurs, choregraphes, mecaniciens, architectes, poetes y agissent de concert. Aussi l'Opera, tant par la vive attraction qu'il exerce sur la jeunesse, que par la reunion active de tous les beaux-arts qui s'y concentrent, devient-il YEcole souveraine d'eclosion de tous les nobles instincts artistiques que Dieu a deposes avec profusion dans Tame humaine.

D'ailleurs, et ceci ne doit pas etre oublie , les spectacles de l'Opera harmonien se combinent en tout point avec l'ensemble de la vie harmonienne ; car le theatre des Phalanges n'est autre chose que la representation des manifestations de la ii. 35

grande activite humaine, concentrees dans leur essence la plus haute et la plus poetique.

Ces spectacles oflrant l'expression brillante

et mesuree du mouvement social, entrainent

toutes lesindividualiles dans l'ccuvre de l'ensem-

ble par la puissance des seductions qu'ils exer-

cent sur la masse, et se coordonnent ainsi au

grand concert des actes industriels, au Ton uni-

taire dont ils donnent le diapason general en

mode materiel (0. Voila done, employee au bien ,

regularised pour le bien , celte puissance des

grands spectacles sur les masses, puissance dont

on ne peut nier l'energie , et qui, dans notre

societe, n'est pas reprouvee sans bonnes raisons

par la classe religieuse et par la classe des mo-

ralistes severes, puisqu'elle n'entraine guere au-

jourd'hui qu'aux dissipations, aux folles depenses

et souvent a la demoralisation. — D'ailleurs, e'est

toujours ici le procede harmonien, qui consiste,

non pas a detruire les forces en liaine des mau-

vais eflets qu'on en a tires jusqu'ici, mais bien

a les dinger avec intelligence a de bons , a de

beaux, a de nobles effets.

(i) Dans un autre ouvrage, qui sera consacre' a 1 'etude et a la description des haules harmonies sociales et cosmogoniques, nous verrons que le culte donnera le diapason general du Ton unitaire en mode religieux et spiritueU

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L'Opera est la Serie pivotale en ordre materiel, ou la reunion harmonique de tous les mouvemens mesures de cet ordre. Nous avons dit en commencant ce chapitre, que 1'Opera harmonien, c'est-a-dire la grande ecole du mode mesure, devait etre une haute institution d education ; ce paradoxe est deja demontre : nous avons dit encore que l'opinion n'etait peut-etre pas fort eloignee aujourd'hui d'admettre ce que nous avionsalors a demontrer; c'est ce qu'il nous reste a faire comprendre.

Ne sait-on pas, en eflet, deja, que c'est par l'emploi du mode mesure, que nous sommes parvenus a mouvoir nos armees regulieres, des armees de deux cent et quatre cent mille homines? Comparez nos pauvres consents, ces jeunes paysans gaudies, lourds et sans tenue, qui arrivent au regiment en sabots, avec les soldats qui ont une ou deux annees seulement d'uniforme, c'est-a-dire avec ces memes conscrits apres les premiers temps de leu r education militaire. Certes la difference est grande pour le mainlien , la prestesse , le degagement et I'habilete. Eh bien ! comment cette education aurait-elle pu etre conduite sans l'emploi du mode mesure? N'est-ce pas en mode mesure qu'ils apprennent a manier le sabre, le fusil , le canon, a manoeuvrer a pied

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ou a cheval ? IN'est-ce pas aux sons mesures ties tambours, des clairons et des marches de la musique militaire placee en tete de chaque regiment, que les evolutions s'executent, que les pelotons et les bataillons accommodent leurs pas et leurs mouvemens ? Et les cominandemens partis du colonel, transmis hierarchiquement aux chefs-de-balaillon , aux capitaines, et simultanement executes sur toute la ligne, n'est-ce pas la aussi du mode mesure mis en action ? Ainsi , Ton admet bien que 1'emploi du mode mesure, pour l'education des troupes et pour la direction des mouvemens militaires, est la condition merae de 1'existence de nos grandes armees.

Voici maintenant un autre exemple qui rentre mieux dans la specialite du sujet que nous traitons. G'est l'exemple des suites d'asyle. Les salles d'asyle sont deja nombreuses a Paris, ou la premiere a ete fondee en 1828. Allez visiter une salle d'asyle, si vous ne connaissezpas encore ces bons et pieux etablissemens; aucun spectacle a Paris ne vous donnera de meilleure et de plus douce emotion. Le but de la salle d'asyle est de recevoir pour la journee les enfans, en bas age, duquartierenvironnant. L'etablissement se compose d'une cour plantee d'arbres, munie d'un auvent spacieux. Quand il fait beau , les enfans

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jouent dans Ja cour an soleil ; ils se reunisseut sous l'auvent quand il pleut. Des sept heures du matin les meres ou les grandes soeurs amenent les petits enfans a I'Asyle, ou ils restent jusqu'a sept heures du soir; on les recoit depuis l'age de vingt-deux mois jusqu'a six ans.

Or, vous verriez dans la cour trois cents petits enfans, pleins de gaiete etde gentillesse, jouant, sautant, dansant a la corde et se roulant sur !e sable au soleil , — et pour ces trois cents enfans un seul surveillant ! J'ai vu dans la cour de la salle d'asyle de la rue St.-Hypolite , un petit jardinet tout eblouissant de fleurs, et au milieu des fleursun cerisier nain, pas plus haut que les enfans de trois ou quatre ans, qui jouaient a cote; ce cerisier etait couvertde belles cerises rouges, que chacun des enfans aurait pu cueillir en avancant la main. Eh bien ! aucune de ces jolies cerises n'etait cueillie, aucune de ces jolies fleurs n 'etait touchee , toutes ces jolies lentations etaient respectees ! et notez , s'il vous plait , que ces petits enfans sont bien libres, car souvent le directeur est a cote et reste des demi-heures entieres sans paraitre. — Mieux que cela ! quand de nouveaux enfans arrivent a I'Asyle, sitot qu'ils s'approchent du petit jardin , ce sont les autres qui leur apprennent qu'on n'y louche paSj et aucun

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n'y touche. II n'y a jamais eu une grohdefie ;t faire, une punition a infliger : pourtant la seduction est grande. C'est 1'influence du Ton qui regne la, 1'influence du Ton unitaire.

Maisvoici ce qui est joli. Ouandtous ces petits enfans sont as'amuser dans leur cour, ou ils s'amusent tant, que la moitie au moinSj nous disait le bon directeur, oublieraient de manger et laisscraient , sans y toucher, leurs petits paniers pleins de nourriture 3 si I' on n'y prenait garde; quand ils s'amusent tant, disais-je, voici que le maitre

donne un coup de sifflet a ce coup de sifflet,

petites filles et petits gareons quittentsubitement le jeu et viennent se mettre en fde, chacuna son rang: trois cents enfans, etdespoupons de vingtdeux mois ! et tout fait silence ! — « Attention , mes enfans! » dit le maitre; et au second coup de sifflet tons cioiseut les mains derriere le dos. Au troisieme coup de sifilet, le maitre battant la mesuie avec un livre en bois, les deux regimens de petites filles et de petits gareons se mettent a marcher en marquant le pas et en chantant sur i air de Malborou»li :

Nous nous meltons en marche , Mironton , ton , ton , mirontaine ; Nous nous meltons en marche Pour aller travailler ; Car il fant s'occuper Pour ne pas s'ennuyer, Pour ne pas s'ennuyer.

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Et lesvoilamarchant en mesure sur deux files, toujours chantant en meSure, et chantant, sur un air d'abord, puis sur un second, puis sur un troisieme, tons les inouvemens qu'ils iont, toutes les evolutions qu'ils execulent pour aller, en bon ordre , prendre les places accoutumees sur les bancs de la salle. — Le maitre donne-t-il un coup de sifflet , tout s'arrele , marclie et cbant. C'est un silence parfait , vous entendriez une mouche voler. — Quand la mesure reprend, la marche et le chaut reprennent. C'est merveilleux.

Je ne decrirai pas la serie des petits exercices de lecture, de numeration, de mouvemens, qu'on leur fait executer pendant deux heures que dure la seance , et qu'ils executent tan tot en chantant, tan tot sans chanter, mais toujours regulierement, toujours simultanement , toujours en mesure. Cela serait trop long a dire ; allez voir la salle d'asyle de la rue St. -Hypolite ; c'est la plus interessante, parce que c'est la plus nombreuse. Allez la voir, et vous ne regretierez pas votre course, et vous comprendrez ce que Ton pent, sur des masses aussi jeunes , avec le chant, avec le pas regulier, avec le mouvement cadence, avec un emploi , encore si faible et si confus cependant du mode mesure !

SJ2 HARMONIC. LIV. III. CH. VIT.

A cote de la cour et do la salle des tout petits, il y a la cour et les salles d'ecole mutuelle pour les grands. Trois cents garcons dans 1 'ecole mutuelle des garcons, trois cents lilies dans 1 'ecole mutuelle des filles, apprennent a lire, a ecrire, a dessiner, font de l'arithmetique , de la geometrie et du solfege, sous la direction d'un seul maitre et d'une senle maitresse ! ! Voila done , grace a limitation, grace au mutualisme, grace a Tentrainement progressif ascendant, et grace surtouta un emploi encore fort restreintdu mode mesure, six cents enfans et plus, tenus, gouvernes, instruits sous la direction seulement de trois grandes personnes !

Je dis six cents et plus, car il y a eu quelquefois jusqu'a onze cents enfans presens dans 1'etablissement de la rue St.-Hypolite. En verite, il n'est pas permis de fermer les yeux a de pareilles revelations. Representez-vous seulement ces onze cents enfans passant, isolement chacun, la journec dans leurs families, et calculez ce qu'ils feront de sottises; que d'ennuis et de desolations ilscouteront a leurs parens; ce qu'ils pousserontde cris, ce qu'ils verserontde Jarmes ! Aussi le maitre de la salle d'asyle vous le dira-t-il , comme il me l'a dit et comme je le savais d'avance : « Ilest bien plus facile d'en tenir et d'en elever

education harm. — .3e\ developpemens. 555

» trois ol quatre cents, que den tenir et den » Clever trois ou quatre. »

Et qu'est-ce encore, bon Dieu ! que la puissance des moyens de nos pauvres salles d'asyle, a cote de la puissance immense , de la richesse exuberante, de la fecondite inouie des moyens d'education de la moindre Phalange? Voila que cependant, deja , pour les petits enfans des riches, on commence a fonder des salles a l'imitationde cellesqui n'ont ete fondees qu'en 1828 pour les enfans des pauvres ! — Allez visiter une salle d'asyle, et si vous avez seulement jete les yeux sur la theorie de I'education phalansterienneT vous en reviendrez Phalansterien.

Nous ne pouvons plus craindre d'etre arr&tes par aucun homme intelligent et sense, en prenant nos conclusions et en resumant ainsi ce que nous avons etabli sur l'Opera des Phalanges.

L'Opera est 1'EcoIe des harmonies du mode mesure, c'est-a-dire du mode dont l'emploi est le plus fecond, le plus puissant, le plus magnifique dans le domaine de la grande Industrie phalansterienne.

L'Opera est l'Ecole d'eclosion des vocations artistif/ues et la cause incessante du perfection ne-

ment des beaux-arts, qui viennent y concentret leurs rayons.

L'Opera est l'Ecole des mceurs actives d'Harmonie 3 par l'influence qu'exercent sur les masses de spectateurs ou d'acteurs, la magie de ses grands spectacles, qui representent ces moeurs dans leur essence la plus haute et la plus poelique , et qui glorifient les grands homines et les corporations dans leurs ceuvres les plus utiles au service de lhumanile.

L'Opera est l'Ecole de la subordination passionnee de l'enfance et de la jeunesse, dans le chant, les evolutions, les manoeuvres, et dans tous les mouvemens mesures de la vie sociale industrielle , par le charme que possede Taction des accords d'ensemble de la masse, toute-puissante sur l'individu qui en fait partie. A l'Opera, l'enfant et 1'adolescent se faconnent done a intervenir harmoniquement dans tous les grands accords.

Enfin, TOpera est le Diapason qui , depuis les Phalanges et les villes de diflerens degres, jusqu'a la Capitale du Globe, donne sur toute la terre, dans les beaux arts, et par suite dans toutes les branches de l'activite humaine, le Ton d' Unite .. le Ton d' Harmonic.

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A tons ces titres, on voit bien que le Theatre, et specialement l'Opera harmonien , n'est pas line institution propre seulement a repandre le plaisir sur le monde et a distribuer largement, a tons, les jouissances des beaux-arts, dont les masses miserables et incultes sont aujourd'hui totalement privees ; il est propre encore a policer ces masses, a creer les artistes, a feconder les germes des pins belles et des plus nobles facultes humaines, a diriger ces facultes sur les plus grandes choses, a en combiner les puissances en les portant a leur plus haute, a leur plus brillante energie : l'Opera harmonien est done 1'Ecole pivotale de l'Unite en mode materiel.

Maifl toi. Seigneur, par qui tout s'enehaine et se i Qui dus marqucr a tout son lot , 6a fin , sa plane ; L'ordre est ta gloirc, a toi, coninie tous dons parl'ails , Qui done impuneraeut derangea too ouvragc ?

Quel pouvoir malfaisant t'outrage

En paralysant tes bienfaits?

Madame Am.vi. i.t TiSTO.

Nous avons vu que, la nature humaine apportant toutes les facultes sociales en germe et en puissance , le probleme consistait a creer le milieu favorable a la pleine eclosion, au developpement harnionique et libre de ces facultes natives qui emanent de Dieu meme, lover de tout

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attrait, de toute activite. Les etudes que nous venons de faire sur l'ordonnance de certaines branches speciales de l'activite humaine dans la Phalange, nous ont suffisaniment avances dans la connaissance de ce milieu convenant a la nature de I'komme, pour que le lecteur, s'en representant la realisation, sepuisse avec faeilite rendre compte du developpcment heureux, du jeu soupie, multiple et spontane de cesfacultes, et des eflfetsmerveilleux de leur expansion convergente.

A la clarte de ce Genie divin qui s'est leve sur les vieilles tenebres de la subversion; qui, du haut de notre epoque dont il estsorti, et planant au-dessus de nos tetes, comme le Soleil au zenith, verse a flots abondants la lumiere sur I'avenir etsur le passe, nousavonsreconnu notre Royaume de la Terre : la nature de notre ame nous apparait dans sa splendeur originelle, et nous retrouvons le sens perdu de sa parente primitive avec Dieu. Helas ! combien notre intelligence avait outrage notre Ame et calomnie Dieu ! que Tesprit de vertige et d'erreur s etait longtemps empare de notre raiscni pendant qu'elle contemplait X Ame humaine dans les deformations passageres subies au milieu des hontes et des douleurs de la subversion sociale ! Cette intelligence aveuglee, passant elourdiment, sans Taper-

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cevoir, a cote de l'un des deux termes du rapport, demandait compte a la nature humaine du raal qu'engendrait seule la fatalite des choses ambiantes, l'organisation sociale deletere qui alterait et corrompait j usque dans ses sources vives, cette nature noble et divine ! C etait a l'essence meme de 1'organisme que notre intelligence faussee rapportait le mal, au lieu de le rapporter au milieu qui vicie et qui pervertit cet organisme admirable ! C'etait contre cet organisme, chefd'oeuvre dela divinite,que l'intelligence en aberration faisait effort par la contrainte physique, morale, religieuse , par toute repression et toute compression , depuis le pinsum et la ferule, jusqu'a la damnation et a la guillotine, pour accommoder la nature humaine a une forme sociale qui la blesse, qui lameurtrit, qui la torture, pour l'acclimater dans une atmosphere qui l'empoisonne ou 1'abatardit

En enlevant un coin du voile qui nous a cache si longtemps notre DESTINE SOCIALE, en deployant aux yeux de l'intelligence quelques tableaux de ce monde de magnificence, de bonheur et de gloire , au sein duquel l'Homme , Roi de la Terre, est appele a communier en Dieu dans l'harmonie des Mondes et des Univers, nous avons rehabilite la nature humaine longtemps

raoconnue ; nous avons coupe par la racine cet arbre du desespoir et dc l'impiete, qui etendait depuissilongtemps ses Iristes rameaux depouilles sur notre Terre, qui secouait sur cctte Terre desolee ses fruits remplis de cendres ameres, et nourrissait de tristesses, de douleurs et de deceptions les Peuples abuses. Nous avons montre comment un horame, un Genie qui sera a jamais sur noire planete la plus puissante et la plus feconde incarnation du genie de l'humanite, comment FOURIER a fait la decouvertc de l'Ame humaine et du Monde social, comment il a entrepris de venger Dieu , en dissipant les erreurs et les impietes accumulees jusqu a nous, dage en age, en instituant enfin sur la terre le glorieux Sacrement de la Liberie et le Saint Sacrement du Boniieur.

C'est un premier degre d'initiation que nous avons voulu donnerici aux homines d'intelligence et de bonne volonte. Encore quelques pages, et cette premiere tache sera terminee ; et ceux qui nous auront suivis avec bonue foi, ceux dont nous aurons eu puissance d'ouvrir les yeux a la belle lumiere , ceux que nous aurons conduits au parvis du temple eleve par Fourier, pourront entrer plus avant etpenetrer avec iacilite, d'euxmemes, dans le sanctuaire.

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