‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 116 sur 116 · LE CORPS ENSEIGNANT · texte numérisé non relu

LE CORPS ENSEIGNANT

Celui qui Teut professer et qui a pour lui le talent, )a confiance , n'a pas besoin de mendier la protection (1'u iir soubrette de la maitresse d'un cbambellan qui peut parler au roi , et faiie oblenir la preference. Ni le roi , ni les femmes de cbambre ne donneront ces sortes de places. FocniES.

Quelles belles et nobles fonctions quecellesdu Corps enseignant en Harmonie ! Le corps enseignant, dans les Phalanges, est une continuation, un developpement superieurde lamaternite etde la palernite. Les peres et les meres ont donne la vie materielle; le corps enseignant donne la vie de l'esprit, le developpement de l'intelligence et des facultes qui constituent l'homme dans sa dignite , qui posent sur son front la couronne

royale, le signe glorieux de sa domination sur fe monde et de sa parente avec Dieu , l'aureole de la Science. — Les Institutrices et les Instituteurs sont les meres et les peres spirituels des generations humaines.

« Comment sefait-il done que les instituteurs tiennentle dernier rang dans la civilisation perfectibilisee; qu'un agioteur, un etre malfaisant, ait des revenus de prince, et que le role d'instituteur soit partout un metier de forcat, demercenaire subalterne? Dans nos grandes villes comme Lyon , Bordeaux , les professeurs ont a peine de quoi frayer avec les vendeurs d'allumettes. Qu'il est plaisant de les entendre vanter leur civilisation perfectible , nier que Ton puisse de'couvrir d'autre socie'te que celle qui re'duit les savans a la besace. » T. do VA., t. 2 , p. 336.

Rien n'est maigre et piteux, en effet, comme le sort de nos regens, professeurs et autres officiers de l'universite. A part ce qui concerne un petit nombre d'entre eux, privilegies quelquefois par des talens tres-remarquables , le plus souvent par la faveur et I'intrigue, qui exercent a Paris ou dans les premiers postes des provinces, e'est quelque chose de revoltant que rexis;uite du traitement de ces malheureux regens. II y a la bien des hommes honorables, laborieux et meritans 5 car ce ne sont pas eux, apres tout, qui font l'absurde et l'odieux de nos systemes d education , ni qui en sont les causes responsables ; ils en patissent les premiers : leur tache

est des plus dures, des plus monotones et des plus penibles. (On ne peul pas etre impunement {'instrument de l'oppression, des douleurs et de 1'abatardissement des generations naissantes. )

Ces pauvres gens sont d'ailleurs le plus souvent charges de famille ; et comme leur metier est si ingral qu'il nest couru que par des necessiteux, on voit, dans toutes les villes de second et de troisieme ordre , en France , ces malheureux pretres de la litterature et de la science, reduits a des emolumens fort inferieurs a ceux des rats de cave de l'endroit, condamnes a vivoter dans la plus etroite lesine, a se tout refuser, a regarder beaucoup pour depenser une piece de six liards. La grande majorite du corps universitaire en France joint a peine les deux bouts de l'an, et reste accrochee, la vie durant, a la queue du diable. lis vantent a leurs eleves Yaurea mediocrilas 3 (un peu, il estvrai, comme le bouc faisait fi ! des raisins trop verts ;) mais encore, Yaurea mediocritas du poete epicurien de Tibur, n'est-elle pas cette misere qui sort si piteusement par les coudes perces desinfortunes qui traduisent ses vers et les commentent a nos enfans dans les colleges.

Ajoutez a cela qu'ils n'ont aucune garantie,

bOb HARMONIE. L1V. III. CH. VIII.

qu'ils sont livres sans merci a tous les caprices du ministere , a toutes les intrigues des bureaux. II n'y a pas de loi dans l'universite , on plutot il y en a raffle dont le chaos permet aux bureaux de mener tout le personnel comme de la valetaille. Le departement de l'instruclion publique est, sans contredit, celui de tous les departemens ministeriels ou I'arbitraire est le plus complet; c'est bien autre chose que dans l'armee ; et il serait peut-etre impossible qu'il en fut autrement. Joignez a cela qu'il n'y a pas d'esprit de corps dans le personnel universitaire , pas de dignite et de resistance corporative. Ghacun de ces malheureux professeurs et regens est , individuellement, soumis aux intrigues, aux denonciations calomnieuses , a mille petites haines exterieures et interieures. Tout college est un miserable theatre de jalousies, de delations, de viles adulations et de tripotages perpetuels. Un recteur d'academie , un proviseur, le principal d'un college communal lui-meme, sont autant de pachas au petit pied , soumis a la verge ministerielle, et s'en vengeant bien sur leurs inferieurs! Qui a vu clair dans ces regions universitaires , sait fort bien que c'est un vrai cloaque de sottise , de pedanterie, d'intrigues et de bassesses , ou les gens honorables sont presque toujours abreuves de fiel et de vinaigre.

EDUC HARM. — METHODES d'eNSEIGNEMENT. 56o,

Voila pour nosinstituteurs ofBciels, brevetes et payes par l'Etat. II faut encore colloquer icil'immense categorie despauvres cures de campagne, « qui travaillent plus ou moins a former des eleves, les catechiser en religion, les initier aux elemens des sciences , » et qui sont de beaucoup trop rogues, et mal nantis pour representer convenablement sur la terre le Dieu splendide qui regne au sein de la magnificence et de l'harmonie des mondes. — Viennent enfin les magisterSj dont chacun est bien le savant du village, mais qui n'en est pas moins souvent le plus miserable, le plus ecourte, le plus piteux habitant.

Voila au complet notre corps enseignant civil et religieux! 6tez-en le ministre de l'instruction publique, les dignitaires qui l'avoisinent, les eveques et quelques officiers universitaires des grandes villes, recteurs ou autres , et voyez ce qui reste. ... la misere enregimentee.

Dans ces tristes conditions, la dignite humaine ne peut pas tenir. Aussi , a cote de quelques caracteres nobles et forts , qui savent resister et porter leur sort avec une fierte stoique et severe, est-il dans cette cohue de regens, de maitres d'ecole , de maitres de pension et

d'instituteurs civilises, une quantity de valetaille aussi souple quand elle devrait etre independante et digne, qu'elle est dure et despote la ou elle devrait etre bienveillante et souple.... avec les enfans. La flexibility de l'epine dorsale, la sotte et gauche obsequiosite du pedagogue , et sa platitude infinie, sont en effet proverbiales partout ou vit cette espece minable, qui devient servile en tyrannisantlafaiblesse, et qui faitd'indignes passe-droits en faveur des enfans riches, pour etre quelquefois admise, moyennant force mensonges adulateurs sur la gentillesse et les aptitudes des rejetons, a piquer l'assiette chez les parens, au bas bout de la table.

Ah ! certes, cette position subalterne, ce sort miserable et ces mceurs sans dignite ne sont pas la position, le sort etles mceurs du corps enseignant en Harmonie ! Tout cela s'enrichit, se releve et s'anoblit ! En Harmonie, le corps enseignant, industriel, scientifique, litteraire , artistique, civil ou sacerdotal, est amplement dote; on s'accorde a l'environner de la consideration et des honneurs que ses importantes et nobles fonctions meritent; d'autant mieux que chacun peut s'y amlier pour telle ou telle branche de sa competence speciale ou il a conquis une juste reputation. « Chacun,» dit Fourier, «exercantdans

une quarantaine de Series, parvient avecle temps a la perfection theorique ou pratique dans quelqu'une; des-lors il est fonctionnaire enseignant, sans avoir besoin de commission ministerielle ni de protection en cour. II sufEt qu'un individu, homme 011 femme , soit juge apte a donner l'instruction, pour qu'elle lui soit demandee. Le professorat theorique ou pratique n'est jamais concede que par I'opinion ; les dividendes affectes a l'instruction sont retribues par degres a ceux qui ont notoirement donne le plus de soin et de lustre aux lecons et a l'instruction des eleves.... a L'instruction est organisee comme chez les Grecs, ou tout sophiste etait libre d'ouvrir une ecole, et n'avait d'eleves que ceux que la confiance lui amenait. » II est sans doute inutile de remarquer que cette liberte ne comporte pas le moindre danger au milieu des contre-poids de toutes sortes et au sein de l'ordre parfait du regime harmonien.

Done chacun pouvant parvenir au corps enseignant, chacun comprenant la haute importance de ses fonctions pour la societe entiere et pour les siens, chacun se trouve porte a donner le plus grand lustre a ce corps; e'est a l'unanimite qu'il est eleve aux honneurs supremes. Au reste, l'enseignement libre de l'Harmonie est

organist et hierarchise comme tous les autres services, comme toutes les autres grandes Series. « Ainsi, l'instituteur aujourd'hui destitue de ses ingrates fonctions, soit par defaut de protection, soitpar contre-coup des querellesde parti, oblige d'etre, en Civilisation, le plus rampant et le plus miserable deshommes, prendra place parmi les dignitaires les plus honores et les plus independans : il en sera de meme des cures et vicaires. Un cure, dit Fourier, jouira des honneurs et avantages deMagnat dans la Phalange; un simple vicaire pourra mener le train d'un eveque d'aujourd'hui.

L'enseignement jouissant de tous les avantages generaux du procede seriaire, les maitres ne sont pas imposes aux eleves, ni les eleves aux maitres. Les Groupes se forment, ici comme ailleurs, par concours d'affections et de convenances mutuelles, par affinites scientifiques et par sympathies caracterielles.

On ne doit pas avoir de peine a comprendre, apres cet apercu, que le concert affectueux des maitres et des eleves se realise pleinement en Harmonie; — tandis qu'ecoliers et professeurs ne realisent d'autre concert, en Civilisation, qu'un concert de punitions, d'insolences, de mepris , de coleres, de revokes et de haines —

EDUC. HABM. METHODES DENSEIGNEMENT. 5y3

§- HI-

LES METHODES d'eNSEIGNEMENT.

On nou9 licnt qualre ou cinq ans a entendre les niotf et les coudre en clauses, encore autant a en propor tionner urj grand corps estendu eu quatre ou cinq parties, austres cinq pour le moins a les savoir briescement niesler et entrelasser de quelque subtile

faCOU. JloSTilCSE.

Sur cette question la solution doit etre prevue par le lecteur. — On annonce chaque jour des methodes nouvelles ; chacune triomphe a son tour, ou du moins vise a lavictoire sur toutes les autres et se declare modestement universelle. Cette pretention est ridicule, meme pour les bonnes, et cela est facile a concevoir. Une methode peut correspondre a telle nature d'esprit, a tel et tel caractere. Elle est excellente pour celui-ci , — e'est justement une raison qui la demontre detestable pour celui-la, dont le caractere est en franc conlraste ou en pleine opposition avec l'autre. Puisque les natures et les caracteres different, il faut bien des methodes differentes. Loin de les reduire, de les eliminer pour en faire dominer une al'exclusion de toutes les autres, il en faut avoir beaucoup : elles seront toutes bonnes, a la condition d'etre offertes a des caracteres qui soient en convenance avec elles; taut mieux pour celle qui rendra service au plus

grand nombre; elle prendra, sans miner les autres, le premier rang en importance; le rang pivotal : le Soleil , pour sa gloire, n'a pas besoin de devorer les planetes et leurs satellites ; bien ail contraire , il les echauffe et les eclaire. Ecoutons Fourier sur la question des methodes; son chapitre n'est qu'une indication, une ebauche, mais il suffit pour ouvrir les idees.

« Je n'en donne ici que neuf (neuf methodes); j'en ai d'autres egare'es dans les manuscrits. C'est une gamme difficile a mettre au net; un seul homme n'y re'ussirait guere; c'est pourquoi je la re'duis au mode simple de sept touches ; e'en est assez pour mettre sur la voie ceux qui voudront l'amplifier et l'achever.

Gamme simple en methodes d'enseignement.

$4 Amorces Locales et Sp£ciales.

^ | i, Analyse directe , "3(2. Analyse inverse,

IE ( 3. Synthese directe , u ( 4. Synthese inverse.

5. Cab. Les progressions composees , le classement des > [ hommes et des choses en degre's et ordres.

^ 6. Pap. La methode ambiante ou hachee ,lesparcours et retours ; les e'tudes multipliers et alterne'es. 7. Comp. Les alliages et applications , le'parallelisme compose'; les e'phe'me'rides , mne'moniques, jeux adapte's.

X L'Analogie universelle.

» Explications. 1. \j Analyse directe ou me'thode visuelle.

»> Cette methode comprend les arbres ge'nealogiques , et les tableaux en regard , en ordre compose , pre'sentant par colonnes d'anne'es ou de regnes , les e've'nemens et les indiyidus historiques.

» 2. L Analyse inverse ou rne'thode alphabe'tique. Elle comprend les dictionnaires , plus multiplies que jamais ; quelques-uns en ordre compose' ou classement de matieres : l'encyclope'die me'thodique est une analyse inverse composee.

» Ces deux me'thodes sont ge'ne'ralement approuve'es et employees; personne n'a songe a accuser de ridicule aucune des deux; elles se pretent un appui mutuel. 11 est surprenant qu'on n'ait pas opine' de meme a 1'e'gard des deux me'thodes syntbe'tiques, et qu'on ait raille d'Alembert parce qu'il a eu le bon sens de remontrer son siecle sur re'tourderie qui , depuis 3000 ans , fait ne'gliger la synthese inverse et pre'valoir exclusivement la directe.

» 5, La Synthese directe est, en enseignement comme enhistoire , la se'rie des lumieres acquises a partir des notions e'le'mentaires , ou la se'rie chronologique partant des ages les plus recule's, pour arriver successivement au temps present ou au tcrme d'une pe'riode, comme l'bistoire du Bas-Empire jusqu'a sa conquete par les Ottomans. C'est la me'thode qu'on a toujours suivie en enseignement synthe'tique.

» 4. La Synthese inverse procede a contre-sens. Elleremonte du present au passe' , ou des connaissances acquises aux e'le'mens de la science ; me'thode aussi ne'cessaire que la pre'ce'dente , mais inusite'e. D'Alembert fut ridiculise' lorsqu'il osa la proposer en histoire. Je de'noncerai plus loin cette prevention des modernes, qui en enseignement admettent les deux analyses et ne veulent pas admettre les deux syntheses. Cependant on les voit tous assister a des experiences de physique , ou ils prennent le gout de la synthese inverse , qui , du spectacle des connaissances ac quises , remonte au principe de la science.

» 5. Les Progressions composees , qui classent les hommes et les faits par degre d'importance. Par exemple, sur la Se'rie des Rois de France ou d'Angleterre , on peut former divers tableaux gradue's :

» Tableaux d'effetspolitiques, tels que la ce'le'brite, par e'chellc d'individus et e'chelle de classes ;

» Tableaux d'effets raate'riels , comme celui de la dure'e des regnes , de la proportion des de'penses et autres brancbes d'administration.

• Cette me'thode est cabalistique , en ce qu'elle oppose par premiers et derniers rangs les personnages , et les met en lutte graduee, assignant des premiers et derniers rangs, premiers et derniers ordres. J'ai du la rapporler a la passion dite cabaliste, qui procede ainsi par Series contraste'es et gradue'es.

» 6. Le genre amhiant ou hache , debutant par un parcours superficiel , puis des retours partiels sur quelques portions de the'orie , puis des examens plus approfondis , et des comparaisons de divers traite's, gloses, contro verses , variantes, etc.

» Cette me'thode alternante et papillonnante se rapportc a la 2e. passion distributive, nominee papillonne. Celui qui procede ainsi, abesoin de cumuler plusieurs e'tudes sans jamais se borner a une seule. Les e'coles civilise'es ne sont point en mesure de donner ce genre d'enseignement , et pourtant il est, comme tout autre, ne'cessaire a certains caracteres qui ontla papillonne parmi leurs dominantes. C'est a pen pres le seul dont je puisse faire usage.

» 7. Les (tillages et applications ; il en est de plusieurs especes : les e'pbe'me'rides pre'sentent des relations qui aident beaucoup la me'moire; les mne'moniques la soulagent quand elles sont inge'nieuses , comme celle du vers hexanietre suivant, qui contient en autant de syllabes initiates, tons les noms des conciles cccume'niques :

!Xi,co,e : Ca,co,co : Ni,co,la : La, la, la.' Lu,lu,vi : Flo,tri.

» Le premier est Nice'eou Nicome'die, le dernier est Trente , Tridentinum.

» On emploie pour l'instruction des enfants beaucoup de jeux figures, jeux de cartes, jeu de l'oie, en adaptant a chacune des cases ou des pieces , un e've'nement , un sujet quclconque.

» A cette me'thode se rapportent les paralleles, genre que Plutarque a traite en simple. Je ne sache pas que personne l'aitltraitc

EDUC. HARM. — METIIODES DENSEIGNEMENT. 577

en compose , par application d'un seul personnagc a une masse d'autres comparativement examine's , et formant la monnaie d'un caractere cumulatif. Ce serait un sujet fort neuf pour un e'erivain verse' dans L'histoire; il deviendrait par ce traite, un Plutarque compose.

» Par exemple, on peut faire en ce genre an parallele tresfrappant, de Bonaparte avec un quadrille de Rois de France :

Pivotal. Quadrille. Cumulatif.

r . Clovis, Louis IX, V,,,^,,.,-,, ~„,r^

Charlemagne.^. ' . ' BO>APARTE.

liugues Lapet, Loins JL1 V . ;

» Les rapports du personnage cumulatif avec Louis XIV et Charlemagne sont si nombreux et si saillans, que depuis la restauration Ton n'a pas fait entendre le moindre e'loge de Louis XIV, qui auparavant occupait seul la de'esse aux cent voix, et qui , en politique sociale, ope'rait selon le principe de Bonaparte, l'etat, c'est mol Ce n'est guere que depuis un ou deux ans que ce roi est un peu amnistie'.

» J'ai e'bauche' le parallele ci-dessus; il devait former le sujet de la note H : mais je le supprime , comme t.ouchant aux affaires de parti, auxquelles je suis e'tranger, et dont j'aurais parle' en juge neutre, en analyste fidele; c'est un moyen sur de de'plaire a tons les partis.

» La 7'. me'tliode, comprenant ces paralleles composes, etc., correspond a la passion dite composite ou exaltante , 5m'. des distributives. Cette me'tbode abrege le travail de memoire, autant que les logaritbmes abregent le calcul.

» X L'analog[e uxiverselle ; me'tbode indique'e a 1'article Pivot inverse (i). Celle-ci doit s'allier avec les 7 autres, s'appliquera cbacunc, sauf a discerner laquelle ou lesquels des 7 conviennent a un caractere : en y ajoutant le secours de I'analogie , on peut conjecturer que le progres de l'eleve sera triple en rapidite'.

(i) Tr. de I'As.. t i , j) '197.

» !*5 En transition, j'ai place une rae'thode vague, elite amorce locale et speciale. Elle consiste a faire usage des bizarreries ete'eartsde regies qui peuvent exciter I'attention. Cette me'thode irreguliere devient bonne , pourvu qu'elle re'ussisse a inte'resser et slirnuler. (Testa l'instituteur asavoirdiscerner lesirre'gularite's convenables a cliaque e'leve, les transitions opporlunes qui re'ussiront a e'veiller la curiosite.

» Par exemple, Nisus age de 14 ans n'a pas de gout pour I'e'tude de la ge'ographie , mais il s'inte'resse vivemenl a une guerre ou se trouve son pere, et dont cbaque jour les gazettes apportent les details. II faut lui en faire suivre les operations sur la carte , jour par jour, en pointant avec des e'pingles les positions d'arrae'es. Ce sera un proce'de de transition ou amorce locale et spe'ciale. Quand il connaitra ce pays , quand il s'y sera inte'resse, il faudra savoir l'excitcr a I'e'tude de la sphere entiere , e'tendre sa curiosite aux regions vicinales , et de proche en proche a toute la mappemonde.

» Laquelle des 7 me'thodes faudra-t-il appliquer? Ce ne sera pas celle des civilises, l'analyse directe, qui decompose progressivement de Tensemble aux parties ; rien n'est moins engageant pour les e'leves; on en rebute les 9/10 si on leur pre'sente la sphere armillaire et ses cercles : on les rebute plus facilement encore par la synthese inverse , qui enseigne les distributions capricieuses et ridicules faites par la politique.

» Peut-etre on les amadouerait par un melange des deux syntheses , de l'inverse ou division politique , avec la directe ou distribution des bassins ; genre d'enseignement inconnu aujourd'hui: et peut-etre faudrait-il combiner avec cette etude par bassins, un apercu de ge'ologie, ou aulres amorces locales et speciales.

» Le but c'tantde cre'erungermed'inte'retchez l'e'tudiant, et de developper ce germepar des moyens quelconques, toujours bons s'ils reussissent a passionner pour I'e'tude , on ne voit pas de quel motif peuvent s'appuyer les civilises en proscrivant telle ou telle des 7 me'thodes. An dernier siecle, on blama d'Alembert sur ce

educ. harm. — methodes d'enseignement. 579

qu'il conseillait l'emploi de la synthese inverse en etude de l'histoire. On lui reprochait de vouloir detruire le charme de Vhistoire, et porter la secheresse mathematique dans les methodes d'ensaignemsnt.

»> Etrange prevention ! aucune des 7 me'thodes ne porte la se'cberesse. Elles sont toutes utiles, sauf application aux caracteres faits pour les gouter; et le systenie d'enseignement ne sera pas integral, si onneles emploie pas toutes : il restera beaucoup de caracteres qui ne voudront pas mordre a lhamecon , el qu'on accusera de nonchalance , d'impe'ritie , quand le tort sera tout entier du cote des methodes inconvenantes.

» Appliquons cctte regie a l'histoire de France, laplus insipide peut-etre qu'il y ait an monde ; car j usqu'au regne de Francois I". , on y rencontre a peine un dixieme des personnages ou des e've'nemens qui puisse exciter quelque inte'ret ; et par cette raison, il convient de la faire e'tudier selon l'avis de d'Alembert, en synthese inverse remontant du pre'sent an passe'. Jamais on ne re'ussira d'erable'e a fixer Tattention sur Pharamond , Clodion , Me'rove'e et Childeric ; non plus que sur une galerie de monarques insignifians, comme

Louis-le-Begue , Charles-le-Simple,

Louis-Ie-Gros , Charles-le-Gros,

Louis -le-Hutin, Charles-le-Chauve,

Louis-le-Faine'ant , Philippe-le-Long ,

et tant d'autres de meme force , parmi lesquels deux ou trois exceptions , comme Charlemagne , attestent la fadeur ge'ne'rale du sujet.

» Pour inle'resser un e'leve , il sera plus prudent de commence!' par les derniers rois, et remonter jusqu'a Francois I". Ici , d'Alembert et sa me'thode inverse auront gain de cause; puis, pour amorcer a le'tude des regnes ante'rieurs , il [faudra recourir a d'autres voies, comme paralleles, ephe'me'rides , contrastes. L'e'chelle inverse , ou marche retrograde, n'aiuait plus d'attrait au-dela de Frangois Ier.

» Au sujet de ces methodes, applicables a Thistoire de France ,

58o HARMONIE. UV. HI. CH. VIII.

reinarquons lc tort des Francais, qui ont raillc' d'Alembert pour avoir propose la plus convenable a l'histoire de leur pays. Tel qui ne s'inle'ressait ni a Philippe-Ze-Zon^ ni a Pepin-Ze-.Bre/', s'lnle'rcsse au roi existant , et par suite a son pere , a son a'ieul ; de proche en proche on I'amenera facilement a e'tudier le regne de Louis-le-Grand, qui, apres avoir tantguerroye et fatigue' le monde , n'a su pousser sa frontiere qu'a 24 heures desa capitale , sans pouvoir atteindre seulement a ses limites naturelles, Biesbos; Meuse; versans de RoI'r, Kill et Sarre; Vosges; Jura; Le.mAn ; Alpes et Pyrenees (dont PEspagne a garde trois grandes valle'es en versant francais).

» L'inte'ret que ce regne doit exciter sous d'autres rapports, se reportera sur les regnes e'galeraent fameux par les guerres ct conquetes inutiles , comme ceux de Charlemagne et Louis IX. La synlhese inverse est done , quoi qu'on en disc , une me'thode fort utile , et tres-opportune en sujets arides , si elle est soutenuc de paralleles compose's.

» II est vrai que d'Alembert en la proposant eut un tort ; il aurait du se signer d'Alembertingiiam on d'Alemrerte.ndorff ; moyennant cette precaution , son avis aurait etc declare un trait de lumiere. Si Ton veut faire tomber dans l'oubli une ide'e heureuse , il suftit de la faire presenter en France par tin Francais.

» On verraautraite'descaracteres, que raoitie'dentreeuxe'tant d'ordre inverse, en majeur corarae en mineur, cette moitie incline a pre'fe'rer les metbodes inverses, comme cellequeproposait d'Alembert. Ceux qui opincnt exclusivement pour Tune ou Pautre, sonte'galementdans Perreur, toute voiee'tant la mcilleure quand elle re'ussit a cre'er Temulation , rendre Pe'tudeattrayante ct profitable.

» Si nousavionsa prononcersurles proce'de'scontrairesde deux pecheurs, dont Pun atlraperait les poissons par la tete et Pautre par la queue, chacun de nous dirait: je donne la preference a celui qui apportera le plus de poisson ; pris de tete ou de queue, pen importc, pourvu qu'on lc tienne ; et si tons deux en prennent

une ample quantity laissez-les pecher cbacun a sa guise: on paralyserait l'un des deux , en l'astreignant a imiter le proce'de de l'autre.

» La regie est la meine en fait d'enseignement. Qu'on prenne la science enteteou en queue , pen iraporte , pourvu que l'e'tudiant la saisisse. Or, il est certain qu'en histoire moderne , la science prise en queue, en synthase inverse, inte'ressera mieux que si Ton de'butait par l'origine des empires actuels , dont les premiers ages sont si insipides a la lecture , qu'il est impossible qu'un enfant y prenne le moindre inte'ret.

» Pouiquoi done proscrire ni la syntbese inverse, ni aucune autre me'tbode? L'institution doit les varier selon les caracteres des e'tudians, selon les doses d'inte'ret que pent exciter cbaque sujet trait e.

» Ce serait maladresse d' employer une me'tbode unique pour enseigner les bistoires ancienne et moderne : 1'interet est vif d'un cote' et mil de l'autre. L'enfant retient aise'ment les bistoires anciennes, parseme'es de merveilleux et de monstruosite's. Au moyen de cet alliage , le crime est compose et noble chez les anciens ; il est trivial et simple chez les modernes , ou le merveilleux ne figure jamais.

» De-la vient qu'un lecteur, a moins d'inte'ret special , ne parvient que difficileraent a retenir quelques parcelles de l'Histoire de France primitive , et que loin d'etre fonde' a proscrire dans cette etude la syntbese inverse , il faut l'y introduire , etaye'e des trois me'tbodes o, 6, 7 et autres, querHarmonieemploiera concurrernraent ; e'vitant le mode exclusif et simple qui se fixe au proce'de d'un sophiste en credit, le generalise dans les ecoles, et le proscrit peu apres, pour substituer au gre de quel- (ju'autre sophiste un mode e'galemcnt vicieux, par cela seul qu'il est exclusif.

a Cette manie exclusive du monde savant s'est malheureusement e'tendue des parties au tout. Sur l'ensemble des etudes sociales , ils ont exclu la moitie la plus inte'ressante , celle de l'avenir ou des destine'es. Les regards de la science ne se portent

que sur le passe* ; elle s'extasie devant quelque vieille pierre qui date du deluge , devant quelques antiquailles inutiles , comme le zodiaque de Denderah , d'ou on ne tirera pas la moindre connaissancc utile au bonheur des societe's.

» Absorbe'e dans ses explorations retrogrades , elle neglige toute recherche ultrograde : on a merne frappe de ridicule cette etude, qui, si on 1'eut traite'e regulierement, aurait conduit bien vlte a la decouverte de quelque branche de desline'e, au moins du garantisme , 6e. pe'riode. On aurait conclu a cette recberche , du moment 011 la science aurait su constater l'abime oil court le monde civilise'.

» On a vu que loin de pencher pour l'exclusivile de me'lhode , en enseignement , ni en cultures, les Harmoniens me'nageront , dans chaque Phalange, l'emploi des 7 me'thodes unies a celles de pivot et transition, sauf a en appliijucr a chaque sujet ce qui sera adapte' a ses moyens naturels.

» De cet assortment de me'thodcs naitra Vintegralite spirituelle d'enseignement. On yjoindra Vintegralite materielle ; 1°. par les ouvragcs (i), dont on meublera la bibliotbeque minime (destine'e a l'enfance); 2°. par le concours de luraieres et de cente'naires instruits en tous genres , et qui abonderont dans les divers cantons.

» Cette reunion complete de moyens materiels et spirituels e'levera dans chaque Phalange renscignementau degre' integral compose; perfection tres-supe'rieure a celle que peuvent offrir aujourd'hni les capitales de Paris et Londres, oil Tenseignement est a une distance infinie du degre' integral compose. Au reste, il n'est qu'au berccau tant qu'on ignore la voie des progres rapides, l'analogie des substances avec les passions, Pivot inverse.

(i) Tr. de VAs., 1. 2, p. 1 3 1 .

On comprendfacilement que ces diverses sortes de metbodes sont applicables aux objets les plus divers des connaissances humaines. D'autres methodes leur seront d'ailJeurs adjointes, et nous repetons que Ton ne doit voir iei qu'une indication , un simple apercu. Le sujet est des plus vastes et des plus feconds.

Terminons en disant que le Procede general d'enseignement derive toujours de la loi seriaire, et que la science se distribue progressivement, en echelle graduee, des maitres aux derniers Groupes des eleves.

« Parmi nous , les enfans envoye's a unc e'cole, sont confondus pele-mele sans classeraent. Lorsque cent e'tudians fre'quentent un coins , il faut que le professeur abonde a servir et endoctriner toiite cette pe'taudiere , dont les 5/-i au moins sont incapables de raisonner avec kii, et qui pis est, n'en ont aucun de'sir. II peut s'en rencontrer une dizaine de bien dispose's : e'en serait assez , car un professeur ne doit jamais avoir plus de 8 a 10 eleves; il est mate'riellement impossible qu'il donne des soins efficaces a une reunion qui exce'derait la douzaine.

» Les sybils et sybilles d'Harmonie ( i ) n'admettront que ce petit nomb^e de disciples title's pour la conference individuelle. Ensuite l'instruction se distribuera par degre's , par des pro-sibyls et sous-sibyls, qui, aspirant aux grades supe'rieurs, et reconnus aptes a donner Tenseignement de 2'., 3e., 4e. degre's, jouiront de'ja d'une repartition sur le dividende alloue' au corps sibyllin

(l) Nom geueriquu donue par Fourier aux membres du corp*. cusci^naut.

» Nos e'coles n'adraettent pas cettc echelle progressive ct socie'laire d'instituteurs. Callisthenc est charge d'enseigner la rhe'torique ; il en doit enseigner seul toutes les branches ; il n'a pas dans son e'cole de vice-professeurs et sous-professeiirs cointe'rcsse's cornme le sont les entrepreneurs d'un pensionnat. L'Harmonie e'tablit cctte graduation en toute espece d'enseignement, sur les cultures et manufactures comme sur les sciences et arts.

» Le mutualisme cTenseignement doit , pour etre integral, s'e'tendre aux plus petits enfans ; c'est-a-dire que , parrai les bambins memes, il doit exister dc'ja de petits sibyls tilre's, aptes a donner 1'enseigneraent a de moindres bambins , et passionne's pour ce genre de travail, qui sera plus fructueux de la part des enfans que de la part des homines faits , conforme'ment aux lois du charme corporatif ascendant.

» Dans notre civilisation perfectibilise'c , un professeur mesquinernent solde' et recevant tout-a-point autant de traiteinenl qifil en faut pour ne pas mourir de faiin, est oblige de suffire a une cinquantaine , a une ccntaine d'e'tudiaus. Qu'arrive-t-il? Qu'il leur donne des lemons superficielles , expe'ditives. Chacun de part ct d'autre ne s'occupe qua e'luder la tache , et n'attend que le'puisement du clepsydre. La plupart n'e'coutent pas le professeur, qui de son cote s'inquicte fort peu si on Te'coute : il en donne au public pour son argent. De'sordre inevitable dans tout systeme ou l'instruction n'est pas sollicite'e comme faveur, et progressivement distribue'c.

»> Par contre , les lecons , en Harmonic , sont d'autant plus fructueuses en tous degres , que les mallrcs e'tant nombreux, se bornent a quelques e'lus qu'ils affectionnent , et que les e'leves sont en afTmite avec les maitres et avec la science. »

On sent qu'au sein des conditions si fecondes, si heureuses de 1'Edugation des Phalanges, la richesse et la puissance du systeme et des me-

thodes D'ENSEiGNEMENxdont nous venons de donner une idee, realiseront dans des generations aux corps sains et vigoureux, aux intelligences ouvertes, alertes et fortes, aux araes ardentes et passionnees, desprodiges destruction, des merveilles de progres et de developpemens intellectuels. Un enfant de douze a quinze ans, d'aptitude ordinaire, eleve en Harmonie, deconcerterait nos pedans d'aujourd'hui, comme Jesus a cet age embarrassait, dans le temple, les docteurs de la loi; bien pen de nos vieux savans actuels pourraient lutter avec nos jeunes gens, en variete, en etendue, en solidite et surtout en bonne quaiitc de connaissances.

Cette consideration de la qualite des connaissances meriterait un chapitre a part. Aujourd'hui on a bien l'esprit de faire l'apologie de l'enseignement universitaire, parcela, dit-on, qu'il distribue les connaissances necessaires pour entrer dans certaines professions, barreau , medecine,

magistrature, etc Et en quoi la grande ma-

jorite des sottes etudes de vos sots colleges sontellesdonc necessaires dans ces professions ? Elles sont necessaires la, parce que vous avez decrete dans votre sagesse et dans votre routine, qu'il faut les posseder pour y pouvoir entrer. Ace compte, vous prouveriez aussi la necessite de savoir esca-

moter la muscade, danser sur lacorde, marcher sur les mains, faire la roue, avaler des serpens et desepeesnues, pour les professions etlesplaces

de magistrat, depute, diacre et archeveque !

Vous n'avez qua faire , de ces aimables talens, une condition d'admission aux places que nous venons de dire. — Quelle pitoyable argumentation ! legitimer un vice parce que c'est un autre vice qui 1'impose ! Ceci rappelle l'explication des races malfaisantesde la creation, desquellesd'honnetes gens tenant a justiGer le bon Dieu , n'ont rien trouve de mieux a dire en sa faveur, sinon que sa bonte avait cree cetle mauvaise race que voici , pour qu'elle devorat la mauvaise que voila , et ainsi de suite : — ce qui ne les empeche d'ailleurs pas de vivre toutes ici-bas et de nous jouer chacune de fort vilains tours;... — et cela sera tres-justement ainsi, jusqu'a ce que, au lieu de continuer a nous devorer les uns les autres, a leur exemple , nous avisions enfin a metlre quelque peu d'ordre dans les affaires de notre planete.

Ne finissons pas sans dire que les champions officiels de l'universite, sont maintenant obliges d'abandonner eux-memes la cause de leur absurde enseignement , de la fagon la plus amusante. Us n'osent plus, en effet, le soutenir pour sa valeur propre et comme but; ils cherchent k

EDUC. HARM. — METHODE5 d'eNSEIGNEMENT. 587

le defendre conime moyen. — Et comme moyen de quoi? direz-vous, lecteur. Car enfin, s'ils avouent que ces miseresdu rudiment, ces haillons grecs et latins, n'ont pas de valeur reelle, a quoi bon fa ire perdre a leur propos huit et dix belles et bonnes anneesdela vie, sacrifices a cesmechantes broutilles? A quoi bon abreuver la jeunesse de repugnances, dedegouts, etl'hebeter, enlanour^ rissant continuellement et sans pitie de ces nauseabondes dejections du passe, puisqu'ils avouent qu'ellessontinutiles? — A quoi bon, cher lecteur? — 11 parait que c'est pour former 1'esprit et !e cceur de la jeunesse !

Les enfans d'Harmonie n'eussent-ils sur nous que le benefice du retranchement de la plus grande partie des choses universitaires, ils nous en seraient deja cinq fois superienrs. Qui a fait sur nous, en tant qu'hommes et que caracteres, en force de corps, en largeur, en portee et en vigueur d'esprit, la superiorite des Grecs et des Romains? Eh, bon Dieu ! c'est d'abord que leur education etait plus gvmnastique; c'est qu 'ensuite , Grecs et Latins qu'ils avaient le bonhcur de naitre, on n'avait pas pu imaginer de les abrutir dix ans, comme nous, sur l'etude universitaire du grec et du latin — On les elevait pour leur pays , pour leur etat social , pour leurs

moeurs. Ces anciens n'enervaient pas leurs generations par de mortelles indigestions d'une indigeste antiquite; leur jeunesse en etait aux clwses, on a mis la notre aux mots : voila tout le secret de leur superiority.

Au reste , qu'on ne s'y trompe pas : si nous prenons a partie l'education universitaire, c'est que cette education est ce que nous avons de mieux aujourd'hui. Ce n'est pas au profit de ses adversaires que nous faisons la critique de l'Universite. C'est la meilleure education civilisee, que nous voulons mettre en regard de l'education harmonienne. INous entendons combattre le systeme de leducation civilisee dans sa forme la mieux organisee , la plus forte et la plus complete. Tous nos systemes d'education propagent et perpetuent dans les generations la debilite, l'liebetude et l'impuissance , independamment de toutes les pedanteries des vaines eruditions et des sciences de mots qu'ils mettent en credit au detriment de la belle et bonne science de la vie , du monde et des choses. L'ennui attache fatalement aux etudes actuelles; l'extravagance de ces systemes qui fatiguent, qui obsedent, qui extenuent, pour des miseres intellectuelles repugnantes, le cerveau des enfans et des jeunes gens ; l'insufFisance des exercices physiques ; la priva-

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tion des joies vives et franches, des travaux manuels executes avec passion, au grand air, ou dans des ateliers salubres, decores et pourvus de tout ce qui convient aux gouts de l'enfance et de la jeunesse ; l'oppression enfin au inoyen de laquelle seulenient on peut maintenir les eleves sous ce regime monstrueux et contre nature, engendrent generalement dans les colleges, dans les pensions , meme et surtout peut-etre dans les petits seminaires, corame dans les prisons et les bagnes, des vices monslrueux et contre nature... Vous voulez priver ces ent'ans des joies, des developpemens et des plaisirs de leur age, vous leur imposez de monotones, de froides et de steriles etudes, qui ne conviendraient pas meme a des vieiilards au sang glace ; eh bien ! les beaux enfans que les meres vous donnent, sont bien-

tot des vieiilards uses et rachitiques Vous la-

bourez et vous ensemencez le champ des deviations ! vous y faites pousser avec une effrayante precoeite les fleurs empoisonnees du vice , ces lleurs pales et livides, qui cachent dans leur sein

la maladie, l'imbecillite, la mort Toutes les

pensions, tous les colleges, presque sans exception, sont des lieux inl'ectes ou la race humaine s'etiole, ou la sante se gate dans ses sources vives, ou le mal qui attaque l'enfance civilisee et la ravage, est aujourd'hui plus que jamais contagieux

et terrible, 011 plus que jamais, enfin, les meres doivent trembler de laisser leurs fils et leurs filles....

Pour vos enfans done , meres qui les aimez •, pour les corps que 1 on extenue , pour les intelligences que Ton obsede, pour les ames que Von fletrit, sonnez la charge, accourez a la guerre sainte!... on plutot, puisque nous n'avons pas a briser, mais a fonder, laissons-la notre expression de guerre : venez, venez batir les Phalanges heureuses ou vos fils desormais seront habiles, robustes, savants ettoujours joyeux. L'education actuelle est pour vos enfans line nourrice au lait corrompu. Meres! hatons-nous de changer la nourrice.

Et vous, professeurs et regens civilises, qui, pour un chelif salaire, tenez en main la verge et trainez la chaine de l'instrnction publique ou privee, vous tous, instituteurs infortunes, qui semez la science et recoltez le mepris et la misere, e'est vous qui allez bientot avoir un sort auquel vous ne vous attendiez guere ! Quand on va multiplier ies Phalanges, il va falloir degrossir les masses, les initier dans chaque canton a l'orthographe , a la syntaxe , a la litterature , aux sciences, etc. Ce que sait la majorite d'entrc vous

suflira dans les premiers lemps; vous en apprendrez un peu plus ensuile, et d'ailleurs vous serez bons a mille choses autres que 1'enseignement. Quelle vie vous allez mener! Vous allez elre recherches , courus , disputes par les Phalanges. Un euistre, dans les debuts de l'Harmonie, se payera au poids de Tor; jugez du taux des vrais savans ! — D'ailleurs, qu'est-il besoin de ces considerations personnelles , pour decider les hommes intelligens et honorables, qui sont encore nombreux dans les bagnes de l'enseignement? Ceux-la, dont seulement nous rechercbons le suffrage, connaissent mieux que personne la malfaisance de nos systemes; ils font choeur avec nous pour les stigmatiser : par amour de la science et de 1'humanite, ceux-la seront assurement les premiers convertis, et les plus fervens apotres. Sursum corda ! Delivrons les enfans! El les enfans de nos enfans nous beniront dans les siecles — Quelle belle et noble gloire, que d'avoir bien merite de 1'enfance !

SLR LA LANGUE L.NITAIRE ET SLR L'e.NSEIGNEMENT NATLREL DES LANGUES EX HARMONIE.

Vous &V£1 beau dire en cent langagefl dilt'ereiu qu'U plettt , ce n'est toujours que de 1'eau qui tomke. D.i Gascon.

Nota. Commc les plus mauvais argumens sont justement ccux auxquels nous devons nous attendre , ne laissons pas aux csprits forts qui souticnnent l'e'ducalion acluelle, un joint oh engager line objection absurde. Voici ce qu'ils diraient , si nous n'y metlions bon ordi'e : ils crieraicnt (pie nous sommes des barbares, des utilit aires, des viathematiciens , des vandales; que nous ne comprenons pas Homere , que nous me'prisons Horace, Virgile et la docte antiquite; que nous voulons proscrire la poe'sie , le bon gout, les belles e'tudes, les belles fleurs antiques — Ta , ta , ta, ta et qui vous parle de cela , Messieurs ? Oh ! vous voudriez. bien que nous tinssions ce langage ! Comme vous nous larderiez de voire esprit, si ace're' quand vous en aiguisez, la pointe stir une phrase de Cice'ion , sur un pentametre de Perse oil de Juvenal, — que je voudrais voir tons deux un moment a vos trousses ! — mais nous ne vous donnerons pas cette petite recreation.

D'abord, nous ne proscrivons rien , nous ne prescrivons rien , et nous n'imposons rien. Nous disons simpleraent qu'il est temps de mettre le genie humain en liberie , et de cesser l'abrutissement et la debilitation de l'enfance , que Ton poursuit si mechamment sous pretextede lui orner Tesprit. Les chefs-d'oeuvre de l'antiquite scront bcaucoup plus ge'ne'ralement connus et bcaucoup mieux appre'cie's en Harmonie , qu'ils ne le sont sous

EDUC. HARM. — METHODES DENSEIGNEMENT. 5q5

votre regime. II suffit d'avoir passe par vos colleges pour elre de'goute de Virgile et d'Horace , et fuir au seul nom des poetes charraans que vous avez eu Tart de nous rendre si fastidieux et si insipides. De grace , ne vous constituez point avec tant de chaleur les avocats de ces beaux ge'nies; calmez-vous : vous avez pour leur gloire vraiment trop d'ardeur, et nous doutons un peu qu'ils vous te'moignassent grande satisfaction, s'ils avaient occasion de connaltre ce que vous avez bien voulu faire pour eux.

L'Harmonie posse'dera une langue universelle , plus riche que ne sont aujourd'hui toutes les langues dn monde ensemble. Le cbaos des langues convient au chaos social. Quand les peuples sont isole's, parque's dans d'e'troites nationalite's , dans des coutumes et des moeurs appartenant a tous les degre's de la subversion, les uns sauvages, les autres barbares , ceux-ci patriarcaux , ceux-la civilises ; quand, au lieu d'une magnificence de Varie'tes, rallie'es dans la grande Unite supe'rieure de l'espece constituee dans sa force et dans sa puissance , ils ne composent que des fragmens he'terogenes, hostiles les uns aux autres ; quand les nations desunies se ha'issent , se pillent , s'egorgent , et reproduisent en grand l'anarcliie que le principe du Morcellement e'tablit dans le sein de la Commune et de l'Etat ; dans un pareil tohubohu social , ce n'est pas merveille sans doute qu'il y ait autant de langues divergentes que d'interets opposes et divergens. Chaque nation, chaque peuplade s'enclot dans sa langue, qui l'isole intellectuellemcnt et affectivement des autres , corarae une frontiere arme'e. Chaque province, chaque village meme a son patois. Cela est fort bien pour le Morcellement : mais en Harmonie , e'est autre chose; et l'unite de langage, comme les unites industrielles , pobtiqucs, administratives , religieuses, etc., se deploie sur le Globe entier : la langue harmonique universelle est le verbe de l'Humanite constituee dans sa loi de vie , dans son Unite.

Toutes les langues fragmentaires engendre'es ca et la dans les etroites et fausses conditions du Morcellement, sont des instru-

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mens intellectucls cssentiellement faux ct incomplets. La langue unitaire , correspondant a la manifestation inte'gralc du ge'nie de l'Humanite, jouira pleinementdu caractere d'omnimodalite. De la vient que les manifestations de lesprit hnmain , ecloses dans Tune quelconque de nos langues parcellaires , nc peuvent ctre , sans mutilations et de'forrnations , traduites dans les antres langues, resseire'es chacune dans son ge'nie exclusif; tandis que ces memes ceuvres trouveront a se produire admirablement, an contraire, sous les formes pantologiques de la langue unitaire, et sans rien perdre de leur caractere autlioctbonc.

Ainsi, tout inondeequ'elle sera de creations ct de chefs-d'oeuvre nouveaux, au sein des conditions toutes puissantes de THarmonie, PHumanite' ne perdra pas, pour autant, le petit nombre des chefs-d'oeuvre anciens. — Les arche'ophiles futtirs seront parfaitement libres , d'ailleurs , d'e'tudier les langues anciennes , bien que la masse ne perde plus alors son temps a apprendre ces vieilles conventions sonores abroge'es.

Avant la de'eouverte et la formation de la langue naturelle unitaire , on adoptera une des langues actuelles, qu'il faudra enseigner dans les Phalanges et dans les arme'es industrielles. Quant aux autres langues modernes et aux langues anciennes, qui en aura le de'sir les apprendra avec facilitc. Ce n'est plus , en effet , la methode des rudiments. Les pale'oglottcs et les be'te'roglottes se forment en Series et en Groupes d'helle'nistcs, de latinistes, de germanistes, de bntannistes , etc. , dont les membres peuvent se re'unir pour des etudes , des lectures , des parties de plaisir on d'industric, mais qui se voient surtout frequemment a table. Dans ces reunions spe'ciales , toute autre langue que celle du Groupe est interdite; si bien que les enfans et les jeunes gens acquitment, dans les Phalanges, la connaissance des langues mortes ou etrangeres, avec la merae facilite que Ton apprend sa langue naturelle. De cette sorte , il pourra etre curieux de voir, dans la Phalange d'essai, des enfans , sans y songer, plus instruits en grec et en

EDUC. HARM. — METHODES d'eNSEIGNEMENT. 5o,5

latin, au bout de six mois , qifon ne Test aujourd'hui apres six longues annees consacrces dans les colleges a l'e'tude exclusive

de ces langues et des enfans pleins de sante, heureux, joyeux,

habiles a mille travaux, et, outre les mots, sachant bien des choses.

Voyez avec quelle prodigalite merveilleuse la Serie jctte des roses et des e'pis partout ou la Civilisation n'a su fairc pousser que d'inextricables ronces aux e'pines douloureuses !

Nous avons fait connaitie les principes , les moyens et les methodcs de l'education harmonienne on naturelle. Ces methodes s'appliquent a tout element et initient l'enfance a l'ensemble des carrieres. Cependant si, en montrant comment se developpent les vocations , les facultes et les talens de nos enfans, nous avons deja depasse de beaucoup les termes ordinaires du probleme de l'education , il ne nous en restera pas moins une tache plus elevee encore a remplir, en montrant comment se forment les caracteres, comment se developpent dans les cceurs des jeunes generations harmoniennes les sentimens les plus purs et les plus hautes vertus sociales.

FIN DE LA lre. LIVRAISON DO 3e. VOLUME.

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