CHAPITRE PREMIER
(Enhances glncraUs au troupe tt a la S&foxt,
II faut ecouter la nature; il i'aul prendre la nature pour guide; la nature est plus sage que notre sa gesse. Tous les Piiilosopiies.
Que -i-'iiiii te respect qu'alTeclent les philosopher pour la nature? S'ils croi'ent que la nature doivc etre consullee dans l'ctude de l'Homme et des deslins sociaux , comment prouvront-ils que l'Attrartion ne fasse pas partie de la nature l.umaine , et qu'on puisse etudier I'Honimc sans etudier I'Atlrac tion passionnelle , dont ils n'ont dit mot dans leurs ..lit mitle nrstemes Cn. Fgtiub*.
Approrhc et viens grossir notre joyeuse troupe. A. de Musset.
1l est bicn entendu que nous allons faire l'etude theorique de la formation du milieu societaire , et rechercher les bases naturelles de l'organisntion des travaux et des fonctions. — II ne faudrait pas confondre cette question, toute pre-
l(j ORGANISATION. LIV. III. CH. I.
neralc av<-c c'effe de I'insl allalion de la premiere Phalange, et du mode de realisation par essai, question toiite particuliere, que nous trailerons en son lieu.
Nous voici done i'ace-a-f'ace avec le probleme l'ondamenlal , « La determination dn mode d'emploide I aclivile humanilaire. »
Or, puisque la Phalange est l'atclier soeial elemenlaire, ce probleme general se precise de prime-ahord sous l'enonce suivant :
Etant donnec une population de qualre cents families associecs pour former une Phalange sur un canton possede actionnairement par elles el prepare comme il a ete dit precedemment , determiner la forme d'une organisation induslriellc adaptee aux gouts > aux penckans des travailleurs, apte au devcloppcment libre de toutes leurs facultes individuclles 3 capable, en un mot 3 de repandre V at trait et le charme sur leurs traraux.
Cette manierc de poser la question nous donne de suite, et sans transition, une repon^e singulierement importante, unereponse qui con-
rENDANCES GENERALES. \~
damne tranchement, des !e premier pas, lout le regime industriel des Civilises ; car vons ne pensez pas,
Que les travailleurs de la Phalange, parfaitement libres d'organiser leurs operations comme il Jeur aurait plu, se seraient avises de les raorcelerpours'isoler les uns des autres, celui-ci seul dans tin champ, celui-la seul dans un atelier, ainsi que sont aujourd'hui la plupart des travailleurs civilises — non , certes , vous ne pensez pas cela.
Ce seul fait de la liberte des individus places au sein dun milieu societairement prepare, vous revele done que le Groupe, ou reunion vo/ontaire d'un certain nombre de travailleurs, se substituerait naturellement a la solitc, dans toutes les fonctions qui pourraient s'y preter, e'est-a-dire, dans toutes les fonctions d'industrie active en agriculture, fabrique, menage, education, science, beaux-arts, etc.
L'organisation industrielle de notre soeiete , assise sur 1 etroite base de la famille, est done parfaitement contraire au premier voeu de la nature.
La nature pousse l'homme aux nombreuses ir. 2
j 8 organisation, i.iv. hi. cir. i.
reunions, oil elle lui a menage l'emploi de son activite, le jeu de ses facultes, le developpement de ses vives et nobles affections;
La Civilisation, elle, trace autour de l'homme u n cercle etroit d'interets egoistes, depourvus de liens avec les in te rets exterieurs ; elle l'enferine au centre de ce cercle; et quand il y est bien enferme, diiment attache, la chaine au cou , a son metier, a sa fonction, a son travail solilaiie, la morale intervient alors pour precher a ce pauvre esclave isole... quoi? l'amour du travail ; oui, elle lui corne aux oreilles qu'il DOIT aimer le travail ! — quelle qualification donner a une pareille aberration ?
Ainsi , vous le voyez , ce principe de Morcellement, dont nous avons si bien reconnu l'extremc malfaisance quand nous dissertions sur le materiel de l'economie sociale , continue a jouer son role subversif dans le mode d'emploi de l'activite humaine en regime civilise. Nous le retrouvons dans les relations d'industrie active, livrant l'homme, sans grace ni merci, aux. ennuis morlels de l'isolement, a l'abrutissante atonie de lasolite, comme nous l'avons vu precedemment livrant l'homme, ce roi de la terre, a la dent de la misere; nous le retrouvons ici, ce principe fon-
lENDANCKS GENERATES. U)
damenlal des societes subversives, faisant obstacle aux mouvemens des penchans et des facultes, elendant la nature sur an lit de Procuste et hongrant l'homme, corame nous 1'avons vu faisant obstacle a la creation des richesses, a l'enfantement des eiemens maleriels du bien-etre , et dessechant toutes les sources de la production.
Et vous voyez le pi incipe d'Association , et les grandes et fecondes dispositions qui en derivent, se preter raerveilleusement , au contraire, au developpement des aflinites, au jeu des affections et des facultes, a lessor des passions corporatives et sociales, qui ne peuvent c-clore ([u'au sein des grandes reunions humaines, dont les premiers eleinens sont les Groupes.
Mais, avant d'aller aux consequences, nous devons legitimer d'abord, par de bonnes preuves, ce (fue nous avons dit sur la tendance de la nature au Groupe, — mot tout-a-fait technique en science passionnelle, et qu'il faut des maintenant accepter comme tel ; — nous devons eludier encore les pbenomenes qui se manifestent dans la formation des Groupes et dans leurs contacts. Or, ces demonstrations etces etudes sont si faciles, qu'elles consistent uniquement a savoir observer et bien voir ce qui se passe chaque jour sous
nos yeux. — Nous voulons reconnaitre les lois des impulsions naturelles? exarainons les effets de ces impulsions dans les milieux ou elles ne sont pas enchainees et contraintes.
I.es elumens Undent i s'unir. Cctte disposition augniente ou diminue dans le rapport plus ou moins prochain do leur nature ou de leurs qualites respective!. C.a. Bonnet.
Au balj — je ne vous parle pas du bal froid. glace, guinde, du bal tel que la Civilisation le fait souvent, — et c'est line de ses hontes, — ou le jeune homme, quand il reconduit sa danseuse, a echange avec elle deux paroles, lengagement et le remerciment ; ou trois femmes cote-a-cote assises, n'ontpas eu l'une pour l'autre, pendant la soiree, un mot,un signe de tete , un sourire... bal triste , raide , compasse, ou l'ennui saisit toutes les ames et deborde sur toutes les figures a travers leur masque d'impassibilite ; bal que je
hais plus qu'un enterrement ; je ne parle pas
de cela, mais d'un bal gai et joyeux , anime et vivant, ou Ton n'est pas gene par l'etiquette , ou Ton connait son monde , ou chacun se sent a l'aise : dans une pareille soiree, vous voyez la population du bal se distribuer naturellement et