‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 18 sur 116 · DIVISION PARCELLAIRE · texte numérisé non relu

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Tart de vous plaire , pommiers encore moins : ce sont les pechers que vous aimez. — Entrez done a la Serie qui cultive les pechers. — Vous avez, dans le genre pecher, une espece de predilection , une espece qui vous seduit. — Alors enrolez-vous au Groupe qui a pour attribut le soin de cette espece.

Et croyez-vous qu'on vous a menage une assez grande latitude ; croyez-vous que ceci s'oit nssez faire pour votre liberte , pour servir vos gouts, voire vos caprices. — Oh non, car il peut vous paraitre, a vous, fastidieux de sarcler, de planter, emonder, de veiller a la conservation des fruits... Ce que vous aimez, vous, e'est la greffe, et vous avez un haut talent a cette operation. Cela vous rend fier. — Entrez done au Groupe de votre peche favorite, et, dans ce Groupe, au Sougroupe de la greffe, et allez encore exercer votre talent de greffeurdans vingt autres Groupes, dont l'ohjet et le personnel auront exerce seduction sur vous.

Cette parfaite liberte en choix de fonctions expliquee sur un exemple agricole, s'etenda tout le reste; et vous voyez bien que, pour servir les gouts individuels et satisfaire aux intentions de la nature qui a donne ces gouts, il faut, non-

seulement diviscr les travaux et les industries en Series et en Groupes, mais faire encore au sein du Groupe une distribution parcellaire du travail, afin que chaque sujet puisse se porter aux actions pour lesquelles il a de l'aptitude.

Ces dispositions-ci sont-elles autre chose que l'expression meme des faits qui tendent a se produire naturellement en milieu libre? Est-ce ici de l'esprit de systeme? — li'espfit de systeme et I'ide'e fixe!... — II y a par le raonde cinq cents pedans ignares qui tranchent tout au travers de la decouverte de Fourier avec ces mots la ! Voyons pourtant :

Plus de developpenunt dans les puissances productives du travail, cYst-a-dire , plus d'adresse , d'ac livitc et d'intelligenee dans la inaniiie dont partout aujourd'hui on Tapplique et on le dirige , r'est lit reffcl <1>- la division du travail.

Adam Smith.

En chasse, et cliasse heureuse !

A. DE MCSSET.

Par les beaux jours d'octobre, a trois heures du matin, — octobre , c'est temps de vacances, comme on sait, — nous nous mettions souvent en route, sac de chasse au dos et fusil sur le-

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paule , huit ou dix camarades de college ensemble; nous avions treize , quatorze, quinze ans , je ne sais. — Nous cheminions gaiment sous un ciel etoile, le long des premieres pentes de notre Jura , par des chemins pierreux, a nous connus. II fallait Lien qu'aux premiers rayons du soleil levant, nos miroirs fussent plantes, brilians, dans les hautes plaines d'lvory ou de Malaton, — lieux eprouvespourla/jr/s^desalouettes, auxquelles nous avions a coeur de faire bonne guerre. — On entrait en chasse.

Quand le beau soleil s'etait hausse sur I'horizonetqu'il pouvait marquerneuf heuresou dix, nous ne tardions pas, d'ordinaire, a voir deboucher a la naissance du plateau des robes flottant au vent, de blancs chapeaux de paille et des ombrelles qui s'enlevaient sur le bleu du ciel ou sur les leintes sombres et chaudes des montajmes du fond. C'ctaient nos soeurs et leurs amies, arrivant au rendez-vous de chasse. On faisait encore , par gentillesse, durer la chasse un instant pour elles. — Elles tournaient les miroirs, et prenaient a la chasse interet et plaisir.

Mais il fallait bientot se raettre en devoir de preparer un repas; en general, les estomacs elaient predisposes.

Or, vous auriez vu par terre , pele-mele et assez confusement etales, les fruits de la chasse d'aborcl , de glorieuses alouettes dont on etait fier ; chacun savait son nombre ; puis les carnassieres, les fusils, des eeharpes et des chapeaux de paille, les munitions, les provisions apportees de la ville , du pain, du vin et quelque bon gigot... parce que, voyez-vous, il y a des jours

ou les alouettes ne passent guere On ne sait

pas d'avance.

Done ilfallait preparer le dejeuner. Nousetions quinze, vingt souvent , et cbacun s'y mettait.

— « Nous autres, nous nous chargeons d'organiser le feu. » — Bien. Et parini ceux qui avaient ainsi parle, les uns couraient faire du bois; les autres prenaient emplacement, batissaient un foyer a joues et chenets de pierre, et disposaient devant ce foyer, sur le vent, deux branches fourchues, plantees en terre, pour supporter la baguette de fusil qui devait servir de broche a rotir les alouettes.

— « II faut du beurre, il faut des assiettes , il faut des pommes-de-terre, une poele a frire.... Vous avez oublie d'apporter du sel , Messieurs; qui iraau village chercher tout cela?» — C'etaient nos belles cuisinieres qui parlaient ainsi.

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Un detachement partait pour le village; el quand ils revenaient a travers champs, ceux du detachement, harnaches avec lenrs casseroles et leurs poeles a frire , leurs provisions et leurs uslensiles, on les eut pris, je le jure, pour de francs iourrageurs, des Cosaques en maraude. — Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Vous auriez vu tout le monde a l'ceuvre. Ici, c'etaient les alouettes que trois jeunes filles plumaient ; plus loin, nous en aidions d'aulres a peler et couper en morceaux les pommes-deterre. Celui-ci surveillait le roti et l'arrosait ; celle-la tenait la poele; d'autres appretaient le service, allaient a l'eau, lavaient les tasses. Et vous pouvez croire que tout cela s'executait vite et nettement, dans cet atelier etabli en plein air sur un champ , et pas avec ennui , degout et sans zele, car chacun etait joyeux, alerte, y mettait vivement du sien. 11 y avait la de la tranche et bonne gaiete, et moi qui parle, je n'ai pas encore trouve sous le ciel de Paris soiree si brillante et bal si flamboyant qui valut, a lout prendre, ces bonnes parties d'il y a dix ans, sur les plateaux de nos montagnes. — Je nc suis pourtant pas de nature Ires-champetre.

Ouand la parlie se ivpelait plusieurs fois dans

les memes circonstances, les memes individus reprenaient volontiers les memes roles, se reportaient aux memes parcclles du travail commun; les talens particuliers etaient reconnus, constates : il en resultait pour chacun des droits acquis, et l'ceuvre totale marchait avec rapidite, gaile et ensemble; 1'Accord etait forme.

La moralite de ce recit, — dont vous avez sans doute des analogues en votre souvenir , — c'est qu'il y avait-la,

Une fonction a remplir, — un dine a preparer;

Et pour cette fonction , un Groupe de travailleurs volontaires et tres-libres.

Or, ce groupe, compose de volontaires treslibres, se partageait de kd-meme en Sougroupes adonnes aux differentes sods-fonctions du travail commun j d'ou resultait un Accord total. — Et vous ne pensez pas, j'imagine, que c'etait par esprit de systeme et par envie de donner raison a l'auteur du traite de l'Association, que nous, de la chasse, nous agissions ainsi.

Je demande certainement bien pardon au lecteur de prendre presque tous mes exemples dans

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des jenx d'enfans ct des souvenirs de college ; niais cc n'est pas ma faute, a moi, si l'industrie civilisee, enchassee de force dans le cadre etroit du Morcellement, est si absurde, si anti-naturelle dun bout a 1 'autre de son organisation , qu'elle ne presente aucun exemple de Groupes spontanement formes. — Chassee du champ, de l'atelier, du bureau des peres, la nature est obligee de se refugier dans les jeux des enfans, et c'est-la qu'il est des-lors bien force de l'etudier. C'est une fiere critique de notre organisation industrielle, qu'il faille avoir recours a des jeux puerils, pour avoir des exemples d'industrie attrayante et constater les exigences de la nature libre. Toutefois, rien n'est moins pueril que les consequences de nos observations ; car je ne crois pas que Ton puisse agiter, dans l'ordre des speculations sociales, une question plus haute que celle de metlre les institutions en harmonie avec les convenances de la nature et des passions. L'important est d'observer vrai , de raisonner juste et d'etre compris. Si je voulais, je serais aussi pedant et inintelligible que le premier metaphysicien venu. (>)

(i) Un tres-bel exemple de la division du Groupe en Soutroupes, est fourni par la manoeuvre d'une compagnie de poutonniers, sur une riviere ou sur un fleuve. L^tablissement d'un pout de bateaux se complkpue de beaucoup dc details : le service

Done nous acceptons comme procede general de classement et d'organisation pour les travaux societaires, et comme procede voulu par la logique et la nature, la Subdivision seriaire se resolvant en Groupes, et le travail parccllaire dans les Groupes.

Or, vous pouvez reconnaitre qu'ici encore , comme en toutes choses, la nature de l'homme est toujours en harmonie parfaite, en haute coincidence avec les convenances de raison. Vous avez ecoute la nature, vous avez voulu suivre jusqu'au bout ses impulsions les plus delicates, ses indications les plus nuancees, ses derniers caprices : elle vous a mene par la main, et vous a montre pour loi d'organisation cette loi seriaire et ses ramifications parcellaires;

des bateaux, des cordages, des ancres , des poutrelles, des madriers, etc., etc. Or, la compagnie se divise en escouades adonne'es a chaque detail, et toutes ces escouades faisautaller simultane'ment leur affaire particuliere, l'ceuvre totale marche avec un accord et une rapidite' magiques. Et quand deux ponts sont jete's concurremment, et qu'il y a des spectateurs auxquels on ait a cceur de montrer son savoir-faire , l'aclivite a la manoeuvre et Tensemble de Pexe'cution de'passent tout ce qu'on peut dire. Ceux qui ont vu ou pratique l'ope'ration dont je parle, comprendront bicu la division parcellaire dans le groupe, el Timportance de cette division des fonctions dans Pceuvre totale. — Malheureusement je ne pouvais douner cet exemple comme effet de spontaneitc.

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C'est-a-dire que 1 etude des impulsious naturelles, et la franche acceptation des vocations et des gouts parcellaires, vousontfourniunprocede d'application integrale, a tous les travaux, de ce famcux principe de la division du travail, si prodigieusement productif , principe que l'industrie civilisee ne peut appliquer, elle, qu'a une seule branche de travaux, les travaux de fabrique, et encore pour le grand malheur de l'ouvrier.

En resuraant ce chapitre, on comprendra que la division parcellaire dans le Groupe est la veritable garantie de 1 'independance individuelle du travailleur, et du libre developpement des vocations, puisqu'elle permet a chacun de vaquer seulement , je ne dirai pas aux fonctions , mais aux details de fonctions pour lesquels il se sent gout, aptitude et volonte.

Le Groupe qui s'estempare d'un travail et dans le sein duquel chaque Sougroupe fait marcher un detail de l'oeuvre , est un corps compose de parlies qui concourent librement a Taction commune, rivalisent de zelc, d'ardeur, ets'entrainent passionnement dans un Accord puissant d'ensemble. Chacun, alerte a la tache qu'il aime , se repose sur les voisins de tous les autres soins;

l'individu s'appuie sur la masse ; tous se soutiennent, se concentrent, serrent les rangs dans le Groupe, et s'excitent a Taction. Les affections se nouent, le contact echauffe, 1 'identity du but commun rallie , le sentiment de l'union electrise la masse, l'Accordd'ensemble retentit dans toutes les poitrines a l'unisson, et l'enthousiasme, a qui tout obstacle cede, eclate dans la manoeuvre.

Que ce soit ceuvre de pais ou ceuvre de guerre, toutes les fois que les difFerentes parties dun corps agissent de concert dans une manoeuvre, et executent, chacune avec zele et passion , leur role particulier dans l'ensemble; toutes les lois que les actions parcellaires se resolvent simultanement dans une action unitaire , totale, et rayonnent sur un menfe centre, la convergence generate produit l'Accord, l'enthousiasme se met dans la masse et l'emporte. — C'est de regie, c'est force, c'est irresistible et de nature : l'homme est ainsi fait d'un pole a l'autre; l'individu le plus froid ne peut se soustraire a l'influence des grands Accords qui se produisent au sein d'une masse composee de parties harmoniques. Or, la premiere manifestation de ce fait general d'entrainement enthousiaste se developpe dans le Groupe, quand tous les Sougroupes sont a la manoeuvre et agissent de concert.

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Que si vous supprimez le contact et detruisez le jeu des differentes pieces, s'il n'y a plus dans l'execution cette promptitude produite par l'integrale dc toutes les actions partielles et simultanees, si vous placez le travailleur dans les conditions de l'industrie civilisee , s'il est isole, surcharge de tous les details de I 'ceavre , oblige d'executersuccessivement, lentement, sans emule cointeresse, sans aide et sans soutien.... tout disparait. L'ennui et le degout remplacent l'entrainement et la joie; travail redevient peine et douleur

En derniere analyse, le resultat de ce chapitre a ete 1'introduction, dans le Groupe, du travail parcellaire , reconnu comme exigence de liberte individuelle, voeu de la natui^e, et premiere condition speciale d'Attraction industrielle : nous avons etabli que le principe de la division parcellaire dirigeant des efforts simultanes harmoniquement concentres sur un but commun, est le mode de generation des grands Accords d'iden'tite qui meuvent et passionnent les masses, les frappent d'enthousiasme pour un ceuvre, et creent les fougues ardentes auxquelles nul obstacle ne resiste. — Ces Accords croissent d'intensite avec les masses passionnelles sur lesquelles ils agissent ; et quand ils atteignent un certain

degre de force, ils deviennent surhumains, puissans corame la foi, et transportent les montagnes.

Dans cette partie de rna tache, ou je construis le mecanisme seriaire piece a piece , je desire beaucoup que mon argumentation soit l'objet d'une surveillance severe de votrepart, lecteur, car si nous ne voulons rien avancer d'arbitraire et d'imagine, rien qui ne soit fonde en fail et en raison , et bien decidement avoue par la nature, nous ne voulons pas non plus vous laisser le droit de faire plus tard volte-face a un ensemble dont vous aurez admis tous les details. Voyez, je ne vous prends pas en traitre, je vous previens des maintenant que si vous acceptez les sommes partielles, vous ne serez pas recu a refuser le total. — Ceci etant de bonne justice, continuons.

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