‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 40 sur 116 · A LA DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

A LA DEUXIEME PARTIE

f&mfyst it cSyntfyhi fo V%i traction passionncf'V.

C'est unc cntreprise aussi vaine que ridicule de vouloir d£truire k-s passions; c'est coutroler la nature: c'cst reformer l'ouvraje de Dicu. Si Dieu disait a lliomme d'aneantir les passions qu'il lui donne , Dieu voudrait et ne voudrait pas; il se cootredirait lui nii'QiE. Ju mais il n'a donin- cet ordre insense ; rien de parcil n'est ecrildans le cceur faumain; et ce que Dieu icul qu'ua faomme fasse , il ne le lui fait pas dire par un autre Lommc , il le lui dit lui-meme , il Ti-erit au loud de son occur. J.-J. Rousseau.

Counais-toi loi-meme.

L'Oricle antique.

II d'j a pas d'eilct sans cause.

Si j'ai etc intelligible ties le commencement de cet ouvrage et si j'ai parle a partie inlclligcnte,on aura compris que le probleme social se composait,

1°. De la determination d'un milieu social favorable a l'liarmonie ;

2°. De la determination du mecanisme passionnel destine i joucr dans ce milieu.

I. examen de la premiere de ccs deux questions , dans le pre-

mier volume, nous a donne pour solution la Comniune-societairc, la Phalange.

Dans le second volume nous avons pris corps-a-corps la question du mecanisme passionnel , de la Loi naturelle d'industrie , et nous avons reconnu que la proprie'te A"1 imprinter Attraction devait etre le premier et plus saillant caractere, le caractere indispensable dc ce mecanisme, de cette Loi. — Aussi est-ce pre'eise'ment par la consideration de certaines conditions d'attrait que nous avons de'termine le mecanisme cherche'.

Le mecanisme e'est la Se'rie ; le milieu e'est la Commune-socie'taire.

II est facile de voir que l'influence du milieu se combine avec la puissance du mecanisme dans le sens de 1' Attraction , car nous avons reconnu que la creation des grandes richesses repose en premier lieu sur 1' Association, sur la combinaison du milieu societaire ; or cette creation des grandes richesses est une des trois grandes conditions d'attrait, un des trois foyers d' Attraction determines par la science passionnelle. En effet :

La premiere condition ge'ne'rale d'attrait, e'est le Luxe, le luxe interne ou sante' et vigueur de l'individu ; et le luxe exteme ou salubrite', elegance du milieu dans lequel l'individu est appele a agir, et participation de l'individu a la richesse ge'ne'rale. L'aisance ge'ne'rale , la richesse ge'ne'rale, la sante' ge'ne'rale, telles sont e'videmment les premieres conditions , les conditions de base. On ne peut pas songer a faire descendre le plaisir , le charme , sur une population miserable, affame'e , souffreteuse. C'est clair comme le jour. — Or le Luxe, premiere condition d'Attraction , ne peut etre realise' que par l'Association , que dans une socie'te' a base de Phalange. — Nous l'avons surabondamment prouve'.

La seconde condition d'attrait , e'est la libre formation des

Ghoupes , les reunions libres et sympathiques oil se forment et se developpent les affections , les sentimens da coeur , les passions corporatives , les liens d'atnitie, d'amour, d'ambition , de faraille.

La troisieme condition d'attrait, c'est l'affiliation des Groupes en Series, la regularisalion et Tordonnance naturelle des choses, la production des Accords , des Discords , et les mouvemens des Modulations.

La premiere condition, — Luxe , — correspond plus particu- -lieremeut aux exigences de la vie sensitive ;

La seconde condition, — Groupe, — aux exigences de la vie affective ;

La troisieme condition, — Serie, — aux exigences des mouvemens sociaux, de la vie sociale.

Si les Sens sont le'se's dans le travail et par le travail , et si le travail n'est pas assez re'tribue pour suffire aux exigences des besoins et des plaisirs sensitifs , ce sera une premiere cause de repugnance ;

Si les Affections de Tame sont e'touffe'es dans le travail ; si le travaiileur est force'ment maintenu par l'ordonnance meme de son travail , bors de contact avec les etres sympatbiques et les sentimens dont son cceur est avide , ce sera une seconde cause de repugnance ;

Si le travaiileur est laissc dans un calme plat , s'il n'est pas stimule par le jeu actif des Accords et des Discords , s'il est plonge' dans la monotonie , cloue a une ceuvre morne et toujours identique, ce sera une troisieme et mortelle cause de repugnance :

122 ORGANISATION. APPENDlCli.

Mais si 1'action est pour lui une source dc jouissances sen sitives, de jouissances affectives et A' excitations passionnees , elle exercera un charme puissant, un charme proportions a laquantite des ressorts combine's, multiplies par leurs energies. — Ainsi :

Luxe , Gkoupes , Series ,

telles sont les trois grandes conditions de charme , les trois foyers ge'ne'raux d' Attraction.

Si vous affaiblissez l'un ou l'aulre de ces foyers, si vous diminuez leur alimentation et leur intensite' comburante, la puissance attractive diminuc. Si vous aflaiblissez encore , si vous e'teignez la flamme, vous arrivez aux repugnances, dont vous verrez augmenter graduellement les energies au fur et a mesure qu'aux conditions ci-dessus se substitueront de plus en plus les conditions oppose'es, les conditions civihse'es et subversives, la misere, Yisolement, la monotonie. — Ccs dernieres conditions sont des conditions tout-a-fait negatives ; clles sont l'absence meine des conditions essenticlles de la vie et du bonheur, la richesse, les liens affectueux , les combinaisons harmoniques ; comme lc froid est l'absence de la chaleur, les te'nebrcs l'absence de la lumiere... Les repugnances de'rivent des conditions negatives du Morcelleraent, comme l'attrait derive des conditions oppose'es , des conditions positives de l'ordre se'riaire.' — Le travail e'tant attrayant dans les conditions de la Phalange , il ne saurait se faire qu'il ne fut pas repugnant dans les conditions oppose'es ; et e'tant repugnant dans les conditions des socie'te's actuelles , barbares et civilise'es, il ne pent pas se faire qu'il ne devienne attrayant dans les conditions phalanste'riennes. — G'est la preuve et la contre-preuve. — G'est force ; e'est irre'ductible : mettez ce raisonnement entre le marteau ct l'enclume, tirez-le a la filiere , passez-le au laminoir , frappez dessus, essayez de le broyer, et vous verrez que tous vos eflbrts resteront inutiles; vous ne l'entamercz pas dune ligne. — Comprenez done alors la vertu de ce fameux argument, que le tra-

vail ne sera jamais attrayant, pArce que il a tou jours ete repugnant. Depuis dix ans , pourtant , moi j'entends le Civilise rc'pondre aux transcendantes deductions de Fourier avec ce lourd et stupide parce que , jete' dans le plateau de la balance corame Tepee du Barbare ! — Allez done aux causes, cerveaux e'troits, idiotcment bule's contrc les effets, conime si les effets n'avaient pas de causes... Eh ! certainement le travail organise' a la barbare, a la civilise'c, a e'te, est, et sera dans tous les temps ge'ne'ralement repugnant ; qui le nie? qui nie cela? parlez, est-ce nous? — Nous? raais e'est nous qui le proclamons, ce fait; nous le crions pardessus les toits; e'est la-dessus que nous faisons pivoter notre critique de Pe'tat barbare et civilise'.... et on nous apporte cela connne une objection ! l'effet civilise produit par la disposition civilisee , on nous le vient bravement jeter comme consequence d'une disposition kvni-civilisee ! En ve'rite' , on n'est pas plus be'otien que cela. Mais, par sainte logique ! toute la question est de savoir si les conditions pbalanste'riennes sont les inemes que les conditions civilise'es... Eh bien ! elles sont en tout point oppose'es.

Enfm , e'est une chose legitime que de tenir compte du soleil, s'il s'agit du jour et de la nuit , ce me semble , et vous ne rccevriez pas le raisonnement d'un homme qui vous dirait : « il ne fera pas jour quand le soleil sera leve' , parce que il fait nuit quand il est couche'. » — Que nousdit-on autre chose, pourtant? '* Le travail se'riaire , — execute' dans les conditions d'attrait , — ne sera pas attrayant , parce que le travail civilise' , — execute dans les conditions contraires a Pattrait , — n'est pas attrayant? » — Or, je vous donne ma parole d'honneur que beaucoup de vos penseurs , de vos ce'le'brite's dont les noms courent PEuropc , que vous etes habitues a regarder comme de rudes tetes , aupres desquels vous iriez presque jusqu'a. vous croirc des imbe'cilles , que ces penseurs ce'lebres , dis-je, pensent et raisonnent ainsi, — ni plus, — ni moins. — Ah ! Jocrissc, inge'nieux Jocrisse qui te jettc a Peau pour D'etre pas mouille par la pluie , comme tu es

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de'borde ! . . . Que je sais de penseurs, de graves auteurs, d'academiciens et &' homines du progres, qui sont de force a te rendrc dix points en vingt-quatrc !...

Les causes d'attrait sont les satisfactions des convenances passionnclles , inde'fectibles et de nature ;

Les causes de repugnance sont les lesions des memes convenances passionnelles , inde'fectibles et de nature :

Or, il y a trois ordrcs de convenances passionnelles , constituant trois foyers ge'ne'raux d'Attraction;

1°. Les convenances des cinq sens , Gout , Vue , Ou'fe , Odorat , Toucber, de'terminent cinq especes de besoins et de plaisirs (juc nous appelons passions sensitives. Cct ordrc de passions est spe'cialement rclatif a la vie inte'rieure et animale de l'etrc ; il met riiorauic en attraction directe siir le Luxe.

2°. Les convenances de Tame, ou besoins et plaisirs des quatre affections, Amitie , Amour, Ambition (lien corporatif ) , et Famille, que nous appelons passions affectives. Cel ordrc de passions est relatif a la vie exte'rieure de Tetre et preside a la combinaison des individus, a la formation des liens, des reunions sympathiques , des Groupes.

5°. Enfiu , les convenances de rintelligence rectrice et de la vie sociale , les passions relatives au classement , a la re'gularisation et a Tordonnance des choses , a l'afliliation hie'rarchiquc des Groupes e'le'mentaires , a la combinaison des sympatbies et des antipatbies , au jeu des Accords et des Discords alterne's : ce sont les passions distributives ; elles president a la formation des Series , et sont les hauls rcssorts d' ordrc social et d'Harmonie.

Ces trois ordres de passions correspondent aux trois (aces de la nature lnimaine,

Lcs sens quiappetent, — sphere materiel le ;

Le cceur qui airae , — sphere animique ;

La tete qui combine et mesure, — sphere intellectuelle .

Le besoin de l'harmonie de ces trois spheres avec elles-memes, avec le monde exterieur et avec Dieu , constitue 1'Umteisme , passion supreme , qui n'appartient dans Tunivers qu'aux Etres appele's a partager l'ceuvre de Dieu, a Regir. — L'Unite'isme est le signe de royaute parmi les races. L'homme seul sur la terre en porte au front la noble , la divine empreinte.

II y a done douze passions radicales :

Cinq Sensitives, tendant au Luxe ;

Quatre Affcctives, tendant aux Groupes ;

Trois Distributives, tendant aux Series ;

Et ces douze passions sont appele'es a se re'soudre loutes dans ITTniteisme , comme les sept rayons colore's du spectre solaire se resolvent unitairement dans le rayon blanc.

Voila l'analyse de la nature passionnellc de rhomme; voiPa la veritable base de la science sociale.

On ne doit pas conroiulre la passion BTCC lea essors, la cause avee 1'ciret.

CU. FoiMF.R.

— Mais, mc dira-t-on , etes-vous en droit de dire que ces douzes passions sont les passions radicales , qu'il n'y en a pas d'autres? que ce sout-Pa les mobiles primordiaux de toutes les actions humaines ?

— Je m'en reraets a vous du soin de re'pondre. La nature des hommes dans le passe , dans le present , autour de vous , dans vous , prc'sente-t-elle one autre face que les trois faces mate'rielle, animique et intellectuelle? connaissez-vous une autre sphere que ces trois spheres ?

Des-lors ,

1°. Dans la sphere mate'rielle ou sensitive connaissez-vous un sens de plus que les cinq sens , Vue , Odorat , Ouie , Gout ct Toucher ?

2°. Connaissez-vous dans la sphere animique une passion de plus que les quatre passions. Amide — affection unisexuelle, dominant surtout dans l'enfance de la vie ; Amour — affection bisexuelle , dominant dans la jeunesse ; Ambition — affection corporative , dominant dans la maturite ; Famillisme — ■ affection generative, dominant dans la vieillesse? — Connaissez-vous dans les regions affectives de Tame , une affection qui ne soit un effet ou une combinaison d'une ou plusicurs de ces quatre affections qui se partagent la domination successive de la vie de Thomrac p

5°. Enfin , dans les exigences de la sphere intellectuelle qui doit presider a la distribution des choses , a la combinaison ties

sons passionncls, connaisscz-vous d'autres c'lc'incns que la consonance, la dissonance et la modulation, 1' Accord , le Discord ct l'Altcrnat, et trouvcz-vous dans la sphere des passions distributives d'autres passions que la Cabaliste ge'neratrice des Discords, la Composite ge'neratrice des Accords, et la Papillonne ge'neratrice des Alter nats?

Et toutes ces passions de genre , qui ne peuvent etre satisfaitcs simultane'ment que par Tharmonie ge'nerale , ne sont-elles pas domine'es par le besoin de cctte barmonie supe'rieure , par l'Unite'isme qui est leur foyer commun?

— Bien, tres-bien. Mais comment appellerez-vous la haine,

la vengeance, la colore , la crainte, etc si ce ne sont pas des

passions ?

Tous ces mouvemens, et bien d'autres que des philosophes ignorans ont appelc des passions et donne comme des forces constitutives de la nature bumaine , ne sont que des effets des essors faux, des recurrences des passions primitives : vous haissez, vous vous vengez, vous entrez en colore, quand vous etes contrarie', choque, blesse' dans les de'sirs de vos sens, dans vos affections d'Amitie, d' Amour, d1 Ambition, de Famillc, dans le de'veloppement de l'une quclconque de vos passions radicales ; de meme vous craignez pour vous , pour vos jouissances , pour vos affections menace'es. La peur souvent est un effet d' absence de passion : les etres les plus faibles deviennent couragcux quand la passion est fortement excite'e cbez eux. Voyez dans toute la nature, par excmple, le de'veloppement du courage desfcmellcs, aux e'poques de leurs fonctions et de leur passion de maternite'.

Pour pcu qu'on y prenne garde, on verra facilement que tons les mouvemens subversifs qifon a ranges jusqirici parmi les passions , ne sont que des essors plus on moins fausse's des douze passions de gammc , ce qui renversc toutes les imputations de

128 ORGANISATION. APFENDICE.

perversite native, faites a la nature humaine : du restc , notre objet n'est pas de traiter ici les questions dans lesquelles nous entrainerait cette derniere consideration ; je me reserve de le faire dans un ouvrage poste'rieur. Nous avons a envisager ici les passions sous le rapport de l'attrait industriel : resumons notre analyse et notre synthese.

II y a trois ordres de passions correspondant aux trois spheres de la nature hurnaine , ou, ce qui est general et absolu , aux trois faces de l'univers , aux trois principes qui le coraposent ;

La mAtiere , principe passif et mu;

L'esprit, principe actif et moteur;

La mathemAtique, principe neutrc, arbitral et regulatcur.

Chacun de ces trois ordres fournitses passions particulieres, qui se re'solvent en trois foyers principaux d' Attraction , et,aun point plus e'leve, s'unissent dans un foyer superieur commun, ainsi qu'on pent le voir dans le tableau suiyant , que j'engagc le lecteiu- a me'diter un pen.

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