ECI.OS EN CIVILISATION
Tourquoi ? pourrjuoi ? pourquoi?. . . .
Il serait tres-facile de disposer les trayaux des c'coles regimentaires de facon a atteindre des re'sultats incomparablenient supe'ricurs a ceux qu'on obtient aujourd'hui. Nos sapeurs sont en effet cxerce's cbaque anne'e a l'exe'cution d'un nombre assez considerable de travaux varic's , — confection des fascines , des gabions, fagots de sape , claies, piquets, blindes ; puis tout ce qui est rclatif aux travaux de siege, mines, tranche'es, descentes de fosse ; puis les retrancbcraens , les terrassemens , les ponts de toutcs sortes , les fours de carapagne , les baraques de campemcnt, etc.
Chacun de ccs travaux sc divise en diffc'rens details, ct cbaque bomme des corapagnies doit passer par tons ces trayaux et ces details.
l/|2 NOTE
On s'occupe assez , clans l'arme , de perfectionner les proce'des
techniques, relatifs a ccs diffe'rens travaux , mais e'est tout. Pour les faire executer on se contente de donner I'ordre; puis les consignes et la salle de police sont la. On n'a pas merae I'ide'e de cre'er des stiinulans aux travailleurs par une convenable disposition des travaux et tics ateliers; ricn pourtant nc serait plus facile. — On encadre les compagnies dans leurs emplaceraens respectifs sur les glacis ou dans les fosse's; la, elles sont isole'es, sans communications entre elles dans leurs operations : chacune est chez elle comme si elle e'tait scule; on n'e'tablit entre elles ni rapports , ni comparisons ; et Tenorme yirtualite de reaction que dc'velopperaient toutes les compagnies d'un regiment en agissant les lines sur les autres par Accords et Riyalite's composes, est entierement perdue. Puis, dans chaque compagnie encore, on fait tout executer pele-melc, confiise'ment ou similairement.
Et pourtant, que d'indices re've'latcurs se produisent a chaque instant, qui auraient dii mettre des long-temps sur la voie! — D'abord la gaite des Groupes, encore que ce soient des Groupes forces , travaillant par corvee a des operations sans inte'ret et sans produit pour eux. Ensuite la rigoureuse appreciation du degrede me'rite et d'habilete de chacun par les autres , en toule operation ; et, — quand lc hasard amene quelque arrangement favorable a l'e'closion des Rivalite's, — des preuves singulierement claires et frappanles de Texcitalion industrielle qu'clles produisent. An reste, on pent reconnaitre chaque jour, au sem des ateliers, la tendance naturelle que les Rivalite's out a se de'velopper; mais leurs germes sont ordinairement e'touffes par la conirainte des dispositions pen flexiblcs de IVxe'culion militaire; malgre tout, j'ai vu tres-souvent les hommes se passionner fortement polities travaux. Une nuit quon travaillait a e'lever des lig?ies Roc/nat (i) sur les glacis, la Rivalite se mit entre deux brigades qui trayaillaient cotea cote an retranchement. Le matin, an jour,
(i) Nnm il'ini retranchement du an general Rogn:;t.
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apres six beures consc'culivcs de travail, tout e'tait fini , parachev*'' dans ces deux ateliers. Les autres de'tachemcns se'pare's n'avaient pas fait moilie!... On parla de cela pendant trois jours au regiment; on disait que c'etait incroyable. Eh! rien n'e'tait plus croyable. Ce qui est incroyable, c'est que, ayant cbaque anne'e sous les ycux mille faits de ce genre aux e'coles, on n'ait pas encore songe a adopter une distribution dcs travaux , des compagnies et des ateliers divers , apte a fairc c'clore ces acharncmens induslriels qui vaudraient bien , pour l'exe'cution, les menaces, les consignes, les salles de police, les semonces des ofllciers et des sergens , — toutes bonnes clioses, d'ailleurs , qu'on serait trcs-bbre dc se re'server pour l'occasion.
Je mets en fait , et si j'avais a disposer les travaux d'une e'cole re'gimentaire, je m'engageraisa de'montrer en quinze jours d'exercice , qu'au moyen d'une convenable distribution dcs ateliers , en classant les travaux , c'cbelonnant regulierement les Groupes, les rivalisant dans lc sein des compagnies par l'emploi simultane de proce'dc's tecbniques differens ; mettant ensuite les compagnies face a face, sur trois lignesde front, e'tablissant nettement les comparaisons des effets obtenus , rapportant les re'sultals a l'ordre du regiment , nouant bien les intrigues en tout degre , et alternant convenablement les travaux , je pose en fait, dis-je, que de parcilles dispositions donneraient pour produit dans la cainpagne , six fois plus de travail fait , six fois moins de punilions , six fois plus de gaite , et dcs bommes six fois micux exerce's qu'en cas ordinaire, en calme plat. Que serait-ce si l'on pouvait distribuer des recompenses ct des grades?... — Tout officier qui a etudie ses bommes au travail, et qui re'flecbira a ceci , dira comme moi. — Cent e'te belle cbose, que rarmce cut donne Texemple a l'industrie, et ouvert a la socie'te' la grande route <le I'avenir!
Puisque j'ai consacre une note a citer et discuter des fails justificatifs, je vais en donner encore quelques-uns,
i,;i4 N°ra
On sait combien le travail soutcrrain dcs mineurs est, en soi, pe'nible et repugnant; il n'y a rien de gracieux a se trainer a platventrc , dans un rameau de cinquante centimetres d'ouverture , ni meme a creuser a trente pieds sous terre des galeries moins e'troites. Pourtant on voit souvent , au regiment , le zele et l'altrait se de'velopper dans 1'ex.ercice de ces travaux. Quelles en sont les causes ?
D'abord , la precision scientificiue preside aux operations ; on agit re'gulierement , fil a plomb et e'querre a la main; l'exe'cution est nctte, je dirai meme e'le'gante. C'est de'ja une premiere cause d'attrait que cette intervention de l'intelligence et du gout dans l'execution; le trayailleur en est relcve, et le travail ennobli : Thomme epouse son ceuvre, l'aime , l'anime et la domine. Cela met le coeur a l'ouvrage. — Je prie le lecteur de remarquer , en passant , que cette condition est un fait constant du travail d'Harmonic, oil Ton ne connait plus ce travail tout niate'rialise , grossier , brutal , de nos pauvrcs prole'taires ; on ne voit plus en Harnionie ces ouvriers-machines , ces etres abrulis par le travail civilise , exe'euteurs passifs , dont le role est borne' a fournir de la force comme des betes de somme , des pistons ou des balanciers. Ces types incomplets , ces etres manque's ont disparu : tout a e'te' de'veloppe dans l'bomme par la loi des Alternates, et tout travail industriel est intelligent. Toujours l'ouvrier procede de l'homme, la tete mene la main. — Or, il est connu qu'on s'attacbe a une ceuvre que Ton veut parfaire, oil Ton agit avec son intelligence , car c'est alors une creation , un enfantement ; on est auteur et pere de son oeuvre ; on y a mis quelque chose de soi, et a ce titre on s'e'prend pour elle. — Ceci doit s'entendre d'un corps, d'un Groupe, d'une Se'rie, comme d'un indiyidu.
Dans nos regimens , sapeurs et mineurs , par fait de leurs exercices varie's, et d'un contact quotidien avec des officiers et sousofiiciers instruits , entrent deja quelque pen dans cette voie du travail raisonne et compns. Aussi, assez generalement , tout tra-
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vail qui a quelque ensemble et doit Laisser un resultat, les captive : ils tiennent a Le bien faire, nc iut-ce que ;,o«r produire un travail bien fait. — El quand a ce sentiment se joignent les Riyalites exterieures, I'ope'ration marche avec yiguenr, ardeur et precision. On eut de cela un hel exemple, au deuxieme regiment, uneanne'e que deux compagnies, — comraandees paries capitaines Jotte et Picaad, si je ne me trompe, — eurentordre d'cxecutcr concurremmcnt one galerie de mine , en saillant de bastion. La galerie syme'trique a droite et a gauche de la capital, se divisait en deux parties egales, qui furent confices chaeune a une compagnie. Ofliciers, sous -ofliciers et soldats se prirentde Rivalite, et l'halcine ne manqua pas tant que dura ce long travail ; chaque matin leshommes y revenaientavec ardeur. Aussi, fut-ce beau d'execution, proprement fait, et les compagnies avaient droit d'etre fieres.
Une chose qui s'observe facilement dans nos regimens , c'est que les homines sont susccpiibles de s'eprendre de travaux'tresrepugnans de leur nature, mais qui laissent un resultat yisible, comme ceux que je viens d'indiqner; tandis qu'ils se fatiguent plus vite d'ope'rations bien moins pe'nibles, mais qui n'ont pas de trace, et qui ne se re'petent pas assez pour bien nouer les intrigues corporatives.— Ainsi deux compagnies travailleront six ethmt hcures par jour , pendant toute la saison , et soutiendiont le travail en concurrence : c'est une ceuvre commenced qu'on veut iinir; on en veut avoir raison; l'honneur de la compagnie est engage; c'est une intrigue bien nouee.-~Que si vous menez ces deux compagnies au tir a la cible,... pendant les deux premieres heures elles seront ardentcs. Chaque bon coup est un triomphc pour la compagnie d'ou il est parti ; il occasionne de joveuses et bruyantes paroles adressees a Lautre. La blague (c'est le mot Madame,) roule ferme de part el d autre. Mais au bout de irois hcures, tout estapaise, la grande joic abattue comme le grand rent par la pUric;p!us d'attention, plus rien : celui pour qui Ton Jjat un glorieux rigodon . n'y prend seulemcnt plus garde.
l/fG NOTE
Du reste, je n'ai pas siguale l'acharnement des mineurs pour nier la ne'cessite dcs Alternanccs, car lcs deux heures de debuts a un travail quelcouquc sont toujours les plus belles ; seulement j'ai voulu montrer la supe'riorite de puissance d'une intrigue bien noue'e , qui se prolonge et ticnt campagne , sur une intrigue puremcnt accidentelle et passagere. — En Harmonie, les intrigues einulatives des Scries sont perdurables et se transraettent de generation en generation , comme en Civilisation les rancunes des partis, les me'pris de castes, les baines nationales.
J'ai dit que F entrain durait moins long-temps dans une affaire sans re'sultat d'exe'cution , et trop rare pour que les intrigues aient le temps de pousser des racines ; qu'il y avait bien plus de te'nacile pour des travaux monte's comme ceux de nos e'coles regimen taires. — Mais ces derniers travaux ne sont encore que des exercices : a la fin de la saison , loutes ces sapes dont les glacis sont laboure's, ces descentes de fosse, ces galerics de mine si artistement faites, ces retranchemens si proprement rcvetus de gazons on de clayonnages, ces baraques, ces fours, ces dispositions de campement, tout sera comble', de'moli , nivele; tons les re'sultats seront efface's.
Que si, au contraire, l'objet du travail devait avoir vie et dure'e, surtout s'il se rattachait a quelque grand ensemble, a une pense'e ge'ne'rale ; si, aulieu d'un simulacre de sie'ge, c'e'lait d'un siege re'el qu'il s'aglt, .. . ob ! alors vous verriez le sapeur bien autrement en ceuvre ! — . Lors de la re'volution de juillet seulement , on parla de Prussiens a Melz , et Tordre fut donne de mettre la place en e'tat de defense. Je me rappellerai toujours la joie, la precision, la ce'le'rite' de cet armement. La grande place e'tait la assoupie depuis long-temps, et comme endormie au soleil : de longues berbes de dix ans, pendaient a ses remparts, couraient sur ses parapets arrondis, s'echevelaient sur ses talus aplatis; elle n'avait plus rien d'aigu ni de mediant dans l'aspect ; on n'y voyait plus seulement les traces des vieilles embrasures : bas
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lions, courtines etdemi -limes, tout avail l'air inoifensif etde'bonnaire, et,,je vous I'ai dit, semblait dormir. Ficz-vous-y! En quarante-huit heures on cut fait sa toilette, coupe' ses cheveux, pcigne ses moustaches ; en quarante-huit heures on eut repare ct ■u ■me les saillans, taille les parapets, tranche les embrasures. Ah ! les pclles , les piochcs et les haches hesoignaient ! les voitures d'artillerie affluaient, vides, a l'arsenal, refluaient charge'es de longues pieces, et les emportaient en toutes directions, hruissant sur lc pave des rues. Tout le monde y e'tait, toutes les armes, chefs et soldats, et de cceur! En quarante-huit heures les pieces elaient sur leurs plate-formes, luisantes an soleil, la gueule ouvcrte sur la campagne, approvisionnc'es , — ohus et boulets en piles, — et pretes a parler. On ne reconnaissait plus la place; elle e'tait arme'e, palissade'e, he'risse'e sur tous ses points d'attaque, elle montrait partout les dents... les Prussiens pouvaient venir.
Pourquoi ces ardeurs, apres tout; pourquoi ces prodiges? — Parce qu'il y avait la Rivalite' inte'rieure des corps, des regimens , des compagnies sur l'ceuvre de l'armement, et Accord total dans le hut commun; parce que toutes les parties intelligentes et passionne'es du tout agissaient synergiquement dans une operation qui se rattachait a une idee d'ensemhle, a une passion d'ordre supc'rieur de haut dcgre; — le patriotisme alors battait dans tous les cceurs; — et parce que ce grand Accord d'identite e'tait triple par la Rivalite cxterieure, tendue contre nos hons voisins de Prusse, — qui ne sont pas venus , et qui n'avaicnt guere envie de venir...
Un siege re'gulicr est la plus hrillante manifestation de la puissance des Rivalries corporise'es que puisse fournir la Civilisation ; c'est quclque chose de merveilleux que la succession des operations simultanc'es d'attaque et de defense qui lc composent, et ceux qui veulent voir quelque chose d'inte'ressant , — c'est hien d'mte'rot dramatiquc que fentcnds parler ici, — n'ont gu'a lire
le Traitede Vattaque et de la defense des Places, de Vauban . pas un de nos romans nc vaut cc livre. • — Depuis Tinvcstissemcni jusqu'a la breche an rctranchcment inlerieur, c'est une fiere intrigue noue'e et serree; c'est une e'pope'e , qu'un siege. — Et riliade, au fait, n'apas pour sujet une promenade en bateau. — Reflexion et spontaneite, e've'nemens pre'vus, pre'pare's, amene's, et brusques accidens, rien n'y manque: Rivalite inte'rieure entre les diffe'rens corps de Tassie'ge, Rivalite inte'rieure entre les differens corps de l'assie'geant , Accord total de cbaqne masse l'une contre lautre, par Rivalite exte'rieure ; c'est une bataille acbarne'e, ijui dure des mois sans s'interrompre ni jour ni nuit, qui se pour suit a travers de longs et mornes silences , comme a travers les grands fracas de toutes les batteries faisant feu de toutes pieces. Chaque pouce de terrain est dispute', c'est merveilleux ! Je voudrais avoir a moi l'espace pour de'erire l'ope'ration , pour suivre pas a pas les longues trancbe'es sinueuses qui se trainent a plat ventre sur le sol comme de gigantesques reptiles , pour conduire les tctes de sape qui avancent de front et lentement vers la place, gueules be'antes et lancant du feu : puis Taction de l'artillerie , des diffe'rens corps, et les re'ponses de lassiege a toutes les questions que l'assie'geant lui pose... Oh! c'est une affaire monte'e et oil chacun s'acliarne a sa tache; cest Ta une partie engage'e, c'est la que la galerie est attentive de chaque cote a la carle qui vient! c'est la, aussi, qu'il se fait des prodiges de te'nacite ot d'invenlion, de courage et d'intelligence. — Croyez-vous que les sillons des sapes nc soient pas plus profonds et plus durs a creuser que des sillons de labour?
Tons les militaires qui ont fait des sieges, en rapportent des choses miraculeuses , attestant hautement ce que nous disons, et prouvant a execs comhien ces combinaisons qui de'veloppent les passions, les Rivalite's, les Accords et les Discords, sont puissantes pour faire e'clore l'intelligence , e'veiller le ge'nie, allumer le courage et pousser a Taction. On voit la ce que vaut Thomme , ce qa'il y a de ressources vives en lui! La passion decouvre le.s
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tre'sors enfouis ; ellc fait jaillir les faculte's cachet's , coinme la verge de Mdise faisait surgir les sources au desert.
Je regrctte de ne pouvoir citer tout ce que je sais sur ce sujel , el entre autres la defense d'une place soutenue en Espagne , par nos troupes , contre les Anglais , et dans laquelle la concurrence entre les balaillons charge's chacun de garder un front, produisit spontanement les artifices de defense les plus inge'nicux , les effets les plus c'lonnans.
Eh bien ! tout cela c'cst du travail ; e'est de la force el de l'iulelligence de'pensees avec profusion ; ce sont de fiers obstacles vaincus, eraportes; c'est de l'industrie organisc'e et de'ja at- Irayante, mais subversive , c'est-a-dire tourne'e au rebours des convenances de l'ordre general et du bonheur de l'humanite. Organisez done l'industrie harmonique et productive, vous avez pour l'allier a la passion mille fois plus dc moyens, de liens el de puissance.
L'industrie productive civibsee ne manifeste pas ccs grands effets d'entralneraent , ces acharnemens passionne's , parce tpi'elle n'est ni organised ni corporise'e ; attendez que nous ayons nos Phalanges, nos cohortcs e'quipe'es , nos arme'es industrielles. . . D'ici la, l'industrie rcstera terne, mornc, prosaique etrepugnanle, comme scrait la guerre si les combaltans c'taient isolc's , sans liens entre eux , sans rapports , enferme's dans d'etroiles limites , et ne se battant que pour gagncr leur pain quotidien, au lieu d'etre organises , rallies sous des drapeaux , et echauffes par des passions corporatives.
Pour rcntrer , en terininaut cctte note , dans le doinainc de rindustrie productive, je vais citer un fait d'Attraction agricole Ires-curicux. Toutefois, coinprenons bien (jue, dans noire society , les fails induslricls que nous avons exauhne's , connne la fenaison, les vendanges, el cehu que nous allons due, e'taut puremeat accidentels, el nun corporise's, regularises el durables,
l5o NOTE
ne pen vent pas presenter ties resullats tie haul cntrainemenl. 11 faut tenir coinple, dans ccs exemples, de l'absence de toutes les conditions qui manquent.
Prenez tin fleau , allez dans une grange on micux an grand soleil , tout seul , ct mettez-vous a batti-e des gerbes de ble. Vous verrez si cela vous amuse. — Maintcnant e'coutez la jolie desciiption raisonnee du hattage des grains , en Basse -Brctagne, par mon ami Charles Pellarin :
'• L'agriculture offre de'ja quelques germes d'Attraction, que » j'ai ete en position d'observer jusque dans la Basse-Bretagne, » germes que l'instinct seul a mis entre les mains dc nos paysans, » sans que personne songe a les de'velopper et a les e'tendre aux » autres brancbes de l'industrie. Ce qu'il y a de bien reinai- » quable, c'est que partout ou regne ce travail attraijant , ties » re'duit a la ve'rile par la mortelle longueur des seances , on forme ■ des Grotipes plus ou moins parfaits.
» Les travaux du battagc des grains an fleau sont, sans con- » tredit, des plus rudes; ils exigent un emploi de force conside- » rable , des mouvemens e'tendus et rapides des bras et de tout le » corps ; ils se font en plus grande partie, du moins en Bretagne , » a l'ardeur du soleil d'aoiit et de septembre. Eh bien ! malgre' tout » cela , ils sont de ceux qiraiment les habitans des campagnes , » et pour lesquels la jeunesse se passionne. C'est que la on ne tra- » vaille point isole'ment ; sur l'aire il y a an moins dix a douze » personnes sur deux range'es , qui se font face , el rivalisent Tune » avec l'autre. Dans chaque rang on remarque prcsque loujours » deux ailes qui rivalisent ensemble; et au milieu un homme vi- >- goureux , bien exerce' , dirigeant et excitant ce qu'il appelle son » cote, ou bien le Groupe entier, s'il est le chef de lous les tra- " vailleurs. Cette attribution revient au plus me'ritant, qu'il soit » domestique, journalier ou maitre, il n'importe , pourvu qu'il » sache exciter les forces sans les e'puiser , pourvn qu'il soit le » plus habile a saisir ces alternatives dc rclachcmenl et d'energie