‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 42 sur 116 · GESTION DU GLOBE · texte numérisé non relu

GESTION DU GLOBE

Travailler, agir, e'est employer ces faculte's, e'est faire usage de ses forces musculaires , cle sa puissance intellectuelle , de ses aptitudes artistiques : que Temploi soit bon ou mauvais, Taction utile, inutile ou nuisible, e'est toujours une action, une de'pense de force :

La condition d'ordre liarmonitpie, e'est que Taction soit utile, bonne dans ses re'sultats, autrement dit, que les faculte's soienl applique'es a Tindustrie gc'ne'rale ; e'est encore , que Taction en elle-meme soit un plaisir.

Or Taction, Texercice des faculte's, ne pent etre provoque que de deux manieres, par V Attraction ou par la Contrainte ;

Mais TAttraction , e'est le rc'sultat des excitations directes et libres des passions Sensitives , Affectives et Distributives ;

La Contrainte, e'est lc fouct du contre-maitre, la faira, le besoin, les obligations morales, les tristes ne'eessite's de pre'voyancc,

(i) II est facile de saisir que dans le passage ou nous sommes , j'ai specialise le mot faculte'. II faut s'entendre et ne pas chicaner sur les mols; je sais bien que si Ton veut, avec le sens ge'ne'ral du mot, on pourra dire que les passions sont des faculte's. Toute argumentation qui porterait la-dessus serait une fadaise.

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les soucis aigus de la vie, qui tourmentent ct crucifient Tame et ['intelligence.

L'action provoque'e par l'excitation de la passion est essentiellcment libre et attrayante ;

L'action qui n'a pour mobile que la contrainte, est e'videmment re'pugnante. — Cela est clair a crever les yeux. Jugez maintenant les choscs avec ces donne'es de la science passionnelle; voyez :

§• III

Pourquoi ?

Les exigences des douze passions et de l'Uniteisme determinant les conditions d'attrait, est-il recevable de dire en systeme absolu que Thomme aime le repos et hAit le travail ?■ — Nou, non ; cela n'est pas vrai. L'bomme est ne' pour Faction ; il apporte des aptitudes qui l'y pre'disposent , des forces qui l'y poussent. Quand il n'agit ni ne s'occupe, l'ennui le saisit et le de'vore.

Mais il est vrai qu'en face d'un travail dont les conditions sont a contre-sens des exigences passionnelles , l'hommc pre'fe'rera le repos. L'bomme aime le plaisir, voila tout. Que travail devienne plaisir , c'est-a-dire moyen d'excitation et de satisfaction des douze passions , ct lbomme aimera le travail.

Les gens qui ne savent ou ne veulent pas raisonner ni reinon ler aux causes, font ici une singuliere argumentation : ils distinguent tout ce qui est action en deux classes , celles qui ont un re'iiiltat utile, celles qui ont un re'sultat nul ou futile. ATexecution des premieres ils donnent le nom de travail , a l'exe'cution des secondes le nom cV amuse mens ou de plaisirs; et comme on voit aujourd'bui les boinmes courir apres les plaisirs (re'sultat impioductif), ct ne sc livrer genc'ralement que par neccs?ile au

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travail (resultat productif), ils conclucnt hardimcnl qu'on n'a pas le sens commun quand on admet la possibilile du travail attrayant.

Vous lenr citez dcs exemples tres-communs , ieur proprc exemple a eux-memcs, pour pronver que souvent on se cre'e dcs occupations, qu'on se passionne pour des travaux d'art, de science, de construction , pour certains exercices d'horticulture , de menuiserie , pour la peche , la chasse , etc. ; exercices qu'on est bien libre de ne pas prendre et qui ont un resultat productif, pour lesquels on se fatigue souvent beaucoup, qui pre'sentent des dif-

ficulte's et des obstacles contre lesquels on s'acbarne On vous

re'pond que ce sont des amusemens. Eh ! pardieu je lc veux bien, ce sont des amusemens. Mais pourquoi ces exercices sont-ils des amusemens? voila ce qu'il faut savoir ; et quand vous vous serez rendu compte de ce pourquoi, vous aviserez a voir si d'aucune facon on nepeut changer aussi en amusemens, — puisqu'amusement il y a , — l'enscmble des exercices de science , d'agriculture, de fabrique, d'art, etc., qui constituent 1'Industrie. Voila toute la question.

C'estune chose qui nest pas merveilleuse, en ve'rite, que Ton voie dans l'e'tat actuel les hommes courir apres lcs plaisirs et fair le travail. Un manoeuvre, un labonreur, un artisan, un

employe' d'administration un travailleur civilise, en un

mot , trouve son travail encadre dans une certaine forme qui est inde'pendante de ses gouts, de ses Attractions, et qui est inflexible. Cette forme ne permet pas les jouissances et les excitations passionnees; au contraire, elle est dirigee en sens inverse du vceu des passions.

**ft La nature vent l'ele'gance, le luxe, la richesse, la sante, les plaisirs des sens : — %* le travail morcele et civilise, le plus souvent , blesse les sens , altere les organes , de'truit la sante , et suffit a peine a Texistence du travailleur et de sa miserable

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familte. Voila la condition de travail pour les masses. — Cette condition s'ame'liore a mesure que vous montez les degre's de re'chelle sociale... Aussi le travail, de moins en moins ingrat a mesure que vous montez ainsi , devient-il , a ce litre , de moins en moins repugnant. Est-cc qu'un bourgeois a son travail d'atclier ou de bureau eprouve des repugnances aussi fortes que le malheureux qui passe sa journe'e d'hiver dans la Seine glace'e , l'eau jnsqu'a la ccinturc , pour gagner trois francs a retirer du bois de flottagc ?

a% La nature veut les minions de gens qui s'aiment, se rccberchent, sympathisent , bommes, femmes, enfans , parens, amis, amans, collcgues , infe'rieurs et supe'rieurs ; elle veut la libra formation des Groupes correspondant aux passions affectives : — %* le travail civilise et morcele isole le travailleur dans sa fonction , ou le met face-a-face avec des etres qu'il n'aime pas, e'touffe et tue les passions affectives, et apporte ainsi le vide, son ennui et son de'sespoir, ou la baine, a la place des jouissances actives du cceur, des chauds e'pancbemens de l'ame, de l' exaltation des vives sympatbies. — Quel est l'bomme an mondc assez borne' pour nier qua mesure qu'on se rapprocbe des conditions relatives a l'essor des quatre passions affectives, le travail ne dcvienne de moins en moins repugnant et ne con verge vers le plaisir? — Lecteur, j'espere que ce ne sera pas vous qui nierez cela.

9% La nature demande une succession de positions variees et contrastees , le mouvement , les cbangemens de scene , les incidens , les alternances; e'est la loi de vie. Elle a horreur de la monotonic : — %* le travail civilise clone pour le jour et la vie rbomme a son ceuvre, a une ceuvre identique. — tt% La nature veut des Accords, de grands mouyemens synergiques, entrainans et passionne's ; elle a mis dans tous les cceurs des cordes que les enthousiasmes de masses sympatbiques font vibrer a l'uoisson : elle veut aussi des Discords, des lultes. des cabales dc

parti, des intrigues excitantes, de vigoureuses et puissantes dissidences : elle bait le calme plat, Vatonie, le vide, la torpeur: — %* le travail civilise baigne dans I'ennui , ne tend aucun ressort , et laisse toutes les cordes de'bande'es , flasques et pendantes. — Qui pent dire que, dans tous les cas accidentels et hors de regie civilise'c , oil ces ressorts agissent plus ou moins dans le travail, on ne voie les champions industries plus ou moins stimules a l'ceuvre , plus ou moins en Attraction sur Tobjet de l'cenyre?

ft*# Enfin la nature bumaine fait un besoin a rindividu de rattacher son action a une ceuvre d'ensemble, de jouer dans le grand concert de Tordre general , d'avoir un role apprecie dans un tout barmonique. C'estaux satisfactions de plus en plus larges de ce baut et noble besoin que sont attacbe'es les grandes et religieuses jouissances , les inspirations supe'rieures , les grandioses synergies. — *ft* Le travail civilise' enclot le travailleur dans le miserable cercle de son e'go'isme individuel , tout au plus de son e'go"isme familial. L'action bumanitaire est morcelee, fragmente'e, ou plutot elle n'existe pas; ll n'y a pas d'ensemble, d'ordre , d'unite' : tout se contrarie, se cboque, se brise. Le travailleur civilise ne pent avoir a se rendre ainsi qu'un triste te'moignagc de contrainte et d'e'goisme , au lieu d'etre emporte' dans les bauts accords d'Uniteisme et d' Attraction.

Voulez-vous comprendre maintenant la cause du fait que vous exprimez, quand vous dites, l'homine aime les plaisirs et fuit le travail? Eh! mon Dieu, c'est que dans la forme sociale actuelle nous ne sommes pas libres de disposer nos actes industriels de maniere a les mettre en consonnance avec notre nature, avec nos passions ; le milieu industriel ne s'y prete pas : landis que nous nous rapprocbons de cette consonnance dans l'ordre des actes qu'on appelle les plaisirs.

Pour un manoeuvre non interesse a son travail , re'tribue tres-

faiblement, expose aux injures de l'air (le'sion des Sensitives) , isole (lesion des Effectives) , attache a line tache monotone (lesion des Distributives) , le travail est repugnant : mais le cabaret est attrayant pour ce manceuvre, parce qu'il y est abrite contre les exces de la temperature , parce que le Arin et le tabac lui font des excitations et des plaisirs (essor des Sensitives) , parce qu'il y rencontre des connaissances , qu'il s'y re'unit a ses amis (essor des Affectives) ; parce qu'il y discute , qu'il y trouve des sujets d'intrigue et d'orgasme cabalistique dans les cartes, le billard, les journaux, les diffe'rens jeux, qu'il se sent libre et pent passer d'une action a line autre , et varier ses modifications passionnelles (essor des Distributives).

Dans la vie du bourgeois et de l'homme du monde , vous retrouvez les memes ressorts, plus ratline's. Le cafe', les reunions de socie'te , les bals , les spectacles , les courses de chevaux , les discussions litle'raires et politiques , les chasses , les dines , le carnaval... Analysez tout cela , allez aux causes, et vous trouverez toujours au fond quelques-uns des douze ressorts passionnels. Je sais bien qu'en Civilisation tons ces plaisirs sont pauvres , miserables, ennuijeux ; ils ne sont pas nourris, ils n'ont pas d haleine , ils sont faux et mesquins ; leur but futile et le milieu morcele dans lequcl on les de'veloppe artificicllemeut , a prix d'argent , ne comportent pas les hauls Accords , les Rivalile's compose'es , les fre'quentes Alternances ; ces plaisirs factices sont a la vie Phalanste'ricnne ce que des figures de cire sont a des Groupes anime's et joyeux , de pales copies, de fades images : je sais bien qu'un Phalanste'rien des inoins ardens consomme plus de plaisir actifen un jour qu'un heureux Civilise' en un mois; pourtant vous pourrez toujours retrouver les causes essentielles de Taction libre et attrayante , dans l'e'tude de ce que Ton est convenu d'appeler les plaisirs : le jeu cst-il autre chose qu'unc intrigue faclice , cre'e'e a de'faut de re'elle ? Proposeriez-vous des cartes a des commercans qui discutcnt lcurs affaires , a des litterateurs qui sont aux prises sor leurs ocuvrcs et lcurs theories.

a des conspirateurs qui combincni les chances do sucees d'une entreprisc ; en un mot , a tout horame embesogne par une intrigue re'elle? Les spectacles sont-ils autre chose que des intrigues artificielles aussi, pour lesrjuelles vous n'etes plus acteur corame aujeu, mais spectateur , intrigues soutenues par le luxe des decors, Taction de Torchestre, les effets passionne's de la scene, le piquant et la varie'te des situations ? La lecture d'un roraan, d'un conte, d'un poeme, est-elle autre chose qu'iin moyen de sc cre'er arlificiellement encore des e're'tbismes passionnels, des jouissances solitaires, d'ouvrir a la passion un monde imaginaire, oil , a de'faut des satisfactions que le monde reel lui refuse, clle cherche a s'assouvir sur des images et des ombres, commc Ixion embrassant la nue

Ainsi tout ce qui entrave le jeu des passions , se range dans les sources de repugnances ; et tout ce qui favprise leur essor librc , alterne et c'quilibre, tout ce qui est dans le sens de leurs exigences, sc range dans les causes productive^ de plaisir et d'attrait : e'est ce que nous apprennent tons les actes humains e'clos sous le soleil , e'est ce que nous demontre l' analyse des mobiles de notre nature.

Or , les trois ordres de passions convrergcnt sur trois foyers i|ue nous avons fait connaltre sous les noms de Luxe, Groupes, Secies, et qui sont ainsi les conditions gene'rales cTAttraction.

Si vous re'aliscz completement ces trois conditions, vous disposez de tonte la force de L' At trait, vous mcttez en ceuvre par la vertu seule da plaisir, toute Te'nergic dont l'homme est capable. Si vous vous e'loignez de ces conditions, vous climinuez proportionnellementrAttrait, et pour que Taction continue a s'executer, il faut remplacer graduellement le mobile plaisir, par le mobile contrainte, dont la violence doit aller croissant a mesure que vous avancez davantage dans le domaine des repugnances, c'esla-dire , a mesure que vous vous e'earlez plus des trois conditions

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d'Atlrait, que vous exercez dcs lesions plus lories conlre le systeuie passionnel. — A Tune ties extrc'mite's , la liberie, l'ordre, et le bonheur; c'est L' Association Phalanste'rienne : a 1' autre, l'csclavage, l'anarchie et la souffrance; c'est le plus complet Morcclleincut barbare on civilise'. • — Choisissez. ■ — Ah ! le choix est fait, je l'espere! et si Intelligence du siecle n'a pas encore su trouver la graine qui doit produire lcs hons fruits, du moins ses tendances sont au travail, a l'Association , a la liberie, et ccs tendances ont de'sormais I'avenir a elles. Courage done nous tons qui creusons le sillon et aiguillonnons le bceuf tarclif ! Cceur et courage pour que la moisson soit abondante et belle , et que nous, les laboureurs , nous assistions encore a ses fetes '

.le ne sais si je m'abuse, mais il me semble que vous qui lise/. ccci , vous devcz demeurer convaincu par la force des faits et la puissance dcs rigoureux raisonncmens , que le calcul analytique et synthe'lique del'Attraction passionnelle, seule base re'elle de la science de l'Horame, nous a livre la connaissance du me'canisme social vrai , pre'e'tabli, consonnant avee la nature humaine , et que le premier caractere de l'application de ce me'canisme a l'industric, c'est la mise en Attraction de 1'humanite sur son ceuvre gene'ralc, sur la gestion du globe, autrement dit, l'inauguration , sur la lerre, du travail AttrAyant.

Je termine par une reraarquc dont le lecteur appre'eiera la porle'e : — nous avons e'tabli , d'abord par des considerations d'e'eonomie, d'ordre, d'unile, ['excellence de T Association; et plus tard , nous adressant a l'organisme humain et lui demandant comptc de ses exigences et de ses de'sirs , nous avons eu pour re'ponse l'ordonnance se'riaire. Or, ce me'canisme se'riaire, voulu par l'essence passionnelle de notre nature, ne peut e'videmment .jouer, avec sa libcrte', ses reunions nombreuses, ses Discords, ses Accords et ses Engrenages, que dans un large milieu, dans un milievi unitaire et associe. II faut , pour l'application de ce me'canisme , un milieu trois 011 qitatre cent fois plus large que le me-

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nage familial , e'troite base des socie'te's morcele'es ; il faut la Phalange de quinze a dix-huit cent personnes.

Ainsi, des considerations purement industrielles nous ont amend a l'Association coinme but final de l'e'conomie sociale; et raaintenant, des considerations d'un tout autre ordre, des considerations psycho-physiologiques, 1' etude des passions natives, nous ramenent aussi a ce raerae but. Ce que veulent les convenances de raison , les lois uiathe'matiques applique'es a la determination des maxima de production, de consommation , de bien-etre, les conditions d'ordre general, eh bien! c'est aussi ce que veulent les passions constitutives de Thomme, ces passions tant de'criees, tant et si vaincment attaque'es, ces passions dont on n'a jamais daigne examiner sculement les reclamations, ces passions que la morale, la loi, la religion poussaient du pied a la porte a qui mieux mieux , sans sculement consentir a les re garder en face , a les nommer , a les compter : c'e'taient les passions qui avaient raison dans leur revoke acbarnee contre la forme de la sociele, et rintelligence, mieux avise'e, comprend aujourd'hui qu'elle ne pent avoir un plus haut et plus digne emploi que celui de suivre leurs revelations, qui enseignent les vraies lois de lordre, et peuvent seules nous initier a la connaissance des eternclles harmonies du raonde ! — Gettc magnifique correspondance entre les exigences mathc'tnatiques , les convenances generates d'ordre et de raison , et les exigences passionnelles de Thomme , les convenances de bien-etre , de plaisir , de bonlieur , n'est-elle pas la preuve la plus eleve'e de la belle Destinee reserve'c a l'homme, de lordonnance parfaite de toutes les choses de l'univers sous Faction de la Loi providentielle ? Qui oserait me'connaitre dans ces merveilleuses correlations , l'intervention des intelligences supe'rieures? Qui oserait nier riuumunie pre'e'tablie ? Qui pcut me'connailic la belle Destinee ?

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