‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 60 sur 116 · I QUI1 USUI DE LUXE INTERNE ET EXTERNE · texte numérisé non relu

I QUI1 USUI DE LUXE INTERNE ET EXTERNE

OV

DLVELOPPEMENT INTEGRAL DE L'lNDIVIDU

ET DE L'lXDUSTniE.

CIIAPITRE PREMIER.

fflrvrLopprmcnt interval ocs forces pljustqucs

SANl£, VIGUEUR et RICHESSE DU CORPS.

('.'est une precieuse cliosc , que la sanle , el hi seule. qui nierile , a la verite , qu'on y employe non le temps seulement , la sucur , la peine , les biens , mais encore la Tic a sa poursuitc : d'autant que saDS elle , la vie nous vicnt a estic iujurieuse. La voluptt- , la sagesse , la science el la vcrtu , sans cllc se teinisscnt el esvanoiiissent.

Mostaicke.

11a theorie se leduit a substitucr les courlcs seances aux tongues seances , en exercice de l'industiic. Cu. Foorikb.

Oi le lecteur a bien compris la formule qui regie l'organisalion des travaux, el dont I'elasticite se prele a l'cncadrement de loutcs les industries, il aura remarque sans doulc, corarac caractere mis des le debut en saillic, que Fourier fail pour

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l'Industrie ce qu'a fait Napoleon pour la guerre. L'ancienne tactique divisait les forces et s'afl'aibllssait sur tous les points. Napoleon vint et apprit a composer de tous les corps-d'armee isoles et epars, une armee puissante et corapacte, dont la masse, multiplied par l'energie d'impulsion, ecrase et broie tout sur son passage.

Cette comparaison peche en un sens, pourtant ; car l'Industrie aujourd'hui n'est pas meme organisee en corps-d'arme'e partiels, detaches. L 'armee dcs travailleurs est aujourd'hui comme une armee de defense ou d'invasion, qui serait formee d'une masse d'hommes sans uniforme, sans liens, sans chefs, sans discipline, sans communications, agissant separement, se contrariant les uns les autres, et dont la grande majorite des soldats n'auraient meme ni armes, ni munitions. II ferait beau voir cette armee sansdrapeau entrer en campagne ! Imaginez-vous un tacticien qui viendrait dire, a cet aspect : « Voila de bonnes dis- ») positions d'attaque et de defense; c'est bien, » cela ! gardez-vous de former des compagnies et « des corps ; laissez les combattans isoles, laissez » (aire, laissez passer ! La concurrence s'etablira » entre les combattans, chacun saura bien fairc » pour le mienx, et me, pour la guerre, lanar- » chie et la librc concurrence ! »

— INous avons des gens qui se sont donne le nom d'cconomistcS; et qui depuis quarante ans parlent ainsi , en face de l'immense armee indisciplinec des travailleurs ! — Et dans un pays ou Ton appelle anes les anes , on appelle ces gens-la des savans !

Le caractere saillantde la conception de Fourier est done d'avoir reconnu que la masse doit etre substitute a l'individu dans l'execution , dans la manoeuvre industrielle. — Sur un champ de dix arpens, 1'Industrie civilisec met une charrue et deux paysans ennuyes et maussades ; ils y labourent dix jours de suite, et douze heures par jour. — L 'Industrie societaire porte sur ce champ trois Groupes, de douze, quinze ou vingt laboureurs, trente, quarante charrues montees, harnachees et bien attelees; les trois pelotons attaqucnt au pas de charge, et quand, deux heures apres, les charrues rentrent au pare en defilant en colonnes, et musique en tGte, les dix arpens sont proprement et duement retournes. Ce n'a pas ete de la besognc faite pour l'amour de Dieu : les sillons sont alignes et profonds. On peut aller voir.

Voila le principe et l'exemple; les travaux sont organises en seances courtes et varices.

Les courtes seances, — loutc la theoric de Fou-

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rier est en germe clans ce mot la. Faisons une halte pour en reconnaitre la valenr.

On concoit sans peine que le principe ties courtes seances necessite l'emploi des Groupes et des Series, car il fautcompenser par le nombre des travailleurs, ce que Ton perd en duree du travail; il faut former des agregations, des Groupes; ces Groupes s'affilient et se corporisent suivant leurs affinites, et vous retrouvez la Serie. Quel que soit notre point de depart done, nous retombons sur cette loi de distribution vouluc par la nature, et nous sommes ramenes en meme temps a 1' Association , car il est plus qu'evidenl que le Morcellement des proprietes, le regime etroit de la lamille, ne permcttent nullement la formation des Groupes et des Series, chacun restant chez soi dans ce systeme etrique.

Ceci pose, nous etudierons l'influence de la substitution du regime des courtes seances au regime Civilise qui occupe de la meme maniere toutes les heures de la journee de l'homrae , et loutes les journees de sa vie. Nous avons a examiner la question par rapport au travailleur, et par rapport au travail. — II y a des millions de faits sur lesquels la comparaison pourrait s'elablir. Citons-en quelques-uns.

Dans lcs lieui ou le peuplc civilian ne mcuit pas de faim prasante, il meurt dc faim Unit: par lcs privations; de faim speculative qui l'oUige a se nourrii de clioses nial saiues: de faim imminent! en s'excedant de travail, en se livrant par besoin a des fonctions pernicieuses , a des fatigues outiecs, d'ou naissent les Sevres, lcs infirmites.

Cn. FotEIER.

II resulte d'un memoire de M. Lombard, de Geneve, In a l'academie des Sciences le 3 fevrier i834, — memoire ecrit a la suite d'un consciencieux travail fait sur deux-cent vingt etats differens, — que certaines professions tendent a devclopper cncr giquement la phthisic puhnonaire : « ce sont celles de sculpteur, imprimeur, chapelier , polisseur , gendarme, brossier , soldat , joaillier, tailleur , meunier, matelassier, passementier, limonadier, perruquier, ecrivain-copiste, cuisinier, tourneur, cordonnier , etc. : chez les femmes , celles dont la poitrine est le plus compromise, sont les lingeres, cordonnieres , gantieres, brodeuses et polisseuses. »

D'autres industries sont au contraire signalees par M. Lombard comme ayant une tendance preservative de cette maladie. — Ce fait aussi est fort remarquable.

M.. Lombard signale comme causes determi-

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nantes tie la phthisic, a I'exercice prolongs et contain d'un grand nomhrc d'industries, et I'impurete" de 1'air des ateliers. » II dit, ce sont ses termes : « l'absence d'exercice musculaire ^tant une cause frequente de phlhisie, les ouvricrs sedenlaires doivent faire chaquejour un pen d'exercice en plein air, en ayant soin de mouvoir les muscles qui, pendant le travail* sont dans un repos force. » M. Lombard appclle l'attcntion sur l'utilite que certains ouvriers pourraient retirer d'un changement d'etat, des qu'ils commencent a eprouver quelques symptomes du mal.

Voila un travail fait par un homme, sur un nombre fini de professions, et par rapport a une seule maladie, la phthisic Que Ton fasse la m6me etude, plus complete encore, et sur toutes les aulres maladies ou deformations du corps humain, et Ion sera a meme de comprendre la valeur hygienique de l'lndustrie civilisee. — Le passage suivant, extrait d'une Revue etrangere, va nous donner, sur le metier de polisseur d'acicr, des details et des chiffres.

« Les articles que Ton polit a Scheffield, sont des fourchcttes , des rasoirs , des ciseaux , des canifs , des couteaux de tabic , etc . . . Quelques ouvriers n'emploient que des nieules st-ches , dautres sculement des meules humides; enfin, quelques-uns , tantot lc-> unes, tantot ics autres. On comptc a SchclTield environ deux

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untie cini| cents polisscurs d'acier ; ils commeiiceiit ordinaire* ment ce genre de travail a quatorze aiis, et, a ecl age, ils sont pour la plnparl forlcment conslilue's, vigonreux , et n'offrent a l'exte'rieur aucune predisposition particuliere a la consomplion pulraonaire. Quand , an bout de sept ans , lcnr apprentissage est fini , ils commenceni a travailler pour lcur proprc comptc. Mais (|iicl(]ues-uns sont obliges d'abandonner cet c'tat durant leur ?pprcnlissage , ne pouvant supporter les cffelspemicieux de la ponssiere sur les pouinons. Pendant la guerre , un norabre considerable d'enlre cux s'enrolaient a un age pen avance' ; mais maintcnant que le de'boucbe leur est ferine', (un debouche , la guerre!) ils conlinucnt ordinairement ce travail pendant toute lcur vie, quoique connaissant bien ses funestes re'sultats.

» Jusqu'a la fin du dernier siecle , on n'avait point remarque que les polisseurs fussent moins bien portans que les autres ouvriers , parce que la plupart travaillaient a la campagne, et souvent dans de grandes cliambres, ayant plusicurs ouverlures. Ils -,'occupaient en meme temps des autres parlies de la coutellerie , et conse'quemment employaient moins de temps au polissagc. En outre , il leur arrivait souvent , pendant des mois entiers , de nc travailler que trois ou qualre lieures par jour, par le manque d'eau, qui seulc a celte c'poque e'tait employee pour mettre les meules en mouvement. Cepcndant les besoins du commerce ayant augmente' (perfectionnement de la Civilisation), on fut oblige de snbdiviserle travail; e'est-a-dire que cbaque ouvrier ncs'occupe cxclnsivement que d'une seulc partic (perlectionncm°nl dc la Civilisation). Enfin , en 1786 , la vapeur ayant etc substitute a l'eau commc motcur (nouveau perfectionnement dc la Civilisation), les re'mouleurs se trouverent tout-a-coup entasse's dans dc pctitcs cliambres . contenant huit ou dix pierres , et souvent jus qu'a seize ouvriers (perfectionnement des perfectionnemens et pr ogres con ti nu ! ).

» Les re'sultats, de ce cbangement de syslcmc sur leur sante out etc des plus deplorables. — Les re'mouleurs a sec meurenl entre 28 et 50 ans ; ceux qui se servent allernaiivcment de meules II. l3

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seches et de meules humidcs , meurent entre 40 et 45 ; enfin , ceux qui n'emploienl que des mculcs luimides, ne vivent paN au-dela de 50 ans, s'ils sc livrent constamment a ce travail. En 1822, on constata que sur 2,500 polisseurs de toutes les classes, il n'y en avait que 55 qui cussent atteint lage de 50 ans, et environ le double celui de 45 ans; tandis que, sur 80 adultes occupe's a polir des fourcb.ett.es , et qui n'employaient que des pierres scenes, il n'y a pas un seul individu qui fut arrive a 56 ans. 11 paralt que Ton a constate aussi le fait singulier que les hommes les plus laborieux e'taient ceux qui vivaient le moins long-temps ; tandis que ceux qui arrivaient a un ageuu peu avance, avaient, en general , mene une vie dissipe'e : de sorte que rintempe'rance elle-meine semblait favorable a la dure'e de Texistence, seulement, sans doute , parce qu'elle eloignait pour un temps Touvriei de ces occupations funestes. Le docteur Kniglit, de Scheflield, qui a public dans un essai toutes les informations recueilliesjusqu'ici sur ce sujet , rapporle plusieurs faits statistiques qu'il a observes a l'infirmerie de Scheflield , dont il est medecin , et qui tendent tous a la ineme conclusion.

Messieurs les economistes, vous aimez les slatistiques; faites clone un peu celle des assassinats de votre Industrie. Allez consulter les chiffres de mortalite dans les manufactures ou Ton opere sur l'antimoine, l'arsenic, le cuivre et le mercure, ou Ton fabricjue et broie des couleurs; la aussi les plus vieux ont trente ans! Trente ans, e'est la limite superieure de la vie !... Interrogez les ouvriers; ils savent les dangers certains de leur etat, et ils vous feront toujours la meme reponse : « Que voulez-vous, Monsieur, e'est un metier qui tue le corps; mais il iaut bien gagner

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tin pain. .» Et le pere iatroduit son enfant apres Jui dans cet odieux guet-apens; il faut Men gagner du pain !. ,. En ce temps de perfectibilite industrielle et economique, les maitres qui n'emploient leurs salaries que comme des animaux et des machines, se soucient d'ailleurs si peu de faire dans leurs fabriques les depenses relatives aux precautions sanitaires, que le savant professeur Peclet, an retour dune tournee ou il venait de visiter line foule de manufactures franchises, secriait naguere, dans son cours a l'licole centrale, — que cetait une chose honteuse et iniame, que les ouvriers sont empoisonnes dans mille ateliers, que la police et le procureur du Pvoi devraient intervenir....

L'Industrie civilisee porte done le mal au compose; elle tue a-la-fois, et par Tinsalubrite des ateliers, et par la conlinuite indeGnie du meme travail. — Et quand elle ne tue pas , elle estropie. oLes vignerons cultivant des pontes ardues, sont fatigues de l'arriere par la declivite du terraiu , et leur jambe reste grele , malgre la vigueur du corps; meme inconvenient aflecle la cuisse des cavaliers. » J'ai remarque que les ouvriers pressiers, dans les imprimeries, sont tous fortement bossus de 1'epaule droite, quand ils ont exercc long-temps leur metier.

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« J'ai vu, » dit Trahsotij « a une lecon de M.Geoffroy-St.-Ililaire. un ancien crieur public dont je ne sais quel muscle s'etait ossifie a force de crier. Avec un peu d'atlention on trouverait des inonstruosites analogues dans lcs organes de tout homme adonne depuis long-temps a un travail unique. La deformation cruelle des paveurs et tailleurs de pierre est un fait a la portee de tout le monde, et qui Justine bien cettc assertion. - On en ajoulerait bien d'aulrcs, etnotammentcelle des soullleurs de bouteillcs dans lcs verreries , dont les muscles des joucs finissent par perdre entierement leur faculle de mouvemenl et do jeu volontaire.

§. III

Les \iM< s soul les gouffrcs Ac 1'cspece humaine. Au Lout de ijuelques generations , lcs 1 1. . perissent el degenerent: il faut les renou M-lcr , el r'est toujours la campagnc qui fournit .i ce renouTellcment.

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