VICES DU SIMPLISME EX ECOSOMIE
» Accusons d'abord le genie moderne sur la manie des ameliorations simples qui se contrecarrent et se neutralisent. Tel canton, aide d'une socie'te d'agronomes , a le'gerement perfectionne une brancbe de culture : on chante victoire , et sur quoi? Sur ce que le bien a fait un pas, tandis que le mal en a fait dix, par la devastation des forets et l'empirisme des climatures. Les modernes se de'fieraient de pareilles illusions , si la science les cut habitue's a calculer sur l'enscmble des biens desirables , speculer sur le tout combine avec les parties ; enfin , s' clever du mode simple an compose' integral.
» Observons ce vice de simplisme dans l'ensemble des voics
(i) Voyez, Traite de PAssociation domestique agricole , t. 1, page 4G2. Lisez aussi , sur cette these, dans le meme volume, les chapilres : Benefices delaillcs de la gestion unitaire : greniers , caves, comestibles , fruits , transports , page 348 : — Distinction des benefices en generiqucs et puissancicls , page 35g ; — Enormite des benefices rclatifs : trenluplc , centuple , rnilluplc , infinitesimal, page 367; — ct 1c Post-ambulc , page 4<P du memc volume.
DEVELOPPEMENT INDUSTRIES 20n
et moyens d'enricbissement ; puis nous descendrons du tout a la partie , a la source , qui est la journe'e de travail.
» II est deux principes constituans du luxe ou richesse : » L 'interne ou sante' proportionnelle aux ages ; » L'externe ou fortune proportionnelle aux classes.
» La fortune nous assure les jouissances du luxe conditionnellement, et sauf la sante ou luxe interne, essor complet des faculte's sensuelles.
» L'e'conomisme compose doit spe'culer sur le concours des deux luxes ; il torabe dans le mode simple , s'il organise un re'gime ou les deux luxes ne marchent pas de concert, ne se pretent pas un appui re'ciproque.
» Le contraire a lieu en Civilisation : Ton y observe que la classe opulente a moins de vigueur que le campagnard, qui peu re'tribue' en ricbesse externe dite fortune , obtient davantage en ricbesse interne ou sante' : on ne voit guere la goutte s'installer dans les cabanes; on la voit fre'quemment sous les lambris dore's.
» L'ordre civilise e'tablit de fait un conflit des deux luxes , une scission entre eux, car le luxe interne , ou sante' proportionnelle aux ages , est en raison divergente du luxe externe, ou fortune proportionnelle aux classes. Le riche est moins robuste que le pauvre ; ce qui est en me'canique la plus monstrueuse duplicite d'action. Les deux luxes doivent, selon l'unite', etre convergens ; cbacun des deux doit soutenir l'autre et conduire a l'autre. Quoi de plus vicieux qu'un assemblage de deux e'le'mens qui se contrecarrent ! c'est l'image de ces mauvais me'nages ou cbacun des deux e'poux mine a l'envi la maison.
» Telle est parmi nous la marcbe des deux luxes , toujours en conflit : l'externe ou ricbesse entraine a des exces qui alterent la sante', ou luxe interne; et de meme le luxe interne ou vigueur entraine a des abus de plaisir qui compromettent la fortune. Tous deux se detruisent Tun par l'autre : comment nos beaux esprits osent-ils parler d'unite d'action et d'e'conomie des ressorts, quand la duplicite regne dans lejeu des ressorts primordiaux ? Peuventils nier qu'il y ait jeii discordant ou simple dans ce me'canisme,
ou Ton s'eloigne de la richesse dans les fonctions qui donnent la sante' , et ou Ton s'eloigne de la sante dans les plaisirs que procure la richesse? Peuvent-ils nier que le bonheur et la sagesse consisteraient dans un ordre de choses qui combinerait richesse et sante , conduirait a Tune et a l'autre siniultane'ment ? Telle est la proprie'te du regime socie'taire.
M Un pre'juge' nous a abuse sur le de'sordre actuel, ou conflit des deux luxes : on a pense' que la Providence avait voulu partager ses faveurs, donner au patre et au Sauvage la vigueur en indemnite' de leurs privations. Ce sophisme pre'sente une idee de balance equitable ; il n'est pas moins errone' : ce n'est pas ainsi que Dieu spe'cule sur la justice ; nous verrons, a Tarticle du malheur bi-compose, qu'il ne veut rien de simple dans la destine'e de l'liomme, et qu'il ne place pas l'e'quilibre dans une divergence, mais dans une convergence d'e'le'mens contraste's.
» Tel est Teffet des Series passionnelles
i) Pre'cisons bien ce tort radical de nos e'quilibristes sociaux , tout aheurte's a spe'culer en simple ; savoir :
» Les politiques, sur la richesse, en ne'gligeant la sante' : » Les moralistes, sur la sante, en ne'gligeant la richesse. » Tout e'tant compose' dans la destination bumaine, si la masse n'arrive pas aux deux luxes combine'ment , elle tombera dans les deux pauvrete's cumulativement. C'est ce qui a lieu dans Te'lat actuel , ou Ton voit une chute,
» Des grands en pauvrete' relative ,
en de'biUte comparative et re'elle : » Des pet'ts en pauvrete' re'elle ,
en debilitc' relative et obligee (i).
(i) Elle est obligee, en ce que le besoin de travailler les force a faire le sacrifice de leur sante dans des fonctions mal-saines, des ateliers insalubres , des exercices outres qui usent de bonne heure les lempe'ramens, exposent le peuple aux fievres et epidemics, sans moyens de traitement. II est done en debilile relative
» Tels sont les re'sultats constans de l'e'tat morcele. Peu importe que les theories pre'tendent nous conduire au luxe compose, on luxe interne et externe, quand il est notoire que le Civilise est moins robuste que le Sauvage, et le citadin moins que le villageois ; quenfin l'ordre civilise' fait diverger les deux luxes , au lieu de les faire converger, marcher de front.
» Voila Terreur definie en sens general : j'ai analyse jeu simple et conflit dans la tendance aux deux luxes ; attaquons maintenant le simplisme sur quelque errement spe'cial ; descendons du tout a. la partie , a lajoumee de travail. Nous allons distinguer sa valeur en degre's multiples , et arguer de ce calcul conlre Fe'conomisme civilise, qui ne spe'cule que sur la journe'e simple ou industrie apathique et re'duite au plus bas degre de produit , a la moindre activite possible .
« Comment travaillent nos athletes salaries? lis ne cherchent qua esquiver la tache. lis baguenaudent si le maltre s'e'loigne : louvrage est double si le maitre surveille sans relache.
» Un inge'nieur me disait d'un travail : " cela n'avance pas du tout; il y a 40 pionniers. — Cependant, re'pondis-je, 40 hommes
et obligee; et rien nVst plus faux que ces visions cTe'quilibre qui placent la sante chez le peuple, en de'dommagement des richesses. II a les geruies de sante; mais il est force' a s'en priver lui-meme, et se pre'cipiter par misere dans les maladies , courir a la raort pour e'chapper a la famine.
L'esprit civilise, tout sophistique, aime a se repaitre de compensations illusoires comme cellcs que je viens de refuter. La ve'rite' est que Thomme etant un etre de deslin bi-compose , doit arriver ou au bonheur bi-compose' dans l'etat de choses voulu par Dieu , ou au malheur bi-compose sous les lois des hommes. C^st ainsi qu'on doit envisager la justice divine sociale : elle est franche quant aux voies et moyens; invariable dans sa marche compose'e; pleine en bienfaits comme en fleaux : te'moin la peste bi-compose'e ou quadruple dont nous sommes frappes aujourd'hui ; enfin , elle est tout-a-fait incompatible avec les escobarderies de contre-poids et de compensation que le sophismc veut lui prater.
2/fO HARMONIE. LIV. I. CH. III.
robustes. — Bah! 40 pionniers font cle l'ouvrage conime 5 hommes; ils travaillent par pimition, sans gratification ; ils en font le moins qu'ils peuvent. » Meme raisonnement va s'appliquer an parallele cle Civilisation et d' Association. Nous allons voir que 40 Civilises de la classe des maitres, des bons ouvriers , font de l'ouvrage comme 5 Harraonicns; difference d'un a huit.
» Analysons les incidens qui diminuent le produit de la journe'e d'un salarie' : estimons la valeur des ralentissemens actuels , et des stimulans a mettre en jen par 1' Association.
l,e PUISSANCE.
L'Esprit de Propriete aide de la Verite.
» L'esprit de proprie'te' est le plus fort levier qu'on connaisse pour e'lectriscr les Civilises : on peut, sans exage'ration, estimer an double produit le travail du proprie'taire, compare an travail servile on salarie'. On en voit chaque jour les preuvcs de fait : des ouvriers d'une lenteur et d'une maladresse choquante lorsqu'ils e'taient a gages , deviennent des phe'nomenes de diligence des qu'ils operent pour leur corapte.
» On devait done, pour premier probleme de'conoinie politique, s'e'tudier a transformer tous les salaries en proprie'taires co-inte'resse's ou associe's. C'eut e'te' doubler la valeur des journe'es a gages, et par suite les avantagesd'acce'le'ralion.
» Mais les salaries ne composent que les trois quarts de la population industrieuse (compte general c'tabli sur les pays d'esclavage et de liberte'). Comment clever l'autre quart des journe'es, celles des maitres, au double produit P
» Omettant ici les petits moyens, coramc exemption de surveillance, retour des maitres et commis aux travaux qu'ils inspectaient, je me fixe au levier le plus puissant , celui de la verite qui regne en Association. II suffirait , en agriculture et manufacture , de la garantie de verite et fide'lile des agens , pour que les chefs entreprissent une infinite de travaux auxquels ils n'osenl pas meme songer aujourd'hui. J'ai remarque, en parlant des ver-
gers, quon plaaterait vingt fois plas d'arbres a fruit, si on avait la garantie de D'etre ni trompc sur la qnalite du plant , ni vole tin fruit, oblige de le cueillir en masse et avant maturite; si on avait de plus la garantie de capitaux a prix non usuraire, comme on l'aura en Harmonic, apres la chute de l'agiotage.
» Ces deux ressorts, proprie'te et verite, fournissent de'ja plus de mo yens qu'il n'en est besoin pour e'lever la masse des journe'es de travail a double valeur ; et dans cette hypothese, une province d'un million d'habitans fournira le produit que peut donner aujourd'hui cellepeuple'e de deux millions.
2e PUISSANCE.
V Extension de la Mec unique muterielle et societuire.
» J'en ai cite en menus details , des produits decuples , vingtuples, et nieme centuples en quelqucs branches. En y ajoutant le be'ne'fice des unites ge'ne'rales et du commerce ve'ridique ( avantages dont on se convaincra au 2e. tome) , on est fonde a doubler en masse Testimation pre'ee'dente , et le'lever de deux a quatre. Dans ce cas, le million d'homnies en vaudra quatre , ou bien la journee de travail estime'e aujourd'hui un e'eu, vaudra quatre ecus.
» Donnons un exemple partiel , tire de ['irrigation , branche de me'eanique mate'rielle. Son seul produit peut doubler , en moyen termc, les re'coltes de tant de pays chauds, Espagne, Levant, etc., tout -a -fait prive's de moisson lorsque les pluies viennent a manquer. Tant d'autres n'ont que demi ou quart dc re'colte, faute d'arrosage, et ne cultivent pas les objets que la garantie d'eau leur permettrait d'introduire dans les pentes ou les plaines , si le travail des hauls bassins et des rigoles de pentes e'tait ge'ne'ralement entrepris.
» Cependant ^irrigation ge'ne'rale de pentes et plaines, travail de si grand prix, ne serait qu'un des mille prodiges de 1' Association : quelle source de benefices !