‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 78 sur 116 · II · texte numérisé non relu

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toute espece, comme les profondes vagues du deluge ancien ne roulaient dans leur sein que des cadavres et des charognes. II vaut done beaueoup mieux, pour etablir l'Harmonie sociale, organiser un regime capable d'ouvrir a toute passion une surabondance d'essors, que de continuer a precher l'abstinence, a moraliser, punir et damner les hommes qui, hors d'un pareil regime, seront toujours pousses au mal par la faim comme par l'Ambition, et par l'Ambition aussi bien que par la faim.

Or, voyez que d'essors ouverts a tous et a chacun dans le regime seriaire. Sur tout objet de science, d'art, sur toute branche d'industrie et d'activite humaines, vous formez des Series et des Groupes. Le Groupe , a lui seul, fournit autant de hierarchies qu'il contient de sous-fonctions. — Celui-ci est chef de comptabilite, celui-la dirige les manoeuvres de parade; tel a la plus grande influence comme theoricien, tels autres se partagent le commandement en differens details de travail, etc. Certes, il y a place pour tous les talens et toutes les pretentions , et ceux qui se sont trouves dans des reunions ou cette repartition des influences s'etait accidentellement etablie, ont pu y reconnaitre que chacun, gouvernant dans les parties ou il excelle, recoit bien-

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veillamment l'impulsion dans les parties ou il a moins de valeur et pas de pretentions : on se flatte volontiers que la partie dans laquelle on reussit est la plus importante, la plus glorieuse — Tantmieux! l'amour-propre est satisfait, desarme, caresse raeme. G'est un echange de services, de bons procedes, de louanges flatteuses ; on s'encourage, on s'excite, on s'exalte , on s'entraine dans un concert d'affection. II n'y a pas la de place pour la haine. — Qu'on ne vienne pas, pour l'amour de Dieu! faire objection ici a une verity generale , par quelques miserables exceptions observees en milieu civilise, c'est-a-dire dans un milieu faux et sur des hommes fausses.

Et puis, qu'est-ce que ces essors et ces voies de Ralliement offerts par le Groupe, a cote de ceux que vous presente l'ensemble des Series, — meme sans sortir encore de la Phalange, sans parler de la nation et du Globe? Voyez 1'efFet du mecanisme des engrenages des Series : dans celle-ci, vous etes mon superieur, mon professeur, vous m'aidez, vous m'instruisez , vous me formez , je vous dois mes progres dans des travaux que j'aime.... Et tout-a-1'heure , dans une autre ou mon ancienne experience m'a conquis de hauts grades, et ou vous ne faites que debuter peut-etre , je vais vous rendre vos bonnes

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lecons avec zele, reconnaissance et joie, et ce sera tonjours entre nous echange de gratitude, de soins, d'affection et de devouement. II y a plaisir a obeir et a applaudir, quand on y trouve garantie d'etre soi-meme a son tour obei et applaudi; et ces heureuses et bienfaisantes combinaisons, dues aux INEGALITESnaturelles et sociales, se rencontrent mille et mille fois pour vous et pour moi, pour nous et pour tous.

Tout le secret de l'Harmonie est la, voyezvous. Plus vous aurez d'inegalites de fortune , d'age, de talent, de gouts, de caractere, voire raeme de naissance, plus vous aurez etabli de divisions et de subdivisions dans la masse, plus vous aurez nuance de hierarchies et combine d'inegalites graduees en Series, plus nombreuses seront les notes de vos gammes, et varies les timbres et les instrumens de votre orchestre , plus brillantes seront alors les modulations, plus melodieux et puissans les Accords, et ravissans les concerts ! Je le repete , la graduation , l'engrenage et le libre jeu des inegalites, voila, avec l'Attraction pour force motrice, tout le secret de l'Harmonie sociale.

Ainsi la route est spacieuse , la carriere est large, les ambitions peuvent courir sans se cou-

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doyer. Allez! allez! ilyaplusde fonctionsque vous n'en pourrez remplir, plus d'honneurs que vous n'en ponrriez porter, plus d'espace que vous n'en sauriez devorer! II y a trois millions de Phalanges, et de chacune d'elles partent des milliers de voies de fortune et de gloire, formant un reseau croise sur le monde, et reunissant leurs innombrables fils d'or et de soie au grand foyer de l'Unite-spherique. Courage done, ne restez pas en route et courts d'haleine!... Accoraplissez les taches, faites vos preuves, gagnez toujours des palmes nouvelles; cueillez et recoltez ! les ('■pis ne feront pas faule aux moissonneurs....

Vous voyez qu'il y a des distinctions sans nombre,deshonneursinfinis, et que ceshonneurs prodigues restent honorables, malgre leur multiplicity, car ils representent fidelement les droits et les merites, car les rangs sont regulierement hierarchises, car les decorations et les titres ont des significations claires, reelles : ce ne sont pas de ridicules mystifications, comme il en est tawt aujourd'hui. Chaque distinction speciale caracterise quelque chose qui a valeur sociale; les rangs, les titres, les decorations ne sont plus, je vous le dis, fictions et vains noras ; ce sont des etiquettes qui ne trompent pas, des signes vrais.

Or, vous comprenez qu'alors loin de moderer Jes Ambitions, on les active, on les agace, on les fouette. Plus il y aura d'Ambitions en jeu, plus il y aura de forces deployees et employees. Voyez seulement a l'armee si deja on ne trouve pas avantage a stimuler les homraes par l'appat des

avancemens Et puis, aux Phalanges, les ligues

ambitieuses sont des moyens d'Accord et de Ral- Jiement; les inegalites et les contrastes font circuler les affections, echangent les bons offices, et cimentent les devouemens passionnes des uns aux autres, de tous a la masse.

S- iv.

lis disent que lc nialheur est la dcslinec d« genre huniain , que la vie est un temps d'epreuves, d'expiations. . . ; puis, quand on leur demande quel est done ce grand crime qu'il faut que l'homme expie , i[s repondent que c'est mystere. . . .

Vos philosophes ne disent-ils pas aussi que l'homme est le roi de la creation ? — C'est un roi detrone : rendez-lui son trone et ses palais, rendez-lui son genie et sa vertu en lui rendaut ses passions ! La passion , c'est le genie et la vertu , le merite et la recompense ! Ch. Dain.

Les passions sont l'elan de l'homme vers sa destinee. Madame De Stael.

La nature humaine est comme une pierre precieuse, taillee a mille facettes inegales, douees de mille polarisations differentes; chaque individualite peut s'allier a toutes les individualites

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ambianles par un noinbre plus ou moins grand tie facettes et de poles semblables ou sympathiques.

Les natures les plus riches, les plus elevees en titres passionnels et sociaux, sont evidemment celles qui possedent la plus grande quantite de facettes et de poles attractifs, celles qui peuvent former, en toute passion, les liens les plus nonibreux et les plus puissans a la fois, celles enfin qui ont les affinites les plus variees, qui sont aptes aux combinaisons affectives les plus vives et les plus multiplies.

Ainsi, comme 1'oxigene, element panlogamcj qui se combine avec tous les corps de la nature, est, dans le monde materiel et dans la chimie organique, le roi des corps elementaires, de meme, dans le monde social et passionnel, le caracteic le plus hautement predispose a toute affinite, le plus fortement doue de toute passion , le caractere omnimode et pantogame , sera aussi le roi des caracteres : — dans le milieu social providentiel , chaque nature contribue a l'Harmonie en proportion composec du nombre et de l'intensite de ses Attractions; chacun joue un role d'autant plus important, qu'il a de plus hauts desirs, — car les desirs sont des forces molriccs qui pas-

sent toujours en acte; — les rangs occupes dans l'echelle descaracteres, sontcorreMatifs aux doses de passion. L'integrale passionnelle la plus forte est au sommet : c'est ainsi que , dans tout systeme sideial, le soleil central, pivot de tourbillon, en est toujours la masse la plus attrayante, car l'Attraction mene le monde et en gouverne toutes les Harmonies.

Les natures les plus antipathiques ont toujours elles-memes quelques points par ou elles se touchent; elles ont toujours des notes consonnantes, et peuvent s'unir dans quelques accords particuliers, independamment de la fusion de toutes leurs modulations partielles dans la grande symphonic unitaire de l'ensemble.

Nous pourrions insister ici sur ce que le concert des INEGALITES graduees, est la condition et la base, non-seulement de 1 'Harmon ie sociale, mais encore de la Justice sociale ; nous pourrions meme porter cet admirable theoreme dans les regions superieures, et le montrer dans lout son eclat gouvernant les hautes Harmonies du monde, les Harmonies souveraines et la Justice eternelle. Mais ces dernieres considerations surtout sortiraient du cadre impose a ces deux volumes, el rentrent dans celui d'un autre ou-

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vrage ou elles trouveront place. Remarquons seulement ici que si les theories d'Egalite, froissant toutes les conditions naturelles, et parfaitement contraires a l'Ordre des choses, sont a 1'une des extremites des absurdites et des injustices, a l'autre extremite de la nieme echelle, se placent les theories de Feodalite : feodalite de la naissance, feodalite du capital, feodalite de la capacite, feodalite religieuse ou theocratie, etc. Ces dernieres theories coordonnant a une seule puissance, ordonnant par rapport a une seule faculte , tous les avantages sociaux et les distribuant sur une hierarchie unique, de maniere a laisser, corame des Parias , les individualites ajustees au bas de cette echelle unique, sans compensation a leurinferiorite dans cette echelle ; et ceux qui tronent en haut, sans compensation de leur superiorite et de leur domination ; ces theories, dis-je , donnent les diverses formules du pouvoir social tel qu'il existe dans les societes subversives, et qui n'est pas autre chose que le despotisme dans ses varietes.

Toute notre histoire est la , celle que les institutions religieuses ont faite, celle que les institutions de feodalite militaire ont faite, celle que l'argent nous fait aujourd'hui. et meme celle que les St.-Simoniens nous voulaient fairc.

II est malheureux que les hommes qui sentent la Justice et la Liberte froissees par ces diverses formules de despotisme, n'aient su leur opposer que les theories stupides du nivellement egalitaire. II fallait s'elargir l'esprit et comprendre que la Justice humanitaire n'est ni dans la distribution a dose egale^ de chaque avantage social a chaque individu, — chose qui d'abord en la supposant possible, n'irait pas du tout aux individus , car les uns et les autres font inversement peu de cas de ceci, et beaucoup de cela, — ni dans la concentration de tous les avantages dans certaines mains, au detriment du reste ; — mais bien dans fa distribution proportionnelle et compensative de ces avantages repandus sur tous, dans une infinite de hierarchies differentes, en doses nature I lenient et socialemcnt inegales, correlatives pour chacun dans chaque hierarchic a ses titres spe'ciaux dans cette hierarchie. — Voila la Justice ; voila ce qui est bon a tous et pour tous ; voila ce qui est dans les convenances de la nature, de la raison , de la societe ; voila ce qui peut etablir l'Harmonie en multipliant pour chacun les satisfactions, les joies variees et les essors, en puisant a pleines mains , pour tous, a la source infinie des bonheurs surabondans que la puissance liberate, amoureuse et paternelle de Dieu, a verses a grands flots dans la nature et dans leternelle Harmonie des choses !

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11 y a d'inepuisables tresors, et voila qu'au lieu de les exploiter en comniun, comrae devraient faire des freres, vous vous entre-dechirez pour des miseres ! il y a de quoi donner sura- Ijondamment a tous, et vous vous disputez pour savoir ce que ceux-ci ou ceux-la n'auront pas ! preparons done plutot les tables du festin, l'espace est grand ; et chacun est convie !.,.

Voila, faites un inonde ou toute capacite soit utilisee, et ou toute capacite utilisee soit remuneree dignement sans prendre sur l'heritage de ceux qui sont nes bourgeois ou roturiers dans J'ordre des capacites ; ou toute famille qui porte un nom rendu glorieux par des actes passes, puisse etaler ce nom avec orgueil, et s'en faire, corame d'un joyau precieux, une noble parure, sans prendre sur la gloire des actes presens, sans (kouffer 1'essor des gloires a venir; ou ceux que la fortune a favorises puissent doubler leur fortune en l'engageant dans l'ceuvre sociale au service de l'humanite, accroitre par ce concours la source des richesses, ou tous viennent s'abreuver. ... Ayez des faveurs pour la beaute du corps, des autels pour la beaute de lame, des recompenses pour tous les merites, descouronnes pour toutes les gloires; ayez des recompenses, des couronnes et des autels pour toute force,

pour toute passion, pour toute puissance, et faites ainsi converger par attrait, toute faculte sur l'ceuvre du bonheur de tous !!

Ne voyez-vouspas qu'en proscrivant la noblesse du nom, vous perdez une force pour l'oeuvre humanitaire, et que vous la lui rendez hostile; que vous perdez une force et la rendez hostile en comprimant l'essor des capacites ; que vous perdez une force et la rendez hostile en prechant le dedain de la matiere et le mepris de labeaute; qu'en luttant contre la raison pour le profit de la foi , vous perdez une force et la rendez hostile ; qu'en detruisant le sentiment religieux pour detruire les dogmes absurdes, vous perdez une force et la rendez hostile. Vous mettez aux prises la capacite contre la naissance, la fortune contre la naissance et la capacite ; la matiere contre 1'esprit, et 1'esprit contre la matiere ; le sentiment religieux contre la raison, et la raison contre le sentiment religieux; la force contre la force, I'interet contre I'interet, la passion contre la passion ! et e'est quand vous avez arme ainsi toutes les puissances naturelles et sociales les unes contre les autres, quand vous avez engage le combat et que vous sonnez la charge et poussez les houras de guerre, e'est alors que vous dites : L'homme est un etre degrade dont

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la nature nest que vice et corruption ; Dieu a mis 1'homme sur la terre maudite, devouee a toute division, a toute douleur et a toute misere! — lui , Dieu ! helas ! hommes de philosophic et de religion, c'est vous qui le faites stupide et infarae ainsi. Dieu est-il done un vautour qui se repaisse de chair humaine , et se rejouisse a l'odeur des cadavres, que vous le dites decreteur de la guerre ici-bas ? Et votre terre, que vous dites devouee fatalement. aux guerres, pousse-t-elle done au printeraps des epees de son sein?

Dieu a mis le desir du bonheur en nos ames, il a mis sur notre terre, les fleurs que nous aimons, et les epis qui nous nourrissent : notre terre centuple 1'epi que nous y semons ; elle pousse encore la moisson quand nous l'abreuvons du sang de nos freres

Grand Dieu, bon et puissant! rends puissante la voix de ceux qui ont compris ta Loi et qui annonceut ton Regne a leurs freres ! ouvre les intelligences fermees, fais eclore en leur sein l'amour !... Et toi , belle Terre que nous avons si long-temps ravagee, beau Paradis devaste qui pleures tes premiers jours, toi donl I'dme est cosubntatitielle au feu et a la lu-

miere (0, prepare tes fleurs, tes grappes et tes epis , tes grandes Harmonies , tes voix et tes riches parures, car le terme de tes longs deuils approche, et voici bientot le jour predit de la rehabilitation, le beau jour de la fete et des renaissances !

Terminons ce chapitre consacre aux Hqul" libres majeurs (2), et, pour rentrer dans la speciality de la science de ces Equilibres, condensons dans la formule de ce glorieux theoreme que

(1) Huic anirnce terrence — quant luci et igni cognatam dixi.

Keppler !!

(2) On appelle Ec/uilibres majeurs , ceux qui sont tire's du jeu des deux passions d'ordre majeur, Amitie et Ambition , et qui sont relatifs surtout a l'ordonnance et a la hie'rarchie des inte'rets industriels. Les Equilibres mineurs sont ceux que fournissent les deux Affectives mineures, Amour et Famille. Ces derniers equilibres ne pouvant etre e'tablis d'emble'e au debut de l'Harmonie, parce qu'ils reposent sur des mceurs loyales et autres dispositions inconnues aux Civilises, dispositions qui ne viendront que comme consequences de l'organisation re'gulierc et se'riaire des affaires de Mode majeur , nous nous abstiendrons d'en parler ici. Du reste, les principes ge'ne'raux de ces Equilibres sont les memes que ceux qui concernent le majeur ; nous renvoyons leur etude a l'ouvrage ou nous traiterons les questions de Haute-Harmonie ,• elle aura la sa place naturelle, et s'y de'veloppera a son aise.

nous avons pris pour epigraphe , et qu'il faudrait pouvoir graver en lettres d'or, la double et raerveilleuse propriete du regime seViaire, sur laquelle nous avons eu principalement a insister; savoir :

Absorption des rivalites et antipathies collectives DE CHAQUE MASSE, PAR ACCORD INDIVIDUEL DES SECTAIRES DANS DIVERS GROUPES ET CORPORA- TIONS;

Absorption des rivalites et antipathies individuelles de chacun, par ralliement en divers groepes et corporations, ou les gouts coincideront avec l'antipathique , et substitueront pldsieurs affections accidentelles a une antipathie naturelle.

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