‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 81 sur 116 · Chapitre huitieme. Dcs me'lhodes d'enseigncment et du · texte numérisé non relu

Chapitre huitieme. Dcs me'lhodes d'enseigncment et du

corps enscignant 539

Note sur la langue unitairc ct sur l'enseignement naturel des langues en Harmonic 301

FIB (.1 LA IA1II.E BE LA Ire. LIVRAISON DU III". VOLUME.

L'EDUCATION

Ne faut il pas que , del sa naiasance , I'homme rencontre sous la Loi de Providence une education toute puissante de dereloppement ?

Et celte education ne coniistc-t-el(c pas a faiie eclore toutes les facultes et instincts doni chaque sujet a tie doue par le Dispensateur supreme , pour concourir a l'Harmonie gene, rale , et trouTer des jouissances infinies darn I'accomplissement dc sa propre Deslinee ?

CLiXISSB VrSOURBOf.

K.'abeille change tout en miel, et l'araignee rn renin. Prmtrbe tspagnol.

L'EDUCATION

i.\ SOC1ETI. I>OIT l.'KIHT.ATIOTi \ I.INDmDl.

Par cela seul qu'il existe , 1 lionime a tons les droits qui dccoulent du fait de son existence . e'est-a-dire tous crux dont 11 a besoin pour rivrc d'une maniere ronforme a sa nature. TTrer.

Vj'est ici que nous aurions encore un compte a regler avec la Civilisation; car, ici, elle est en si flagrant debt d'absurdite et de malfaisance, que les Civilises eux-memes n'ont qu'une voix pour l'accuser.

Chez nous, d'abord, l'education est une exception. Sur trente-trois millions d'individus que contient la France, il y en a certes vingt-huil millions, au moins, qui n'ont pas re§u ce que

55u' I.EDU CATION.

Ton appelle l'education. — Dans cette societe-ci, vit qui pent, eleve ses cnfans qui peut. Elever les enfans, c'est la tache de ceux qui les font; la societe ne s'inquiete pas de savoir si ceux qui ont pu les faire, pourront les elever. — Seulement, elle a seme en quelques villes, ca et la sur le grand territoire de France, un certain nombre d'hospices d'enfans trouves : encore nos savans economistes ont-ils recemment reconnu que celte ombre de prevoyance sociale est mauvaise et funeste chose, que cela augmente le nombre des enfans naturels. lis prechent maintenant pour que Ton ferme les portes de ces hospices. II y aura alors, annee commune, moins d'enfans naturels et plus d'infanticides; ce qui constitue un double avantage, — vu les dangers de l'accroissement de population, contre lesquels ils ont encore les belles recommandations de prudence que vous savez. Done, que Ton ferme les hospices pour les enfans, et que Ton elargisse les prisons pour les meres.... la morale y gagnera, et le bourreau aussi.

Mais je disais qu'en pleine Civilisation et sur toute la surface de la belle France, l'education, — ce que Ion appelle education, — est un privilege uniquement reserve aux enfans des families riches ou aisees : les autres, — vingt-huit

millions d'individus sur trente-trois, — sont depourvus de toute culture. Des populations entieres , au sein de la France, ne vous presenteraient sous ce rapport aucun trait de difference avec n 'importe quelle population barbare.

Que dites-vous de ce resultat, de ce fait de brutale statistique? Gela vous semble-t-il dans lord re de ce qui doit etre? Une societe dans laquelle les humains que Ton eleve sont en proportion seulement de cinq sur trente-deux! Et encore cette education exceptionnelle n'est-elle pas un fait d'institution sociale; c'est un fait purement familial. La loi qui exige quo Ie pere donne a son fils sa fortune, n'exige pas qu'il In l donne l'education.

Quand vous meditez avec le sentiment du bou et du vrai, quand vous revez ce que devrait etre une societe humaine, je vous le demande , l'image evoquee par ce sentiment du bon et du vrai, — qui est le meillenr juge de tons les deux, — n'est-ce pas celle dune mere tendre et prevoyante, qui, a toute la sollicitude de la maternite, joindrait la puissance et la vasle intelligence dont Dieu n'a pas fait 1'apanage de l'individu, mais de 1'espece ; d'une mere qui aurait pour tons ses enfans le lait de ses mamelles, de donees

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caresses, des soins, des secours; qui donnerart a tous, avec amour, aide et protection; qui tous les eleverait, les exercerait, les developperait dans le sens de leurs desirs et de leurs facultes; qui les doterait tous, qui les placerait tous, qui les benirait tous?...

Oh! la societe d'aujourd'hui n'est pas cette mere tendre, bonne, intelligente, prevoyante et secourable ! La societe d'aujourd'hui, c'est une mechante maratre, sans coeur et sans entrailles, qui a bien quelques sourires pour un petit nombre de riches, de faineans et de fripons, mais qui chasse du pied et maudit les grandes legions de ses enfans pauvres, dont les mains sont calleuses, dont le corps se courbe au dur travail. Elle ne leur parle, a ceux-la, que pour leur demander argent, sueurs, sang. Quand sonne pour eux l'age de vingt ans, elle prend les plus forts, les plus grands, les plus robustes, les mieux venus; elle leur apprend a marcher en ligne sur trois de profondeur, et a se presenter regulierement a la gueule des canons charges a mitraille. Voila la seule education dont la societe fasse positivement son affaire a legard des masses, en tout pays civilise.

Et puis, a ces pauvres malheureux parias, Ion-

dus, ecorches, lues comrae des betes de somme ou de boucherie, on parle du respect qu 'ils doivent a la sociele, de l'amour qu'ils doivent a la patrie. On leur parle bien aussi, par Dien ! de l'amour de la gloire.... et c'est avec cela qu'on les fait se ruer par masses compactes sur des redoutes garnies, sur des batteries serrees; etquand ils se sont fait hacher au nom de la gloire, on jette tetes, troncs, bras et jambes, des blesses avec des morts, toutfpele-mele, dans les grandes fosses. On recouvre de terre, et c'est fini.... Oui, toute cette morale de devoirs, d'amour de la patrie, de respect a la societe, d'amour de la gloire; toutesces saintes cordesdu coeur humain, servant aux classes qui exploitent a entortiller lachement leurs victimes, tout cela, pour qui senile et voit a nu les choses, est bien odieux et bien infame. C'est un grand abusement a la fois et un grand sacrilege; et ce serait line fiere journec que celle ou les masses viendraient a comprendre ce qu'il y a de peu respectable et de peu sacre dans tout ce qu'on les a depuis long-temps faconnees a venerer —

Je sais bien que cette expression nue et crue de la verite soutevera la colere des hommes medians qui exploitent avec connaissance de cause, aussi bien quo celle des niais qui ont encore

36o l'education. argument.

dans les oreilles les discours de leurs nourrices etde leurs grand'-ineres ; mais qu'y faire? II faut les laisser accuser et crier contre les novateurs, qui ne leur parlent pas d'ailleurs d'aller a l'Association par les revolutions, mais bien leur predisent les revolutions, s'ils n'arrivent pas a l'Association : — ce qui sera pure justice.

La premiere condition pour que la societe ait le droit de reclamer de l'individu amour et respect, c'est d'abord qu'elle se soit mise en frais deducation pour lui. Une mere qui abandonne son enfant, n'a pas droit a l'amour de son enfant ; elle a droit a sa haine.

La societe doit l'education a l'individu.

Et maintenant, que doit etre l'education?

HAftMONIE.

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