CHAPITRE PREMIER
€xamm ire l'€t»ucatic»n subt>ersit)f.
EDCCATIOX PIliI.Il.HK.
Otez-nioy la violence et la force ; il n'est rien , a mon a»is, qui abastardisse et estourdisse si fort une nature bien nee.
Cette police de la plus part de nos Colleges, m'a lousiours desplu. On eust failly a l'adventure nioins domageablcnient, s'inclinant vers l'indulgence. C'est une 'rayc geaule de jeunesse captWe. . . . Most4ionb.
Je n'enTisage pas comnie une institution publique, ce« risiblei etablissemens qu'on appelle colleges.
J. J. Kocsseap.
On ne ccsse de criailler a nos orcilles . romme qui seroit dam un entonooir. Mmnm'
Ces tortures seront-elles eternellcs!...
Btbox.
X out etant au rebours du bien en Civilisation, il arrive non-seulementque 1 education n'y existe pas pour les masses, mais encore que .'education exceptionnelle de la minorite des privileges se fait dans des conditions ridicules et
pitoyables. II n'y a, corarae je le disais, qu'unc voix snr l'absurdite de nos methodes; mais on en reste la-dessus a line critique vague, mal faite, indolente et sterile. Rien n'est miserable corarae les opinions du monde sur l'education. D'abord, c'est une vieille discussion qui est sur le tapis ; aujourd'hui encore on en est a savoir si l'education doit etre publique ou particuliere.
II est bien certain qua prendre les choses telles que nous les avons, chacune des deux opinions peut trouver de fiers argumens contre 1'autre. Que n'a-t-on pas a dire sur nos pensions et nos colleges? Tout ce qui y est reglemenle pour l'education a atleint le dernier degre de Pabsurde. Un college!!... Voici des enfans, des etres pleins de vie, de seve, avides de joie et de mouvement; un sang vif et chaud bondit dans leurs veines : lenr nature est toute d'expansion, elle 3 ai 1 1 it au-dehors. Ces troupes d'enfans actifs, remuans, joyeux, babillards, sont en affinite avec l'air, le soleil, les grandes herbes des champs, la libertc, comrae les jeunes couvees des fauvettes au mois de mai. Certes, les besoins de cct age sont faciles a saisir; leurs gouts, leurs penchans, leurs passions sont palpables. Eh bien, quel compte tenez-vous des imperieuses manifestations de la nature qui parlc par ces penchans
Education subversive — publi^ue. 56o
et ces gouts? Qu'en faites-vous, de ces enfans? — Ce que vous en faites? Vous les prenez des l'age de six, sept, huit ans ; vous entassez ces freles creatures dans des prisons, dans des bagnes, que vous appelez des colleges; vous les serrez dans des dortoirs et des salles d'elude nauseabondes, et des le jour de leur entree dans ce lieu ferme et maudit, vous commencez la torture....
Allons, les bourreaux, preparezles instrumens de supplice ! Ce n'est pas un supplice d'un jour, ce n'est pas un supplice du corps : c'est un supplice de huit ans, de dix ans; c'est un supplice du corps et de l'ame a la fois. A 1'oeuvre, tourmenteurs, regens, pedans, vendeurs de soupe 3 pious, ckiens de cour (Oj et toute espece d'argousins preposes a la chiourme ! Voici des tetes blondes et des tetes brunes, des joues fraiches et rosees : les parens vous ont livre les victimes; ils vous les ont amenees en troupeaux, par les jours noirs, bas, humides et t'roids de la Toussaint; ils entrent chez vous avec I'hiver et dans
(i) A ecus qui trouveraient ccci de mauvais gout, je dirai d'abord que ce n'est pas de gout bon on mauvais qu'il s'agit ici, et ensuite que ces designations et mille aulres que les e'leves appliquent a Ieurs raailres de pensions, professeurs, surveillans, etc., donneut la plus precise et la plus nelte expression de la valeur de nos niethodes d'education. Qtrou essaie de faire une critique plus l'oric et plus concise que celle que renfermenl ces trois mots-la.
)a semaine des morts. Et maintenant n'ayez peui qu'ils echappent , car vos grilles se sont refermees sur eux, et les murs de vos cours sont trop hauts pour que, si habiles grimpeurs qu'ils soient, ils puissentlesfranchir. C'estdufond de ces cours-la qu'ils verront desormais le soleil, si encore le soleil passe an haut de ces cours.
Et vous direz que ce n'est pas la question qu'ils vont subir pendant huit ans, que ce n'est pas un supplice, une torture? Comment, grands sots, imbecilles barbus, qui leur faites traduire chaque jour de latin en francais, de francais en grec et en latin , que la liberte" est le premier de tous les biens, que la mort est preferable a 1'esclavage , ce n'est pas un supplice et une torture que cet emprisonnement de huit annees sous lequel vous les tenez, eux dont les natures vives, alertes et bouillantes, sentent mieux que vous et vos vieuxRomains le besoin deliberte? Les bancs de bois sur lesquels vous clouez pour huit ans ceux pour qui le mouvement est la premiere condition de vie , ce ne sont pas des instrumens de supplice? Et vos rudimens, vos dictionnaires, vos syntaxes, voslivreslourdset indigestes, toutes ces belles choses que vous allez vous metlre a leur faire passer, bon gre mal gre, dans la memoire; voire science de mots dont vous allez les