‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 83 sur 116 · EDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE · texte numérisé non relu

EDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE

gorge r ; toule cette metaphysique de regies a laquelle ils ne comprennent rien, et ne peuvent ni ne veulent rien comprendre ; tous ces auteurs latins sur lesquels vous les faites palir, et dont chaque verbe ne leur entre dans la tete, avec ses etymologies et ses derives, que comme un coin de fer dans le tronc d'un chene; toutes ces inutilites universitaires , fastidieuses et abrutissantes dont vous les bourrez aujourd'hui, par la seule raison qu'on faisait ainsi sous Charlemagne; toute cette infame routine d'education ,. qui est une honte meme pour la Civilisation , dont chacun sent le vide, 1'absurdite, la malfaisance , et qui ne s'en transmet pas moins de generation en generation ; et puis, vos pensums, vos punitions, vos duretes, vos ridicules caprices, vos vengeances, — car cela se voit chaque jour, chaque jour on voit la des hommes exercant avec acharnementdes vengeances sur des enfans! — vos vengeances, dis-je, et par-dessus tout vos sots sermons, vos morales de chaque heure, de chaque instant!... ah! vous ne voulez pas entendre que cette education-la constitue un supplice long et cruel , et que vous n'etes pas des educateurs, mais des geoliers et des bourreaux?. . .

§. II

Ceux qui , comnie noslre usage porte , ciilrcnreiuieul cVune mesme Icron ct pareille mesure de conduit"-. regeuter plusieuis esprits de si divciscs nusures et formes : ce e'e'st pas mcrveillc, si en tout un peupl<d'enfans , ils eo renrontrent u peine deux ou Irois qui r;ippoitcnt (juelque iusle fru'ict de 1cm discijijine. JIostaicxk.

Que faites-vous des corps? Que faites-vous des ames? Que faites-vous des intelligences? — [1 faut developper, exercer, suivre les vocations et les attraits naturels, caresser les forces et les

facultes naissantes que faites-vous? Dans vos

institutions, ou Ton vous jette par fournee la jeunesse a elever, vous avez une regie qui est la nieme pour tous, qui ne fait nulle acception des natures, des forces, des caracteres. Vous attelez brutaleinent toutes ces intelligences a la meme tache; vous faites marcher du meme pas les longues jambes et les jambes courtes. Ceux qui lisent deux fois leur lecon et la savent parce qu'ils ont la memoire facile, sont recompenses; et, a cote, ceux qui l'ont etudiee trois heures et ne la savent pas, vous les accablez de punitions et de dures paroles; vous leur dites qu'ils sont des paresseux et des laches; vous fletrissez leur ame par des injures qui sont tres-admissibles et qu'on

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ne reprouve pas, pour ce qu'elles sont adressees par des homines a des en fans !

En admettaat, — ce qui est certes bien contraire a la raison , — que toutes ces sottises , enseignees aux enfans et aux jeunes gens a si grandes doses d'ennui, de peines, de punitions cruelles et abrutissantes, dans les classes, soient des choses utiles et qu'il importe de leur apprendre, est-ce que ces procedes de l'enseignement ne sont pas des monstruosites flagrantes? Cette odieuse egalite de regie, de regime et de lache, ce mepris des natures individuelles, ne constituent-ils pas une enormite qui stigmatise de la maniere la plus eclatante nos procedes d'education? C'est au dix-neuvieme siecle, si fanfaron et si vantard, que le procede d'education, pour ceux qui peuvent avoir part a ce bienfait, consiste a les priver de leur liberte , a les enfermer dans des prisons jusqu a seize, dix-huit, vingt-ans; a les contrarier, a les tourmenter de mille manieres, jour par jour, pendant les plus belles et les plus ardentes journees de leur vie , et tout cela, pourquoi? — Pour leur meubler la tete d'une foule de betises qu'ils s'empresseront bientot d'oublier , et dont il ne leur restera , apres six semaines de vie dans le monde, qu'un profond mepris, bien merite, pour les dogmes,

les maximes, les preceptes et les moeurs de ces personnages des vieilles societes qu'on leur a si ridiculement presentes pour modeles, a eux qui doivent vivre dans la France que vous connaissez.

Et cette education , je ne saurais trop le redire , n'a qu'une regie brutale pour toutes les natures ; meme ration pour tous les estomacs , meme ration pour toutes les memoires, meme ration pour toutes les intelligences , memes etudes, memes travaux. Oh! cela est prodigieux! Mais quel est done l'educateur de chiens qui ait la meme regie pour ses chiens d'arret, ses levriers, ses chiens courans, ses c^pagneuls et ses dogues de garde? lequel exige de ces especes diverses des services identiques? Ou est le jardinier si rustre, qu'il ne sache, en elevant ses plantes, donner a celles-ci plus d'ombre, a celles-la plus de soleil , a celles-ci plus d'air, a celles-la plus d'eau ? En est-il un qui attache a toutes les memes tuteurs et les memes liens, qui les taille toutes de la meme facon et aux memes epoques, qui ente la meme greffe sur tous les sauvageons? — La nature humaine ne vous semble done pas valoir la nature vegetale ou la nature animale , que vous faites moins de facon pour elever des pauvres enfans que pour elever des epinards, des laitues et des chiens ?

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Voyez ces enfans qu'on amene dans les colleges ; ils different a mille titres. Ceux-ci sont colores, bruns, sanguins ; ils ont du vif-argent dans les veines, des ressorts d'acier tendus dans les membres ; c'est le mouvement , la petulance : d'autres ont de grands fronts melancoliques, et des yeux noirs qui revent, — natures d'artistes , gravitant instinctivement vers les regions vagues et inconnues de la poesie ; leurs longs regards s'elevent et nagent dans les domaines de 1 'imagination et de 1 intelligence ; ils sont de la fa~ mille du bel enfant anglais de Lawrence : — la, vous avez les cheveux forts et crepus, les fortes volontes ; les temperamens bilieux , les ames vigoureuses et trempees dur, dans des corps qui deja accusent des formes rudes et carrees : et a cote, les blonds roses, aux yeux bleus et doux, petits garcons timides et feminins , freles et delicats, aux formes rondes et molles, pleins de gentillesse , et tout semblables aux jolies fleurs qu'ils aiment. Vous trouverez mille natures, mille temperamens, mille caracteres; car le genre humain a ete cree par excellence riche en races, en especes, en varietes inGnies. Les natures et les caracteres des enfans des hommes sont plus nombreux que les couleurs, les reflets et les formes des fleurs, des oiseaux, des insectes et des pierres precieuses qui brillent dans II. 24

j~0 HARMONIE. LIV, III. CH. I.

la creation; et tous ces caracteres sont appelcs a etaler chacim leur richesse propre dans la forme harmonienne, comme des rubis, des perles et des diamans enchasses dans Tor d'une couronne de roi.

Eh bien ! ces centaines de mille enfans, que la Civilisation va eduquer dans ses colleges, y vivent tous courbes sous le meme joug : vous voyez , dans les colleges de Paris , infliger la meme education au Russe et au Bresilien, a l'enfant espagnol et a l'enfant anglais! mais, encore une fois , les paysans les plus brutes n'attellent pas un bceuf avec un taureau , un etalon avec un hongre, et les uns avec les autres des chevaux de races differentes.... Et nosstupides educateurs assujetissent aux memes dispositions tous les enfans qui leur tombent sous les mains, quoiqu'il soit evident qu'entre telles et telles de leurs victimes, il y a plus de difference qu'entre un cheval et un mouton !

Puis, quand ils sont a l'ceuvre, quand regens et pedans travaillent sur cette jeune matiere humaine , et que ces etres, ainsi jetes violemment hors de toutes les attractions, et sentant la pesanteur du joug de plomb qu'ils portent sur le cou, le secouent et se revoltent contre 1'aiguillon;

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