‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 87 sur 116 · EDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE. O^S · texte numérisé non relu

EDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE. O^S

education, corarae une bete brnte a dompter. Et vous, tendres meres, qui pleurez sur vos fils, calmez vos craintes et vos douleurs, et par avance rejouissez-vous , car vous n'avez pas enfante des monstres ! Si votre enfant se revolte contre uue education monstrueuse , c'est un bon signe.... rejouissez-vous! Vous verrez vos enfans devenir sous vos yeux des hommes utiles, honorables, loyaux; grandir en science, en habilete, en force et en talens : vous n'aurez plus a gronder, a punir, a faire pleurer et a pleurer vous-memes ; vous n'aurez a enregistrer pour eux que des joies et des succes, a distribuer que des baisers et des caresses. Ah! si les meres savaient le sort qui attend leurs enfans aimes dans les Phalanges, elles courraient poser aujourd'hui les premieres pierres des premiers Phalansleres.

Notre siecle sot et vantard a fait grand bruit de ce qu 'il a supprime la ferule dans l'educalion et les colleges. Yoila, en verite, une belle avance! Educateurs, avez-vous supprime dans vos educations la contrainte, la violence, la douleur? La ferule n'etait qu'une des formes de votre procede d education , qui est toujours le meme, toujours la contrainte, la violence, la douleur. Est-ce que toutesvospunitionsne sont pas des ferules? Est-ce que vous n'excitez pas toujours les soufFrances et

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les reactions, depuis la suppression de la ferule? Chose indigne! on inflige encore aux enfans, aux jeunes gens, des punitions infamantes : on les met a genoux; on veut avilir etdegraderlesames, non content d'etioler les intelligences. Miserahles! qui osez toucher des ames d'enfant avec la honte, comme des epaules de forcats avec ua fer rouge!... (T)

Heureusement ici vous etes impuissans et vaincus; car vos punitions ne constituent pas aux

(i) Quelle honte pour nous que ce mode odieux d'education, quand on songe qu'a cet egard nous en sommes a cent degre's audessous des anciens, dont on meprise si fort aujourd'hui les institutions au nom du progress quand on songe encore que Montaigne, il y a bientot trois siecles , ecrivait deja les lignes suivantes, et que notre systerne d'education est toujours le meme qu'au temps de Montaigne.

v. Au lieu dc convier les enfans aux leltres, on ne leur presente, 11 a la verite, qu'horreur et cruaute. Qstez-moy la violence et la 11 force-, il n'est rien, a mon advis , qui abastardisse et eslourdisse il si fort une nature bien ne'e. Si vous avez envie qu'il craigne la n honte et le chasliment, ne l'y endurcissez pas. Eudurcissez-le. n a la sueur et au froid , au vent, au soleil , et aux hazards qu'il luy n faut mespriser. Ostez-luy toute mollesse et delicatesse au vestir et ii coucher, au manger et au boire : accoustumez-le a tout : que ce n ne soit pas un beau garcon et dameret, mais un garcon verd et n vigoureux. Enfant, homme , vieil , i'ay tousiours creu et iuge' de n mesmc. Mais entre autres choses, ceste police de la plus part de a nos colle'ges , m'a tousiours despleu. On eust failly a 1'adveuture n moins dommageablement , s'incliuant vers l'indulgence. C'est ii une vraye geaule de ieunesse captive. On la rend desbauchec ,

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yeux de la population a laquelle vous avez a faire , un titre de honte, raais de gloire. Quoi que vous fassiez , voyez-vous, ces enfans sont vos superieurs; leurs jugemens redressent les votres. Ceux que vous accablez de punitions et d'insultes, eux, ils les portent en triomphe. Ceux que vous designez a leurs parens comme sujets indisciplinables, caracteres monstrueux, enfans qui finiront mal , ceux-la sont aimes et priment

n Ten punissant avant qu'elle le soit. Arrivez-y sur le poiact de » leur office, vous n'oyez que cris, et d'enfans suppliciez, el de n maistres enyvrez de leur cholere. Quelle maniere, pour esveiller n l'appetit envers leur lecon , a ces tendres ames et craintives, n de les y guider d'une troigne effroyable, les mains armees de ii foiiets? inique et pernicieuse forme! Ioint ce que Quintilien en n a tresbien remarque, que ceste imperieuse authorite', tire des 11 suiltes perilleuses : et nomme'ment a nostre facon de chasiiment. ii Combien leurs classes seroient plus decemraent ionche'es de fleurs net de feuille'es , que de troncons d'osiers sanglants ? i'y feroy ii pour traire la ioye, Tallegresse, et Flora, et les Graces : comme ii fit en son eschole le philosophe Speusippus. Ou est leur profit, n que la fust aussi leur csbat. On doit ensucrer les viandes salubres n a Teufant, et enfieller celles qui sont nuisibles. C'est merveille n combien Platon se mcnstre soigneux en ses loix de la gayete et ii passe-temps de la ieunesse de sa cite : et combien il s'arreste a. n leurs courses, icux, chansons, saults et danses : desquelles il n dit, que L'antiquite a donne la conduite et le patronnage aux Dieux 11 mesmes, Apollon, aux Muses et Minerve. II s'estend a mille n preceples pour ses gymnases. Pour les sciences lettrees, il s?y ii amuse fort peu : et semble ne recommander parliculierement la ii poesie que pour la musique- r>

EssaU de Montaigne , liv. ier., ch. xxv.

Cf]8 IIARMONIE. LIV. III. CII. I.

parrai leurs camarades. Meres, qui vous desolez sur les mutineries de vos enfans , sur leur indocilite , leur obsignation a ne rien faire et a narguer leurs geoliers, allez demander l'opinion des camarades : ils vous apprendront que vos fils sont intelligens, adroits, courageux, forts contre la douleur, et bons camarades; qu'ils se battent contre les forts pour defendre les faibles, qu'ils se font redresseurs de torts et d 'injustices, qu'ils sont rois aux jeux comme aux mutineries et aux revokes; qu'ils sont fideles, entreprenans, aimes. Or, sachez que la nature n'a pas donne aux caracteres inferieurs puissance d'exercer ainsi charme et ascendant sur les autres, et qu'il n'y a de deplorable que cette fatale education civilisee qui heurte sans intelligence, meconnait et fausse brutalement les vives et nobles facultes, mechante education aveugle, qui enfouit dans son fumier les belles perles et les beaux diamans

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