EDUCATION SUBVERSIVE — PUBLIQUE
aux dispositions stupides de l'education civilisee. Aussi les bons sujets de college , les ecoliers vertueux, ceux qui sont forts en themes, ceux pour lesquels on n'a pas asscz d'eloges, qu'on propose pour modeles a tous les autres, et qui ont les prix de bonne conduite, sont-ils assez generalement des sots fieffes, des francs imbeciles. C'etaient precisement les natures inferieures, ou bien des natures tendres qui ont faibli , et que l'education civilisee a eu pouvoir de promptement denaturer. ..
Mais malheur aux caracteres ardens, passionnes, puissans! malheur a ces enfans faits pour elre un jour des hommes prompts pour le conseil et pour 1'execution ! malheur aux natures riches, energiques , abondamment douees, qui ne supportent pas la castration ! Tout ce qui n'est pas cire molle et pate impressionnable , est necessairement scissionnaire , et fait parlie des bandes de revolte. Ce sont les enfans retifs a l'education pedagogique, les mutins, les mauvais sujets, les paresseux ., les indisciplinables, la chair a pensums, la matiere taillable et corveable a merci. Pour ceux-la, il n'y a pas assez de paroles insultantes dans le repertoire des regens , pas assez de punitions et de cachots dans les colleges. — Puis, quand cette lutte acharnee des maitres
3^4 6ARMONIE. I.iv. III. CH. I.
contre la nature des eleves a aigri et fausse les caracteres ; quand elle a bien developpe les haines et les vengeances; quand une ame d'enfant s'est si bien tendue et raidie contre les violences de chaque jour, qu'il a lasse la rigueur des bourreaux; quand, dans cette lutte sans relache et corps-a-corps dun enfant contre touteunearmee de pedagogues , l'enfant a deploye un courage , une perseverance, une force, line tenacite de volonte a faire honte a tous les hommes d'aujourd'hui, et qu'il est bien reconnu qu'on nepeut pas ployer et deformer cette nature de fer — alors toutes les puissances collegiaques ameutees contre lui decident que cet enfant est un enfant maudit, indigne de soins et de pitie : et i'on renvoie ignominieusement l'heroique enfant a sa famille, qui se desespere, — chose honteuse !
— d'avoir donne le jour a un pareil monstre...!
— Quel est, je le demande , l'enfant un peu vigoureux de cceur et dame, qui n'ait ete traite de monstre par des parens trompes et des regens stupides?. ..
Va, noble enfant! le temps de ta delivrance approche..,. tu n'as plus long-temps a sentir dans ta bouche le mors d'acier qui brise les dents et dechire les levres ; tu n'as plus longtemps a etre traite, par les brutes preposes a ton