‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 103 sur 134 · HARMONIE. LIV. III. CH. TI · texte numérisé non relu

HARMONIE. LIV. III. CH. TI

lenfant est-il en mesure de marcher, d'aller, de voir, de saisir, qu'il s'y livre ardemment. // touche à tout, le mot est consacré ; et l'on sait bien que cette manie désole les parens, et fait faire à l'enfant dans la maison beaucoup de sottises. C'est là un vice des enfans, un grand sujet de collisions, de punitions et de larmes. Quoi qu'il en soit, prenons acte du fait; ce penchant existe, enregistrons*le.

2^ Le Fracas industriel, goût pour les travaux bruyans. Autre sujet de désolation pour les parens ; mais, tout désagréable qu'il puisse être pour eux, cet amour du bruit, ce penchant à l'entendre et à en faire , est bien réel et bien constaté. Vice si vous voulez, nous l'écrivons.

3*. La siNGEBiE , ou manie imitative ; troisième VICE aussi connu que les deux précédens. Dès qu'il peut agir, l'enfant cherche à répéter les mouvemens qu'il voit faire, il imite. N'avez-vous pas vu auprès des maçons, des groupes d'enfans frappant, faute de marteaux, avec de petites pierres sur de grosses pierres, pour tâcher de tailler ces dernières? ne les avez-vous pas vus chercher à façonner du bois auprès des charpentiers et des menuisiers? ne font-ils pas l'exercice quand ils ont eu sous les yeux des soldats à la manœuvre?

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ne jouenl*ils pas la comédie quaad on les a con-^ duits au spectacle? au jardin ils veulent un petit jardin ; à la cuisine ils veulent cuire, préparer , éplucher, pétrir; les cuisinières ne peuvent pas s'en débarrasser : enfin tout ce que les enfans voient faire , ils veulent le faire.

Dans certaines provinces de France, où tout esprit social n'est pas encore tué par l'égoîsme et le mercantilisme civilisés, au village, bien entendu , on voit quelquefois un spectacle curieux, joyeux et touchant. Lorsqu'un homme ou une famille pauvre doit se construire une chaumière, tout le village se donne rendez-vous, le dimanche, pour le travail de l'apprêt des matériaux. Chacun s'y mettant, la besogne est bientôt faite; les pierres, la terre, les bois, les matériaux sont amenés sur le terrain , et, en partie souvent, donnés parles travailleurs à l'envi les nos des autres; il n'en coûte qu'un déjeuner, qui égaie encore le travail et auquel chacun s'empresse de fournir Eh bien ! c'est une chose infaillible que dans ce fêtes de travail , décorées de gaieté et de bons sentimensd'humanité, les enfans sont les athlètes les plus ardens, les plus infatigables. La contagion du travail s'étend sur toute l'échelle des Ages, et l'on voit les marmots amonceler du sable , et apporter des cailloux au tas, avec une patience et II. 3i

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une gravité des plus comiques. — Kons le répé- I00S5 tout ce que les enfans voient faire , ils veu* lent le faire.

4^ La miniature industrielle , goût des petits ateliers 9 petits instruments, etc. Il est constant qu'on fait le bonheur des enfans en leur donnant un petit ménage, de petites armes, de petits chariots, des scies, pioches, pelles et brouettes miniatures. Ils s'amusent et travaillent des journées entières avec ces sortes de jouets ; vous voyes des enfans de trois ou quatre ans passer des semaines à colorier des soldats ou des animaux, si vous leur avez fait cadeau d*un petit attirail de peinture, etc.

5*. L'Entraînement pbogressif du faible au fort. Définissons ceci par un exemple» et, hâtons-nous de le dire , nous serons assez heureux pour pouvoir fournir de ce caractère un beau , un bon, un brillant emploi , connu, réalisé, pratiqué de nos jours.

Cet emploi, c'est notre École mutuelle. Je décris ce que j'ai vu de mes yeux, et étudié.

Le procédé étant le même pour tous les sujets d'enseignement, je me borne à parler de ce qui est relatif à la lecture et à l'écriture. C'était dans

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une grande salle ob longuet propre, blanche, haute, aérée et bien éclairée. A Tune des extrémités s'élè?e le bureau du directeur, qui voit toute la salle, comme il est en vue de tous les points. En face du bureau sont rangés parallèlement, jusqu'à l'autre extrémité, douze bancs semblables à ceux de nos collèges. Le premier, au pied du bureau , est occupé par de tout petits enfans qui font avec leurs doigts de grandes lettres sur du sable. Puis, derrière celui-ci^ on commence à écrire en gros sur l'ardoise, et progressivement, progressivement on arrive aux derniers bancs, où l'on voit fort joliment écrire en fin sur le papier. Ces douze bancs occupent le milieu de la salle. Voilà pour l'écriture.

Pour la lecture, c'est une disposition analogue. — Adroite et à gauche des bancs, à hauteur d'appui et contre les murs, on a établi des demicercles en (il de fer gros comme le doigL Chaque demi-cercle forme balustrade devant un tableau noir placé contre le mur, et les enfans rangés autour de la balustrade font face au tableau. Sur le premier tableau noir, on place de grandes lettres blanches, et c'est aux enfans du groupe à nommer ces lettres. Au demi-cercle suivant elles sont plus petites; plus loin, elles sont accouplées pour former des syllabes, puis d(?s mots.

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Plus tard on passe de la lecture des imprimés i la lecture des manuscrits y et le dernier Groupe déchiffre des manuscrits fort difficiles.

Sans nous occuper de la ?aleur des méthodn particulières employées pour enseigner Técri* ture et la lecture, on voit que cette heureuse distribution répartit progressivement les difficudtés de Tart de lire et de l'art décrire, depuis le premier Grroupe où Ton ne sait encore ni lire ni écrire, jusqu'au dernier, où on lit et écrit trèsbien. Dans chaque Groupe, l'élève qui a fait les plus belles preuves sous les yeux des autres, est nommé Moniteur pour la semaine suivante; il reçoit la médaille et dirige le travail du Groupe, dont il occupe la première place, les autres le suivant par ordre du mérite constaté dans la semaine. Puis , quand il a convenablement exercé le professorat sur un banc ou dans un demicercle, et que quelqu 'autre devient capable de le remplacer, il quitte le Groupe dont il défuisse la force, et monte plus haut. — On le voit, ce sont deux Séries progressives ascendantes. Ces deux Séries sont d'ailleurs indépendantes, et tel est au 4*- banc d'écriture qui n'est encore qu'ao 2*. cercle de lecture , ou réciproquement (0.

(i) Le plas 8oa?ent, chose qui a para bitarre, el qaî ne V^

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Or, rinfluence de cette dispositioo est telle ^ue, dans chaque Groupe, tous les élèves rivalisent avec une ardeur extrême, et sont possédés d'une incroyable passion de s'élever sur Yéchelle des grades et des Groupes. La force de cette aspiration ascendante ne peut être comprise de qui n'en a pas été témoin. Quand une Ecole mutuelle est bien gouvernée, comme l'était celle que j'ai eu occasion d'étudier à Salins , les résultats de cette distribution progressive tiennent du prodige; car c'est vraiment un prodige que de voir , en Civilisation , des enfans mépriser en masse les jeux libres pour l'étude, quitter les balles, les billes et les palets pour se précipiter dans la classe à la première ouverture des portes et avant que la cloche les appelle ! c'est an prodige que de voir quatre-vingts enfans de trois à douze ans s'instruisant passionnément les uns les autres, sous la direction d'un seul hommes sans férule, sans punitions, sans réprimandes.... Ces enfans tenaient trois heures et quatre heures à l'étude le matin ; ils y rapportaient trois heures

pourtant pas , les enfans avancent plus vite dans la Sërîe de récriture que dans celle de la lecture. Ecrire , dessiner des caractères qu^ l'on a sous les yeux , est un acte plus concret , plus matériel , que l'acte de lire, c^est-à<dire de se rappeler des sons et des C01D7 binaisons de sons en voyant des caractères et des combinaisons dp caractères.

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et qoaire heoces de lèle acharné dans l'aprèsmidî. J'ai m llnfloenoe de la passion oorporati? e a'eiercer sur des enfans si petits , qo en ?érîté , si je ne l'avais Yn , je n'y poorrais cnMre. Qoaod on les avait amenés nne fois dans la salle, c'était force majeore à les y ramener toojonrs.

Je sais qall faut , pour que les choses ûlleot aussi bien , nn directeur habile , un homme qui connaisse les enfiuis, qui sache les comprendre. Mettez là un pédant sans tact, il pourra sans doute déranger la machine, en diminuer infioiment la puissance et 1 effet utile. Mais un butor aussi peut détraquer le meilleur chronomètre de Bréguet , sans que cela prouve rien contre le chronomètre.

Certes , avant que les résultats du Mutualisme aient été produits , c'était un problème qui semblait entièrement insoluble et chimérique dans son but, que celui de passionner des en/ans en bas âge pour les ingrates études de l'écriture et de la lecture : on aurait ri au nez de quiconque eût affirmé à priori, qu'il avait une théorie, un procédé > un moyen pour rendre ces études ATTRAYANTES à une massc d'enfans, plus attrayantes que leurs jeux sur la place. Rendre ce genre de travail attrayant à des enfans aurait paru, à bon

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droit, problème plus difficile que la propositioa gëoërale de rendre le travail attrayant pour les hommes. C'est pourtaat chose acquise maiatenaat , et consacrée par l'irrécusable consécration du fait. Et à quoi ce beau résultat est-il dû ? Tout simplement à ce que, dans l'ordre de ces études, on s'est rallié partiellement à la nature ; tout simplement à ce que l'on a utilisé unej une seule des tendances passionnelles de l'enfance, au lieu de la briser sous la violence des procédés arbitraires antérieurs. Jugez donc des effets que vous pouvez attendre en vous ralliant intégralement à la nature de l'enfant, en utilisant toutes ses tendances passionnelles !

Il faut distinguer entre le procédé du Mutualisme et l'application que jusqu'ici l'on en a faite. Le procédé est juste et bon, et prouve avec éclat la puissance de l'esprit corporatif ascendant , de l'entraînement progressif du faible au fort; — et c'est là ce que nous voulions mettre en lumière. Mais l'application de ce procédé est encore incomplète, simple, restreinte, et par suite, fausse: en effet, au lieu de l'étendre au développement de toutes les vocations de l'enfant, en laissant à chaque enfant la liberté d'aller aux objets spéciaux vers lesquels sa nature et son âge l'attirent, à des travaux industriels et intellectuels de toutes

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