HARMONIE. LIV. III. CH. VI
heures durant , l'enfant attendre seul dans l*an« tichambre. Vaucanson s'ennuyait. Il y avait U une horloge. L'enfant regarda quelque temps le balancier qui battait les secondes. Puis, comme la mère ne venait pas, et qu'il s'eunuyait toujours, le mécanisme de l'horloge l'intrigua : il examina de plus près ; et bientôt , — les enfans sont si sots ! — il arrêta le pendule, le remit en mouvement , puis le décrocha. Un quart-^l'heure après, il avait dévissé et revissé avec son couteau deux autres pièces. Bref, quand la mère , bien confessée , et M. le curé , arrivèrent, on trouva mon Vaucanson en train de remonter l'horloge qu'il avait démontée de toutes pièces. La mère, pour s'excuser auprès du bon curé, qui ne trouvait pas le mal si grand , monta une morale à son fils, comme bien on pense. Mais Vaucanson avait pris goût aux horloges, et malgré la morale, notre démon trouva moyen , à peu de jours de là , d'en inspecter une autre. Finalement, il en fit une; et comme le succès légitime tout dans le monde, même les sottises des enfans , on cessa de le gronder pour s'émerveiller de son adresse et de son intelligence. C'est comme cela qu'on le laissa devenir le premier mécanicien du monde.
Si Vaucanson n'eût perdu patience à attendre sa mère dans une pièce où une horloge battait les
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secondes ; s'il eût suivi, comme tout le monde, la carrière que le hasard des circonstances sociales et ses parens lui auraient faite , il eût été sans dou^e un tout aussi pauvre sujet que beaucoup d'autres*
L'exemple de Yaucanson est éclatant , parce queVaucanson est célèbre ; mais la vie commune en fournit chaque jour d'analogues ; ab uno dUce omnes. — Nous tirons de là ce principe, que pour éveiller les vocations, il faut mettre l'enfant en présence de leur objet, Yaucanson face à face avec son horloge.
Fourier se plaît à citer un exemple fort remarquable aussi à'éclosion de vocation. Tous les journaux de la capitale l'ont cité il y a quelques années , bien entendu sans en tirer aucune conséquence. Voici le fait en deux mots. — Un pauvre garçon charretier de 19 ans, qui gagnait 20 sous par jour à conduire sa charrette , est appelé à l'usine de MM. Manby et Wilson, à Charenton, pour transporter des scories. La vue de ces beaux ateliers l'émeut et le passionne. Il demande à être attaché à l'usine ; et , à quelques mois de là, le voilà tellement habile , qu'il remplace un excellent fondeur payé ao francs par jour. Cet homme valait à peine 20 sous à la tête de sa charrette ;