‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 14 sur 134 · COUP D*OBIL RÉTROSPECTIF · texte numérisé non relu

COUP D*OBIL RÉTROSPECTIF

le fondement véritable. Cet énoncé n'est d'aillenrs autre chose que la traduction prosaïque de l'expression générale de la Destinée terrestre de l'homme ; car, pour que l'homme accomplisse sa gérance et se pose ordonnateur, dominateur et roi sur son globe^ il faut qu'il organise toutes ses puissances, qu'il dirige leur action unitaire et combinée sur son œuvre, en un mot, qu'il organise la grande industrie humanitaire.

Et si l'on voulait faire ici une mauvaise dissertation de scepticisme et d'athéisme dans le but de nier qu'il y ait une Destinée préétablie pour l'homme, je me contenterais de répondre : Que si r homme n*a pas reçu mission de gouverner le globe, s'il n'a pas été préposé à cette tâche par PRÉvoYAUCE DIVINE, il faut quil prenne, lui ^ cette tâche par prévôt ance hum AilfE. — Qu'a-t-il à faire de mieux sur la terre que d'y étabUr l'ordre, la paix et le bonheur? et comment ces résuUats seraientils atteints autrement que par la coordination des facultés et des forces humaines dans un grand système d'activité capable de créer d'abondantes richesses , et l'accord universel?

Les abeilles présentent dans leurs ruches des modèles d'ordre, de travail combiné et d'harmonie. Or, dès les premiers jours de juillet, quand les fleurs deviennent rares dans la campagne, on voit les ruches qui ont négligé de faire des provisions suffisantes, se Uvrer d'effrayants combats ; et quand toutes leurs provisions sont dissipées, elles font invasion chez les voisines. A cette époque en* ;4 core, les guêpes et les frelons, qui vivent sans prévoyance, \ au jour le jour, et qui jusque-là avaient trouvé pâture dans les champs en respectant les ruches, commencent à les attaquer et à exercer le brigandage. C'est ici de l'histoire naturelle aussi vraie pour les hommes que pour les abeilles. Pour que les abeilles vivent en paix et en bonne harmonie, il faut qu'elles fassent du miel, et non pas qu'elles passent le printemps à écouter des sermons et des radotages dons lesquels on leur dirait de mépriser les in-

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lérets niatoriels, les fleurs et les richesses, et de se résigner aux sacrifices. Les plus belles prédications de morale et de charité, dans leurs ruches comme dans nos sociétés, se termineraient par la discorde et la guerre. — Donc le problème social qu'il faut résoudre doit s'énoncer ainsi dans toute sa généralité :

Organiser le système de V activité humaine sur le globe, de telle sorte que son effet utile soit le plus grand possible; cest'â-^ire de telle sorte qu'il y ait unité d action, con-vergence de toutes les forces, et que le mode de travail soit en consonnance avec les penchants natifs de V homme, gu*U les développe j les utilise^ les satisfasse, et par conséquent les légitime : — de telle sorte encore que les produits de la synergie des efforts humains soient répartis à tous les tnrfïvidus proportionnellement au concours de leur action individuelle dans Faction généi^ale,

A ces conditions, vous aurez des hommes naturellement disposés à s'imir les uns les autres par toutes les alï'ections que Dieu a déposées dans leurs cœurs, au lieu de bétes féroces toujours prêtes à se dévorer, parce que la pâture est insuffisante.

Et alors, s'il y a des passions radicalement mauvaises dans l'homme, si Dieu a mal fait Vhomme, alors, moralistes et prêtres du dogme ancien, vous serez en droit de corriger l'ouvrage de Dieu; et vous aurez certainemc^nt alors moins de peine (|u'aujourd'hui pour obtenir d'inliniment meilleurs résultats. — Nous composons avec vous de bonne grâce.

Après avoir établi, au premier volume, les principes rigoureux et positifs que nous venons de rappeler brièvement, nous avons reconnu que la grande question de l'organisation du travail social se résolvait en premier lieu dans celle de l'organisation de l'atelier primaire, de l'aivéole, de la Commune.

Nous avons constaté que, des deux procédés contraires sur lesquels peut reposer le système d'action humaine dans la Commune, l'un, celui de Morcellement, ne pro-

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duit que déperdition des forces, frottements, misère, lutte des intérêts, choc des passions, désordre général ; — tandis que Tautre, celui d'Association, a puissance de réunir les forces en faisceau convergent, de les utiliser toutes, de les multiplier les unes par les autres, de créer Tordre et les richesses, et d'ouvrir à l'humanité les belles routes de l'avenir.

Organisation. Deuxième livre. Optant pour le principe d'Association, nous avons àècnik dispositif matériel des Phalanges. Toutes les dispositions industrielles, architectoniques et agricoles exposées dans ce livre n'ont été rien autre chose que la corporisation du principe d'Association, l'expression des convenances prises dans la nature des choses, et des grandes convenances primordiales données par l'essence même de l'organisme humain.

Et maintenant nous voici arrivés en un lieu d'où nous apercevons les terres harmoniennes. Les villages civilisés, aux chaumières misérables, aux masures délabrées, ont disparu avec tous les aspects révoltants et toutes les hideurs auxquels le Morcellement s'accouplait. Les campagnes sont riches et plantureuses; les Phalanstères qui surgissent dans les plaines et les vallées , aux penchants des montagnes, aux confluents des rivières, font d'élégantes et nobles demeures à des populations aisées, instruites, laborieuses et vivant en joie. Ce sont là des hommes, et non plus des brutes à figure humaine : et cela, — d'abord et avant tout, — parce que la misère a été chassée du monde, parce qu'il ne lui est plus permis de dégrader, d'abrutir et d'aviUr la créature faite à l'image de Dieu.

Or ici, moi qui ai pris pour tâche de conduire des Civilisés dans ce monde inconnu, plus vrai que le monde réel, je serais bien porté à décrire et à dire : voyez, — Mais chacun ne verrait pas, et beaucoup se prendraient à repousser les tableaux avec dérision, en écrivant au dos : utopie I rêves I fantasmagories I pure illusion /. . . car ces

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tableaux auraient beau être la conséquence logique di princi[>es rigoureuscnient démontrés, la transition serti trop brusque, et trop grand l'espace entre les comiquences et les pnnci|>es. Donc allons encore pas à pai raisonnons, prouvons, démontrons toujours ; plus tard nous regarderons et nous verrons. Ainsi, au lieu de pfè senter au lecteur un panorama harmonien, nous aUcm d'abord construire logiquement et naturellement k pièces de l'organisation industrielle et sociale d'une Pha lange.

Déjà nous en connaissons les dispositions malérielki Supposons un moment qu'elles sont réalisées quelqa part, que le milieu est créé ; qu'un Pbalanstère est habit par une population de trois à quatre cents familles iné gales ; que les capitaux engagés dans rAssociatîony le terres, toutes les richesses enfin ont été représentés pa des actions dont sont nantis les sociétaires, chacun dan la proportion des avances par lui laites ; et examinoD comment, dans ce milieu ainsi préparé, nos dix-hui cents ou deux mille sociétaires, d'âges, de sexes, de ior tunes et de caractères différents, se disposeraient à explo ter leur domaine unitaire.

Si vous voulez être bien chaussé, vous faites prendi mesure à votre pied ; si vous voulez être habillé conye nablement, vous faites prendre mesure à votre corps ; i vous voulez bien dormir, vous faites faire votre lit à votr convenance. Donc si vous voulez que notre populatio phalanstérienne travaille bien et gaiement, il ne faut pi lui imposer une méthode de travail contrariant et froif sant ses penchants et ses goûts ; il faut au contraire e adopter une qui se plie et s'adapte en tous points à leui exigences. Ainsi, la loi d organisât ion des travaux dm la Phalange doit être conforme aux ATTRAcnoH

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