ORGANISATION. LIT. III. CH. I
pressent autour des tapis verts de la bouillotte et de Tccarté, tout à côté des tables plus calmes, où les dîmes d'un certain âge et les grands-parents font leurs parties de whist et de boston. Les autres, attirés dans les salons où Torchestre résonne, où les femmes briUenI sous les diamants et les fleurs, se mêlent aux fignres croisées des contredanses, ou se font emporter auxmoo- Ycments précipités des walses et des galops. Ici c'est un petit noyau qui passe en revue le bal et épilogue ; làoa cause littérature ; plus loin on s'échauffe sur la politique.
Sert-on un souper? — la masse encore se divise, et chacun, pour prendre place, recherche le voisioige de ceux qu'il aime, de ceux avec qui il désire nouer relation. Et ainsi , et toujours , dans un milieu libre , les Groupes se forment naturellement par aCBnités de convenances réciproques, par affinités électives.
Examinez-vous une réunion d'une autre nature, une assemblée politique, une Chambre de députés ? Yom allez, sous un tout autre ton^ retrouver les mêmes effets, reconnaître les mêmes tendances.
C'est d'abord une division en trois corps très-distincts* le CENTRE et les deux ailes, — la droite et la gauche. Puis, dans chacune de ces trois grandes divisions, qui répondent aux trois principales couleurs politiques, vous voyez se dessiner des subdivisions correspondant aux nuances d'opinion ; — et chaque député va se ranger dans la subdivision qui exprime sa nuance. Et, dans
TENDANCES GÉNfiEALES. 443
cette subdivision encore, il prend place à côté des hommes dont il préfère individuellement le caractère, à côté de ses amis politiques^ expression composée qui indique très-bien la double force de l'affinité génératrice du Groupe.
Ainsi, les affections particulières ou afflnités de ca-ractère , et les sympathies d'opinion ou affinités (tindustrie, — qu'on me permette ici l'application de cette expression tout-à-fait générale, — déterminent naturellement la formation des Groupes, leur classement, leur hiérarchie. Ces Groupes, distribués en échelle hiérarchique, ascendante et descendante, ailes et centre, forment une Série beaucoup plus régulière déjà dans la Chambre que dans la réunion de plaisir, parce que la Chambre est une assemblée périodique, où les sympathies et les antipathies d'opinion et de caractère ont le temps de se développer, sont mieux connues , mieux appréciées.
Dans les collèges, dans les grands pensionnats, vous voyez se révéler les mêmes tendances, et toujours les impulsions naturelles conduire, — plus ou moins confusément, suivant l'état du milieu, — les jeunes gens et les enfants , comme les hommes faits , à la constitution des Groupes et à l'affiliation des Groupes en Séries , soit en affaires d'opinion, d'études et de travaux, soit en affaires de plaisir.
C'est surtout aux heures de récréation que la tendance se manifeste franchement, parce que, aux heures Il 8
441 ORGAlflSATIOlf. LIT. III. CH. I.
de récréation, les Attractions individuelles ne sont pis comprimées par les divisions forcées et le despotisme des règlements.
Beportez-vous à vos temps de collège, et vonsftras souviendrez qu'à peine hors des salles de classe ou d'étude, à peine échappée, livrée à elle-raôme, à Tair, au soleil, dans la grande cour de récréation, la popuhtion collégienne se formait à Finstant en catégories diverses. — La première division , celle qui est si pei arbitraire, que la nature la donne partout, et dans i0 sein de laquelle les autres se créent, c'est celle qui correspond à Véchelle des âges. Chaque élève, en effet, dans tout établissement nombreux, appartient tonjonrs, aussi authentlquement qu'un soldat à sa compagme, à la classe des grands, ou à celle des petits, ou à la division intermédiaire. £t ces divisions premières aceepteat encore des subdivisions régulières , qui ont leurs sons spéciaux dans l'argot de chaque collège.
En dedans ou en dehors de ces classements corrélatifs à l'âge, les amis, les pays, cloîtrés tout à rheore dans leurs salles respectives, se réunissent en divisions et sous-divisions formant des bandes, des cliquei particulières ; ce sont les expressions consacrées. — Gei catégories déterminées par les âges, les caractères et les positions, n'empêchent d'ailleurs pas la masse de se diih tribuer pour les jeux en nouveaux Groupes, en iioavellef Séries :
Ici c'est la place réservée aux billes ; elle est Mtto el
TOfDANCW GtllAftALBSh Mi
propre ; les carrés sont tracés, les trous (snmsés et les ' parties s'organisent. — Là on joue au boudion ; — plus loin à la balle. — Voilà les deux camps des barres;... et chaque élève entre dans une partie, s' enraie dans un camp, se réunissant aux camarades qu'il aim6« évitent ceux qu'il n'aime pas, et choisissant les jeux qui vont à ses goûts, qui font briller sa force et ses talentsk
Aihsi vont \\ss choses dans toutes les i^uniôAs nom«breuses qui ne sont pas gênées par des règlements disciplinaires, monastiques ou autres, partout où l'Attrait peut se développer librement; — et cela, quels que soient les âges, les caractères, les sexes, les positions et les rangs.
la division en Séries, en Groupes et en Sous-Groupes, voilà donc ce que la nature inspire à l'homme; voilà le procédé de division et de classement qu'elle indique et auquel elle pousse indistinctement tous les individus de l'espèce. — Si ce vœu de la nature est plus irrécusablement mis en évidence aujourd'hui dans les jeux des enfants, dans les exercices des écoliers, à leurs moments de liberté, qu'il ne l'est dans les relations des pères, c'est que les enfants sont plus près de la nature, et que le régime civilisé ne leur a pas encore créé ces intérêts étroits et ces habitudes d'isolement que le travail morcelé impose à la plupart de ses fonctionnaires.
De tous ces faits connus et de mille autres du même genre , vous êtes en droit de déduire sans contestatidii possible :
446 ORGAmSATIOM. LIT. III. CB. I.
' y. Que toate condition de travail qui débute par placer rhomme dans une position antipathique à sa natore et forcée, devant avoir pour inévitable effet de créer la répugnance pour le travail, le mode d^emploide l'activité humaine dans le Morcellement qui isde k travailleur, est faux à priori^ et condamné par la prttique;
A. Que si Ton veut offrir à rhonune des conditions de travail susceptibles de Yattirer, de le charmer, i faut d'abord écarter la nécessité de Tisolement, et spéculer sur la faculté de réunion, sur la libre fermation des Groupes et des Séries.
Ainsi , en principe général , chacun dans la Phalange s'af&Iie aux Groupes dont le personnel et dont les trfkvaux lui plaisent.
Cette liberté pleine, en mode d'emploi de l'actiTilé individuelle, entraîne Téclosion et le développement des vocations, immense question, question à peine soupçonnée jusqu'ici, et que, pour le moment, nous nous bor* nous à indiquer.
Ne sent-on pas, en effet, qu'au sein d'une organisation pareille à celle que nous conmiencons à ébaucher, homme, femme, enfant, nul individu au monde, ne pent se trouver forcé d'embrasser un état, un métier, contraires à son vouloir? La naissance, la position, les circonstances n'imposent plus rien. L'homme est affranchi du joug des choses. — Vous avez le choix : toutes les Séries, tous les Groupes vous sont ouverts.
Vous pouvez entrer partout comme postulant, être admis partout en faisant vos preuves. Rien ne vous contraint à vous enrôler dans des fonctions qui sont hors de vos convenances. — Et ainsi, dès Tenfance, chacun s'applique aux travaux vers lesquels il se sent attiré par ses aptitudes naturelles. — C'est la vocation qui conduit à la fonction.
Or, vous ne pensez pas que les services en marchent plus mal, pour être exclusivement confiés aux caractères qui ont respectivement pour eux goût et vocation. — Et comme la nature n'a pas fait les hommes égaux en goûts, en facultés, en opinions et en vocations, on peut être assuré de trouver, dans un assortiment de dix-huit cents caractères , de quoi remplir les cadres de toutes les Séries dont le roulement sera nécessaire ou utile à la Phalange. Nous reprendrons cette question plus tard.
Ainsi, sauf exceptions et convenances particulières, les travaux de toute nature sont exécutés dans la Phalange par des Groupes nombreux, composés de sectaires ou membres volontairement réunis par un penchant affectueux , et par un goût commun pour la fonction du Groupe. — Ce travail d'option devient dès-lors aussi riant qu'il est triste et fastidieux dans la solitë du Morcellement : car la gaité, l'entraînement et la joie se produisent inévitablement dans les réunions nombreuses et bien assorties en convenances réciproques.
M8 ORGAirUÂTIOll. LtT. m. €■. I.