‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 46 sur 134 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ID/nelopptment xntifitai iis (otcts pl|S5tiptej0 :

SANTÉ, VlOUBUa n RICHESSB OU CORPS.

Ctst «ne prédcate ebote, qae U sanlé, et U wal« «{vi mirile, à I« vérité, qa*oo j cm^oye nea le temps teolement, U toeor, la peine, les biena, malt encore la rie à sa poamdte; d'antant qan sans elle, la Tte nons rient à ealre Injarievae. Ln ▼olnpcé, la sagesse, la adenee et la rertn, sans elle te teratoeat et «•Taao6iiient. Moirruen« ^

Ma théorie te rédait i subttitner let eoartti tétnoet •as loogoet téancet , en eiefciee de nndnttrie. ]

Ce. Fooiiaa.

Si le lecteur a bien compris la formule qui règle Torganisation des travaux, et dont Télasticité se prête à rencadrement de toutes les industries, il aura remarqué sans doute, comme caractère capital, que Fourier fait

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pour r Industrie ce qu*a fait Napoléon pour la gneire. L'ancienne tactique divisait les forces et s'affaiblissait sur tous les points. Napoléon vint et apprit à composer de tous les corps d'armée isolés et épars, une armée puissante et compacte, dont la masse, multipliée par Ténergie d'impulsion, écrase et broie tout sur son pusage. — Tel avait été le secret de tous les grands capitaines.

Cette comparaison pêche en un sens, pourtant ; car l'Industrie aujourd'hui n'est pas même organisée ffl corps d'armée partiels, détaches. L'armée des travailleurs est aujourd'hui comme une armée de défense oi d'invasion, qui serait formée d'une masse d'hommes sans unifonnes. sans liens, sans chefs, sans discipline, sans communications, agissant séparément, se contnriant les uns les autres, et dont la grande majorité des soldats n'auraient même ni armes, ni munitions. Il ferait Ik'au voir cette armée sans drapeau entrer en campagne ! Imaginez-vous un tacticien qui viendrait dire: u Voilà de Iwnnes dispositions d'attaque et de défense; >» c'est bien, cela î gardez-vous de former des compa- »» îinios et des corps : laissez les combattants isoles, /ai*- »» jftT ;*::wv. laissez fasser! La concurrence s'établira >* entre les coniliattants. chacun saura bien faire pour le >» mieux, et vive, pour la guerre, ranan:hie et la libre » concurrence: ,' »

- Nous avons des gens qui se sont donné le nom lïcconomisU's. et qui parlent ainsi en face de rimmense armée indisciplinée des travailleurs ! — Et dans on pays

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OÙ Ton appelle ânes les ânes, on appelle ces gens-là des savants!

Le caractère saillant de la conception de Fourier est donc d^avoir reconnu que la masse doit être substituée à Findividu dans Fexécution, dans la manœuvre industrielle. — Sur un champ de dix arpents, Tlndustrie civilisée met une charrue et deux paysans ennuyés et maussades ; ils y labourent dix jours de suite, et seize heures par jour. — L'Industrie sociétaire porte sur ce champ trois Groupes, de douze, quinze ou vingt laboureurs, trente, quarante charrues montées, harnachées et bien attelées. Les trois pelotons attaquent au pas de charge, et quand, deux heures après, les charrues rentrent au parc en défilant en colonnes, et musique en tête, les dix arpents sont proprement et dûment retournés. Ce n'a pas été de la besogne faite pour Tamour de Dieu. Les sillons sont alignés et profonds : on peut aller voir.

Voilà le principe et Tcxcmple. Les travaux sont organisés en séances courtes et variées.

Les courtes séances, — toute la théorie de Fourier est en germe dans ce mot-là. Faisons une halte pour en reconnaître la valeur.

On conçoit sans peine que le principe des courtes séances nécessite l'emploi des Groupes et des Séries, car il faut compenser par le nombre des travailleurs, ce que l'on perd en durée du travail ; il faut former des

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agrégations, des Groupes. Ces groupes s*aflBlieiit et K corporisent suivant leurs affinités, et vous retrouvex II Série. Quel que soit notre point de départ donc, nous retombons sur cette loi de distribution voulue par h nature, et nous sommes ramenés en même temps à l'Association ; car il est plus qu'évident que le Moreel" lement des propriétés, le régime étroit de la famille isolée, ne permettent nullement la formation des CTroupei et des Séries, chacun restant chez soi dans ce système étriqué.

Ceci posé, nous étudierons l'influence de la substitution du régime des courtes séances au régime Civilisé qui occupe de la même manière toutes les heures de II journée de l'homme, et toutes les journées de sa vie. Nous avons à examiner la question par rapport au travailleur, et par rapport au travail. — Il y a des millions de faits sur lesquels la comparaison pourrait s'établir. Citons-en quelques-uns.

Dans les lieax où le peuple civilisé ne Bwart pat 4b faim prenante, il meurt de faim lente pmr kt pfi* Talions; de faim sp^cuUtiTe qni l'oblige i ae noafrir de cho^e& tnal-saincs ; de faim imminente, «■ s'excédaut de trarail, en se lirrant par bteoui à ém fonctions pernicif asea, à des fati^es oatrées, d'oè naiuent le.^ fièvres, les infirmitts. Ce. Foraïaa»

Il résulte d'un mémoire de M. Lombard, de Genève, lu à l'Académie des Sciences le 3 février 1834, — mémoire écrit à la suite d'un consciencieux travail fait sur

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deux cent vingt états différents, — que certaines professions tendent à développer énergiquement la phthisie pulmonaiî'B : a ce sont celles de sculpteur, imprimeur, chapelier, polisseur, gendarme, brossier, soldat, joaillier, tailleur, meunier, matelassier, passementier, limonadier, perrucpiier, écrivain-copiste, cuisinier, tourneur, cordonnier, etc. : chez les femmes, celles dont la poitrine est le plus compromise, sont les lingères, cordonnières, gantières, brodeuses et polisseuses. »

D'autres industries sont au contraire signalées par H. Lombard comme ayant une tendance préservatrice. Ce fait aussi est fort remarquable.

M. Lombard signale comme causes déterminantes de laphthisie, «r Fexercice prolongé et continu d'un grand nombre d'industries, et l'impureté de l'air des ateliers. » II dit, ce sont ses termes : a l'absence d'exercice musculaire étant une cause fréquente de phthisie, tes ouvriers sédentaires doivent faire chaque jour un peu d'exercice en plein air ^ en ayant soin de mouvoir les muscles qui^ pendant le travail, sont dans un repos ^orcé. » M. Lombard appelle l'attention sur l'utilité que certains ouvriers pourraient retirer d'un changement d'état y dès qu'ils commencent à éprouver quelques symptômes du mal.

YoUà un travail fait par un seul homme, sur un nombre fini de professions, et par rapport à une seule maladie, la phthisie. Que l'on fasse la même étude, plus complète, et sur toutes les autres maladies ou déformations n 18

ST4 HAlMOlfR. LIT I. a. I.

da corps humain, et Ton commencera à coni|w«iidre h valenr hygiénique de l'industrialîsnie cirilisé. — ^Le pusage snivant. extrait d'une Revue étrangère, ▼» noB donner, sur le métier de polisseur d'ader, des détail et des

Les articles que Ton polit à Scheffield « sont des km^ cbette». des rasoiis. des ciseaux, des canifs, des muteaui di table, etc.... Quelques ouvriers n'emploient que desmenls sèches, d'autrvs seulement des meules humides; enfin, quelques-uns. tantôt les unes, tantôt les autres. On oonqila à Scheffield environ deux mille cinq cents polisseurs d*acier; ils commencent ordinairement ce genre de travail à quatorw ans. et. à cet àjie. ils sc'nt pour la plupart fortement oonstitués. \igour¥ux. et n'offrent à Textérieur aucune prédispoôtîon à la consomption pulmonaire. Quand, au bout de sept ans, leur apprentissagi^ est fini, ils commencent à traraîDflr pour leur propre compte. Mais quelques-uns sont otiti^ d^abandonner cet état durant leur apprentissage, ne pouvnl supporter les effets pernicieux de la poussière sur les poamons. Pendant la guerrv. un nombre considérable d>nln eux s'enrôlaient à un àjZe peu avancé : mais maint^iant que le débouché leur est fermé, ^un dêbouchè^\a guerre !) ils continuent ordinairement ce travail pendant toute leur vie, quoique connaissant bien ses funestes résultats.

Jusqu'à la tm du dernier siècle, on n'avait point rema^ que que les poliss^nirs fussent moins bien portants que les autres ouvriers, parce que la plu^iart travaillaient à la campagne, et souvent dans do grandes chambres, ayant plusieurs ouvertures. Ils s'occupiiient en môme temps des autres pa^ ties de la coutellerie, et conséi]uemment employaient moms de temps au polisâage. En outre, il leur arrivait souvent,

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pen<]ant des mois entiers, de ne travailler que trois ou quatre heures par jour, par le manque d'eau, qui seule à cette époque était employée pour mettre les meules en mouvement. Cependant les besoins du commerce ayant augmenté (perfectionnement de la Civilisation), on fut obligé de subdiviser le travail ; c'est-à-dire que chaque ouvrier ne s'occupe exclusivement que d'mie seule partie (perfectionnement de la Civilisation]. Enfin, en 4 786, la vapeur ayant été substituée à Teau comme moteur (nouveau perfectionnement de la Qvilisation), les rémouleurs se trouvèrent tout-à-coup entassés dans de petites chambres, contenant huit ou dL\ pierres, et souvent jusqu'à seize ouvriers (perfectionnement des perfectionnements et progrès continu ! ).

Les résultats de ce changement de système sur leur santé ont été des plus déplorables. — Les rémouleurs à sec meurent entre 28 et 30 ans; ceux qui se servent alternativement do meules sèches et do meules humides , meurent entre 40 et 45 ; enûn, ceux qui n'emploient que des meules humides, ne vivent pas au-delà de 50 ans, s'ils se livrent constamment à ce travail. En 1822, on constata que sur 2,500 polisseurs de toutes les classes, il n'y en avait que 35 qui eussent atteint l'âge de 50 ans, et environ le double celui de 45 ans; tandis que, sur 80 adultes occupés à polir des fourchettes, et qui n'employaient que des pierres sèches, il n'y a pas un seul individu qui fût arrivé à 36 ans. Il parait que l'on a constaté aussi le fait singulier que les hommes les plus laborieux étaient ceux qui vivaient le moins long-temps ; tandis que ceux qui arrivaient à un âge un peu avancé, avaient, en général, mené une vie dissipée : do sorte que l'intempérance elle-même semblait favorable à la durée de l'existence, seulement, sans doute, parce qu'elle éloignait pour un temps l'ouvrier de ces occupations funestes. Le docteur Knight, de Scheffield, qui a publié dans un essai toutes les informations

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recueillies jusqu'ici sur ce sujet, rapporte plosîeiiis fttlt rta> tistiques qu'il a observés à rinfirmerie de Scbeffield, doat 3 est médecio, et qui tendent tous à la même condosion.

Messieurs les économistes, tous aimei les slifHliqnes ; faîtes donc un pea celle des assassinats de Tote Industrie. Allez consnlter les chiflBres de mortalité dm les manu&ctures où l'on opère sur rantinsoiiie, Fanenic, le plomb, le enivre et le mercure, où ]*on hbnqm et broie des couleurs ; là aussi les plus yieux ont trenfe ans ! Trente ans, c'est la limite supérieure de la vie!.... Interrogez les ouvriers ; ils savent les dangers oertaiis de leur état, et ils vous feront toujours la même ré* ponse : a Que voulez-vous. Monsieur, c'est on mélkr qui tue le corps ; mais il faut bien gagner du pain. > It le père introduit son enfant après lui dans cet odiea guet-apens. Il faut bien gagner du pain !... En ce tempi de perfectibilité industrielle et économique, les maîtres qui n'emploient leurs salariés que comme des fl'i'p^"^ et des machines, se soucient d'ailleurs si peu de bire dans leurs fabriques les dépenses relatives aux piécantions sanitaires, que le savant professeur Péclet, an retour d'une tournée où il venait de visiter une foule de manufactures françaises, s'écriait naguère, dans son cours à l'École centrale, — que c'était une xhose honteuse et infâme, que les ouvriers sont empoisonnés dans mille ateliers, que la police et le procureur du Roi devraient intenTuir....

L'Industrie civilisée porte donc le mal au composé : elle tue, et par l'insalubrité des ateliers, et par la con-

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tinuité indéfinie du même tevail. — Et quand elle ne tae pas, elle estropie. « Les yignerons cultivant des pentes ardues, sont fatigués de l'arrière par la déclivité du terrain, et leur jambe reste grêle, malgré la vigueur du corps ; même inconvénient affecte la cuisse des cavaliers, » Tai remarqué que les ouvriers pressiers, dans les imprimeries, sont tous fortement bossus de l'épaule droite, quand ils ont exercé long-temps leur métier. Les compositeurs gagnent, depuis qu'ils se tiennent debout, des varices qui, de bonne heure, ne leur laissent d'espoir que dans l'asile de l'hApital.

a J'ai vu, B dit Transon, a à une leçon de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, un ancien crieur public dont je ne sais quel muscle s'était ossifié à force de crier. Avec un peu d'attention on trouverait des monstruosités analogues dans les organes de tout homme adonné depuis long-temps à un travail unique. La déformation miellé des paveurs et tailleurs de pierre est un fait à la portée de tout le monde, et qui justifie bien cette assertion. » On en ajouterait bien d'autres, et notamment celle des souffleurs de bouteilles dans les verreries, dont les mus^ clés des joues finissent par perdre entièrement leur faculté de mouvement et de jeu volontaire.

278 iiÀRaoïnB. ut. i. ca. i.

Let vIUm loat l« gomiirm ém VmÊpèoB bout de quclqats géaéralSoas, 1m dégénèrent ; il Ciat les rcnoaveUry «t e^«g| la cftnptgna qsi fournit à ca rew

J.-J. AOOSMA».

Voila des faits. Ce sont des preuves malheureasemeil trop positives de l'influence niorbifique et délétère db système de continuité en exercice de Tlndustrie, — seul système possible dans le Morcellement^ où chaon reste nécessairement enfermé dans sa foûction.

Les faits de ce genre, pour graves et nombreux qu'ik soient, ne constituent pourtant encore qu'une seule dei faces de la question que nous traitons. Nous venoM d'envisager les résultats de TbicKs d'exercice^ delà fatigue produite par la fréquente et exclusive répétitioB d'une action^ d'un mouvement, qui exténue ou atrophie un muscle, un membre, un organe. Il faudrait maintenant demander compte à notre société de toutes les santés perdues, de toutes les douleurs, de toutes les maladies aigui^s ou chroniques, de>^utes les morts prématurées, ducs à l'absence d'exercice^ à la vie renfermée et sédentaire qu elle impose à un si grand nombre de ses fonctionnaires. Yoycz-inoi les santés de ces hommes qui ne sont que les |)romiers meubles meublants des bureaux, des administrations, des boutiques et des comptoirs, et ces populations ouvrières, aux yeux enfoncés et jaunâtres, aux joues creuses et livides, aux

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visages hâves, aux memtffes grêles, qui entrent au matin, par centaines, dans les grandes manufactures, et en sont vomies le soir, avec les vapeurs chaudes et Tair vidé où elles cmt séjourné....

Et voyez les femmes, les femmes des villes surtout ! Chez elles il ne faut plus compter les altérations de santé sur les individus ; car la santé est altérée dans la généralité, dans le sexe.... la maladie en est Tétat normal. — Les médecins, sur ce lamentable sujet, savent des choses effrayantes.... Quel contraste honteux pour notre Civilisation raffinée, ne forment pas d'ailleurs avec la santé misérable de nos femmes de luxe, les fraîches, vigoureuses et florissantes santés de ces populations paysannes demi-barbares, placées dans certaines conditions favorables, auxc[uelles un air pur et un exercice varié ont conservé la première empreinte de la virtualité native des belles races humaines?

Ainsi la Civilisation détériore, estropie, empoisonne et tue rhomme en système composé,

h^ En exténuant de fatigue un organe par excès d'exercice ;

2^ En privant l'ensemble des autres organes d'un exercice absolument nécessaire à l'entretien de la santé et de la vie.

On sent que c'est ici une thèse seulem^t indiquée.

S80 aÀRMONIB. LIV. I. CH. 1.

Il faudrait une sodété de médedns et de physiologistes, et un trayail immense pour la traiter dans tous ses déyeloppements, pour instruire complètement, en enl»dant tous les témoins, le procès criminel de Tlndiistrie civilisée.

Nous venons d'envisager l'action physique de la costinuité industrielle ; passons à son actioi^ morale.

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