‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 5 sur 134 · DU FOND BT DE LA FORME · texte numérisé non relu

DU FOND BT DE LA FORME

d'avoir long-temps réagi sur soi-même, avant d*avoir calmé par des efforts soutenus les bondissemcnts du cœur, et réglé sa jeunesse. Et cette tâche de compression ne se fait pas en un jour, quand on voit cette Vérité si belle, cette Vérité divine, cette Vérité qui apporte le bonheur à tous les êtres, violemment repoussée ou misérablement étouffée sous le fracas de la guerre et des querelles, ou bien couverte sous les vagues limoneuses et tumultueuses des erreurs et des mensonges infâmes.... Force est bien de hausser la voix pour haranguer la guerre et la tempête.

Il ne faut pas confondre notre action actuelle avec le but ultérieur. Notre but ultérieur c'est l'harmonie intégrale et universelle ; mais notre action actuelle n'est pas cette harmonie. Notre action actuelle est un combat engagé contre les forces opposées à la réalisation de co but d'harmonie. C'est fort illogiquement que Ton nous accuse do contradiction , parce que hos professions de doctrine et de foi sont pacifiques et nos paroles souvent hostiles. Il y a là deux sphères fort différentes. Ce qui induit en erreur, c'est qu'on se laisse aller à confondre le caractère de notre doctrine avec celui des doctrines philosophiques et religieuses précédentes, qui toutes ont été des doctrines de moralisation individuelle, destinées à l'individu dans le milieu social même où il se trouvait, et quel que fût ce milieu. Notre doctrine n'est point de cet ordre. C'est une Science qui enseigne les lois d'une organisation sociale satisfaisant tous les intérêts, et développant légitimement toutes les facultés humaines. Mais cette Science ne saurait produire les fruits de l'Harmonie avant d'en avoir réalisé les conditions, c'est-à-dire avant d'avoir organisé le milieu social nouveau qu'elle fait connaître. D'ici là« nous avons à faire œuvre de guerre contre les erreurs qui s'opposent à l'intelligence et à la réalisation des conditions d'où sortira l'Harmonie : et cette œuvre de guerre, loin d'être en contradiction avec notre doctrine d'Harmonie, est, au contraire, dans Vêlât actuel des choses, exigée pour sa défense et pour son triomphe. Ainsi, au sein de l'anarchie intellectuelle qui règne, le combat nous est imposé, à nous apôtres de la Paix universelle, aussi bien qu'aux hommes des autres doctrines; seulement il y a une distinction tout-à-fait capitale à établir ici, et que je vais énoncer dans sa généralité.

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Cttraelère foiidAHieiitalemeiii paeiflqne 4e 1» Seieiiee 4e Fonrler.

Disons que tous les partis, toutes les doctrines, politiques ou philosophiques, à l'exception de la nôtre , reposant sur des conceptions plus ou moins étroites, n'acceptant pas en principe, ou même niant et repoussant violemment telles ou telles classes d'intérêts, tels ou tels (féveloppements, telles ou telles manifestations de la nature humaine, il en résulte que la condition logique de triomphe, pour l'une quelconque de ces doctrines, est toujours l'annihilation ou l'oppression des éléments qui ne ressortent pas de son principe. La lutte de ces doctrines dans le domaine intellectuel, représentant une lutte d'intérêts opposés, de manifestations qui se nient les unes les autres, entraîne logiquement une lutte ultérieure dans le domaine des faits, c'est-à-dire une guerre suivie d'une oppression. — Toutes les doctrines, tous les partis politiques ou religieux jusqu'à ce jour, ont eu ce caractère et engendré ces conséquences, ou tendu à les engendrer; tous, en effet, contenant des négations devaient se résoudre finalement dans une guerre contre les éléments niés par leurs principes trop étroits.

Notre doctrine, au contraire, ayant sérieusement pour principe l'Association intégrale par le complet développement de la nature, et étant capaJble de son principe (4), a

(1) Ayant téneuêêmêni pour principe..., et étant capable de mm principe; nous insistons sur ces conditions, afin que Ton ne confonde point one rétlité avec des apparences. Le SainhSimonume, par exemple, avait pris pour principe ou plutôt pour drapeau le mot a#êociation univcrêelU. Mais ce mot était si peu compris, si peu sérieux, et la doctrine si peu capable du principe contenu dans ce mot, que leSaint-Simonisme commençait, même doctrinalement et explicitement, par nier les intérêts les pins capitaux et les éléments humains les plus importants, la propriété, l'hérédité, la liberté, la famille, etc. Loin d'être une doctrine d'association universelle, le Saint-^ monisme, pour qui sait voir le fond des choses, a été, sans que la plupart de ses apôtres en eussent seulement la conscience, la plus grande

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pour caractère d'offrir satisfaction à tout intérêt donné, à toute faculté, à toute passion essentielle de rhumamté.N*ayant, en Hait et dans sa réalisation, rien de vraiment humain à re* jeter, à condamner ou à opprimer, sa lutte intellectuelle contre les autres doctrines n*est pas du tout une lutte contre les intérêts spéciaux (matériels ou moraux] qui en font les bases. Cette lutte n'est dirigée que contre l'exclusivisme du principe de ces doctrines trop étroites, et contre l'impuissance, la malfaisance, le vague, Tabsurdité ou la nullité de leurs moyens. Notre lutte est donc purement intellectuelle, et ne saurait jamais se résoudre logiquement en guerre dans le domaine des faits. Entre les sectes et les partis, il y a des intérêts opposés, des faits fondamentaux opposés , et qui , dans Tétat social accepté par les uns et les autres , se r^ poussent réellement. Les négations réciproques et la guerre des intérêts et des idées les poussent à réaliser l'oppression et la guerre dans les faits. Nos adversaires sont, patemment ou latemment, mais nécessairement des ennemis les uns pour

manifestation révolutionnaire des temps modernes. Ou'est-U resté du Saint-^imonlsme dans le monde? Il en est resté l'idée absnrde de la suppression de toute hérédité, et, logiquement, de la propriété individuelle, et dans les masses un levain révolutionnaire qui couve , qui se développe sourdement , et qui ferait trembler les classes supérieures et nos; gouvernants , s'ils n'ignoraient entièrement ce que c'est que le peuple, ce qui se passe en lui, et s'ils n'avaient reçu, à un degré éminent, le don de légèreté, d'imprévoyance et d'aveuglement. Oui, il se fait à Theure qu'il est un travail terrible dans les têtes du peuple ; et si vous voulez en savoir quelque chose» allez dans les ateliers où le peuple travaille aujourd'hui pour vos plaisirs et vos jouissances, heureux du monde! Là vous verrez des bras nerveux, des poitrines velues, et vous entendrez des voix fortes et flères chanter en chœur, au bruit des marteaux et des enclumes, et sur des airs mAles et belliqueux , des refrains dont vous com • prendrez peut-être le sens, des refrains tels que celui-ci :

« Sème le champ, ProléUiire....

« Cest l'Oisif qui récoltera !»

Si les libéraux, aujourd'hui au Pouvoir, comprenaient la menace qui gronde au fond de ces paroles, vous verriez qu'ils les feraient défendre par la police, et que sur cette grande mesure ils dormiraient tranquille<in 0 prévoyance, ô génie de nos hommes d'Ëtatni (l'-édition; écrit en 1837).

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les autres. De nous à eux, au contraire, il n'y a aucune hostilité essentielle, puisque nous affirmons , dans une conception omnimode et supérieure, toutes leurs affirmations particulières, et que nous ne repoussons que les négations, qu'ils regardent, par grande erreur, par infériorité de point de vue, comme nécessaires à la satisfaction de leurs intérêts respectifs. Ils se combattent pour se détruire, pour anéantir réciproquement les éléments humains qu'ils représentent. Nous les combattons pour les éclairer, pour leur prouver qu'il existe un moyen do développer harmoniquement tous ces éléments divers, de les satisfaire simultanément et complètement. En un mot : ChacHti d'eux a intérêt à ce que tous les autres aient tort dans leurs doctrines; tous, au contraire , par rapport à nous, ont intérêt à avoir tort dans leurs doctrines exclusives^ et à ce que nous ayons raison dans la nôire, qui satisfait leurs intérêts essentiels:

Cette thèse, que nous laissons ici dans son expression générale, peut être amenée au dernier degré d'évidence par un examen philosophique de la nature de chaque opinion, de chaque secte, de chaque doctrine, en descendant à l'intérêt ou à l'idée dont chacune d'elles est la représentation partielle. La démonstration générale de cette thèse de haute pacification , sort implicitement de l'essence même de la conception deFourier: les démonstrations explicites en sont d'ailleurs abondamment répandues dans tous les ouvrages de l'Ecole sociétaire. Pour mon propre compte, j'ai tellement à cœur, malgré l'apparence de certaines formes, le désir de cette pacification supérieure, que j'ai beaucoup multiplié les démonstrations et les applications de cet allument pacificateur (4). Je n'ai jamais cessé de comprendre la Vérité, comme je la comprenais quand j*ai prononcé les paroles suivantes, qu'on jne permettra de rappeler ici pour ma justification :

« La Vérité n'était pas dans ce lourd bagage de guerres et » de haines politiques et religieuses que Tesprit humain traîne » péniblement à sa suite depuis plusieurs mille ans. Elle n'est » pas dans tous ces misérables haillons philosophiques et » dogmatiques qu'on jette sur les épaules des peuples qui

(1) Dans la Débâcle de la politique, Trois Discours, la Phalange t etc.

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