DU FOND ET DB LA POEHB. S
et ce qu'ont dit aussi des critiques hostiles. Un semblable eoitientus ne saurait être sans fondement, et Je déclare partager entièrement Topinion de mes critiques ; j'ajoute que je pensais absolument comme eux sur la nature des passages incriminés, à Tépoque même où je les écrivais.
Partageant sur le fond l'opinion d'une critique que je signale franchement, et l'acceptant pleine et entière dans son expression, je demanderai la permission de dire qu'en pre* nant ces formes dont je reconnais Vinfêriorilé absolue^ j'ai eu des motifs relatifs, plausibles à mes yeux, et qui, dans les circonstances surtout où j'écrivais, j^ouvaient être fondés ea raison. Peut-être parviendrais-je à édiûer sur ce point lelec» teur et à désarmer son opinion, si je déduisais ces motifs auxquels j'ai obéi : mais d'abord, il ne serait pas encore opportun de le faire ai^'ourd'hui, attendu qu'en exposant naïvement la pensée qui m'a guidé, je compromettrais le résultat de mon calcul, comme un général, qui, pour justifier sa marche devant la critique, livrerait son plan de campagne, avant de l'avoir entièrement exécuté et d'en avoir recueilli tous les fruits. Et puis^ y a-t^il donc grande importance à cette justification personnelle auprès du lecteur, s'il veut (conune tout lecteur raisonnable y souscrira sans aucun doute) accepter les observations, les excuses et surtout les réserves relatives âla Doctrine, que l'on trouvera dans cet intermède? Si la Doctrine est bonne , qu'importent les torts de celui qui Pexpose....
MécMitté ém Comtet.
Pour ce qufî est des observations, je dirai en premier lieu et véritablement, que si Ton croyait les pages les plus âpres et les plus amères de Fourier et de ses disciples, dictées par des sentiments de haine , de colère contre des hommes, on ferait erreur. Ce sont toujours, chez nous, des idées qui sont en cause. C'est toujours sur des combinaisons sociales malfaisantes, sur les erreurs qui les engendrent ou les entres tiennent, et non sur les soldats de ces erreurs (qui en sont les premières victimes), que tombent nos diatribes et nos coups»
s nrmvtra.
où s*agitent les misères, les haines, les douleurs et les hontes de la r<^alité présente ! sur cet abîme, profond de cinquante siMes, rempli d*immondices sociales jusqu'à son cratère ! sur cet horrible chaos de boue, de sang et de larmes, ries entrailles duquel sort incessamment un bruit sourd de masses vivantes qui se heurtent et se choquent, et s'écrasent en se maudissant! Quand on entend, au-dessous de soi, ce concert lugubre des gémissements, des sanglots, des angoisses, des cris de détresse de tous les êtres créés, ces voix lamentables des tortures permanentes, des tourments sans cesse renaissants; tous ces bruits, enfin, tous ces vagissements, toutes ces voix do malheur dont l'harmonie infernale compose la grande voix
du vieil Abfmol Quand on s'est élevé au-dessus de cet
obscur royaume du Mal, réalisé temporairement par Satan sur notre terre, et qu'aux vives clartés do la Science on a reconnu les régions infinies du Possible, les sphères resplendissantes des Destinées Heureuses; que l'on a respiré leur air si pur, chargé des arômes fortifiants de l'Amour et de llntelligence; que l'on a contemplé leurs sources surabondantes de vie, d'harmonie et de bonheur, leurs trésors infinis do toutes richesses, leurs cieux inondés de toutes les Lumières et de toutes les Gloires ! — Et quand on sait que ce monde de la Destinée Vraie pourrait descendre sur notre terre désolée, y verser à grands flots toutes les Joies vivantes, toutes les radieuses harmonies d'en-haut ; quand on sait que ce beau Monde du Possible n'est repoussé de la réalité que par les erreurs, l'ignorance et la volonté faussée des hommes ! En face de cette ignorance, de ces erreurs et de ceux qui, les propageant, repoussent l'Harmonie et perpétuent l'Enfer, on pourrait conserver toujours un calme parfait, un imperturbable sang-froid, un langage toujours retenu et bridé, ou des formes toujours onctueuses? On ne se laisserait jamais emporter à une parole amère, à une réaction violente contre le Génie du mal et de l'erreur qui usurpe encore le gouver^ nement du Monde, et range toutes les créatures sous le joug de la douleur?... Ah! non, c>cla ne se peut pas! Cela ne se peut pas ! Gela n'est pas compatible avec cette chaleur de cœur et cette source de passion, de ténacité et de force, qu'il faut bien posséder en soi pour se vouer aujourd'hui au culte actif et dur (et non au culto contcpiplatif et doux) de la Vérité et de l'Humanité! Cola ne se peut pas, du moins, avant