QU1LIB1BS S0€IA1IX
grande difficulté, restimation du Trayail et du Talent, la distribution des grades.
Le Groupe est fonné. Â qui appartiendra le pouYoir électif? qui nommera chefs et sous-chefs dans le Groupe ? — En toute évidence, ceci ne regarde directement que le Groupe lui-même; ceci ne peut être fait que par lui, par Tensemble de ses membres.
Il est certain que la puissance de Talent et de Travail de chaque membre ne tardera pas à être exactement appréciée par ses collègues ; elle se révélera bien vite à l'exercice, à Texpérience fréquemment répétée. — Donc on constatera facilement la puissance de travail et de talent de chaque membre, dans le Groupe, par des grades ou par des nombres proportionnels (4).
(1) Le procédé technique de cette constatation est une chote qui n'est pas nouvelle. 11 est bien connu des âèves de l'école polytechnique et de tous les gens au fait du mode suivant lequel se pratique tout examen régulier. S'agit-il, par exemple, d'opérer le classement des élèves pour l'entrée dans les services publics? Voici comment on procède :
L'ensemble des matières de l'enseignement est divisé en plasleurs catégories qui fournissent un examen chacune. Tout élève doit répondre, dans chacun des examens, à une certaine quantité de questions fiiites à travers les matières qui le composent.
Or, à chaque réponse, l'examinateur attache un numéro apprédateur de la valeur de la réponse. Ces numéros varient de séro à 30. Zéro, c'est pour la nullité de réponse ; 20 est donné à la réponse tout-à-fait supérieure. Après l'examen on somme tous les numéros des questions, on divise le total par le nombre des questions; le quotient constitue le nombre proportionnel du candidat dans c^ examen.— On ftiit de même pour tous les candidats et pour chaque examen.
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Le meilleur moyen d'appréciation du mérite de chaque sujet, que Ton ait dans la société actuelle, c*est le concours, Texamen. C'est le procédé que Ton emploie soit pour l'admission aux diOerentes écoles du gouvernement, soit pour déterminer les rangs des élèves sortants, à répartir dans les services. — Or, il y a dans le pristcipe du concours en lui-même une si grande force de justice, que chaque sujet en accepte volontiers pour soi tous les résultats. Et pourtant, qui ne sait combien, par le fait, ce mode d'appréciation est peu sûr aujourd'hui, combien sont hasardés les bulletins d'un examinateur qui vient, dans une séaîice d'une heure, juger le travail d'une année, et classer des sujets qu'il n'a jamais vus, qu'il ne connaît pas?
Les nombres ainsi obtenus à la suite des examens particuliers, sont maltipllcs par un coenieient qui indique la valeur et l'importance des examens relativement les uns aux autres, et la somme des produits donne le nombre définitif de chaque candidat, son titre, sa place dans l'échelle, son rang de mérite.
Cette opération, qui se pratique journellement pour tous les classements dans les grandes écoles du gouvernement, et sur laquelle il y aurait des choses à dire, est beaucoup plus compliquée que celle qui se fera dans chaque Groupe, et qui est l'opération fondamentale de la justice distribu live harmoniennc. Je ne donne cette note, au reste, que pour les gens toujours embarrasses des moindres petites choses, qui bâtissent des objections grosses comme des montagnes sur des pointes d'épingles. En général quand les choses sont claires et bien posées, les principes bien combinés, on trouve mille procédés techniques d'exécution pour un. L'architecte n'e^t tenu qu'à donner son plan ei son devis -, les épures de charpente et de coupe des pierres sont raiïiiire des conducteurs. Ceci n'c^t pas dit cependant pour faire mépris du talent qu'il faut à cette tâche des solutions pratiques, où le génie de Fourier a montré aussi une extraordinaire puissance.
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Dans les Groupes, ce n'est pas un étranger, un inconnu qui juge, un inconnu encore qui n'offre d'autre garantie que le serment qu'il a prêté et sa probité. — On sait ce que cela vaut, par le temps qui court, la probité et les serments. Nous en avons connu de ces probités d'examinateurs assermentés ! — Ce n'est pas un étranger qui juge, disais-jc; ce n'est pas sur un examen superGciel, sur un concours d'une heure, que l'on apprécie le mérite des gens L'examen est continuel, le le concours est toujours ouvert ; c'est sur l'ensemble des actes que l'on prononce; et l'examinateur, c'est tout le monde, c'est le Groupe, qui a intérêt à juger juste. On se voit au travail, on se connaît, chacun donne sa mesure à tous ; l'épreuve se fait, se réitère, et se fait encore et toujours. Rien ne peut échapper aux cent yeux que le Groupe tient bien ouverts. Aussi ses bulletins sont-ils sûrs, et quand il nomme, il nomme bien : le choix est bon ; chacun est à son rang.
Si vous demandez l'admission à un Groupe, ou vous reçoit, on vous accueille, vous avez titre de postulant. Mais ce titre ne vous confère encore aucune puissance, aucun droit. C'est à vous maintenant de faire vos preuves. La lice est ouverte : gagnez vos éperons I gagnez votre épée! Tous les ordres vous seront conférés à mesure que vous les aurez mérités. Vous avez toute liberté de faire sans cesse vos preuves en toute candidature.
Mais les présomptions, mais les vanités.... — Oh! pas de vanité, pas de présomption^ je vous prie. Avec
Sn BABMOKII. UT. U. GH. U.
cela TOUS n'auriez pas beau jeu dans le Gronpe. Ce genrelà, voyez-vous, y aurait peu de succès. S'il vous échappait quelques maladroites rodomontades, vous seriez bafoué à grand orchestre; c'est tout ce que vous y gagneriez.
Du reste, ces vanités, ces présomptions sont des plaïKtes de Civilisation, qui ne peuvent pas croître sur le sol d'Harmonie. Elles ne germent que dans l'isolement, elles ne se développent que dans robscurité. L'homme qui vit seul, qui n'a pas fréquente occasion de subir des comparaisons directes avec ses égaux, ses inférieurs et ses supérieurs, s'enfle inévitablement à ses propres yeux. — C'est un fait bien connu dans les écoles. A l'école polytechnique 9 par exemple, ceux qui arrivent sans avoir passé par le collège, et dont l'éducation isolée a été faite par un précepteur ou par le père, ceux-là sont presque toujours des personnages fort ridicules et bouffis d'orgueil. Alors, on se met à les former. .. Au bout de trois mois ils sont méconnaissables, simples, ronds comme les autres et plus outrecuidants du tout, mais du tout...
Au reste, la Civilisation est en si grande affinité avec la fausseté et l'injustice, que le cas d'exception, chez elle^ est celui où le mérite est récompensé, tandis que le cas de règle est le triomphe de la faveur, de l'intrigue. La sottise dorée y éclabousse généralement le talent crotté. Mille faquins brillent et s'ébattent dans le faste; et, à côté, des hommes de moyens, de science et de valeur, des hommes de génie même, portent de maigres
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fracs trooés aux coudes et ont faim. La société leur dAt, par une roche énorme, toute porte d'avenir. Yous pensez bien, je suppose, que je ne cherche point ici d'excuse à l'orgueil des derniers. Ceux-ci, l'orgueil est leur droit, leur devoir, leur vertu. Geseraitlfccheté à eux d'être mo« destes. J'établis seulement que nous vivons dans une société où il n'y apas de procédé général, régulier et juste d'appréciation et de classement ; où l'on n'essaie même de classer que dans une seule branche, celle des services de l'Etat : et encore, jusqu'id, sauf dans certains corps, Dieu sait comment on y classe I
Or, dans une société où les hommes ne sont pas appréciés à leur vraie valeur, où les jugements vagues et flottants posent des couronnes d'or sur des fronts obtus, et des étouffoirs de plomb sur les vives intelligences, dans une société d'injustices, d'erreurs, d'oppressions, comment voulez- vous que l'individu ne se replie pas sur soi et ne s'exalte pas dans son individualité? Quel guide a-t-il pour éviter la présomption ? quel mètre pour se mesurer ? quelle balance où se peser ?
La présomption d'ailleurs est souvent, en Civilisation, un sentiment fort juste ; car la Civilisation comprime tous les essors, étouffe toutes les forces, et beaucoup ont la conscience qu'ils pourraient mille fois plus qu'ils ne font. Les fanfaronnades des enfants et de leurs pères ne sont, après tout, qu'une accusation portée contre une société qui étouffe et comprime au lieu de développer; qui, loin de donner les vraies mesures, n'en donne que de buses. <H2aand on mesure foox, chacun se onU
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trompé et réclame : quand il est notoire qu'on mesure juste, personne ne souffle.
En Harmonie, chacun est habitué, dès l'enEuice, à se voir apprécié à sa valeur exacte dans les Groupes et dans les Séries , et à y apprécier exactement les autres. Vous faites sur les autres la justice que les autres font sur vous. C'est la justice mutuelle démocratique, sociétaire. Les faux jugements sont inconnus. Or, en pareille atmosphère, les suffisances et les mauvaises pré* somptions, — dont on ferait si vite raison d'ailleurs, — ne peuvent pas même se produire; car les conditions qui les engendraient en Civilisation n'existent plus.
Ensuite, voyez-vous, chacun de nou6 est né avec des aptitudes données. Il est de règle pour Dieu de ne pas créer des hommes qui ne soient propres à rien, qui u'aieit pas une destinée : cela serait oiseux. Chacun est donc appelé à réussir dans certains ordres, et à y exercer des supériorités. Or il arrive, dans une société qui ne fait pas éclore les aptitudes, qui bouleverse toutes les destinations naturelles^ qui ne met pas les individualités aux places où elles atteindraient leurs supériorités relatives, il arrive que ces individualités, faites pour jouir, dans leurs foyers naturels d'action, du sentiment de la supériorité quelles y atteindraient, sont exposées à transporter ce sentiment et sa jouissance dans des sphères où le hasard aveugle les a placées, où elles n'atteignent pas, par conséquent, les supériorités relatives réelles auxquelles elles étaient appelées. — Ce n'est pas le sentiment de la supériorité qui constitue la vanité et la pié-
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somption ; c'est ce sentiment déplacé. Une société qui brise toutes les convenances naturelles entre les hommes et les choses^ qui fausse toutes les directions, qui dévoie toutes les aptitudes, trompe nécessairement les instincts de supériorité et en intervertit le sentiment.
C'est-ji-dire que c'est notre forme sociale elle-même qui engendre ces présomptions que l'atmosphère har-» monienne ne fait pas éclore et ne laisserait pas grandir.
Je dis donc qu'au sein des Groupes, le jugement des pairs et collègues mettra chacun à sa place. Que si même une erreur était commise, elle serait promptement réparée. Cela se voit : un talent mal apprécié n*at-il pas chaque jour à sa disposition, en effet, une arme offensive et défensive, une protestation vivante, la meilleure protestation du monde, celle du fait? L'exercice comparatif se renouvelle sans cesse ! le mérite de chacun est, à chaque séance, étalé à côté du mérite des autres I Si la mesure a été mal prise un jour, on s'en aperçoit le lendemain, le jour suivant, et bientôt on rectifie l'erreur. Comment voudriez-vous que les divers membres du Groupe s'accordassent à faire hommage d'une présidence, à reconnaître une supériorité à celui d'entre eux qui ne mériterait pas?
Le Groupe est fortement intéressé à pratiquer la juslice, à faire de bons choix, à avoir de bons ofiiciers. S'il conférait la direction de ses affaires à un sujet peu capable, il compromettrait ses intérêts; il péricliterait lui-oième. S'il ne donnait pas an talent » dans son sein,
SM lAïaiMii. unr. n.
rinfloence et le rang qu'il mérite, s'il était goofcnèpv des cheb inhabiles, il serait bientôt moatré an d«gl par les Groupes rivaox qui Tépient , adnuMiesIé jm h Série, démoli dans lopinion de la Phalange.
Admirez Teffet de la rivalité des Groupes et des Séries. Lors même que chaque hoomie serait indiridndlement injuste, — ce qui n'est pas, — toute injuste n'en serait pas moins impossible dans les Séries. L'éqoili est forcée. Les Discords des Séries sont un instrument permanent de justice, une garantie pour chacun d'être apprécié ce qu'il vaut. Un passe-droit n'aurait pas été plutôt commis dans un Groupe, que déjà les Groupes rivaux l'auraient signalé. Un Groupe a toujours TcbI sur ses voisins. On critique le mauvais choix, on moid tant qu'il y a à mordre. Si, par impossible, le Groupe persistait à méconnaître un talent, les Groupes rivaax, toujours jaloux d'accroître leur force, ambitieux de supériorité, s'empresseraient de TaccueilUr chez eux. is droits du mérite sont bien garantis là où l'on se dispute les hommes d'un mérite naissant, où l'on s'airache cens d'un mérite reconnu.
Si bien qu'en Harmonie, l'enfant de Thomme le moins fortuné, le moins influent, le plus obscur, peut entrer partout, porter la tète haute, et, —s'il a plus de mérite réel, — monter plus haut que le fils du dix-millionnaire^ Il y a pour lui justice, aide, protection, secours ! Tout cela est assuré. Il ira jusqu'au bout par la force même des institutions. Il en est des individus mis dans le mécanisme sériairo, comme des lettres nmê à la poste:
toat arrive à destination , quelle que soit l'origine. Nul ne peut être intercepté. La justice distributiye est à l'abri de Tinfluence des personnes; elle résulte du mè-« canisme social, de l'arrangement des choses, de l'institution.
Comparez avec cela la justice des Gvilisés.
Je ne sai« pas l'amant depa placejpnbliqaa, On n'y fait que brailler et toamer h tout rent.
Alfacd be MeiSBTa Ils TOUS disent que Dien depuis mil hnit cent traota,
Pour mienz écheloBocr las rangs, N'admet pins dans le ciel que des Saints à pateotc,
Bt des Anfti à deu oants frasci.
C'est donc à rélection que tout se règle ici ; j'entends tout dans les fonctions d'industrie, d'art, de science, dans les opérations actives, dans les travaux. Mais remarquons bien, avant de passer outre, que ce n'est ni l'élection libérale ou juste-milieu, ni l'élection républicaine.
Ici l'électeur est coxpétent. C'est la basedela légitimité de l'élection. — Je vote dans mes Groupes, dans mes Séries, je nomme mes chefs, je délibère sur les propositions de la régence, je les rejette ou je les sanctionne; oui, cela est vrai. Mais mon action officielle et directe ne sort pas de sphères à moi bien connues et où mon influence est proportionnelle à mes lumières spéciales
dûnoit eonrtatées* Je ne serai p«a admi» h doDMr
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mon vote dans les Séries dont je ne fais point partie; je n*ai rien à voir directement à leurs affaires, là réclamer pour moi un privilège que je dans mes Séries à tout intrus qui voudrait y prétendre? Non, chacun vote dans les Séries auxquelles fl appartient officiellement; cela est normal. — En pi^ reilles circonstances, parlez-moi d'élection, à la bonne heure! Cet élection-ci produit de bons chefs, de vnis représentants, des représentants qui représentent. L'électeur est compétent.
Aujourd'hui, uû malhonnête, homme, ou, si vous voulez, un très-brave et très-honnëte bourgeois, par cela qu*il paie deux cents francs de contributions, a le droit de nommer les plénipotentiaires de la nation: — mais il est ignorant, inepte, il ne sait ni lire, ni écrire? — peu importe, il nommera: il paie deux cents francs de contributions — Mais il est obtus, presque idiot ; il n*cntend qu à peser du sucre et vendre de rhoDe au détail? — il nommera, il nommera, vous dis-je; il conférera pouvoir et mission pour aller faire les lois qui nous gouvernent ; il paie deux cents francs de contributions!! — Et Ton vous prouvera encore que rien n'est plus sacré que la loi, c/ est-à-dire que la collection des décisions prises par les mandataires de ces électeurs ineptes à deux cents francs, ou toute autre cote.
Et Télcction républicaine ? Oh ! ici c'est bien mieux encore. Ici, grand Dieu ! c'est tout le monde qui est appelé. Chiffoniers, ouvreurs de portières, vendeurs de contremarques, rustres, ivrognes... tout malotru fran^
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çais enfin va donner sa Yoix et choisir législateurs , hommes d*état, chefs de gouvernement ! ! Il est vrai qu'on les baptise tous du nom glorieux de citoyens, citoyens français ! . . . ils sont tous citoyens français, messieurs, et tous, par conséquent, doivent concourir à la formation des lois qui les concernent. On part de là, et Ton arrive en deux sauts au suffrage universel, — La logique mènerait Mcn au-delà encore si on la voulait suivre.
Certainement le principe de l*élection est, en soi, bon et juste. Certainement il est de raison, d'évidence, de droit incontestable, que les intérêts des populations soient traités comme ces populations Tentendent. Je vous fais bon marché de tous les pouvoirs par la grâce de Dieu, de toutes les impostures monarchiques ou religieuses sous lesquelles Thumanité a courbé et courbe encore les reins. Il n'y a de pouvoir légitime^ en système absolu, que celui qui vient de Y élection ou du consentement. Oui, rélection est bonne et juste ; oui, vous avez raison en principe, vous qui en voulez FusagCidans les ailaires actives de l'humanité. MaisFabsurdc, c'est de vouloir forcer l'application d'un principe jt^s/e à un ordre essentiellement faux. Aucun principe juste ne donne ses conséquences dans une société faite à contre-sens de la justice. En voulez- vous la preuve ? Essayez de pousser jusqu'au bout quelque bon principe que ce soit, dans le milieu actuel, vous arriverez nécessairement à des résultats ridicules, perturbateurs, monstrueux. Plus votre principe sera vrai, plus l'application, souvent,
en sera funeste. Plus votre logique sera serrée et vigou- II S4
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reuse, plus elle aura de puissance pour faire éclater le milieu faux daus lequel vous la voudrez faire entrer de force comme un coin de fer. — C'est là le secret de il puissance destructive de Y idéologie politique dont Thiir manité a enregistré déjà, dans ses tristes annales, asseï d'effets perturbateurs ou singulièrement niais.
Personne ne conteste Texcellence de la vérité ; chacun convient qu il faudrait qu'elle régnât en toute relation. Eh bien ! supposez que d'une parole, une Puissance surnaturelle réalisât subitement ce vœu ; que la vérité fût, par elle aujourd'hui, forcément introduite dans la société telle qu' elle est^ ici en France...
Voyez-vous , calculez- vous l'effet ? — Menées des gens d'affaires, fraudes des marchands, grivelages et marchés honteux des hommes politiques ; les innombrables turpitudes de l'industrie, du commerce, de l'administration, de la presse ; les haines cachées au sein des familles ; les trahisons fardées d'amour, les affections menteuses, les ignobles manèges d'intérêt : toutes les lâchetés superposées, en mille étages, des fondations au faite de la société ; tout cela connu, étalé au grand jour I rien à nier ! Tous les maris savent la conduite de leurs femmes ; toutes les femmes, la conduite de leurs maris. Ce qu'ont fait les mères, les filles le savent. Ce que les pères, qui sermoneut tant, ont fait de leur jeunesse, leurs fils le savent. Chacun porte, écrits sur son front, ses faits et gestes, ses actes secrets. On sait le lieu, le joqTi l'heure des choses. Intrigues, projets, sentiments, tout cela crève les yeux. Oh I chacun de nous en sait don
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cent mille fois plus qa'on n'en a jamais su en la rue de Jérusalem. — Voici les abtmes des souterraines infa^ mies déchirés et éclairés, tous les cloaques débouchés, toutes les fosses de mensonges immondes ouvertes et remuées, et leurs vapeurs corrosives pesant sur le monde comme répaisse nuée de Sodome...
Tout est su, tout est connu ! comprenezr-vous Teffiroyable énergie qu'auraient aujourd'hui ces trois mots 1 — Quelles relations resteraient debout ? Comptez ce qu'il survivrait d'affections, de liens, à cette affreuse révélation universelle : comptez par ce que vous en auriez pu briser déjà vous-même, si vous aviez voulu parler !
Et puis, plus de préjugés ! On saurait ce que valent tant d'idées de devoirs, tant de préceptes incamés aux consciences... Yos prolétaires comprendraient ce que pèsent vingt-cinq mille droits qu'ils respectent, et la vieille spoliation dont ils sont victimes et que ces droits consacrent. Dans plus d'un reliquaire encore honoré, on reconnaîtrait des guenilles salies et des os ramassés dans les rues, en place des saints vêtements et des saints ossements ; dans plus d'un sanctuaire encore debout, on trouverait une ironie à la place d'un Dieu... — Plus de préjugés!! Voyez-vous armées, peuples, femmes, tout, jusqu'aux enfants, se dresser subitement contre les lois, contre les devoirs, contre les dogmes, contre les choses de cette société? Voyez-vous le feu surgir, et la dévastation courir échevelée par le monde? Voyez-vous la sodété mordre à belles dents ses chairs, se déchirer le sein de ses ongles, se plonger les mains dans les flanoB f