HARMOMIË. LIV. II. CH. II
y fouiller, y tordre ses entrailles... — Il n'y annît plus de préjugés ! 1 1 Et que resterait-il donc debout ?^ Il ne resterait debout que des intérêts ennemis, épées en mains, et face à face dans le champ clos, pour le fih rieux combat.... Ohl viennent les Cosaques et les Tartares, viennent les hordes du Nord et la Barbarie armée, descendant sur nous par grandes vagues comme les plus hautes marées de l'Océan... Mais que les vérités cachées ne débordent pas, que la Vérité ne se rue pas sur nous! la Vérité engloutirait notre société d'un coup...
Et ce que je vous dis de la Vérité, je vous le dis de la Justice, je vous le dis de la Liberté. Essayez donc un peu de la Justice qui mettrait chacun à sa place, qui briserait tous les faux contrats, qui bouleverserait toutes les fortunes en recherchant les origines, qui ferait rendre gorge k toutes les usurpations, qui ferait sauter tout Vcchafaudage de vos lois et de votre droit.
Et essayez donc un peu de la Liberté.... qu'on soit libre un jour, seulement ! voyons, un jour, en Europe, sans magistrats, sans soldats, sans geôliers, sans bourreaux, sans forces compressivcs enfin ! un seul jour ainsi, et l'Europe est à sac... Nous préserve Dieu, vous dis-jc, de la Justice, de la Vérité, de la Liberté... Ou, si cette infâme Civilisation devait durer, ce serait mon vœu et ma prière: Que Dieu plutôt les lâche sur la terre, ces trois Puissances plus terribles que la Pestcf, la Guerre et la Famine ; qu'il livre le monde à ces trois Anges exterminateurs, et qu'ils eu finissant...
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Je voulais donc vous dire que c'est une chose trèsjuste que de juger les raisins de bons fruits et de vouloir multiplier ces fruits; mais que c'est une chose très-folle que de prétendre récolter des raisins sur les ronces. Si vous voulez des raisins, qui sont les fruits des vignes, plantez des vignes. Si vous voulez la vérité, la liberté, la justice, qui sont les fruits de l'harmonie sociale, semez l'harmonie sociale. Votre société pousse l'injustice^ l'oppression, la fraude, comme les ronces poussent les épines. C'est sa nature. — Ouvrez donc les yeux, vous qui avez des yeux et qui ne voyez pas. Depuis assez longtemps, certes, Texpérience se fait et le spectacle dure. Si moins épaisse était la cataracte des intelligences, n'aurait-on pas, depuis longtemps, jugé une société qui ne comporte ni la Liberté, ni la Justice, ni la Vérité? — La Vérité est la pierre de touche à essayer un ordre social. Tout ordre qui n'est pas compatible avec la Vérité, est un ordre faux. Qui peut nier cela?... qui?.... Tout le monde, hélas! en ce prodigieux siècle de bon sens et de lumières.
Les uns disent : voici des principes bons, justes, incontestables ; donc il faut les appliquer à la société. — Et les voilà à l'œuvre pour forcer l'application, qui avec des préceptes moraux, qui avec des dogmes idéologiques, qui par l'action, qui par la parole. En \'ue de la bonne fin qu'ils se proposent, ils tailleront dans la constitution politique qui n'en peut mais, et dans la constitution de l'homme aussi: quant à la constitution sociale, qui engendre tout le mal, qui engendre les mauvaises constitutions politiques elles-mêmes, qui est cause pre-
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mièrc, source ou racine, ohl n'ayez peur que seulement ils la suspectent I
Aux principes idéologiques et logiques, aux vérités abstraites et de raison , les autres répondent par la négation de la raison, par la soumission de Tintelligencc à la foi, — credo quia absurdum , — par la soumission de la volonté au droit divin, droit d*inveation humaine s'il en fut jamais; enfin, par toutes sortes de choses intellectuellement honteuses.
D'autres encore soutiennent que les principes sont justes, vrais, bons, mais qu'il est de lanaturv des choses qu'aucun principe ne peut et ne doit être poussé jusqu'au bout; qu'une théorie peut être excellente, mais que la pratique absolue d'une théorie excellente doit être inévitablement mauvaise, que sais-je?... — Oh! ici surtout, honte et trois fois honte ! C'est donc de la nature des choses, que la justice ne soit pas juste jusqu au bout, que la vérité ne soit pas vraie jusijuau bout; que tel principe, très-juste et très-vrai, cessera peu à peu d'être vrai et juste, à mesure que vous le pousserez à ses dernières conséquences !
Si bien qu'acceptant un milieu social essentiellement faux et s'y débattant avec les principes et les applications, tous les partis politiques et moralistiques, toutes les sectes philosophiques et religieuses, enfermés dans un grand cercle vicieux, sont comme dans un cirque des animaux de toutes races réunis, jouant des pieds et des
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mains, des griffes et des dents, et fusant depuis longtemps un grand bruit — Et ils y restent.
U y a le Principe, et le Milieu dans lequel le principe doit être appliqué.
Si l'application du Principe au Milieu donne une dhh sonance, concluez que le Milieu, ou le Principe, on tous les deux, sont faux. Et si le Principe est fondé en raison et clair à Tintelligence , concluez que c'est le Milieu qui est faux.
Et quand vous pensez, et que vous êtes face à face avec un Principe pour le juger en lui-même, poussezle à ses dernières conséquences , et concluez hardiment à vrai ou à faux d'après le résultat. — Honni soit qui le nie, la Vérité est vraie jusqu'au bout.
Ces trois sophismes que j'ai dit, 1^ l'application violente des vérités abstraites et de raison, des lois de justice, à un milieu faux ; 2^ la négation de la raison humaine dévorée par la grâce de Dieu, ou plutôt ^àf" ceux qui s'en coiffent ; 3^ la théorie de la vérité vrâiè jusqu'à un certain point, à la disposition des convenances ; ces trois sophismes sont les trois tétés de chapitre sous lesquelles on peut classer toutes les erreurs de ce basmonde. Vous les retrouvez dans tous les temps et danë tous les lieux, combattant ensemble, chacun ayant ses hauts et ses bas, chantant le progrès et le triomphe des saines doctrines quand il est vainqueur. Les trois partis d'aujourd'hui, Républicain, Légitimiste, Juste4tfilieai ûe