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entre eux par l'esprit de corps, par de vives passions, par les affections diverses dont le cœur humain est susceptible : vous montreriez enfin que tous les individus sont sociétaires d'intérêt et de coeur, et, surtout, vous développeriez le grand principe des Ralliements, la multiplicité des chances, la surabondance des essors. — Àrrétonsnous y un instant.
Le grand principe des équilibres en toute passion, c'est, en effet, d'ouvrir une surabondance d'essors à chacune. — La politesse, la gatté, Taffection, viennent aux convives, et le sourire du bon vouloir court sur leurs lèvres, quand ils sont assis à une table somptueuse, et assurés d'un service aussi brillant pour le lendemain. — Les mêmes hommes se prennent en haine, si tous les jours ils ont à se disputer une chétive et insuffisante nourriture. Vous aurez beau prêcher des affamés et leur dire : a Modérez votre appétit. La faim, la soif, sont vos plus dangereux ennemis. Défiez- vous des convoitises de la nature, des faiblesses de la chair, de nature qui vous excite à manger les bons morceaux ; » la faim, la soif et les faiblesses de la nature seront plus fortes que vous. Et quand la morale crie aux Civilisés, qui sont des affamés au propre et au (iguré : « Modérez votre Ambition. L'amour des richesses et des grandeurs est votre plus dangereux ennemi. Défiez-vous de la nature qui vous excite à solliciter les bonnes places, » l'Ambition, l'amour des richesses et la nature sont, encore ici, plus forts que la morale. — Par Dieu ! vous en avez depuis assez longtemps de belles preuves.
Tant que vous restez dans le dénuement social, vous avez beau faire tomber à verse des prédications de vertu, pousser sur les hautes et basses terres des marées de morale; vos flots puriKcateurs ne roulent toujours que haines, conflits, guerres, lâchetés, trahisons, turpitudes de toute espèce, comme les profondes vagues du déluge ancien ne roulaient que des cadavres et des charognes.
Il vaut donc beaucoup mieux, pour établir l'Harmonie sociale, organiser un régime capable d*ou\Tir à toute passion légitime, c*està-(lire inoifensive dans son principe, une surabondance d'essors, que de continuer à prêcher l'abstinence, à moraliser, punir et damner les hommes qui, hors d'un pareil régime, seront toujours poussés au mal par la faim aussi bien que par l'Ambition, par l'Ambition aussi bien que parla faim.
Or, voyez que d'essors ouverts à tous et à chacun dans le régime sériaire. Sur tout objet de science, d'art, sur toute branche d'industrie et d'activité humaines, vous formez des' Séries et des Groupes. Le Groupe, à lui seul, fournit autant de hiérarchies qu'il contient de sous-fonctions. — Celui-ci estchef de comptabilité; celuilà dirige les manœuvres de parade ; tel a la plus grande influence comme théoricien; tels autres se partagent le commandement des divers détails du travail, etc. Certes, il y a place pour tous les talents et toutes les prétentions. Ceuxquise sont trouvés dans des réunions où cette répartition des influences s'était accidentellement établie, v ont pu reconnaître que chacun, gouvernant dans les parties où il excelle, reçoit bienveillamment l'impulsion
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dans les parties où il a moins de valeur et peu de prétentions. On se flatte volontiers ({ue l'objet où Ton réussit est le plus important, le plus glorieux... Tant mieux! l'amour-propre est satisfait, désarmé, caressé même. C'est un échange de services, de bons procédés, de louanges flatteuses. On s'encourage, on s'excite, on s'exalte, on s'entratne dans un concert d'aflection. U n'y pas là de place pour la haine. — Qu'on ne vienne pas, pour l'amour de Dieu ! faire objection ici à une vérité générale, par quelques misérables exceptions observées en milieu civilisé, c est-à-dire dans un milieu faux et sur des hommes faussés
Et puis, qu'est-ce que ces essors et ces voies de Ralliement ofl'erts par le Groupe, à côté de ceux que vous présentent l'ensemble des Séries,— raùmc sans sortir encore de la Phalange, sans parler de la nation et du Globe? Voyez reflet du mécanisme de l'engrenage général des Séries : Ici, vous êtes mon supérieur, mon professeur, vous m'aidez, vous m'instruisez, vous me formez; je vous dois mes progrès dans des travaux que j'aime... Et tout à l'heure, dans une autre Série, où mon ancienne expérience m'a conquis de hauts grades et où vous ne faites que débuter peut-être, je vais vous rendre vos bonnes leçons avec zèle, reconnaissance et joie. Et ce sera toujours entre nous échange de gratitude, de soins, d'afl*ection et de dévouement. Il y a plaisir à obéir et à applaudir, quand on y trouve garantie d'être soi-même à son tour obéi et applaudi. Ces heureuses et bienfaisantes combinaisons, dues aux INÉGALITÉS natuibl-
«QUILIBMS SOCIAUX. M h
LE9 BT SOCIALES, 86 rencontrent mille et mille fois pour vous et pour moi, pour nous et pour tous.
Tout le secret de l'Harmonie est là, voyez-vous. Plus vous aurez d'iiftoAurfis de fortunes, d'âges, de talents, de goûts, de caractères, voire de naissance ; plus vous aurez établi de divisions et de subdivisions dans la masse ; plus vous aurez nuancé de hiérarchies et combiné d'inégalités graduées en Séries ; plus les notes de vos gammes seront nombreuses, et variés les timbres et les instruments de votre orchestre, plus brillantes seront alors les modulations, plus mélodieux et puissants les Accords, et ravissants les concerts ! Je le répète, la graduation, l'engrenage et le libre jeu des Inégalités, Toilà, avec l'Attraction pour force motrice, tout le se*cret de l'Harmonie sociale.
Ainsi la route est spacieuse, la carrière est large, les ambitions peuvent courir sans se coudoyer. Allez I allez I il y a plusde fonctions que vous n'en pourrez remplir, plus d'honneurs que vous n'en pourriez porter, plus d'espace que vous n'en sauriez dévorer! Il y a trois mil- Kons de Phalanges ; et, de chacune d'elles, partent des milliers de voies de fortune et de gloire, formant un ré* seau croisé sur le monde, réunissant leurs innombrables fils d'or et de soie au grand foyer de l'Unité-sphérique. Courage donc , ne restez pas en route et courts d'haleine !... Accomplissez les tâches , faites vos preuves , gagnez toujours des palmes nouvelles. Cueillez et récoltez ! En avant^ en avant, les épis ne feront pas faute aux moissonneurs...