‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 62 sur 134 · HARHONIE. LIT. II. CH. III · texte numérisé non relu

HARHONIE. LIT. II. CH. III

Émules, nous allons nous rencontrera deux heures peatfitrc, ce soir, demain, vingt fois la semaine, cent fois le mois, dans des Groupes où nous sommes frères d'armes, où nous avons épousé les mêmes querelles, où nous servons sous le même drapeau.

Et je vous prie d'obsenTr que plus nous possédons de puissance passionnelle, plus notre nature est ardente, plus nous sommes gens à prendre vivement fait et cause pour les fonctions auxquelles nous nous adonnons, plus nous sommes actifs à la rivalité, plus, en même temps, nous sommes riches en liens, en esprit corporatif, en Accords ; car vous sentez cpie le lien n'est jamais plus fort entre les membres du Groupe, que quand la Rivalité extérieure est plus puissante. L'action est égale à la réaction. Plus on rivalise à Textérieur, plus à rintérienr on serre les rangs. — Or, comme, par suite de la courte séance, de l'engrenage des Séries, de la 'migration des individus dans différents Groupes, et de leur rencontre dans nombre de Groupes amis ou alliés ; comme, par suite de ces combinaisons, les Rivalités sont purement corporatives et nullement individuelles; et comme, aux plus fortes Rivalités corporatives des Groupes ou des Séries , correspondent au contraire les plus énergiques ralliements individuels dans les Groupes et dans les Séries, il résulte clairement et rigoureusement de là ce brillant, ce magnifique, ce merveilleux théorème:

Dans le i^égimc des Séries, (jrâce aux courtes séances, fjrdce à i engrenage général des Groupes par migrations et dispersion de leurs membres dans la

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masse, fe< Phalanges qui auront organise les lïtvalilés les plus vives et les plus nombreuses^ seront^ toutes choses égales d'ailleurs^ non seulement les plus fécondes en attrait industriel, les plus arden^ tes à tous travaux^ mais encore celles où Von verra éclater les plus vives sympathies^ les plus fortes affections , oit- les senfiments généreux seront le plus énergiquement développés; le dévouement à la masse^ le plus complet; l'ordre, le plus parfait:

Autrement dit:

Dans le milieu harmonien, les naiures individuelles concourent d'autant plus énergiquement à la multiplication et d r accroissement des forces so^ ciales et des liens sociaux, à l'Accord général et supérieur, à l'ordre, à l'Unité collective, qu'elles sont plus riches en Discords et en facultés d'(mtagonisme/

Toute la iialure rut aoe iminenso mécanîqae de sym* palhie!! et antipalhiei, très-inéthodiqaeiMatrégl^, — et trr'»-poiU'lrable au gciiîe. Ch. Fooaxui.

La musique^ c'est l'association par excellence,

G. Babb.

Voila donc changées en éléments de prospérité, de bon ordre, J'Iuirnionie sociale, ces natures ciibalistiques, ces caractères à riici:llés antagonistes, qui font de si beaux dégâts au sein du système actuel, soit qu'ils jouent dans le ménage et la vie privée, soit qu'ils jouent

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dans le gouvemement et la vie publique 1 Et, en vérité, le souverain Ordonnateur les aurait-ils créées, ces actives et puissantes facultés, s*il ne leur eût été donné de ne produire que les désordres et les fatales haines ? — Une harpe qui n'aurait que les cordes ut^ mi, sol^ notes toutes à la consonnance, et qui manquerait ainsi des dissonances de la harpe à douze sons de gamme, serait-elle aussi riche, aussi capable d'harmonie que cette dernière ? Non, non sans doute. Ne nous plaignons donc pas des richesses de notre nature, et avisons à les employer à notre bonheur.

Ah I vous craigniez que les Groupes d'une Phalange n'en vinssent aux mains? — Mais vous n'aviez donc pas réfléchi encore que, dans ce Groupe qui fait à cette heure du jour Rivalité avec celui où vous êtes, se trouvent vos amis, votre frère, votre père, votre enfant, votre femme ou votre maîtresse.... des êtres enfin avec qui vous avez contracté mille liens passionnés, mille affections corporatives, échangé mille bonheurs ?

Et puis encore vous n'aviez pas réfléchi que ces Groupes, qui rivalisent si ardemment entre eux, sont affiliés à la môme Série. Ce sont des compagnies da môme régiment. Elles ont un drapeau commun. Ces rivales sont sœurs et bonnes sœurs.

Et toutes ces Séries, et tous ces Groupes, ne sont-ils pas associés dans la Phalange? tous ne sont-ils pas du môme corps d'armée? S'ils sont travaillés par d'ardentes émulations, s'ils ont intérêt d'amour-propre et d'hon-

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neur à se suq)asser les ans les autres, ne sont-ils pas reliés et absorbés tous dans Tintérét général, dans l'intérêt de la Phalange, qui est Vintérét personnel et direct de tous, — à ne parler qu'intérêt?

Trois Groupes contigus dans l'échelle de la Série travaillent, perfectionnent, raffinent à l'envi : mais il ne convient nullement à chacun des trois que les deux autres manœuvrent mal et périclitent ; car cela compromettrait l'aile de Série dans la coalition de laquelle ils sont unis contre une autre aile ; cela compromettrait la Série elle-même, dont ils ont tous l'honneur à défendre; cela mettrait même immédiatement en danger le Groupe vainqueur, privé de son mécanisme de Rivalités par défaut ou mauvaises manœuvres des voisins dans le clavier de la Série. — Il est de l'intérêt de chaque note d'être juste, pleine, sonore et bien vibrante ; mais il n'est pas de son intérêt que la note voisine soit fausse, étouflce ou criarde. Supposez que Petzold put facturer un piano dont les touches fussent intelligentes : croyez- vous que la touche r^, qui discorde avec les touches ut dièze et rà dièze, ses voisines, désirerait que Yut dièze et le ré dièze se brisassent? Non, non, non: car elle serait la première à y perdre.

Il en est de même des Groupes dans la Série, et des Séries dans la Phalange. Pour fiers rivaux et ardents émules en sciences, en arts, en toute industrie, que soient les Séries et les Groupes, tous sont intéressés au succès les uns des autres. Plus brillants et prospères seront les résultats fournis par chacun des Groupes, plus II 26

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la richesse générale au&mentera. plus abondanlesenli moissoiï conimune. el plus forte, par conséquent, la iccùlte individuelle de chacun. — Ici donc on ne rivaliie que pour bien faire, pour mieux faire, pour parfaire. Est-ce que tous les intL-rcts individuels convergents an grand foyer sociétaire, toutes les afl'eciions individaelies concourant au lien unitaire, n'entraînent pas lootei choses à rharmonie? Est-ce que, en pareil milieu, k ton ne proscrit pas comme incongruité honnie et de^ honorante, l'ombre même d'une querelle? — D*aigrei disputes, des rixes dans un pareil milieu, quand tons les intérêts humains font voile de conserve ! Allons, vous n y pensez pas; vous transportez en Ilamionie de tristes fruits de Civilisation ; vous attribuez au beau figuier les rudes et déchirantes épines des ronces. Oh! en Civilisation, à la bonne heure, parlez-moi d'aigres disputes, de rixes et de guerres... C'est leur terrain! L'opposition radicale, directe, tranchée, des intérêts et des passions, y développe une férocité d'égoïsmc à laquelle Tavenir croira plus difficilement sans doute que les Civilisés ne peuvent croire à TÀccord unitaire, ciu concert af* fectueux de l'avenir. Cela est forcé. Ayez, au lieu d'intérêts opposés, des intérêts convergents; au lieu du Morcellement, l'Association ; au lieu de l'anarchie civilisée, l'organisation sériairc, et vous verrez bientôt que l'homme n'est pas né pour hsur son frère.

Eh bieni pourtant, ils ont préféré décréter que l'homme est essentiellement hostile à l'homme, que la guerre est d'essence humaine ; ils ont mieux aimé faire

un dogme de cette brutale et ^tupide impiété et mettre

ainsi le mal sur le compte de la nature de Thomme et de la volonté du Créateur, que de suspecter leur milieu social ! — Que le vulgaire des hommes, par habitude du mal et par effet de désespoir, accepte cette idée, h la bonne heure : mais qu'en 4827 ou 28, un sophiste (i), prétendant au rôle de soleil intellectuel de l'humanité, et parlant Dieu, âme, harmonie universelle, s'en vienne étayer ce dogme monstrueux d'une ambitieuse théorie; qu'il jouisse d'un succès de vogue en produisant une sorte de science suprême qui apprend que la guerre est un fait fondamental, inhérent à la condition de l'humanité, nécessairement co-existant avec elle... ceci passe toute permission à laquelle ait droit un philosophe d*étre absurde. Le vulgaire dit simplement : a Je crois qu'il y aura toujours des guerres parce qu'il y en a toujours eu jusqu'ici. » Le philosophe, lui, établit une théorie transcendentale pour prouver que cela doit être ainsi, et qu'il est philosophique qu'il en soit ainsi. — Avouons que les philosophes sont bien utiles à l'humanité qui les admire, et à l'État qui les paie!

En résumé, j'ai démontré mon théorème, savoir :

Qu'au sein d'une Phalange, il y a Accord général des Groupes et des Séries qui la composent, et que les Rivalités qui poussent énergiqucment au travail et au raffinement en toutes fonctions, loin d'entraîner de fâcheux effets de désordre, concourent au contraire à créer les affections corporatives et resserrent le lien social en proportion de leur degré d'intensité ;

(I) M. Cioittln, on phUoiophe trèi-lorti demandai à M. Thlm.

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4« Parce que les corporations rivales sont toujours rallÎKS entre elles dans des lignes corporatives d'ordre supérieur, les Groupes dans la Série d'espèce, les Séries d'espèce dam la Série de genre, et ainsi de suite dans la Phalange : les ralliements étant d'ailleurs d'autant plus énergiques que les Rivalités sont mieux nouées ;

9f* Parce que les corporations rivales se composent de monbres mobiles, engagés les uns les autres dans une foule d'Alliances et d'Accords de toutes sortes , d'autant plus puissants que les Rivalités, et par suit<<! les esprits de corps, sont plus vigoureux ;

3<> Parce qu'il est de l'intérêt immédiat de chaque corporation que son mécanisme de Rivalités internes et externes soit solidement établi ;

i^ Parce que tous les membres de toutes les corporations de. la Phalange étant co-associés, copartageants; la prospérité, la richesse et la gloire de la Phalange étant, pour chacun d'eux, un intérêt personnel et direct, chaque individu et chaque corporation désirent néct^ssairement le succès de toutes les opérations ;

5* Enfin, parce que la convergence générale des intérêts et (les afl'ections établit nécessairement un Ton qui entraîne tout élément d'activité au grand foyer d'Harmonie, et prévient jusqu'à l'idée même, inconnue dans les mœurs des populations phalanstériennes, de la querelle, de la rixe et de la guerre.

Sans entrer dans de plus grands détails, sans accumuler des preuves superflues sur la question de réqui-

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bre des rivalités corporatives et du Ralliement des roupes et des Séries antagonistes, nous ferons remaruer que ce Ralliement puise sa force dans deux faits mdamentaux :

l*' L'association ou la combinaison convergente, ai réunit à un même centre supérieur tous les intérêts itimement liés et tous les amours-propres corporisés ;

^ L'engrenage et la mobilité des Groupes et des èries, qui disperse chaque individualité dans une foule s corporations différentes, et rattache par mille liens, is uns aux autres et à Tensemble, les membres des )rporations rivales.

A côté du jeu des Rivalités sociétaires, étudiez le jeu es Concurrences civilisées. Voyez, dans le milieu aclel, deux maisons en concurrence. Chacune tend à ruier, écraser, anéantir Tautre. Menées, intrigues^ déréciation, manœuvres de toute espèce, avilissement du rix des produits, elles font tout pour réussir. Les Écoomistes imbécilles trouvent cela magniûque. Rien ne lur parait plus admirable quun mécanisme industriel iii consomme chaque jour de monstrueux écrasements, niasse ruines sur ruines et où l'on voit à tout instant lille entreprises enfoncées et détruites par l'avènement une entreprise du même genre établie sur des capikux et avec des moyens supérieurs. Comme ces désases particuliers, comme ces forces usées , perdues, risées, concourent puissamment à la prospérité de Tenîmble ! Et pois, n'esta» pas, comme en pareils coupe-

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gorges, les hommes doivent être bien disposés à s'enii^iimcr ! Quelle base bien calculée pour asseoir les âflisotions générales et les sentiments sociaux !

Le Morcellement qui, opposant ainsi directement les intérêts et concentrant la Rivalité industrielle sur les individus, met forcément entre eux la haine, a le tort, en outre, de ne créer aucune Rivalité émulative entre les travailleurs. — Yoici deux chefs de fabrique qui se haïssent à mort par effet de concurrence : les ouvriers des deux fabriques prennent-ils fait et cause, rivalisentils d*ardeur au travail pour faire triompher les produits de la fabrique où ils sont salariés? épousent-ils la querelle, eux qui n'épousent pas les bénéfices? — Pas le moins du monde. Ils se soucient et s'inquiètent peu du maître qui les paie au jour le jour. Chacun fait sa journée en travaillant le moins possible. Ils vont bien ptm* dre à cœur la prospérité du maître qui les tond ! Le pies souvent ils le haïssent, — et, c'est fâcheux à dire, quelquefois ils n'ont pas tort.

Dans les Séries, au contraire, toute l'énergie de la Rivalité est pour chacun une cause d'ardentes émulations corporatives, de surexcitation industrielle, et nullement de désaffection. Développée entre des Groupes, la Rivalité n'a rien d'hostile pour les individus qu'elle unit, au contraire, par de puissants et nombreux liens.

Les Rivalités corporatives des Groupes et des Séries sont donc des Rivalités de bon aloi, entraînant au perfectionnement de toutes choses, au bi^ général, ar-

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mées de critiques gaies, facétieuses, piquantes, variant de couleur suivant la nature des réunions, et susceptibles de tous les tons, depuis la galanterie chevaleresque des unes, jusqu'aux bouffonneries et aux franches charges des autres.

L'état sociétaire, en donnant à ane passion le plus ▼este déTcloppement, Fettor en font degré de gamme, est assuré d'en Toir naître des gages de concorde générale, et des ralliements entre les classcf les pins opposées. Ca. Fooaua.

Que si vous avez étudié et bien compris ce qui précède, vous êtes à même de résoudre toute difficulté relative au jeu des Rivalités corporatives et des Ambitions individuelles dans le mécanisme industriel de la Phalange.

Si Ton vous objectait la possibilité de la discorde dans le sein du Groupe entre candidats concurrents, vous exposeriez comment, en tout cas, le Groupe en ferait promptement justice; combien un ressentiment personnel, en présence de la masse des juges naturels du mérite des candidats, serait ridicule d'abord, et ensuite étrange chez des êtres habitués à se mouvoir dans un régime de parfaite justice distributive, où eux-mêmes sont appelés et habitués à rendre cette justice aux autres ; que pareils sentiments seraient du plus mauvais ton, dans des Groupes composés de gens qui se conviennent, qui se sont acceptés et chdsis, qui sont uus

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