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et donne à ce sentiment toute Textension qu'il puisse, sans déraison et au sein des conditions actuelles, atteindre dans le cœur humain.
Or, sans aucun doute, loin d'être contradictoires, ces deux sentiments sont fort compatibles. Une réactionviolente contre le mal et contre les erreurs qui le propagent ou Tentretiennent, se concilie très-bien avec l'amour de THumanité; elle en est même une manifestation d'autant plus certaine qu'elle est plus puissante et plus sincère. Seulement il faut comprendre les choses, il faut se garder de laisser aller son jugement sur une fausse apparence, et ne pas voir, par exemple, dans les charges à fond de la Vérité contre des Erreurs fatales au monde, un signe de haine ou de mauvais vouloir envers ceux qui , de bonne foi , cultivent ces erreurs.
Inertie.
Malgré les conquêtes magnifiques de la science et de Tiadustrie humaines ; malgré l'empire glorieux pris dans ces derniers siècles sur les puissances de la nature ; malgré la création et la possession des instruments d'action, et quoiqu'il ne s'agisse plus aujourd'hui que de nous organiser, de régulariser, de combiner notre travail sur la nature, pour enrichir le monde de tous les beaux fruits de l'industrie, de Tintelligence et de l'harmonie ;aujourd'hui, reconnaissons-le, ridée du bonheur universel ( tant les vieilles erreurs des peuples sont difficiles à déraciner ! ) est toujours regardée comme une chimère.
« Jamais on ne pourra faire vivre les hommes en bonne » harmonie, et les rendre heureux. Leurs passions s'y op- » posent. Le mal que nous voyons a toujours été et sub- » sistera toujours. » C'est une maxime consacrée. Ainsi, le préjugé, vaincu par les faits dans Tordre des sciences matérielles, nous déborde encore par la tradition dans l'ordre moral et social. La littérature ancienne et moderne en est tout imprégnée. L'enfant le suce avec le lait, le respire avec l'air, et l'égoïsme, ainsi que je le montrerai plus loin; accueille et propage avec amour et reconnaissance une incré-
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duHté à Tabri de laquelle il se sent à Taise. De telle sorte qoMl n'est aucun préjugé plus répandu, aucun lieu commun plus universel que Texpression de cette désespérance sociale ! Pauvres, riches, savants et ignorants, tous sur ce point sont d*accord.
Observez que plus une erreur est générale et ancienne, plus elle est perfide. On pense d'autant moins à la suspecter, et Ton fléchit sous le poids d'un témoignage universel* Il en est des hommes vivant dans l'atmosphère d'une vieille erreur , comme de gens plongés dans une atmosphère fér tide. Ils vont, viennent, agissent dans un air vicié , sans avoir le sentiment de son infection, sans savoir reporter à cette putridité, que leur odorat blasé ne reconnaît pas, l'origine des maladies qui les affligent; — et ils spéculent sur mille causes étrangères, avant de suspecter l'atmosphère qui les enveloppe. Or l'erreur dont nous parlons couvre la terre entière, dès l'origine des temps historiques.
Ainsi, quoique cette erreur antique approche de son terme, quoiqu'elle ne règne généralement plus déjà sur les esprits en tant que dogme religieux, mais seulement en tant qu'opinion, en tant que préjugé moral, universellement accrédité par la tradition et nourri par l'égoïsme; quoique le progrès des sciences et des éléments de la grandeur humaine la mine incessamment et prépare sa chute, il n'en est pas moins vrai qu'elle domine encore et oppose de toutes parts au développement d'une théorie sociale qui promet le bonheur du monde une iNcnéDULrré, une indifférengb, une mERTis déplorables, et des résistances aussi fortes que peu intelligentes et peu réfléchies.
Que faire donc, lorsque l'on est certain de la possibilité de réaliser un Ordre social qui universalisera la richesse, le bonheur et l'harmonie, qui fondera l'unité humaine et l'élèvera au plus haut degré de beauté, de puissance, de gloire et de splendeur? Que faire pour agiter un Océan immobile d'incrédulité et d'égoïsme ? Que faire pour ébranler cette torpeur générale, pour mordre sur ces pr^ugés auxquels le temps a donné la ténacité du fer , la dureté de l'acier trempé? Que faire quand on sait qu'il faudrait que les hommes voulussent seulement douter, examiner et éprouver sur un coin de terre l'efficacité du moyen social qu'on leur propose? Que faire pour tirer les intelligences du fatal sommeil léthargique qui
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prolonge les calamitéfl, les fléaux et les douleurs sur la terre entière, quand on sait qu'il serait possible et facile aux hommes, s'ils écoutaient un moment^ de changer en cris de joie, en chants de reconnaissance et d'amour les pleurs et les gémissements des peuples courbés, d'un pôle à l'autre, èous le joug de toutes les misères, déchirés par toutes les souffrances? Que faire?
Faut-il exposer sans passion, dans un langage calme et froid, la découverte que Ton croit capable de remédier à tous les maux qui affligent l'Humanité, capable de fonder le bonheur? Mais on ne vous écoutera pas, on rira de votre idée bizarre, de votre révs d^hannête d'homme^ le mot est consacré. On vous répondra souvent que la société n'est pas trop mal conmie elle est. On vous répondra toujours qu'elle est tout ce qu'elle peut être, et que c'est une folie que de prétendre à la modifier; on refusera certainement de vous suivre sur votre terrain, et l'on vous débitera une foule de lieux communs économiques, philosophiques, politiques et autres, usés comme le pavé des plus vieilles rues, une foule de lieux conmiuns dont vous êtes saturé dès l'enfance et que l'on vous donnera pourtant conune des arguments que vous auriez ignorés, comme des objections très-capables de réfuter votre système.... que l'on ne connaît pas.
Que ferez-vous donc, si vous croyez fermement que ce que l'on ne veut pas écouter contient pourtant le salut du monde et le bonheur des hommes? Vous tairez-vous, vous renfermerez-vous dans le silence et la résignation l Non, si vous vous souciez du bonheur des hommes ; non, si vous vous sentez profondément dévoué à une cause aussi sainte; non, vous ne vous tairez pas, vous ne vous résignerez pas, non ! Vous 'comprendrez, dans leurs causes, l'indifférence et la légèreté que vous aurez rencontrées ; vous comprendrez 1^ raison des erreurs qu'on vous aura objectées, et leur puis» sance sur les esprits qu'elles aveuglent. Vous n'aurez aucune colère contre les indifférents, contre les gens trompés qui engendrent de bonne foi les erreurs, ou les entretiennent eii répétant bravement les lieux communs les plus botes ; mais vous vous mettrez en mesure d'attaquer rudement les erreurs, l'incrédulité , l'indifférence et la sottise....
Ils ne veulent pas venir sur votre terrain et vous écouter!... Vous irez sur le leur, alors: et là, votre critique ardente sa
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mettra en œuvre de le labourer, leur terrain, do le défoncer, de bouleverser leurs idées jusque dans leurs racines. Ils ne veulent pas vous suivre dans co que vous avez à leur expliquer d*une société nouvelle, larize. lx*Ile, féronde et bienfaisante 1.... Vous vous mettrez à découvrir une à une les plaies hideuses de leur société, sur lesquelles ils se complaisent à fermer les yeux, vous leur ferez voir les chairs saignantes, rongées, pourries jusqu'aux os. Ils ne veulent pas venir respirer avec vous Tair pur des régions de l'avenir 1.... Vous leur ferez sentir les exhalaisons infectes que répand leur société, dont ils s'obstinent à méconnaître la putréfaction. Et ce que vous atta<iuerez avec le plus d'énergie, ce seront les erreurs les plus accréditées, les illusions les plus répandues, les opinions trompeuses, les fausses idées, les fausses doctrines, les sciences mensongères, qui, par grand malheur, sont fort bien reçues dans les esprits et passent pour de lumineuses vérités. Vous serez prompt et raide à la riposte quand on aura parlé de votre doctrine sans se donner la peine de la connaître, avec un ton trop cavalier : (ce qui arrivera souvent, car on exige autant de respect pour les préjugés qui ont un vieux droit de cité, que Ton est injuste, impertinent et leste au vis-à-vis des vérités qui n'ont encore pour elles que les veilles des grands génies auxquels on doit leur découverte (i). Les préjugés d'ancienne souche sont nobles, les vérités neuves sont roturières.)
Quand vous aurez ainsi armé votre doctrine en guerre, quand elle sera entrée militairement dans le domaine des idées reçues, quand elle aura riposté ferme, frappé à droite
(1) Ce péché de légèreté et d'impertinence à l'égard de toutes les découvertes importantes est si universellement constaté et blâmé , que l'on ne comprend guère Textréme facilité avec laquelle les hommes y retombent toujours. Il est remarquable que ceox-là précisément qui le signaient du ton le plus philosophique y sont le plus enclins. Bacon, que l'on nomme le père de la philosophie moderne, l'inventeur, de la raison et de l'expérience, Bacon écrivait à un de ses amis, en parlant du mouvement de la terre autour du soleil, et des travaux du grand Galitée : « J'espère que V0U8 avez fait justice des billevesées de cet Italien, » U est à parier qu'il y a, encore aujourd'hui, à l'Institut, de savants personnages qui tourneraient le génie de Fourier en ridicule.